Soeurs Chocolat – Catherine Velle

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Sœurs Chocolat- Catherine Velle Editions Anne Carrière, 2007

Ne vous imaginez surtout pas deux plantureuses gourmandes, bruissantes d’étoffes, tenant un de ces fameux salon où l’on servait ce breuvage délicieux ,non l’ambiance est plus austère, monacale dirais-je.

 

Communauté au cœur de la France, l’abbaye de Saint-Julien du Vaste-Monde 

Honore la tradition du chocolat en recevant la Cabosse d’or. 

Or, pour pouvoir continuer à le produire, les Sœurs doivent se rendre en 

Colombie  pour recevoir la part de fèves qui leur est réservée.

Oublieuses du danger, n’écoutant que leur courage, bravant anacondas, piranhas, et

Les araignées venimeuses, en pleine forêt amazonienne, ou sous un nom d’emprunt,

Anne et Jasmine, les deux sœurs prêtes à tout pour sauver leur communauté,

Trouvent encore la force d’ affronter les bandits qui en veulent à leur cabosse !

Délicieux, futile et revigorant… On ne s’ennuie pas une seconde tant les aventures rocambolesques des soeurs se succèdent à un rythme effréné. Une belle réflexion toutefois en filigrane sur ce qui conduit à l’engagement monastique.

lecture commune avec Hélène Choco

Printemps de Sigrid Undset

printemps

Née en  1882, Sigrid Undset s’est consacrée très tôt à la littérature. Parallèlement à son travail de secrétaire, elle écrit. Auteure entre autres de Maternités, Jenny (qui fera scandale), de Vigdis la Farouche et de Kristin Lavransdatter, elle a reçu le prix Nobel de littérature en 1928. Elle est morte à Lillehammer en 1949.

 

Rose Wegner, l’héroïne de ce roman, attend l’amour pour être révélée à elle-même, un amour qui serait la fusion de deux êtres autant que deux destins et qui ferait d’elle la possession, la chose, de l’homme qu’elle aimerait. Que faire alors si cet amour ne vient pas ? Se résigner, et rester seule, sans famille et sans soutien dans l’existence ? Ou se contenter d’une amitié amoureuse et de la construction d’un foyer ?

Dans ce roman, Sigrid Undset plante le cadre d’une modernité héritée de la révolution des transports et plus largement de la révolution industrielle-dans de grandes villes mornes et tristes- et d’une certaine révolution des mœurs, car le divorce est autorisé en Norvège, pays protestant. Une nouvelle figure féminine émerge, qui travaille pour assurer sa subsistance et celle de sa famille même si, une fois mariée, elle réintègre le plus souvent le foyer.

 

Printemps est un roman ou curieusement la narration est plutôt du côté masculin même si le narrateur est extérieur à l’histoire et qu’il pénètre de manière égale les pensées des personnages. Les pensées et les actions de Rose ne prennent du relief qu’en fonction des pensées de Torkild, personnage masculin. Car ici , la femme ne prend toute sa mesure que dans son rapport au foyer et à la maternité. Elle n’existe pas réellement en dehors de sa « vocation naturelle » qui est d’enfanter et d’assurer la stabilité du foyer. Toute femme qui s’écarte de ce chemin sombre dans la déchéance (le personnage de la mère et de la sœur), tout comme celle qui n’obéit pas à ses devoirs d’épouse et de mère même si l’homme, infidèle, abandonne lui, le foyer (le père de Torkild).

 

J’ai apprécié ce roman bien construit, où les sujets de réflexion ne manquent pas, car Sigrid Undset, catholique et conservatrice, est aussi une fine analyste des sentiments humains. On y apprend aussi comment hommes et femmes vivaient à l’époque. J’ai trouvé en outre un écho au mouvement naturaliste en littérature, l’hérédité y est évoquée, les tares familiales ainsi que la vigueur, la santé du corps qui s’étiole dans ces emplois de bureau, loin de la vie au grand air.

 

Sigrid Undset, on l’a bien compris, n’est pas féministe, elle pense que la femme ne s’épanouit pleinement que dans la maternité et elle ne fut pas très appréciée des féministes de son temps qui prônaient l’affranchissement de la tutelle de l’homme et du foyer, entraves à l’épanouissement de la femme en tant qu’individu. Sur le tard cependant, elle reconnut les bénéfices de ces mouvements sur la condition des femmes.

 

Il faut savoir qu’en 1840, les femmes célibataires sont mineures toute leur vie et peuvent si elles le souhaitent se placer sous l’autorité d’un tuteur ; les femmes mariées quant à elles passent de l’autorité de leur père à celle de leur mari. Puis, plus tard, la majorité sera abaissée à la vingt-cinquième année. Les femmes peuvent cependant travailler dans certains secteurs.

Au fil des ans, de nouvelles lois favorables aux femmes feront leur apparition. Les femmes divorcées ou veuves seront majeures sans condition d’âge. Les conditions socio-économiques du pays joueront fortement sur les problématiques féminines : l’exil, la pauvreté du pays, la baisse de la natalité.

 Dans le roman , l’héroïne est secrétaire, une autre est journaliste. La littérature féminine avant Sigrid Undset, reflète les préoccupations et les valeurs de l’époque, comme ce fut le cas pendant l’époque victorienne en Angleterre, les intrigues se nouent essentiellement autour de la chasse au mari. (Les femmes écrivains de l’époque sont :Hanna Winsnes, Marie Wexelsen, et Anne Magdalene Thoresen).

