Opinion d’une femme sur les femmes – Fanny Raoul

Fanny-Raoul

Opinion d’une femme sur les femmes – Fanny Raoul – Texte présenté par Geneviève Fraisse- editions « Le passager clandestin » suivi de « Votez pour le Ken le plus sexy de la culture avec Radio France » par Marie Desplechin

vignette Les femmes et la PenséeEn 1801, une jeune Bretonne de 30 ans dont on ne sait aujourd’hui presque rien, s’adresse aux femmes de son temps pour les prendre à témoin des interdits, servitudes et violences qu’il leur faut encore affronter, aux lendemains de la Révolution.

Ce texte est extrêmement émouvant car c’est le cri et la révolte d’une femme qui nous parvient par-delà les siècles et prend à témoin la postérité. Une jeune femme qui  assure avec force, dans des élans visionnaires, qu’un jour les servitudes auxquelles sont assujetties les femmes et qui semblent si enracinées dans les traditions, cesseront. Peu nombreuses sont alors les femmes de lettres. A Constance Pipelet (Constance de Salm ) qui écrit des poèmes, le poète Ecouchard Lebrun (qui lui n’a pas eu les honneurs de la postérité) ordonne avec mépris : « Inspirez, mais n’écrivez pas ». La misogynie ambiante est assez virulente puisqu’un projet , défendu par son auteur Sylvain Maréchal, et intitulé « Projet portant défense d’apprendre à lire aux  femmes » a pu voir le jour et faire débat.

A travers ce texte, on sent toute la détermination, le courage, l’intelligence , la finesse mêlés à la souffrance et au désespoir de cette jeune femme.

Elle construit une argumentation rigoureuse où elle discute point par point les préjugés et les opinions de son temps, en essayant d’en montrer l’arbitraire et l’absurdité. L’asservissement des femmes  sert selon elle des fins politiques, les hommes ne souhaitant pas avoir des rivales en la personne de leurs compagnes. Elle le démontre avec force et en fait voir tous les ressorts.

Selon elle, les hommes et les femmes ayant une part égale dans les processus de la reproduction, « cette nécessité réciproque est donc le fondement de leur égalité naturelle », ils doivent avoir également la même part d’avantages dans la société et la même protection par la loi. Elle démonte l’argument selon lequel les femmes ne sont pas capables d’assumer des fonctions ou des charges politiques en expliquant que cet argument est absurde et ne peut valoir puisque, de toute façon, on ne leur a jamais laissé le loisir de prouver le talent dans ce domaine . Elles sont ignorantes, soit, c’est souvent le cas, mais c’est parce qu’on leur interdit l’accès à toute éducation. Ceux-là même qui devraient les défendre, qui possèdent toute la puissance de la raison, les philosophes, puisqu’ils s’appliquent à démontrer les erreurs et les préjugés des Hommes, ne font rien pour elles. (Poullain de la Barre, mais il était prêtre avant de se convertir au protestantisme- en 1673, fait paraître anonymement De l’égalité des deux sexes, discours physique et moral où l’on voit l’importance de se défaire des préjugez )

« Il est remarquable de voir des philosophes s’attendrir sur le sort d’individus dont un espace immense les sépare tandis qu’ils ne daignent pas s’apercevoir des maux de ceux qu’ils ont sous les yeux ; proclamer la liberté des nègres, et river la chaîne de leurs femmes est pourtant aussi injuste que celui de ces malheureux ».

Elle dénonce également, ce qui, à ses yeux, est plus grave encore : « A force de leur dire qu’elles étaient faites pour l’esclavage, on est parvenu à le leur faire croire et à éteindre conséquemment en elles toute énergie et tout sentiment d’élévation. »

Si l’on considère le sort fait aux femmes dans de nombreuses régions du monde, et les arguments développés pour le justifier, ce texte, deux cent ans après sa publication, garde toute son actualité.

Un beau texte très émouvant, un témoignage par-delà les siècle, qu’il faut lire absolument.

Virginia Woolf – L’histoire d’une vie

VV histoire d'une vie

Adeline Virginia Stephen est née le 25 janvier au Hyde Park Gate à Londres, troisième enfant de Julia et de Leslie Stephen après Vanessa née en 1879, Thoby né en 1880, et avant Adrian né en 1883. Sa mère avait deux fils d’un premier mariage, Gerald et George Duckworth, et son père une fille, Laura.

L’intérêt de la biographie d’Alexandra Masson est de relier de manière étroite la vie de Virginia Woolf à ses œuvres. En effet, son œuvre est largement autobiographique même si l’auteur prend garde à brouiller les pistes dans ses romans. Alexandra Masson montre comment le thème de l’enfance revient comme un paradis perdu. Des lieux deviennent mythiques comme St Ives, petit village où la famille Stephen se rendait chaque été jusqu’à la mort de la mère.

« La promenade au phare », « Les vagues », ou « La chambre de Jacob » reprennent des images ou des souvenirs de cet endroit.

Mais les membres de sa famille tiennent également une place importante. Son frère aîné, Thoby, est un personnage central dans son œuvre et inspire celui de « La chambre de Jacob », comme celui de « La promenade au phare ».

Des thèmes reviendront très souvent également, comme celui de l’eau, par qui tout commence et tout finit. Dans « Les vagues », on entend le bruit de la mer, « La promenade au phare » indique assez bien sa présence.

