Histoire minuscules des révolutions arabes

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Ce livre est un recueil dirigé par Wassyla Tamzali. Née en Algérie, elle a exercé les fonctions d’avocat à Alger puis est entrée à l’UNESCO où elle a été chargée du programme sur les violations des droits des femmes. En 1996, elle a été nommée directrice du programme de l’Unesco pour la Promotion de la condition des femmes de la Méditerranée.

Pourquoi « histoires minuscules » ? »Parce que les révolutions sont arrivées par la grâce de héros minuscules, et que si elles existent c’est par leur vertu de mettre enfin l’homme – la femme – au centre du devenir arabe, chassant Dieu et la Nation. »

       Beaucoup de ces textes parlent de la haine des femmes révélée lors de ces rassemblements en Egypte place Tahrir, leurs seins que l’on dénude, photographie et placarde sur les murs pour les effrayer, les violences qu’elles ont subies, le viol entre autres visant à les décourager de s’engager en politique, ou de pratiquer des métiers tels que le journalisme.

          Tel ce vieux militaire algérien qui soliloque avec sa femme, essayant de lui expliquer encore une fois que les Algériens sont musulmans et que le féminisme, l’émancipation des femmes ce sont des idées étrangères qui n’ont pas leur place en Algérie. D’ailleurs c’est curieux, « le Monde bouge. la Syrie flambe, l’Egypte tangue, le Yémen s’insurge, la Tunisie mute » et l’Algérie ? Serait-ce parce qu’elle a déjà fait sa révolution? demande Mohamed Kacimi (co-auteur de Le jour où Nina Simone a arrêté de chanter).  

            Et le Liban ?

« […] le Liban joue à être une carpe aveugle. »se plaint Hyam Yared. « Trop peu de femmes dans ces foules », signale Michèle Perret. » Mais le jasmin est vivace, le printemps revient toujours. Les filles aux sourires d’ogresses tiennent bon dans les orages, les petites vieilles en haïk en ont vu d’autres. » Et Nadine Ltaïf de lancer ce poème comme un cri de guerre : « Ton cri Iman est comme un stylo/la dernière arme/entre tes mains/ et tu creuses un sillon/dans la terre/et tatoues la mémoire des femmes/Ton cri est un séisme. Iman Al Obeidi a été violée par les miliciens de Khadafi.

         En Tunisie, il fallut ce drame, l’immolation par le feu du jeune Mohamed Bouazizi de Sidi Bouzid suite à la perquisition de sa petite charrette de vendeur par les policiers de la municipalité, nous rappelle Lina Ben Mhenni. Peut-on imaginer un tel désespoir ? La rue s’est alors enflammée le 14 janvier 2011. On ne sait jamais d’où viennent les révolutions, elles sont imprévisibles. Toutes les frustrations s’accumulent jusqu’à un certain point. Sans le savoir, nous sommes toujours assis sur des braises.

Lina Ben Mhenni, cyberdissidente, blogueuse, et journaliste tunisienne. Son blog « A tunisian girl » fut interdit. (source photo Wikipédia)

Cécile Oumhani lui rend hommage dans son article « Bloggueuses rebelles ».

Hejer Charf avertit des lendemains qui déchantent, rappelle que Tahar Haddad, réformiste défenseur des femmes, fut l’inspirateur du moderniste Habib Bourguiba et du Code du statut personnel, auteur de « Notre femme dans la charia et dans la société » qui rappelait en 1930 : « Notre devoir nous appelle aujourd’hui plus que jamais à sortir la femme de cet obscurantisme des siècles passés et à la considérer comme un membre vivant et un comparse égal à nous dans la vie. »

Simone Molina avertit que parfois il faut partir, parce que rien n’est possible, et  » C’est alors que Semmia avait choisi de partir, de garder ses cheveux dénoués, son regard droit et fier qui lui valaient insultes. Elle voulait une vie où il serait permis de respirer l’air marin, seule au bout de la digue, sans crainte des regards absurdes qui renvoyaient chaque femme de ce pays solaire dans l’enfer de la soumission. »

Il reste beaucoup d’incertitudes un an après ce printemps arabe et les femmes ne semblent toujours pas à la fête…

A lire ce livre passionnant sur les événements de cette révolution arabe. Et je clos avec cet article mon mois commémoratif !

Puisque mon coeur est mort – Maïssa Bey

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Maïssa Bey est le nom de plume de Samia Benameur. Elle est née en 1950 en Algérie.

Maïssa Bey est le nom de plume de Samia Benameur. Elle est née en 1950 en Algérie.

Elle a suivi des études de lettres à Alger à Alger puis enseigne le français dans l’ouest algérien. Elle anime l’association « Paroles et écritures » à Sidi-Bel-Abbès depuis 2000 dont l’objectif est la création d’une bibliothèque avec organisation de rencontres avec des auteurs, ateliers d’écriture et animations diverses.

Elle a reçu en 2005 le grand prix des libraires algériens pour l’ensemble de son œuvre.

Maïssa Bey « Puisque mon cœur est mort, éditions de l’aube poche, 2011

L’auteure rappelle avec ce récit la décennie sombre des années quatre-vingt-dix en Algérie, lorsque le FIS s’est rallié en 1992 à la lutte armée qui a fait de nombreuses victimes parmi les civils algériens, victimes collatérales de l’affrontement entre les Islamistes et le pouvoir. La crise semble s’être résolue par le « pardon », l’amnistie de leurs crimes et le retour des « repentis » qui avaient pris le maquis pour s’engager dans des actions terroristes, dans leur foyer, après avoir accepté de déposer les armes en échange d’une impunité totale.

Mais ce récit est avant tout celui d’une mère, de sa douleur et de son désir de vengeance. Ce deuil prématuré et sa violence font d’Aïda une femme solitaire et rebelle, fermée à tout ce qui n’alimente pas son chagrin. Le souci des convenances et du qu’en-dira-t-on qui avaient jusque-là guidé sa vie s’efface progressivement devant les turbulences de sa douleur. Maïssa Bey décrit les soubresauts du cœur dans une langue précise et parfois abrupte mais toujours infiniment poétique.

