Purge de Sofi Oksanen

Purge par Oksanen

Purge de Sofi Oksanen, traduit du finnois par Sébastien cagnoli, Editions Stock, Paris, 2010 Quatrième de couverture :

En 1992, l’union soviétique s’effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes.
Ainsi, lorsqu’elle trouve Zara dans son jardin, une jeune femme qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille va se révéler, en lien avec le passé de l’occupation soviétique et l’amour qu’Aliide a ressenti pour Hans, un résistant.

Aliide Tru est estonienne. En 1992, son pays retrouve l’indépendance après un demi-siècle de chape soviétique et elle est déjà âgée lorsqu’elle fait la connaissance de Zara, jeune femme venue se réfugier dans la cour de sa maison.

Aliide a connu l’invasion allemande puis l’occupation soviétique. Entre les deux femmes, rien n’est dit, on devine peu à peu un secret si lourd qu’il ne peut être dit, un secret dont elles partagent des pans entiers sans le savoir. Un secret indicible, car les mots impuissants ne pourraient faire autrement que « s’entrechoquer », se « recroqueviller aux mauvais endroits ». Ce secret est logé dans le corps des femmes, lieu de tous les désirs mais aussi de toutes les violences, partie la plus tendre, la plus douce mais aussi la plus vulnérable. Ce que Sofi Oksanen dénonce ici est la façon dont le corps des femmes est pris en otage, comment elles en sont dépossédées par des hommes pour n’être plus que des objets de marchandage. Ici les femmes ne font pas l’histoire, tout au plus peuvent-elles l’esquiver.

Zara, deux fois plus jeune « sent la peur à plein nez », et Aliide reconnaît cette odeur , la palpe et la fait sienne. Ce qu’elle a passé sa vie à vouloir oublier revient à fleur de mémoire, ce qu’elle avait fui la rattrape inexorablement.

Les informations sont distillées peu à peu, on devine plus qu’on ne sait. Qu’est-ce qui s’est passé que ces femmes expient dans leur corps, quelle faute ont-elles commise, existe-t-il une possible rédemption ? Et pourquoi inlassablement des hommes pillent-ils le corps des femmes ?

Ainsi « Tout se répétait », « il venait toujours de nouvelles bottes de cuir chromé, toujours de nouvelles bottes, semblables ou différentes, mais qui avaient la même façon de marcher sur la gorge. Dans la forêt, les tranchées s’étaient refermées, les douilles ternies, les blockhaus écroulés, les morts à la guerre s’étaient décomposés, mais les événements déjà vus se répétaient. »»

La mémoire d’Aliide est comme sa maison, pleine de cloisons amovibles, de caches de placard et de chausse-trappes. Dans cet infernal labyrinthe, Zara tendra un fil que sans le vouloir la vieille dame saisira afin de trouver une possible sortie. Car sous son apparente aigreur, elle est aussi guérisseuse et concocte des potions médicinales dans son arrière-cuisine : crèmes de souci, prêle des champs, menthe, mille-feuille et carvi. Purge peut être entendu à double sens, ce qui purge est à la fois ce qui violente, les indésirables que l’on a éliminés au nom de l’histoire, misérables assassinats politiques, et ce qui guérit en permettant l’élimination de ce qui fait mal.

Ainsi est la lecture du livre de Sofi Olsanen.

 

Prix de littérature de l’Union Européenne 2010

Le prix de littérature de l’Union Européenne,  ouvert aux 37 pays participant au programme «Europe créative» dans les secteurs de la culture et de la création, récompense tous les ans les meilleurs écrivains émergents en Europe. Les critères sont assez exigeants, puisqu’il faut avoir publié entre deux et quatre œuvres et avoir déjà été nominé.

Il est organisé par un consortium composé de la Fédération des libraires européens (EBF), de la Fédération des associations européennes d’écrivains (FAEE) et de la Fédération des éditeurs européens (FEE).

Les œuvres de femmes sont bien représentées mais elles sont très peu traduites en français. D’ailleurs, le fait est que les ouvrages primés sont, dans leur ensemble, très peu traduits. Pour un prix qui vise à  « promouvoir une diffusion plus large de la littérature européenne; encourager les ventes transnationales de livres; renforcer l’intérêt pour l’édition, la vente et la lecture d’œuvres littéraires étrangères », le résultat est un peu décevant en ce qui concerne les traductions en français. toutefois, très belle initiative, l’Europe existe, bel et bien, quoi qu’on en dise.

2010

Belgique : Peter Terrin, De Bewaker (Le gardien , Gallimard 2013)

*Chypre : Myrtó Azína Chronídi, To Peirama

*Danemark : Adda Djørup, Den mindste modstand

Estonie : Tiit Aleksejev, Palveränd (Le pèlerinage [Intervalles, 2018)

Finlande : Riku Korhonen, Lääkäriromaani

*Allemagne : Iris Hanika, Das Eigentliche (Une fois deux, Le livre de poche,2011)

Luxembourg : Jean Back, Amateur

Roumanie : Răzvan Rădulescu, Teodosie cel Mic (Théodose le Petit , Editions Zulma, 2015)

*Slovénie : Nataša Kramberger, Nebesa v Robidah

*Espagne : Raquel Martínez-Gómez, Sombras de unicornio

République de Macédoine : Gorce Smilevski, Сестрата на Зигмунд Фројд (Sigmund Freud’s Sister) (La liste de Freud, Belfond, 2013)

*ouvrage de femme

5 livres de femmes primés sur 12.

1 livre de femme traduit sur 4 

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