Sa mère, très tôt disparue à l’âge de 49 ans, lui manquera cruellement – d’ailleurs les troubles nerveux de Virginia Woolf commenceront peu après. Elle représentait le modèle de la femme victorienne, dévouée à son mari et à ses enfants, victime de la société patriarcale incarnée par son mari. En réaction peut-être à ce modèle, Virginia et sa sœur, chercheront à réaliser leurs aspirations personnelles, l’une par la peinture, l’autre par l’écriture. Sa sœur Vanessa, avec laquelle elle entretiendra toute sa vie des liens fusionnels empreints de rivalité, et à laquelle elle se comparera toujours, apparaît également dans son œuvre.

Se réaliser passe d’abord par avoir « une pièce à soi » et donc jouir d’une certaine indépendance financière. Ses premiers revenus lui viendront du journalisme. Non seulement l’écriture est une thérapie mais elle lui permet de gagner de l’argent.

Virginia Woolf a commencé comme critique littéraire dans « The Guardian » puis écrit un premier roman, « La traversée des apparences » auquel elle consacrera huit années de sa vie. Elle écrira ce livre dans la souffrance , « écrire est un enfer » dira-t-elle dans son journal. D’ailleurs  presque chaque livre sera suivi de périodes de dépression. Elle passe par des états qui alternent la plus grande exaltation avec le plus profond désespoir. Elle considèrera  chaque livre comme une thérapie.

Virginia Woolf est en fait méconnue ou mal connue. Il est assez significatif d’ailleurs qu’un film ait associé son nom à la folie et à la peur : « Qui a peur de Virginia Woolf ? ».

On a peu souligné le courage de cette femme qui se battit contre la maladie mentale sans l’aide de la médecine, à l’époque assez démunie dans le traitement des maladies mentales. Les œuvres de Freud ne sont pas encore assez connues et même si la Hogarth Press, maison d’édition fondée par Virginia Woolf et son mari, Léonard Woolf, publiera les œuvres du maître de la psychanalyse, Virginia refusera toujours d’entamer une thérapie, consciente que c’est aussi dans ce déséquilibre émotionnel qu’elle trouve une partie de sa créativité.

Vanessa et Virginia Woolf, même si elles ne vont pas à l’école, seuls les garçons ont ce droit, c’est le choix du père, bénéficient d’une instruction donnée par des précepteurs. Elles sont filles d’intellectuels cultivés et  acquièrent une culture que peu de femmes ont à leur époque. Jusqu’à l’âge de douze ans son père dirige le choix de ses lectures : Euripide, Sophocle, Platon, Jane Austen, Dickens, George Eliot entre autres. Toute sa vie, la lecture sera une de ses occupations privilégiées car elle l’apaise. Même quand elle écrira ses propres livres, elle suivra toujours un programme important de lectures. Proust est pour elle le modèle absolu, mais elle lit aussi Ibsen, Shakespeare, Tchekhov.

L’écriture selon elle, naît d’un choc affectif qui est à l’origine de sa vocation .L’écriture de son journal, qu’elle tiendra pendant près de trente ans lui permettra de noter tous ses sentiments au fur et à mesure de l’écriture de ses romans.

On a souvent l’image d’une femme dépressive et suicidaire alors qu’on trouve dans ses romans une sensualité, une jouissance devant la beauté de la nature ou l’intensité du moment qui la contredit totalement. Elle devait tout ressentir avec beaucoup d’intensité, la douleur comme le bonheur, en tout cas c’est ce qui ressort de la biographie d’Alexandra Masson. D’ailleurs, Mrs Dalloway , récit de la journée d’une femmes à Londres,  représente bien cette dualité, « le monde vu par la raison et par la folie » comme elle le note dans son journal.

Les traumatismes subis, la mort de sa mère lorsqu’elle avait 13 ans , puis de sa demi-sœur Stella deux ans après, suivi par celle de son frère Thoby  en 1906 aggravent son sentiment d’insécurité. Les viols dont elle fut victime de la part de ses demi-frères renforcèrent le traumatisme originel. Elle se réfugie dans l’écriture qui lui permet de survivre.

Pour mener son métier d’écrivain à bien malgré sa santé fragile, elle trouvera en Leonard Woolf un allié précieux, au moins jusqu’à un certain point. Ils se marieront et Leonard se consacrera totalement aux soins de son épouse jusqu’à régler son emploi du temps de manière draconienne. Un dévouement si total qu’il devient aussi une forme de tyrannie ! Mais chacun certainement y trouve son compte. Virginia apprécie certainement au début d’être ainsi totalement prise en charge car cela lui permet de se consacrer à l’écriture. Mais en contrepartie, son mari l’enfermera dans son rôle de malade.

En quelques années, à partir de 1919, elle publie plusieurs romans : « Nuit et jour », « La chambre de Jacob » et Mrs Dalloway en 1925. En parallèle, Virginia Woolf assume son amour pour les femmes avec la liaison passionnée qu’elle entretiendra avec Vita Sackville-West. Cette dernière lui inspirera le personnage d’Orlando qui paraît en 1928, précédé par « La promenade au phare » en 1927. Orlando pose la question du masculin et du féminin et de leur catégorisation. Virginia Woolf ne se considère pas comme une lesbienne, terme qu’elle abhorre, mais sent qu’elle est « mélangée ». Les amitiés féminines auront une grande importance dans sa vie, Katherine Mansfield, avec laquelle elle aura une relation plutôt mouvementée, ou Violet Dickinson qui la prit sous son aile après la mort de sa mère et lui permit « d’exprimer ses premières émotions littéraires ».