Les femmes sont condamnées au silence et à la pudeur. Même leur douleur se doit d’être « raisonnable » et intérieure. Emprisonnées dans ce carcan, qui demande une constante maîtrise de soi, mais aussi une négation des sentiments et du droit à les exprimer, Aïda s’insurge et rompt les amarres avec sa communauté. Elle est la seule femme à ne pas porter de djellaba et à oser sortir de chez elle la tête découverte.

« Il leur faut des silences et des prières. Des visages fermés, des yeux baissés et des formules conventionnelles. »

Elle rencontre alors d’autres mères, comme ces mères de disparus qui à Alger tiennent des sit-in pour réclamer des nouvelles des leurs. Des mères qui ont aussi perdu leurs enfants, d’un milieu social beaucoup plus défavorisé, qui doivent surmonter des difficultés matérielles insolubles, la promiscuité avec les autres membres de leur famille, et dont le courage et la ténacité va lui permettre de trouver ses propres ressources pour avancer jusqu’au dénouement final …

Je me suis laissée prendre par l’écriture de Maïssa Bey même s’il ne se passe, à vrai dire, pas grand-chose dans ce livre. On se laisse gagner par le récit de cette femme, on entre en empathie avec elle et on la porte jusqu’au bout de la lecture, même si la fin, inattendue, attriste et déconcerte. On comprend depuis le début

Maïssa Bey - Comédie du Livre 2010 - P1390386
Maïssa Bey – Comédie du Livre 2010 –

qu’il n’y aura de toute façon aucun happy end possible et que la tragédie répondra à la tragédie. L’écriture d’une grande qualité, brève et précise, tourmentée et sèche, ou profonde et triste sert le récit magnifiquement. Elle est la petite musique intérieure qui nous captive tout au long du récit.

Milena Agus / Nicole Garcia

Sur le stand des auteurs du Salon du livre 2012 à Paris a eu lieu une belle rencontre et un intéressant dialogue entre Milena Agus, dont je viens juste de terminer le dernier livre et Nicole Garcia dont j’aime également beaucoup les films, « Un balcon sur la mer » est l’un des derniers que j’ai préférés. Je me suis donc armée de mon calepin et de mon stylo et j’ai pris quelques notes.milena 1

 

« La princesse de Ricotta » de Milena est-il un livre sur les perdants ? demande la journaliste qui doit animer le débat. Des trois comtesses qui habitent trois appartements dans l’ancien palais familial aujourd’hui en décrépitude à Cagliari en Sardaigne, l’une, Maddalena, n’arrive pas à avoir d’enfants, l’autre, Noemi, souhaiterait rétablir la splendeur ancienne du palais mais n’y parvient pas, la troisième, la comtesse de Ricotta, qui ne sait rien faire, a un fils qui louche et ne réussit pas à rencontrer l’amour. On la nomme princesse de Ricotta car avoir des mains de Ricotta veut dire être maladroit. En effet la ricotta est un fromage mou sans grande consistance. Ce sont des gens qui ne réussissent pas mais qui essaient désespérément.milena 2

Milena Agus explique que c’est sans doute un peu autobiographique car elle ne se sent pas elle-même faire partie des gagnants, aussi éprouve-t-elle une certaine sympathie pour les perdants. Il s’agit peut-être à travers l’écriture de donner une revanche possible pour les perdants. Et le public a aimé une histoire qui est à rebours de l’air du temps qui glorifie plutôt la réussite et l’argent.

  L’amour est la chose la plus difficile à saisir et pourtant la plus importante. Si on n’est aimé par personne, alors on n’est rien. C’est le sentiment de l’écrivain.

  Nicole Garcia va adapter le livre « Mal de pierres » au cinéma.  Elle l’a perçu comme l’histoire d’une femme qui est contrainte à une grande construction fantasmatique pour pouvoir vivre sa vie conjugale avec son mari. Il lui faut ce détour nécessaire pour aimer son mari si tant est qu’elle parvient à l’aimer. Elle joue tout au long du roman avec les ellipses , c’est un roman ambitieux et qui a séduit Nicole Garcia. Elle raconte qu’elle avait lu ce livre d’une traite, dans le train, en allant de Paris à Marseille. C’est alors qu’elle s’est dit « Il faut absolument que j’adapte ce livre ». La transmission du secret saute une génération et cela doit devenir l’axe de narration du film. Au cinéma, il est nécessaire de suivre un espace-temps. C’est donc la grand-mère qui va raconter son histoire à la petite fille. Selon Nicole Garcia, c’est un hymne à la conjugalité et à l’amour durable. Et si elle s’est reconnue dans le livre de Milena Agus, c’est parce qu’elle aussi parle de perdants dans ces films au début de l’histoire, mais le film leur fait toujours gagner quelque chose. Il y a dans ces histoires, un rêve d’amour qui porte très haut les femmes, une sorte d’ubris. L’héroïne de Mal de pierres va inventer cette histoire pour arriver à vivre.

  Milena Agus raconte que c’est seulement à la fin de l’histoire qu’elle a soudain décidé qu’elle n’avait pas eu lieu. Dans la première version, l’histoire s’arrêtait au moment où le grand-père perdait une jambe à la guerre. Elle s’est rendue compte que le plus beau était de se trouver face à quelque chose qu’on n’attendait pas. Donc elle a construit la psychologie de son personnage de cette manière : une femme qui ne peut vivre qu’un amour imaginaire, qui est incapable de vivre un amour réel, avec lequel elle est obligée de composer. D’où le pouvoir singulier de l’écriture…

 Pour Nicole Garcia, le véritable amour, c’est son mari qui le lui a donné en étant tout simplement .

  Milena Agus a vu certains films de Nicole Garcia et les a beaucoup aimés. Elle estime que la cinéaste peut faire ce qu’elle veut de cette histoire car le cinéma est une autre forme d’art qui a son propre langage.

A partir des détails on arrive au général, c’est ce qui l’a frappée dans ses films.

