Ne tirez pas …

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee - Babelio

Quelle magnifique découverte que ce livre !

J’ai pensé tout d’abord que Harper Lee était un homme, puis j’ai découvert en m’intéressant un peu plus à la biographie de l’auteur qu’il s’agissait d’une femme, et que cette femme était la romancière la plus lue des Etats-Unis !

Son livre, paru en 1960, a eu un succès critique et public immédiat et il est devenu un livre culte. Depuis, Harper Lee, qui vit toujours dans sa ville natale, Monroeville (Alabama), n’ a plus rien publié et refuse toute interview.

L’histoire se passe en Alabama dans les années 1930 de la Dépression, racontée par une petite fille de 8 ans, Jean Louise. Son père, avocat, défend un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Or dans l’Amérique de ces années-là, beaucoup préfèrent voir pendre un Noir innocent qu’un Blanc coupable.  La narratrice et son frère, deux enfants du Sud, vont être confrontés à la violence , l’injustice et aussi à l’impuissance des adultes face à la brutalité et l’inéluctabilité du Mal.  Élevés  par un père veuf  qui veut leur inculquer un véritable sens moral, en étant un modèle d’intégrité, les enfants vont être amenés à construire des valeurs profondément humanistes.

L’un des deux enfants, la fille, est « la voix du livre, son chant profond »1.

J’ai senti ce livre comme un chant d’amour porté par les plus humbles et les plus fragiles de la société américaine des années 30, les enfants, les femmes, les Noirs et aussi cet enfant qui jusqu’à l’âge d’homme vivra reclus dans la maison de ses parents, intégristes religieux vivant en marge de la société de l’époque.

C’est pourquoi ce livre est terriblement bouleversant, ses accents ceux d’une véritable tragédie, dans une société où tout semble joué d’avance, et où la place de chacun semble immuable. Pourtant, cette société déjà secouée par la crise économique, est la proie d’une crise plus profonde qui est la crise des valeurs. L’injustice est tellement criante, la soif d’équité si immense qu’elle impulse le désir d’un nouvel ordre social qui ne relèguerait plus ni les femmes, ni les noirs, ni personne. Ainsi est décrit l’une des victimes de cet apartheid généralisé :

« Chacun de ses gestes était incertain, comme s’il n’était pas sûr que ses mains et ses pieds puissent entrer en contact avec les choses qu’il touchait. »2

Il est significatif que le livre soit porté par la voix d’un enfant, qui plus est d’une fille, car l’avenir est ouvert, les changements possibles et la place des femmes toujours à conquérir…

« Le sermon était une franche dénonciation du péché, un austère discours sur la devise de la bannière qui se trouvait derrière lui : il mit ses ouailles en garde contre les conséquences funestes des boissons capiteuses, du jeu et des femmes de mauvaise vie. Les bootleggers causaient pas mal de dégâts dans les Quartiers, mais les femmes étaient pires. Ainsi que cela m’était souvent arrivé dans ma propre église, je me trouvai de nouveau confrontée à la doctrine de l’impureté des femmes qui semblait préoccuper tous les hommes d’Eglise. »3

1  Michel Grisolia, l’Express.fr, du 01/02/2005

2 p 428, édition de poche

3 p 192, édition de poche

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