Virginia Woolf s’est construite en s’opposant au modèle de la femme victorienne, pour autant elle n’est pas une pionnière héroïque du mouvement féministe. Ethel Smith, autre grande amie, beaucoup plus âgée qu’elle, est très engagée dans ces mouvements. Virginia Woolf publie en1929, « Une chambre à soi », plaidoyer pour la liberté des femmes, suite à un séminaire auquel elle a participé à Cambridge sur les femmes et le roman. Elle y dénonce avec force l’injustice faire aux femmes sur le plan économique, social et politique. Très jeune, elle a apporté son aide aux suffragettes, elle a aussi donné des cours de littérature à des ouvrières

En 1931, elle publie «  Les Vagues », son roman le plus expérimental. Il  qui consiste en six monologues portés par Bernard, Susan, Rhoda, Neville, Jinny, et Louis. Percival, le septième personnage, ne parle jamais lui-même.

En 1937, « Les Années », suivi de « Trois Guinées » en 1938, prennent un tour plus politique et polémique, en traitant dans un style très différent de la place de l’écrivain dans la société. Virginia pousse toujours dans des directions différentes ses recherches formelles. Auparavant, Flush, en 1933, ne déroge pas à la règle,  car le style en est très différent, l’auteur s’amuse et esquisse une biographie fictive de la poétesse Elizabeth Barrett Browning vue par son cocker.

En 1939, elle entreprend une biographie « Une esquisse du passé » qui réveille des souvenirs douloureux et la fait sombrer à nouveau dans la dépression.

En 1940, elle publie une biographie de Roger Fry, biographie de son ami peintre, ancien amant de sa sœur. Mais la guerre gronde et fait ses premiers ravages et Virginia Woolf ne se sent plus le cœur à écrire. Comment l’art pourrait-il gagner face à la guerre, quelle pourrait être la force de l’écriture face à la barbarie ? L’auteur perd pied et de laisse envahir par le désespoir, en 1941, le 20 janvier,  elle envoie « Entre les actes » à son éditeur et le 28, elle se suicide en se jetant dans la rivière de l’Ouse, les poches de son manteau lestées de pierres. L’eau est par ce quoi tout commence et tout finit. Une grande romancière disparaît, laissant une œuvre considérable et d’une grande diversité.

La biographie d’Alexandra Masson est passionnante à tous les points, et tente de faire comprendre avec beaucoup de finesse et d’intelligence qui fut Virginia Woolf. A lire absolument pour comprendre la grande romancière.

Mrs Dalloway – Virginia Woolf

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Virginia Woolf est née en 1882 à Londres au sein d’une famille bourgeoise et cultivée ; son père était  critique littéraire et ami de Henry James, Tennyson et GeorgeEliot ; et fonda le « Dictionary of National biography ».

Elle devint un écrivain célèbre et publia de nombreux livres, romans et essais. Peu après le décès de sa mère, débuta une longue suite de dépressions qui la conduisit au suicide en 1941.

Elle révolutionna la théorie du roman dans « Mrs Dalloway ».

Ce livre pourrait n’être au premier abord que le récit de la journée d’une femme, Clarissa  Dalloway, qui prépare une réception. Un matin, elle décide d’aller acheter des fleurs…

Clarissa est la femme de Richard Dalloway, membre du parlement. Elle a 52 ans, est encore assez belle et se souvient des jours passés au fil de sa promenade.

Elle appartient à la bourgeoisie anglaise et doit tenir son rang : elle reçoit les personnalités utiles à la carrière de son mari comme toute bonne épouse « victorienne ». Mais elle est à la charnière de deux mondes à travers sa fille Elizabeth qui, éduquée, pourra choisir une de ces nombreuses professions qui sont désormais accessibles aux femmes. Sous une apparence futile, cette femme possède une faille, une insatisfaction profonde qui la mine malgré son amour de la beauté et de la vie.

Big Ben sonne les heures, rappelle le temps qui passe et la fragilité de toute chose.

Clarissa descend Bond Street et nous lisons le contenu de ses pensées et celles de chacun des inconnus qu’elle croise. Chaque personnage est relié aux autres dans d’invisibles correspondances.

Virginia Woolf bouscule ici les conventions du roman réaliste, et fait disparaître l’intrigue classique car il n’y a pas d’histoire proprement dite.  Elle s’attache à l’essentiel qui est invisible et ne garde que les éléments strictement indispensables.  Les personnages font écho les uns aux autres et servent de fil conducteur au récit, offrent un ordre intelligible : on apprend que Clarissa a aimé un homme « Peter Walsh « , et l’auteur nous livre un peu plus loin les pensées de ce même Peter qui font écho à celles de Clarissa. Le dénouement de Mrs Dalloway est si vague qu’il laisse place à toutes les interprétations possibles. Pourtant on perçoit bien à travers le personnage de Septimus, jeune homme traumatisé par la guerre et qui songe au suicide, la fragilité de Clarissa.  L’intrigue devient alors « un mouvement organique en quelque sorte, qui progresse presque inconsciemment, qui n’est pas sorti d’une idée préconçue, qui a gardé toute la complexité et l’imprévisibilité des faits humains. » 

Virginia Woolf était une fervente admiratrice de Proust et on retrouve dans son roman la palette impressionniste : « Mais même après la disparition des choses, la nuit en reste pleine ; vidées de leurs fenêtres, elles existent avec plus de poids, exprimant ce que la franche lumière du jour, ne parvient pas à transmettre – la confusion et l’incertitude des choses regroupées là dans l’obscurité. »

L ‘obscurité des profondeurs, il s’agit bien de cela, de cet aspect de nous-mêmes que nous ne connaissons pas, notre inconscient, qui ne laisse filtrer que des images autorisées et éparses.