  Nicole Garcia nous informe que le film sortira dans les deux prochaines années mais que les acteurs ne sont pas encore choisis. Elle n’a encore qu’une vague idée.

  Le journaliste revient sur « la comtesse de Ricotta » et dit que la presse italienne a comparé le livre aux trois sœurs de Tchékov. Milena Agus avoue que c’est en fait un hommage à Grazia Deledda (Sarde qui fut prix Nobel en 1926).

Elle ajoute qu’elle est fille unique et qu’elle a des sœurs amies qui sont toutes également filles uniques. Ce sont des personnages féminins qui bâtissent son œuvre, c’est naturellement que ça surgit car c’est ce qu’elle connaît le mieux. ». Pendant longtemps la Sardaigne a été une société matriarcale, c’étaient les femmes qui avaient les clefs attachées à leur ceinture. Le mari avait la place de l’ombre.

Toutefois dans ses romans, il y a toujours de très belles figures masculines, comme la figure du grand-père qui passe toute sa vie à faire semblant de ne pas comprendre.

  La rencontre s’achève plus tard avec un autographe de celle qui est vraiment un de mes écrivains préférés et dont je ne raterai jamais aucun livre.

 

Les romancières tunisiennes : entre tradition et modernité

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source Cyberien -Tous droits réservés

          Les femmes n’écrivent pas d’une façon différente en fonction de leur sexe mais ont eu un accès à l’écriture spécifique du fait de leur genre. Cet accès a été plus difficile et marqué de nombreux interdits, le « silence matériel et symbolique » des femmes étant la preuve de leur pudeur et de leur retenue. Leur accès à l’éducation supérieure a été aussi plus tardif que celle des hommes et a conditionné la maîtrise de l’acte et du projet d’écriture. L’histoire littéraire des femmes est indissociable, de ce fait, de l’histoire des femmes. C’est également la raison pour laquelle certaines des thématiques de leurs œuvres peuvent être des témoignages de leur situation de femmes, de leur révolte et des injustices qu’elles subissent. L’écriture est alors un moyen de libérer une parole tue ou asservie, et d’accéder à une reconnaissance. Les quelques pionnières qui ont été l’exception qui confirme la règle sont les romancières venant de la communauté juive (voir Marta Segara – Les nouvelles romancières francophones du Maghreb).

         Dans cet ouvrage, elle explique le choix du français comme « voie de libération » par opposition à la langue arabe considérée comme « la langue du pouvoir patriarcal et religieux qui empêche l’amélioration de leur condition».  Les femmes du Maghreb furent le symbole de la terre outragée, gardiennes des traditions, représentantes de l’espace privé et de la transmission orale des coutumes face à l’emprise de la colonisation. Toute modernité était de ce fait considérée comme occidentale et donc condamnable. Dans une société où la séparation des sexes était déjà relativement marquée, ce retrait symbolique des femmes dans l’espace domestique du foyer a considérablement empêché ou ralenti l’accès des femmes à l’écriture et leur insertion dans l’espace public.

         La division sexuée de l’espace privé et de l’espace public a ainsi acquis une rigidité d’autant plus forte que la menace était grande. Assia Djebar dans l’Amour, la Fantasia, dit que le langage de la femme a été voilé comme son corps.

Françoise Collin cite Rosi Braidotti selon laquelle, pour une femme, « habiter la langue » est toujours « habiter plusieurs langues » en dehors même du colonisateur car la langue, ses codes, les institutions qui lui sont liées (Académie etc.) ont été établis par les hommes, pour les hommes, traduisant leur espace mental et fantasmatique.

En conclusion de mes lectures, je pourrais dire de manière un peu schématique que les romancières ou écrivaines ont investi l’écriture à  la fois pour se construire en tant que sujet et recouvrer une autonomie que la tradition leur a dénié, pour affirmer la dimension politique de l’égalité des sexes en réaction à l’oppression, et pour explorer des thématiques liées profondément à l’univers féminin (champ dans lequel les femmes ont été longtemps retranchées et qui a nourri leurs expériences, notamment les écrivaines des années 30), qu’elles sont aujourd’hui partagées entre la modernité représentée par l’Occident mais aussi l’ancien colonisateur, et la tradition qui représente les liens affectifs avec la famille et l’identité nationale véhiculés plus particulièrement par la langue arabe. Il y a également un autre mouvement qui apparaît ces dernières années et qui revendique le port du voile et l’appartenance à une culture traditionnelle fortement modelée par la religion musulmane (voir Jelila Behi  sans contrainte l’islam au féminin)

Certains auteurs mentionnaient dans les années quatre-vingt-dix, des problèmes de diffusion des œuvres littéraires en Tunisie (voir la littérature maghrébine d’expression arabe) mais aussi de censure. Il semble que la situation se soit considérablement amélioré, vingt ans après, notamment grâce à de  jeunes et dynamiques maisons d’éditions qui ont dans leur catalogue de nombreuses femmes auteurs. Les éditions Elyzad sont nées en 2005 à Tunis et ont pour projet de présenter des ouvrages d’une littérature « vivante, moderne et qui s’inscrit dans la diversité ». Elle ne néglige pas les réseaux sociaux, partenariats avec des blogs, qui ont contribué à la faire connaître.

Les romancières tunisiennes les plus citées :

  Noura Bensaad

Née à Salambô en Tunisie de père tunisien et de mère française, Noura Bensaad rédactrice Web après avoir été professeur de français et traductrice. Elle a publié aux éditions l’Harmattan : L’immeuble de la rue du Caire (roman, 2002) et Mon cousin est revenu (nouvelles, 2003). Son deuxième recueil de nouvelles Quand ils rêvent les oiseaux paraît aux éditions elyzad (2009).

Souad GUELLOUZ

née le 30 Décembre 1937 à Metline. 