English: Sigrid Undset, Nobel laureate in Lite...
English: Sigrid Undset, Nobel laureate in Literature 1928

Avec le mouvement féministe, de nouvelles préoccupations se font jour dans des romans et sous la plume d’auteures qui contestent la norme : Camilla Collet dont le roman « Les filles du Préfet » (1854) fera l’effet d’un coup de tonnerre. Il raconte l’initiation sentimentale de deux jeunes gens, ce qui a l’époque est regardé alors comme une faiblesse uniquement féminine.

D’autres écrivains suivront, emportées par la seconde vague du féminisme, Eldrid Lunden, Liv Køltzow, Cecilie Løveid et Tove Nielsen . Mais je n’ai trouvé aucun renseignement sur ces femmes sur internet et aucun de leurs ouvrages traduits en français. C’est bien dommage..

 

Artemisia – Alexandra Lapierre

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Alexandra Lapierre – Artemisia – Robert Laffont 1998 – Poche

Après avoir fait des études de lettres à la Sorbonne (elle a travaillé sur la femme fatale dans la littérature du XIXe siècle) – Alexandra Lapierre s’est consacrée à l’évocation des destins de grandes figures oubliées par l’Histoire.

Pendant cinq ans, elle a cheminé sur les traces d’Artemisia et d’Orazio Gentileschi à travers le monde.

  J‘avais eu très envie de lire ce roman historique après avoir vu l’exposition sur Artemisia à Paris. Les femmes peintres eurent autant de mal à s’imposer sur la scène artistique que les écrivaines.

  Le destin d’Artemisia au sein de l’Italie du XVIIe siècle est exceptionnel car elle fut l’une des premières à réussir à pratiquer son art, la peinture, et à en vivre librement, délivré de la tutelle des hommes de sa famille.

Mais si elle put devenir peintre, dans cette société patriarcale, elle le dut à son père Orazio Gentileschi, disciple du Caravage qui devint son maître et lui apprit tout ce qu’il savait de la peinture. Il fut aussi un adversaire redoutable qu’elle s’efforcera sa vie durant de dépasser.

Le livre d’Alexandra Lapierre est aussi l’histoire de cette relation orageuse entre un père et sa fille. Un père prisonnier des mœurs et des théories de son époque dans lesquelles les femmes sont perçues comme des tentatrices, des traîtresses, qu’il faut surveiller de près et tenir cloîtrées. Cette attitude de défiance et ce mépris qui imprégnait toute la culture judéo-chrétienne empoisonna les relations du père et de la fille et les empêcha peut-être de se laisser aller à la tendresse et à l’admiration qu’ils auraient pu éprouver dans le secret de leur cœur.

            Pourtant fait extraordinaire à cette époque où la faute d’une fille (même si elle était la victime) rejaillissait sur l’honneur de son père, Orazio prit la défense de sa fille qui avait subi le viol d’un de ses plus proches amis mais il la rejeta également le jour où elle se maria pour ne plus la voir pendant de longues années. On s’imagine ce qu’Artemisia dut souffrir, l’amour et la haine qui durent déchirer son cœur, la rage nécessaire qu’elle dut lui insuffler pour la propulser vers la gloire.

 

J’ai été bouleversée tout au long de ce récit magnifique. Pour une femme qui réussissait à sortir de l’ombre, combien d’autres dont les talents, l’intelligence furent impitoyablement étouffés . Les écrits portent la mémoire collective, car il est juste de ne pas oublier ce qui fut.

D’autant plus que d’autres femmes se cachent dans les plis obscurs de la mémoire, notamment cette Plautilla Bricci, femme architecte, bâtisseuse d’église dans les Etats Pontificaux au temps de Caravage.

Alexandra Lapierre a appris l’italien et le latin , étudié la paléographie pour se lancer sur la trace de la fille et du père, dans chaque rue qu’ils avaient pu hanter jadis mais aussi dans les Archives secrètes du Vatican, et tant d’autres archives, registres qu’elle a parcourus à la recherche de documents les concernant et parmi des milliers de prénom : actes de baptêmes, reconnaissances de dettes, contrats de mariage, donations, testaments, procès qui ont conservé le souvenir de leur existence. Une belle histoire d’amour entre l’auteure et ses personnages.

Les femmes et le théâtre

              Il y a peu de femmes auteures référencées (à part Yasmina Reza) dans le théâtre contemporain, c’est le constat fait par trois amies passionnées de littérature, Véronique Olmi (romancière et dramaturge), Michèle Fitoussi (journaliste, éditorialiste à ELLE et romancière), et Anne Rotenberg (directrice littéraire et artistique du Festival de la correspondance de Grignan). Elles ont donc donné naissance à un nouveau festival , le Festival Le Paris des Femmes dont Véronique Olmi est la directrice artistique.

            Le projet du festival  a été de constituer un laboratoire d’écriture au sein duquel neuf auteures devraient écrire une pièce de trente minutes sur le thème imposé « Guerres et paix ». Trois metteurs en scène se sont greffés sur ce projet,  dont un homme et une scénographe (Mâkhi Xenakis), des acteurs bien sûr hommes et femmes.

Véronique Olmi précise : « Ce n’est pas un festival de revendication, ni un festival féministe…. Il est né pour restituer une place occultée aux femmes qui écrivent. »

 

* Les neuf auteures du Paris des Femmes :

Le binôme Geneviève Brisac et Alice Butaud
Irina Dalle
Michèle Fitoussi
Carine Lacroix
Camille Laurens
Murielle Magellan
Amanda Sthers
Carole Thibaut

Le public pourra découvrir les pièces les 6, 7 et 8 janvier 2012 au Théâtre des Mathurins à Paris.