Clarissa n’est pas sereine malgré des apparences assez lisses, elle subit l’assaut « d’un monstre tapi dans les profondeurs ». Lorsqu’on connaît la vie de l’auteur, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec ses longs moments de dépression, les hallucinations dont elles souffrit. Elle les dépeint longuement dans le personnage de Septimus. Elle raille l’incapacité des médecins qui ne prescrivent que de faux remèdes, impuissants qu’ils sont à soulager la souffrance de leurs malades qu’ils abandonnent à eux-mêmes.

Mais elle livre aussi son émerveillement devant la beauté des choses, leur profusion et leur scintillement.

Un très beau roman, à l’écriture poétique et parfois douloureuse, mélancolique et prophétique à la fois. Une écriture d’une densité, d’une maîtrise exceptionnelle dans une construction d’une grande rigueur. A lire absolument.

Le roman psychologique de Virginia Woolf de Floris Delattre, p 220 Librairie philosophique J. Vrin

Olive Kitteridge – Elizabeth Strout

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Elizabeth Strout est née en 1956 à Portland, dans le Maine. Après des études de droit, elle s’installe à New-York et publie des nouvelles dans différentes revues littéraires. Elle met sept ans à rédiger son premier roman, Amy et Isabelle (Plon, 2000 ; réed Ecriture, 2012). En 2009, elle reçoit le prix Pulitzer pour Olive Kitteridge, publié dans 26 pays.

Olive Kitteridge est l’héroïne de cette histoire à la narration éclatée qui se déroule sur une période de trente ans. Parfois au second ou à l’arrière-plan, elle est dans la vie de ses concitoyens, habitants de Crosby, une petite ville côtière du Maine cette femme très autoritaire, professeur de mathématiques, ou cette autre généreuse et chaleureuse qui n’hésite pas à  donner son temps et son attention. Elle est indispensable à son mari mais le rend-elle heureux ? Mère possessive, elle manque pourtant de douceur et de tendresse. Christopher, son fils, se tait le plus souvent. Elle apparaît au fil du récit comme une personnalité très complexe, aux multiples facettes. Femme de caractère, qui ne revient jamais sur ce qu’elle a fait, ne demande jamais pardon, lui reproche son mari et ne doute jamais d’elle-même, Olive affronte une solitude intérieure qui la tourmente. On voit le personnage évoluer tout au long du récit constitué de treize nouvelles qui chacune se focalise sur un ou plusieurs personnages de l’environnement immédiat d’Olive.

Elle a l’air d’une femme banale, Olive, pourtant son fils la fuit. Le dialogue ne se noue pas et les relations vont être difficiles toute leur vie durant. On en apprendra la raison seulement à la fin du roman. Au cœur de cette personnalité apparemment solide, au caractère bien trempé, bougonne au grand cœur, se cache une faille, une blessure que l’on devine sans jamais être capable de la nommer. Elle juge vite, condamne sans appel, est capable de sautes d’humeur imprévisibles. Au fond qui est Olive Kitteridge ? Peut-on d’ailleurs connaître quelqu’un, ou ne nous trouvons-nous pas toujours au fond face à un mystère ? Il nous est déjà arrivé de croire connaître quelqu’un et puis d’être surpris, voire déçu par ses actes ou ses paroles. Que savons-nous des motivations profondes, de l’intériorité d’Olive à part ce qu’elle en dit ? Et ce qu’elle en dit est parfois contredit par les autres. On le sait, on a tendance a s’auto justifier et il nous est difficile de reconnaître nos erreurs.

C’est la force de cette construction narrative, le personnage a perdu de son unité, Eizabeth Strout nous fait douter : femme de tête, femme de caractère ou tout simplement femme égocentrique et brutale ? Le roman est une quête constante qui nous tient en haleine même si apparemment il ne se passe rien, dans le sens où ce n’est pas un roman où se succèdent les actions…

C’est un roman vraiment très intéressant mais qui ne m’a pas captivée, ne m’a pas émue. Peut-être cette sorte de « diffraction » qui, à force de nous faire perdre Olive dans les yeux de tous ses autres, finit par atténuer l’intérêt qu’on avait pour le personnage. Et puis elle se remet rarement en question, est un peu monolithique, ce qui alourdit le récit. Des impressions en demi-teintes donc. 

Sally Salminem – Finlande – (1906-1976)

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Née à Vaasa en 1906 (Finlande), Sally Salminem était la huitième enfant d’une famille nombreuse.  Fille d’un fermier suédois, orpheline très tôt,  elle fut obligée de travailler pour gagner sa vie. Elle travailla dans une épicerie, puis comme domestique à Stockholm, où elle émigra. Elle prit des cours par correspondance et lut beaucoup dans ses moments de loisir. Elle fut en grande partie autodidacte.

En 1930, elle émigra avec sa soeur aux Etats-unis, à New-york. C’est là qu’elle écrivit son premier roman, en 1937,  qui fut publié la même année. Ce livre eut un succès international et fit le tour du monde. Il fut traduit dans plus de vingt langues. Elle publia onze romans mais ne renoua pas avec le succès de « Katrina ». Dans ses romans, elle dépeint la vie des communautés pauuvres de Finlande et la vie des émigrants.

Entre autres :

– Printemps (1938)

– Sables mouvants (1941)

– Prince Efflam (1953)

Elle a reçu deux grands prix littéraires en Finlande et au Danemark.