Auteur de plusieurs ouvrages : La vie simple en 1957 (publié en 1975), « Les jardins du nord » en 1982, Myriam ou le rendez-vous de Beyrouth en 1998, ainsi que de nombreux poèmes, dont un recueil, en français avec sa traduction arabe, Comme un arc en ciel  Elle a obtenu le prix « France-Méditerranée » en 1983, à Paris, pour Les jardins du nord, Le Comar d’Or, à Tunis, pour « Myriam ou le rendez-vous de Beyrouth »

Azza Filali

Azza Filali est née en 1952. Elle est professeur de Gastro-entérologie à l’hôpital La Rabta à Tunis. Elle a par ailleurs obtenu un master en philosophie à l’université Paris-I en 2009.

Elle a publié des romans, des nouvelles et des essais :  Vingt ans plus tard  (Elyzad 2009), L’heure du cru (2009), Ouatann (2012)

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Emna Belhaj Yahia

Elle est née à Tunis où elle vit encore aujourd’hui. A enseigné la philosophie pendant plusieurs années.

L’Étage invisible (Joëlle Losfeld / Cérès, 1997), Tasharej (Balland, 2000). Jeux de rubans (Elyzad 2011)

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Hélé Béji 

Ecrivain francophone tunisienne
Née à Tunis en 1948. Agrégée de lettres modernes, elle a enseigné la littérature à l’Université de Tunis avant de travailler à l’Unesco en tant que fonctionnaire internationale. Elle fonde le Collège international de Tunis en 1998.

Désenchantement national. Essai sur la décolonisation, (éd. François Maspéro, Paris, 1982) ; L’œil du jour, (éd. Maurice Nadeau, Paris, 1985, rééd. Cérès Productions, Tunis, 1993) ; Itinéraire de Paris à Tunis : satire, éd. Noël Blandin, Paris, 1992 ; L’art contre la culture : Nûba, éd. Intersignes, Paris, 1994 ;Dernières nouvelles de l’été, éd. Elyzad, Tunis, 2005 ;Une force qui demeure, éd. Arléa, Paris, 2006 ;Entre Orient et Occident. Juifs et musulmans en Tunisie, éd. de l’Éclat, Paris, 2007 ; Nous, décolonisés, éd. Arléa, Paris, 2008 ; Islam pride.  Derrière le voile, éd. Gallimard, Paris, 2011

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Fadhila Chebbi

Elle est née en 1946 à Tozeur, poétesse d’expression arabe. Elle a été professeur d’arabe pendant plus de trente ans. Son premier recueil s’intitule « Odeurs de la terre ». Elle reçoit en 1988 le prix Zoubeida B’chir pour la création littéraire en langue arabe ainsi qu’en 2 009 pour son recueilBourouk El Mata.

Mais elle a écrit aussi des nouvelles, romans et livres pour enfants.

Références :

Le site Internet le plus riche : www.limag.com

Littérature francophone. Tome 1 : Le Roman. Ouvrage collectif sous la direction de Charles Bonn et Xavier Garnier, Paris, Hatier et AUPELF-UREF, 1997

Jean Déjeux – La littérature féminine de langue française au Maghreb (Paris – Karthala – 1994)

La question du droit des femmes en Tunisie par Abir Krefa

Corps et sexualité chez les romancières tunisiennes :Enjeux de reconnaissance, coûts et effets des « transgressions » par Abir Krefa

Romancière égyptienne : May Telmissany

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May Telmissany fait partie de ces romancières qui ont quitté l’Egypte et vivent à l’étranger. Difficile d’être une intellectuelle et de vivre en femme libre en Egypte ! L’auteure est née au Caire en Egypte et réside en permanence au Canada.. Elle a obtenu une maîtrise de lettres françaises à l’Université du Caire en 1995. Elle a entrepris des recherches sur Marcel Proust afin de préparer un doctorat de littérature comparée à l’Université de Montréal.

Son oeuvre traduite en français :

A Héliopolis, le nouveau quartier du Caire construit au début du XXe siècle sur un site pharaonique, un monde en voie de disparition. A travers l’histoire de Micky, l’enfant-narratrice, de sa mère, de sa grand-mère et de ses tantes, se dessine la carte des espaces féminins oubliés où se greffe l’Egypte des années 70.

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Une invitation à pénétrer dans les hammams égyptiens, lieux de détente et de rites, connus pour leurs vertus thérapeutiques, menacés par l’évolution des traditions et la pression immobilière. Le travail photographique de P. Meunier rend compte de l’architecture de ces bâtiments : décors orientaux, objets insolites, couleurs chaleureuses.

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Après la disparition de sa fille, une jeune femme reprend peu à peu pied dans la vie grâce au récit qu’elle fait de son deuil.

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Les femmes mènent l’enquête : Mary Lester

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Vignette Les femmes mènent lenquèteJ‘ai fait la connaissance de cette intrépide jeune enquêtrice grâce à un livre qu’on m’a prêté, qui se décline en deux tomes et s’intitule « Villa des quatre vents ». Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de romans policiers, le dernier devant être « Millenium ». Jean Failler suit de près la jeune femme et nous raconte une de ses enquêtes. J’avoue que j’aime beaucoup les changements de genre en littérature ! On peut s’amuser à décrypter la façon dont l’auteur se met dans la peau de cette jeune femme !

Mary est jeune, la trentaine et si l’on en croit la photographie sur la couverture du livre, plutôt blonde. Elle est célibataire, sans enfants, et les hommes de sa vie sont plutôt des amis que des amants, même si elle a un petit ami Lillian Rimbermin qu’elle voit de manière épisodique. Elle ne fait pas non plus l’apologie de la fidélité. Elle est née à Quimper, de Jean-marie Le Ster, capitaine marchand, et Thumette-Prunelle Draoulec, pianiste décédée.

Intelligente et cultivée, elle possède une licence de droit, le CAPA ( certificat d’aptitude à la fonction d’avocat, sait jouer du piano et écrit des romans policiers.

Elle est libre, indépendante, un brin cynique mais foncièrement intègre. Elle méprise le danger mais n’est pas téméraire pour autant : elle n’a rien d’une écervelée.

Elle ne s’en laisse pas compter, sait déjouer les pièges qu’on lui tend et possède des amis puissants. Pendant un temps, elle a exercé le métier de journaliste d’investigation et a de nombreuses relations dans ce métier.

Amandine Trépon, sa voisine, lui sert à la fois d’amie et de gouvernante, lui mitonne de bons petits plats et entretient son jardin.  Le commissaire Fabien, son supérieur, est une sorte de père de substitution, à la fois autoritaire et bienveillant qui admire le courage et l’énergie de cette jeune femme.

Pour finir, née à Quimper, Mary Lester est profondément attachée à sa Bretagne natale, ce qui lui fait fuir les promotions qui l’obligeraient à habiter Paris ou la région parisienne.

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Résumé de l’éditeur

Enquête de Mary Lester n°37 – Villa des Quatre Vents – Tome 1

Un double meurtre bien mystérieux vient d’être découvert dans le Finistère Nord. Un homme d’affaires parisien, Louis Sayzé, et sa jeune amie sont retrouvés chacun avec une balle dans le coeur à la Villa des Quatre Vents, une vaste maison isolée au milieu des champs d’artichauts et de choux-fleurs.

Enquête de Mary Lester n°37 – Villa des Quatre Vents – Tome 2

L’enquête menée par Mary Lester sur le double meurtre de la Villa des Quatre Vents l’a conduite dans la région parisienne où vivaient les victimes. À peine a-t-elle gagné la capitale que les deux flics des Renseignements généraux rencontrés en Bretagne resurgissent, nettement moins cordiaux cette fois. Ils n’apprécient pas qu’une fliquette de province vienne empiéter sur leurs plates-bandes et sont décidés à employer la manière forte pour la dissuader de poursuivre son enquête.

Nourredine Saadi et Aliaa Magda El Mahdi, jeune blogueuse égyptienne qui posa nue sur son blog

Il est né et a grandi à Constantine. Professeur à l’Université d’Alger jusqu’en 1994 et depuis, à l’université d’Artois en France où il enseigne le droit public et la science politique. Ecrivain, il a notamment publié Dieu-Le-Fit, 1996, La Maison de lumière, 200, La Nuit des origines, 2005, Il n’y a pas d’os dans la langue, 2008 etc…Il a obtenu le Prix Kateb Yacine, et le prix Méditerranée.

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 « Vous criez « Liberté » sur cette place de la Liberté, vous voulez chasser les nouveaux pharaons, le dictateur, le taghout, mais vous avez peur de vos femmes, des épouses que vous engrossez, des poupyates que vous enfermez, des charmoutates que vous voilez, des qahbates que vous méprisez, des bonnes que vous cognez, des maîtresses que vous achetez, de vos mères castratrices, peur pour l’hymen de vos filles, peur du qu’en-dira-t-on, peur de vos ombres, peur de vos peurs, peur de vous-mêmes »

Nourredine Saadi prend ici la voix d’une femme Aliaa Magda El Mahdi, jeune blogueuse égyptienne qui avait posé nue sur son blog pour défendre les droits des femmes. Sur Facebook, elle a lancé un cri contre la société de son pays, où le sexisme et le harcèlement sexuel sont monnaie courante. Cela viendrait selon elle du fait que les femmes sont considérées comme des objets sexuels.

« Cachez les livres d’arts et écrasez les statues archéologiques nues, puis enlevez vos vêtements et regardez-vous dans le miroir. Brûlez vos corps que vous méprisez dans le but de vous débarrasser de vos complexes sexuels pour toujours, avant de diriger vos insultes sexistes contre moi et de nier la liberté d’expression » cité par Wikipédia

Les trois saisons de la rage – Victor Cohen Hadria

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Victor Cohen Hadria – Les trois saisons de la rage – Prix des libraires – Le livre de poche n°32530 – Editions Albin Michel 2010

« Qu’importe tout cela, à présent elle est libre. Orpheline, veuve et libre. » Libérée de la tutelle du mari et du père. »

Vignette Les personnages féminins dans l'ecriture masculineIl y a des prix qui sont comme des bons crus auxquels on peut faire confiance sans aucune hésitation : le prix des libraires est de ceux-là, et le prix des lectrices Terrafemina et sa sélection va devenir, je le sens, une référence, tant le comité de sélection a su privilégier des ouvrages de qualité. Pour l’instant, aucun des livres soumis à nos votes ne m’a ennuyée et nombreux parmi eux ont été de belles découvertes. L’année prochaine, c’est sûr, je lirai encore la sélection proposée.

Le livre de Victor Cohen Hadria est une petite merveille et j’ai pris beaucoup de plaisir à sa lecture. Outre le fait qu’il est extrêmement bien écrit, dans une langue fluide, claire et élégante, ce livre est aussi un témoignage extrêmement bien documenté sur la vie et les mœurs dans le monde rural au temps des guerres napoléoniennes. Il possède également une dimension politique et philosophique vraiment intéressante sur l’homme, son destin et ses turpitudes à travers le journal et les réflexions d’un médecin de campagne.

Jean-Baptiste Le Cœur est médecin de campagne au cœur de la Normandie profonde, plus exactement à Rapilly, où il exerce son Art, dans ce dix-neuvième siècle qui se voit bouleversé par des innovations importantes, comme le chemin de Fer, mais aussi de nouvelles idées et de nouvelles pratiques dans le champ de la médecine : le premier vaccin contre la variole a été mis au point en 1798, de nouvelles conceptions en matière d’hygiène se développent dans la prévention des épidémies et des infections post-opératoires.

Jean-Baptiste tente d’écrire un traité sur la rage et ses causes, mais distrait par ses propres émois amoureux, son ouvrage s’infléchit au gré de ses rêveries érotiques (il est veuf et en mal d’amour) vers un tour très personnel. Sa théorie sur les causes de ce mal a de quoi surprendre de nos jours et paraît bien fantaisiste. Ce libre penseur est convaincu que le désir sexuel, s’il n’est pas satisfait, peut causer les plus grands désordres physiques et mentaux. Il observe combien les interdits qui pèsent sur le corps et sa libre jouissance entravent le bon développement des individus.