Avec son mari, le peintre Johannes Dünrop, elle retourna vivre au Danemark où elle mourut en 1976.

Parce que Johan le marin avait les yeux bleus, du charme et la parole facile, Katrina l’a suivi jusqu’à son lointain village de Finlande. Chez elle, elle était fille de riches fermiers, heureuse et préservée : elle découvre qu’il lui faudra vivre dans une misérable chaumière, travailler dur dans des conditions moyenâgeuses, ne compter que sur elle-même puisque Johan a repris la mer et que, de toute façon, c’est un grand enfant… Viennent trois fils difficiles, une petite fille qui meurt en bas âge, des épreuves de tout genre, le veuvage. Fière et forte, Katrina fait front. Et lorsque enfin elle ferme les yeux pour rejoindre à jamais Johan, elle ne regrette rien. Elle a été pleinement femme et mère, elle a réussi sa vie. « 

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Sources :

La description ci-dessus provient en partie de l’article de Wikipedia Sally Salminen, sous la licence CC-BY-SAdont la liste complète des contributeurs se trouve ici.

Dictionnaire des femmes célèbres – Lucienne Mazenod, Ghislaine Schoeller, Bouquins Robert Laffont

http://nordicwomensliterature.net/writer/salminen-sally

Suis-je snob? Virginia Woolf

SS SNOB

Suis-je snob ?- La valeur du rire-La nièce d’un comte – Brummel le Beau – La robe neuve – Un soir dans le Sussex. Réflexions dans une automobile- La mort du paillon – Qu’offrir à un snob ? de Walter Benjamin.

« Suis-je snob ? » se demande Virginia Woolf dans un des essais rassemblés par les éditions Payot et Rivages, sortes de conversations entre elle et un interlocuteur invisible. Suis-je snob, c’est au fond se poser la question d’une esthétique de l’existence, se demander quel gouffre habite cette distance entre soi et les autres, entre soi et soi, entre son monde intérieur et celui qu’on représente ?

Le snobisme tel que l’entendait Virginia Woolf, désignait alors la fascination pour la noblesse de sang, les titres, les châteaux… S’il fascine Virginia Woolf, explique Maxime Rovere, dans son introduction, c’est qu’il « offre l’image d’une position assurée dans le monde. ». En effet, il est particulièrement difficile pour chacun d’entre nous de nous assurer de notre propre valeur ou d’échapper à l’inquiétude d’être soi. Nous ne savons jamais vraiment qui nous sommes et nous quémandons souvent la reconnaissance dans le regard de l’autre. Soumis à d’infinies variations, menacés par la ruine du corps et de l’esprit, le moi ne possède pas d’identité stable. Or l’aristocrate « tient sa valeur et sa légitimité sociale d’une naissance acquise une fois pour toutes. ».

            A travers ce qui n’aurait pu être qu’un texte léger, l’auteur aborde ce désir au cœur de tout Homme d’être reconnu, accepté et aimé par les autres. La question du statut social , de la reconnaissance qu’apportent les diplômes, la naissance, le milieu et l’argent, ne serait pas si cruciale si elle ne faisait écho à une inquiétude fondamentale qui répond à la difficulté d’être soi.

            En lisant Virginia Woolf, j’ai souvent été frappée par le fait qu’elle s’excuse souvent, même si c’est sous forme de boutade, de n’avoir pas fait d’études, d’être ignorante.

            Ce que j’aime particulièrement dans ces essais, c’est cette façon qu’elle a de penser et de raconter en même temps, une pensée narrative qui intègre l’esthétique du récit et la rigueur de la pensée. Une pensés qui se forme en racontant, et que Léa Gauthier a su parfaitement expliquer dans son introduction à la lecture de « Trois guinées ».

Mais comment joue l’irradiation du snob ? Comment sa seule fréquentation peut-elle nous communiquer une part de son assurance ? Si le moi peu peser – « Dieu du ciel ! Encore moi ! », s’écrie Virginia Woolf- il peut également nous fasciner et être le sujet de nos observations.

L’aristocrate est « plus libre, plus naturelle, plus excentrique » que nous. C’est ce manque d’assurance personnelle qui conduit à la chercher chez les autres. Et Virginia de conclure :

«  N’importe quel groupe de gens, s’ils sont bien habillés, s’ils brillent en société et si je ne les connais pas, feront l’affaire. »

Tout cela dit avec humour, d’abord rire de soi, même si « l’humour nous a-t-on enseigné, est inaccessible aux femmes. »

L’humour suppose une lucidité, un regard acéré sur les autres et sur soi-même.

L’admiration naît de la verticalité des relations humaines dans une société où « nous sommes cloisonnés, séparés, coupés les uns des autres. » Comment l’écrivain peut-il connaître les autres ? Est-il condamné à « ne pouvoir décrire intelligemment que les personnes de son niveau social ? » . Virginia Woolf fait remarquer que ces grands que nous suivons depuis le début, nous ne les connaissons pas, car « les grands de ce monde n’ont presque pas écrit et jamais sur eux-mêmes ». Le dandy est celui qui sacrifie le mieux au monde des apparences, au détriment souvent de son intelligence, car ce mode de vie est le seul « qui pouvait le placer dans une lumière éclatante, et lui permettre de se distinguer du troupeau ordinaire des hommes. »

Mais cette fascination ne vient-elle pas d’une faille intérieure qui nous rend faibles et incertains ? Une nouvelle robe peut nous conduire à douter de nous-mêmes, puis-je être sûre «  de la pitié et de l’amour et ne pas être renversée en une seconde lorsque j’entre dans une salle pleine de monde ? ». La pauvreté qui nous met à l’écart du bon goût est un sérieux handicap. L’habit ne fait pas le moine, dit-on. Difficile d’acquérir cette aisance que possède celui qui maîtrise les codes.