Les hommes s‘en arrangent plus ou moins bien ; il existe des maisons de Tolérance pour calmer de trop fortes ardeurs et les multiples aventures qu’un homme peut se permettre sans encourir la réprobation sociale qui guette les femmes dont la nature trop sensuelle conduirait aux mêmes ébats. Mais bien sûr, c’est une constante dans les sociétés, la femme assure la pureté de la descendance et sa sexualité doit être bien gardée. Les premiers préservatifs apparaissent déjà et des techniques plus ou moins hasardeuses pour éviter les grossesses. Sous des manières hypocrites, les contemporains de Jean-Baptiste s’en donnent à cœur joie. On brave l’interdit, quitte à aller à confesse et à réciter quelques pater noster.

Mais attention, avertit un père, « Dieu sait que je serais mal placé de condamner les amusettes que l’on accomplit dans les granges et que je n’aurais guère de droit à t’enseigner ce que tu devrais faire de tes humeurs. », pour autant le mariage est chose sérieuse, on prend une vraie épouse, pour la vie, le travail et la descendance. D’ailleurs, on porte les femmes trop ardentes aux Carmélites car « quelquefois toute cette frénésie se peut résoudre dans l’amour de Dieu. ».

Cette condamnation de la sexualité par la religion, l’ignorance des femmes à l’égard de leur corps, couvrent les pires abus et les pires excès. L’homme, s’il n’est pas éduqué, se laisse submerger sans plus de raison par cette sexualité débordante et aveugle, se privant du même coup de l’amour et la complicité d’une vraie compagne.

Dans un roman passionnant, Victor Cohen Hadria conduit ses personnages de main de maître de cette rage de vivre et d’aimer à un équilibre plus subtil qui pour autant ne condamne pas les passions du corps. A lire …

Joyce Mansour – L’appel amer d’un sanglot

joyce-mansour

L’appel amer d’un sanglot
Venez femmes aux seins fébriles
Écouter en silence le cri de la vipère
Et sonder avec moi le bas brouillard roux
Qui enfle soudain la voix de l’ami
La rivière est fraîche autour de son corps
Sa chemise flotte blanche comme la fin d’un discours
Dans l’air substantiel avare de coquillages
Inclinez-vous filles intempestives
Abandonnez vos pensées à capuchon
Vos sottes mouillures vos bottines rapides
Un remous s’est produit dans la végétation
Et l’homme s’est noyé dans la liqueur
Carré Blanc (1965)

J’ai volé l’oiseau jaune
Qui vit dans le sexe du diable
Il m’apprendra comment séduire
Les hommes, les cerfs, les anges aux ailes doubles,
Il ôtera ma soif, mes vêtements, mes illusions,
Il dormira,
Mais moi, mon sommeil court sur les toits
Murmurant, gesticulant, faisant l’amour violemment,
Avec des chats.
Joyce Mansour.

Joyce Mansour (née Joyce Patricia Adèx) à Bowden en Angleterre en 1928, disparaît en 1986.Poétesse égyptienne d’expression française liée au surréalisme, son premier recueil de poèmes « Cris » a été publié chez Seghers. Son écriture du désir lui assura une réputation sulfureuse. Les Têtes Raides ont mis en musique un de ses poèmes.

Marie d’Agoult – L’histoire d’une vie

File:Marie d’Agoult by Henri Lehmann (02).jpg

Née de Flavigny, comtesse d’ (dite Daniel Stern). Femmes de lettres française (Francfort-sur-le-Maine, 31 décembre 1805-Paris 5 mars 1876). Son père, militaire, émigra dès les débuts de la Révolution en Allemagne. Elle choisit un pseudonyme masculin, Daniel Stern pour publier. Elle s’engagea dans la création littéraire mais aussi dans la bataille politique et sociale.

En 1809, sa famille s’établit en Touraine, où elle reçut une solide formation intellectuelle. Sa mère, Marie-Elisabeth Bethmann était allemande ; elle lui apprit  l’allemand, tandis que son père l’initiait à la littérature française. Elle a lu Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand et Lamartine.

En 1827, elle épousa un colonel de cavalerie, Charles d’Agoult, et devint dame d’atours à la cour. Marie d’Agoult était ravissante, distinguée, pleine d’esprit. Son salon parisien réunissait l’élite des lettres et de la musique : Vigny, Chopin, Meyerbeer, Rossini, etc.

Sa rencontre avec Franz Liszt rompit le cours d’une vie qu’elle-même jugeait frivole et monotone.

« Dès le premier instant, j’eus la révélation d’une nature souverainement grande ; je sentis, qu’invinciblement attirée, mon âme allait se perdre, s’abîmer dans la sienne »

Franz Liszt
Franz Liszt (Photo credit: Wikipedia)

 En 1835, elle abandonna son mari et sa fille née en 1830 (plus tard comtesse de Charnacé) pour s’installer à Bâle avec son amant. Par lui, elle fit connaissance de George Sand qui vint rejoindre le couple en 1836.

« « […] en George, Marie apprécie la femme indépendante, l’artiste de talent, l’amie brouillonne et généreuse qui reçoit avec libéralité dans sa propriété de Nohant », « En Marie, George reconnaît une femme libre, cultivée, polyglotte, musicienne accomplie […][1] Elle vécut neuf années de bonheur avec Liszt, tantôt à Rome, Londres ou Paris. Elle lui donna un fils (mort en 1859) et deux filles. La première, Blandine épouse Emile Ollivier ; la seconde, Cosima, devint Mme Wagner.

Elle rompit avec Liszt en 1844 et, dès lors, entama une carrière littéraire. Son seul roman Nélida (1846) fit sensation[2] : elle y racontait de manière à peine voilée ses amours avec le compositeur hongrois. Martine Reid, au contraire, juge l’œuvre « d’un sentimentalisme assez convenu, (qui) ne rencontre que peu de succès lors de sa parution en 1846 ».[3]

« Elle est fort belle, disaient plusieurs hommes.

          Mais sans expression aucune, observait une merveilleuse sur le retour.

          Pourquoi sa tante ne lui met-elle pas un peu de rouge ? ajoutait une femme couperosée.

          Elle a tout gardé pour elle, répondait le jeune élégant. Ne remarquez-vous pas combien la vicomtesse acquiert de fraîcheur et d’éclat avec les années, ; chaque hiver, je trouve à son teint un velouté plus séduisant, des dégradations mieux observées. Depuis un mois elle tourne décidément à la rose du Bengale. »

« Valentia », une de ses nouvelles, (1845-1846) » pose la problématique de l’enfermement carcéral des femmes de ce siècle. Statut inexistant d’orpheline, mariage forcé, dépendance totale vis-à-vis d’un époux qui ne tolère même pas que son épouse lise. Elle s’échappe, et rencontre la passion mais cette histoire est un échec et la conduit au suicide » (Evelyne Wilwerth)

texte en ligne sur Gallica : Valentia, Hervé, Julien 

 L’année suivante, elle publiait son essai sur La liberté considérée comme principe et comme fin de l’activité humaine. Elle salua avec enthousiasme la révolution de 1848, dont portent trace ses Lettres républicaines parues dans le Courrier français . Son Histoire de la révolution de 1848 (3 vol ., 1850-1853) fit beaucoup pour sa notoriété. L’ouvrage a le charme d’un texte écrit sans recul par un auteur passionné.

            Sous le second Empire, elle ouvrit un salon qui réunit la plupart des opposants au régime, et voyagea beaucoup, notamment en Italie, dont elle rapporta Florence et Turin, études d’art et de politique (1862) et en Hollande, ce qui lui permit d’écrire L’histoire des commencements de la république des Pays-Bas (1872). Outre des essais historiques, Marie d’Agoult a laissé des Souvenirs (1875) qui s’arrêtent avant le début de sa liaison avec Liszt. Ses mémoires, qui couvrent la période 1833-1854, ont été publiées en 1927.

Martine Reid, dans la collection « Femmes de lettres » en Folio a réédité une partie de « Mes souvenirs » en 2009.

Bibliographie : J. Vier, La comtesse d’Agoult et son temps, Colin, 6 vol (1955-1963)

D. Desanti, Daniel ou le visage secret d’une comtesse romantique ? Marie d’Agoult, stock 1980

Ch. F. Dupêchez, Marie d’Agoult, Perrin 1989

Dictionnaire des femmes célèbres, Robert Laffont

Visages de la littérature féminine, Evelyne Wilwerth


[1]  Préface de Martine Reid à l’édition Folio.

[2] Dictionnaire des femmes célèbres, Robert laffont

[3] ibid Martine Reid

La romancière égyptienne Ahdaf Souief et la révolution

« They told us we were divided. They told us we’re extreme. They told us we’re ignorant, » says Soueif, surrounded by demonstrators. « But here we are, and we’re great. »

La romancière égyptienne Ahdaf Souief a participé aux manifestations de la place Tahrir. « Ils ont dit que nous étions divisés Ils ont dit que nous étions des extrémistes. Ils ont dit que nous étions ignorants, » « Mais nous sommes là et nous sommes puissants ».
Elle est née au caire et a grandi en Egypte et en Angleterre. Elle s’est imposée comme une grande romancière d’aujourd’hui. Son roman « Lady Pacha », grande fresque historique et romanesque a été finaliste du Booker’s Prize 1 999.
Un an après les événements de la place Tahrir, alors que l’armée dirige toujours le pays et que la démocratie n’est encore qu’un rêve, elle raconte ce que furent ces dix-huit jours afin de ne pas oublier que cela est vraiment arrivé, que cela n’a pas été seulement un mirage, ni une illusion. Ce fut pour elle, l’expérience unique d’un projet et d’un but commun qui souda et réunit une grande partie de la population.Et s’il s’agissait de renverser le régime et de trouver un remède aux maux dont souffre la société égyptienne, ce fut aussi une expérience profondément humaine, un nouveau rapport avec les autres, et la sensation de vivre pendant dix-huit jours comme ils le voulaient.
Cairo book cover
Livre publié en français :
Ahdaf Souief
1900. Lady Anna Winterbourne rencontre en Egypte Sharif Pacha al Barudi, nationaliste égyptien. Elle représente l’Angleterre coloniale qu’il déteste, il incarne l’Egypte authentique. Ils vont tomber amoureux l’un de l’autre et se marier. En 1997, leur descendante vit aussi une passion pour un Egyptien. Elle se rend au Caire, avec, dans sa malle, le journal d’Anna.

Des femmes et de l’écriture das le bassin méditerranéen

« Qu’il soit prise directe avec soi-même pour compenser des manques, ou affrontement avec les mots, ou même dénonciation d’un ordre établi, le roman écrit par des femmes est une mise à feu, un règlement de compte avec un monde créé par l’homme aux mesures de l’homme qui a inventé la guerre, hérissé la planète de barbelés et fait croire à la femme qu’elle n’a pas de valeur en dehors de lui. »

 

des-femmes-et-de-lecriture-le-bassin-mediterraneen

 

Résumé de l’éditeur

 

Le pouvoir de l’écriture qui soulève le problème du rapport des sexes sera une compensation à un pouvoir politique féminin souvent absent sur les deux rives de la Méditerranée, en particulier sur la rive Sud. Des littéraires, linguistes, philosophes, psychologues, sociologues, anthropologues, juristes, et journalistes ont examiné et analysé dans des approches pluridisciplinaires l’écriture des femmes du bassin méditerranéen donnant aux lecteurs et lectrices qui s’interrogent sur le sujet des outils de réflexion qui leur permettront d’alimenter leur propre travail. Un ouvrage dirigé par Carmen Boustani et Edmond Jouve.

Les romancières égyptiennes : Out-el-Kouloub (1892-1968)

Dans mes recherches, la première femme dont le nom est apparu est Out-el-Kouloub,

Cover of "Ramza (Contemporary Issues in t...
Cover via Amazon

, pseudonyme d’Out El-Demerdachia, née au Caire en 1892 et décédée en Autriche à Graz en 1968, à l’âge de 76 ans. Elle est aujourd’hui pratiquement oubliée et les quelques livres qui furent traduits dans notre langue sont épuisés. Elle était fille d’un cheikh de confrérie soufie et publia de 1934 à 1961 , huit romans et textes en français, la plupart chez Gallimard.