Mais pour finir, nous ferons tous comme ce papillon, condamné à disparaître dans l’indifférence du Monde.

Le plus ancien poème féminin connu

Cité par Michel Duquenne dans « Grandes dames des lettres ». La civilisation sumérienne était pratriarcale, mais explique-t-il, les femmes y avaient encore leurs propres cultes, et le poème qui suit fut écrit par une prêtresse de la déesse de l’amour Inanna. Ce poème est écrit pour les épousailles rituelles qui étaient renouvelées chaque année pour assurer la fertilité des terres et la fécondité des femelles. Celui-ci a été écrit par une anonyme pour le roi Shu-Sin. Cité pour la première fois par Samuel Noah Kramer dans son ouvrage « Lhistoire commence à Sumer »

Des recherches récentes, reprises par Eric Dussert, on apprend qu’elle était une princesse mésopotamienne de la ville d’Ur, Enheduanna, prêtresse d’un culte oublié et poétesse sumérienne. On lui attribue les cinq cent soixante vers, subsistant sur des tablettes, de trois hymnes  à la déesse de la guerre Inanna, ainsi que quarante-deux poèmes retrouvés sur des tablettes à Ur et Nippur. Elle devançait Sappho (VIIe_VIe siècleav.J.-C.) et Hypathie (IVe siècle).(2)

 

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Statue de femme sumérienne

Poème d’amour au roi Shu-Sin

Époux, cher à mon coeur,
grande est ta beauté, douce comme le miel,
Lion, cher à mon coeur,
grande est ta beauté, douce comme le miel.

Tu m’as captivée, laisse-moi demeurer tremblante devant toi;
Époux, je voudrais être conduite par toi dans la chambre.
Tu m’as captivée, laisse-moi demeurer tremblante devant toi:
Lion, je voudrais être conduite par toi dans la chambre.

Époux, laisse-moi te caresser:
ma caresse amoureuse est plus suave que le miel.

Dans la chambre, remplie de miel,
laisse-nous jouir de ton éclatante beauté
Lion, laisse-moi te caresser:
ma caresse est plus suave que le miel.

Époux, tu as pris avec moi ton plaisir:
dis-le à ma mère, et elle t’offrira des friandises;
à mon père, et il te comblera de cadeaux.

Ton âme, je sais comment égayer ton âme:
Époux, dors dans notre maison jusqu’à l’aube.
Ton coeur, je sais comment réjouir ton coeur:
Lion, dormons dans notre maison jusqu’à l’aube.
Toi, puisque tu m’aimes,
donne-moi, je t’en prie, tes caresses.
Mon seigneur dieu, mon seigneur protecteur,
Mon Shu-Sin qui réjouit le coeur d’Enlil,
Donne-moi, je t’en prie, tes caresses.

Ta place douce comme le miel,
je t’en prie pose ta main sur elle,
pose ta main sur elle,
referme en coupe ta main sur elle comme un manteau Gishban,

inannaCette déesse fut appelée Inanna chez les Sumériens,ou « la bien-aimée d’Anou », déesse de l’amour physique et de la guerre.  Elle eut de nombreux autres noms chez des civilisations de la même époque. Il semblerait qu’elle a eu comme descendance Aphrodite en Grèce et Vénus à Rome.

 

(2) page 14 – Cachées par la forêt, Eric Dussert, Editions de La Table Ronde, Paris 2018.

Laissez-moi – Marcelle Sauvageot

marcellesauvageot

j'aime coup de coeurj'aime coup de coeurj'aime coup de coeurj'aime coup de coeurj'aime coup de coeur

Marcelle Sauvageot – Laissez-moi, Libretto, Editions Phébus, 2004. Première édition 1933

« Premier livre écrit par une femme qui ne soit pas de soumission … Livre de Tristesse noble ; livre de dignité ! Admirable ! » s’est écrié Clara Malraux à sa lecture.

Marcelle Sauvageot signe ici une œuvre bouleversante où se font écho le chagrin d’amour et la maladie dans une écriture de l’intime à la fois simple et déchirante.

De son amour disparu et qui la laisse plus seule encore face à la maladie, l’auteure sonde les splendeurs comme les faux-semblants dans une analyse à la fois profonde et cruelle.

A travers la radiographie à laquelle elle soumet le sentiment amoureux, les illusions dont il se nourrit apparaissent au fil de la narration, ainsi qu’une critique subtile des relations entre les hommes et les femmes de l’époque.

            « Si on te parle d’une femme, tu coupes la parole pour dire : »Elle est jolie ? », se moque-t-elle, pour remarquer plus loin que la dissymétrie des relations hommes/femmes prend toute sa mesure dans le fait qu’un homme attend de l’amour d’une femme qu’il soit « sans droits et sans exigences ». De ces femmes dont l’unique préoccupation est leur mari, elle se démarque totalement car elle a d’autres aspirations.

Elle n’est pas dupe : « J’essayais de garder un petit appui en dehors de vous, afin de pouvoir m’y accrocher le jour où vous ne m’aimeriez plus. »

            Elle note plus loin : « L’homme est : tout semble avoir été mis à sa disposition ». On attend de la femme un amour fait de soumission et c’est ce qui rend ce sentiment plus douloureux encore, parce qu’impossible pour une femme éduquée, intelligente et éprise de liberté.