  Être éditée dans l’une des maisons les plus prestigieuses prouve la reconnaissance de la qualité de son œuvre. Ses préfaciers furent des personnalités célèbres, Paul Morand, Jean Cocteau ou André Maurois. Il est vrai toutefois que l’époque était propice aux découvertes car les échanges culturels entre les deux pays étaient importants. 

Elle écrivit en français de son point de vue oriental et fut une des premières féministes même si son féminisme était modéré.


Elodie Gaden
,
dont les recherches publiées sur la toile sont particulièrement
intéressantes, remarque  que :  » En effet, cette
tranche historique voit naître conjointement en Égypte la montée des
nationalismes et le début de l’expression des femmes car « le problème
de l’aliénation d’une culture cristallise celui de
l’aliénation d’un sexe ».

Il faut rappeler également que l’Egypte, à cette époque, est colonisée par l’Angleterre, et que l’élite intellectuelle choisit d’écrire en français, symbole de la liberté de penser. Cet
élan sera brisé après la guerre avec la rupture des relations
diplomatiques entre la France, l’Angleterre et l’Egypte. Les
auteurs continuent à oeuvrer cependant… (Il faut lire
Elodie Gaden
 à ce sujet)

          Au hasard de la pensée, revue L’Égyptienne, 1934

          Harem, 1937, réédition Gallimard, 1955

          Trois contes de l’Amour et de la Mort, préface d’André Maurois,
éditions Corrêa, 1940.

          Zanouba, préface de Jérôme Tharaud et Jean Tharaud,
Gallimard, 1947

          Le coffret hindou, préface de Jean Cocteau, Gallimard,
1951

          La nuit de la Destinée, préface d’Emilie Dermenghem, Gallimard,
1954

          Ramza, préface d’Henri Guillemein, Gallimard, 1958

          Hefnaoui le Magnifique, préface d’Henri Peyre, Gallimard,
1961

Un essai lui a été consacré :

que l’on peut compléter par la lecture de cet article plus général :

Le féminisme dans la littérature égyptienne de langue française

Le printemps arabe de la littérature écrite par des femmes

Juin 2012 

Le printemps arabe de la littérature

Hommage à Andrée Chedid/   Nawal El Saadawi 

Lectures autour de romancières tunisiennes,marocaines,  égyptiennes et syriennes

  Histoires-minuscules-des-revolutions-arabes

Ode à la joie – Shifra Horn

Ode à la joie

j'aime un peu, bc, passiontj'aime un peu, bc, passiont

En janvier 2002, Yaël Maguid, anthropologue, alors qu’elle se dirige au volant de sa voiture vers l’université de Jérusalem, assiste à un spectacle insoutenable : un bus, avec l’arrière une petite fille, explose sous ses yeux. Traumatisée, en proie aux cauchemars et à l’angoisse, Yaël n’aura de cesse de retrouver cette petite fille qui ne figure pas sur la liste des victimes. D’où vient-elle, que lui est-il arrivé ? Qui est-elle ? Son salut désormais dépendra de l’issue de son enquête …

 

Shifra Horn décrit très finement les répercussions des attentats sur la population israélienne, les traumatismes, le sentiment de menace permanente, de conflit qui s’éternise et qui s’enlise dans la violence lors de la seconde Intifada. J’ai lu ce livre en regard d’un autre livre palestinien sur la même période, ce qui m’a apporté un éclairage tout à fait intéressant.

 

          Le livre commence par l’enquête de deux femmes israéliennes sur la pratique de l’excision chez certaines tribus bédouines, il est rappelé que si le Coran ne mentionne que la circoncision, les hadiths, textes également attribués au Prophète mentionnent que « la circoncision est un devoir pour l’homme, une gratification pour la femme ». Bon, on se dit que c’est mal parti. Va-t-on avoir une liste de toutes les vicissitudes des populations arabes de la région, des règlements de compte par romans interposés ? Et d’ailleurs que vient faire là cette histoire ? On ne comprend pas très bien. Lors de l’attentat, Yaël écoutait l’Ode à la joie de Beethoven, mais n’était-ce pas un signe ? N’a-t-il pas servi aux nazis, aux fascistes et aux communistes ?

          Pourtant Yaël évoque le regret et l’absence de Rami, jeune Arabe qui venait l’aider chaque lundi et qui ne vient plus depuis que le mur de séparation a été construit et sépare le village de celui-ci de son quartier. Elle montre aussi le sentiment de culpabilité qui ronge un certain nombre de Juifs Israéliens (et qu’à l‘évidence, elle ne partage pas) et qui conditionne leur comportement vis-à-vis des Arabes israéliens. L’auteure a le mérite de faire valoir toutes les points de vue des citoyens israéliens sans prendre ouvertement parti pour aucune même si on devine ses préférences. Et c’était là, je pense, le principal écueil de ce livre. Yaël fréquente aussi les milieux ultra orthodoxes pour un sujet de thèse qu’elle abandonnera peu à peu. Mais c’est là qu’elle trouvera aussi un des ressorts qui lui permettra de continuer à vivre et aimer.

Car le mâle israélien n’est pas très différent des autres mâles. Il n’a aucune supériorité sur d’autres nationalités. D’une certaine manière, c’est rassurant.

De ce bourbier, va fleurir l’amour, un bel et tendre amour qui ravira tous les cœurs de midinettes dont je fais partie. Amour si improbable qui à lui seul donne une certaine tension et une réelle saveur au récit.

          « Me revint en mémoire le poème de Yéhouda Amihaï qui commence par les mots Dieu a pitié, et les yeux humides, je me suis dit que non, décidément, Dieu n’avait pas pitié des enfants qui allaient à l’école, encore moins de ceux qui allaient au collège. Il n’aura pas davantage pitié des grands. »

 

Un beau livre, malgré ces quelques réserves, une mine de renseignements aussi sur la vie de ce pays et sur le sentiment des Israéliens vis-à-vis du conflit israélo-palestinien.