Alors dans un ultime adieu fait à la fois de sauvagerie et de détresse, Marcelle Sauvageot pourra-t-elle s’écrier :

« Mais laissez-moi : vous ne pouvez plus être avec moi. Laissez-moi souffrir, laissez-moi guérir, laissez-moi seule. […]. Ne me demandez pas de vous regarder par-dessus l’épaule et ne m’accompagnez pas de loin. Laissez-moi ».

Il s’agit ici d’un très beau livre, qui à travers l’écriture de soi, esquisse le portrait d’une femme infiniment touchante, rendu plus émouvant encore à cause du destin terrible qui a été le sien. L’écriture est belle et le mouvement du récit  vous emporte sur le fil d’une émotion contenue par la maîtrise de la narration qui ne sombre jamais dans le mélodrame.

Elsa Zylberstein a joué ce texte aux Bouffes du Nord,  premier « one woman show »,Commentaire,  Dans un noir complet, ai-je lu, un bruit de train s’est fait entendre, et la comédienne, tout de noir vétu, les cheveux tirés en arrière, a offert ce texte aux spectateurs. Elle a écrit la très belle préface pour cette nouvelle édition.

La comtesse de Ricotta

la comtesse de Ricotta

Trois sœurs vivent dans un palais dont la splendeur n’est plus qu’un souvenir. Les appartements ont été vendus les uns après les autres, traduisant la décadence de cette famille dont la fortune a filé entre les doigts. Rien ne dure, tout s’en va, se perd, se délite. Noémi, l’aînée des sœurs se bat contre le temps qui passe ; elle cherche a restaurer le palais dans un vrai travail de Sisyphe, une fois une partie restaurée, c’est une autre qui s’effrite. La vie semble être pour elles un véritable tonneau des Danaïdes. Les possessions matérielles sont illusoires car rien ne dure.

Chacune des sœurs porte en elle une vulnérabilité certaine : Maddalena , féminine et sensuelle, ne parvient pas à avoir un enfant, Noemi s’épuise à la poursuite de son rêve, retrouver la splendeur passée du palais familial, la comtesse de Ricotta ne parvient pas à avoir un véritable métier et son fils, qu’elle élève seule, est victime des moqueries de ses camarades.

Toutes portent en elles, aussi profond que la blessure qui les rend à la fois si fortes et si fragiles, un rêve d’amour. Ces femmes décalées, hors des modèles traditionnels acquièrent pourtant une certaine liberté car elles échappent à la norme. Leur identité n’est pas stable et on peine à les définir. Cette indétermination rend les choses possibles. Elles peuvent être autres, différentes et donc éminemment mystérieuses. Emouvantes aussi… Leur fragilité, leur détresse font d’elles des femmes à la sensibilité exacerbée, capables des plus grandes folies et des plus grandes passions. Elle leur offre une aptitude merveilleuse à l’empathie, une générosité certaine : elles recueillent la vieille nounou malade, sont capables de voir la belle âme derrière l’habit grossier, le gentleman dans l’ouvrier. Cette inaptitude à la norme pourrait se révéler être une chance, leur donner une ouverture sur l’art et la beauté : tels ces services de table précieux que Noémi collectionne. Si le désir d’amour ouvre des failles, conduit au désespoir parfois, il permet aussi l’aventure, même si celle-ci ne se produit qu’au coin de la rue. Marguerite Duras parlait du gai désespoir : il y a de cela chez les personnages de Milena Agus. Elles sont fantasques, écorchées vives mais terriblement attachantes. Elles ne peuvent prendre au sérieux ce qui ne l’est pas : la famille bourgeoise, les honneurs, l’arrivisme. Elles seront spirituelles ou ne seront pas, amoureuses et désespérées, condamnées à l’inconfort.

Si Milena Agus avoue une part autobiographique dans ses livres, elle permet de comprendre chez elle l’origine de l’écriture. L’art ne naît que dans une certaine insatisfaction, un décalage, la solitude, une quête insatiable au cœur des hommes et des femmes pour lesquels il n’y a pas de véritable repos.

C’est pourquoi les livres de Milena Agus parlent au plus profond de moi-même, s’y ramifient dans une émotion continue. Cette femme a le don de me bouleverser, sans éclats, sans tambour, ni trompette, mais de manière toujours durable et profonde. Il y a ainsi des affinités entre un auteur et ses lecteurs. Une forme d’amour

Catherine Pozzi – Ave

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Ave

Très haut amour, s’il se peut que je meure

Sans avoir su d’où je vous possédais,

En quel soleil était votre demeure

En quel passé votre temps, en quelle heure

Je vous aimais

  Très haut amour qui passez la mémoire

Feu sans foyer dont j’ai fait tout mon jour,

En quel destin vous traciez mon histoire,

En quel sommeil se voyait votre gloire,

O mon séjour…

Quand je serai pour moi-même perdue

Et divisée à l’abîme infini,

Infiniment, quand je serai rompue,

Quand le présent dont je suis revêtue

Aura trahi,

Par l’univers en mille corps brisée,

De mille instants non rassemblés encor,

De cendre aux cieux jusqu’au néant vannée,

Vous referez pour une étrange année

Un seul trésor

Vous referez mon nom et mon image

De mille corps emportés par le jour,

Vive unité sans nom et sans visage,

Coeur de l’esprit, ô centre du mirage

Très haut amour.

 vignette les femmes et la poésie Catherine Pozzi est une poétesse française (1882-1934). Née dans un milieu aisé (son père était médecin et poète), elle fut mise dès sa jeunesse au contact des intellectuels les plus brillants de la fin du siècle. Elle se maria à Edouard Bourdet en 1907, dont elle se sépara peu après. Elle eut un fils de cette union, Claude.

Malade de la tuberculose, elle se consacra à des études d’histoire, de philosophie et de religion.

A partir de 1920, commença sa liaison avec Paul Valéry pour finir quelques années après en 1928. La morphine qu’elle prenait à l’époque pour soigner sa maladie commençait alors à exercer ses ravages.

Elle rencontra tous les grands esprits de son temps : Rilke, Julien Benda, Daniel Halévy, Anna de Noailles, Jean Paulhan, Raïssa Maritain et son mari.

Son oeuvre :

Agnès (nouvelle autobiographique), Six poèmes (1935), Peau d’âme, essai philosophique inachevé (1935).

  Son journal a été publié en 1987.

Source : Dictionnaire des femmes célèbres, Robert Laffont, Bouquins

La voix de tante Julia – Mario Vargas LLosa

la tante Julia et le scribouillard

Qui est donc cette tante Julia ? Julia a 32 ans, est bolivienne, et divorcée. Dans les années cinquante, au Pérou qui plus est, ce n’est pas une position enviable : « Ce qu’il y a de terrible pour une femme divorcée, ce n’est pas que tous les hommes se croient obligés de te faire des propositions, mais qu’ils pensent, puisque tu es une femme divorcée, qu’il n’est pas besoin de romantisme ».

Elle a sa beauté à elle, Julia, et son rire rauque, fort et joyeux lui fait ouvrir tout grand sa bouche, aux lèvres épaisses. Elle a aussi le sens de la répartie et raconte des histoires salées avec grâce. Mais la littérature, elle ne connaît pas, elle est même a-littéraire dit le narrateur, comme la plupart des femmes de son entourage. A peine si elle a lu quelques livres de Delly.

Elle est venue voir sa sœur au Pérou afin de « trouver » un mari. Elle est également la tante par alliance de « Varguitas » qui rêve de devenir écrivain mais poursuit « mollement » des études de droit pour faire plaisir à sa famille. Il travaille dans une radio dans laquelle il s’occupe des bulletins d’information quotidien.

Julia a un compatriote, Pedro Camacho qui écrit des feuilletons pour Radio central. Il a un très grand succès et ce sont des femmes pour la plupart qui l’écoutent.

D’ailleurs tous les bons ingrédients se retrouvent dans les feuilletons de Pedro : un peu de sexe, de la passion et des aventures. Les ficelles sont parfois un peu grosses mais le public en redemande.

Varguitas ne réussit pas à écrire, à peine a-t-il écrit quelques feuillets qu’il les froisse en boule et les jette à la corbeille. Pedro lui écrit tout le temps. Vivre est pour lui écrire.  Il est à la fois une parodie d’écrivain et en même temps « le seul qui, pour le temps consacré à son métier et l’œuvre réalisée méritait ce nom au Pérou ». Ses personnages de femmes, même s’ils sont parfois caricaturaux, sont souvent des personnages de femmes fortes, qui à un moment donné se révoltent, contre le mari, contre la société telle Dona Zoila et ses filles qui se révoltent et répondent aux coups du père ou cette jeune fille, Virago, qui joue dans les matches de rue, et possède autant d’agressivité que les garçons, ou ces prostituées qui sont délivrées un jour de leurs souteneurs.

Roman pour une partie autobiographique, Vargas Llosa, raconte ici comment il naquit à l’écriture à travers l’amour de Julia et la passion d’écrire et d’inventer de Pedro Camacho.

  J’ai beaucoup aimé la construction de ce roman, qui fait alterner les feuilletons radiophoniques de Pedro Camacho, à la fois mélodramatiques et grotesques, et l’histoire d’amour de Julia et Mario. J’ai souvent ri car ce roman est très drôle, toujours à la frontière du mauvais goût le plus total et tendre aussi car il raconte l’éveil amoureux d’un adolescent. La seule critique que je ferai peut-être est que je n’ai guère senti l’amour de Mario pour sa tante, l’émotion n’est pas venue de là mais davantage de l’histoire de Pedro Camacho, de son ascension et de sa chute.

Un très bon roman.

  Ce roman évoque le mariage de Mario Vargas LLosa avec Julia Urquidi Illanes, sa tante par alliance, à la fin des années cinquante. Elle était de dix ans son aînée et ils restèrent mariés une dizaine d’années. Elle l’aida beaucoup dans son métier d’écrvain.

vargas llosa urquidi 01Lecture commune avec   Hélène Choco

Lo que Varguitas no dijo

C’est la réponse de Julia Urquidi Illanes à Mario Vargas LLosa que l’on pourrait traduire par « ce que Vargas n’a pas dit ». Ils étaient respectivement âgés de 19 et 29 ans quand ils se marièrent en dépit de l’opposition de leur famille. Ils vécurent d’abord à Madrid où Mario Vargas LLosa avait obtenu une bourse pour un doctorat puis à Paris. Ils se séparèrent en 1964 quand Mario avoua par lettre à Julia qu’il était amoureux de sa nièce Patricia. Ce livre écrit en 1983, décrit un mariage perpétuellement en crise, et la jalousie terrible de Julia. Mais l’essentiel du livre n’est pas là; Julia raconte l’amour de Vargas LLosa pour la littérature, la façon dont elle le soutint et l’appuya quand il n’était pas encore connu. Il écrivit alors le livre qui sera publié quatre années plus tard sous le titre « La ville et les chiens ».