Les femmes mènent l’enquête : Kathryn Swinbrooke

     le temps des poisons

Vignette Les femmes mènent lenquèteJolie jeune femme brune aux yeux clairs,  Kathryn Swinbrooke est une femme décidée. Elle exerce la profession d’apothicaire et de médecin qu’elle a appris avec son père. Au Moyen-Age, les femmes médecins exerçaient leur pratique en dépit des guerres et des épidémies pour la simple raison que l’on avait besoin d’elles. (Kate Campbellton Hurd-Mead, a History of women in medicine) Elle a eu un passé difficile en raison de son mariage avec feu son premier mari Alexander Wyville qui était un homme violent et cruel. Du parti de Lancastre, pris dans la guerre des Deux-Roses, il a été tué dans une échauffourée. La série débute à la mort de celui-ci, lorsqu’elle se retrouve seule. Elle épouse en secondes noces Colum Murtagh, Irlandais, gardien des écuries royales de Kingsmead en la même ville. Très jeune, il a comploté contre Edouard IV, le roi d’Angleterre mais a échappé à la pendaison en acceptant de servir celui qu’il avait voulu tuer.

Sa nourrice, Thomasina est à la fois sa servante et sa confidente et tient une grande place dans sa vie. Simon Luberon, secrétaire de l’archevêque de Cantorbéry, grand clerc du conseil de la ville est amoureux d’elle et Wuff, jeune orphelin qu’elle a recueilli ne quitte jamais ses pensées. Il ne l’accompagne pas dans toutes ses enquêtes. Agnès est une jeune fille recueillie par son père lorsqu’elle était enfant et vit aussi avec elle.

Elle habite à Cantorbéry dans Ottemelle Lane et soigne ses patients dans sa propre maison mais débrouille à ses heures perdues des histoires criminelles. Elle éprouve rarement la peur, ne craint pas de sortir seule et est relativement indépendante bien que son deuxième mari lui serve souvent de garde du corps dans « Le temps des poisons ».

Chaucer, écrivain des contes de Cantorbéry est cité en exergue de chaque chapitre.

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Une illustration de l’édition de Richard Pynson en 1492.

Son créateur est Paul Doherty qui écrit cette série sous le pseudonyme de C.L. Grace. Né à Middlesbrough, dans le Yorkshire, il est l’auteur de plusieurs séries historico-policières. Il est professeur d’histoire médiévale.

J’ai lu le dernier tome, qui se déroule dans le comté de Kent en 1472. la ville de Walmer est le théâtre de négociations politiques en tre le roi d’Angleterre et le roi de France via les deux émissaires envoyés par ce dernier et Lord Henry, fidèle du roi d’Angleterre. Mais ce village est en même temps secoué par plusieurs affaires criminelles :  plusieurs empoisonnements ont été perpétrés et Katryn Swinbrooke, dépêchée sur les lieux en compagnie de son nouveau mari Colum, l’Irlandais, décide de mener l’enquête. Ces empoisonnements ont-ils un lien avec les manoeuvres politiques qui ont lieu dans la demeure de Lord Henry ? A vous de suivre les enquêtes de la belle anglaise.

Un rythme assez lent mais non dénué d’intérêt. On s’attache à Kathryn l’apothicaire.

Constance de salm – L’histoire d’une vie (1767-1845)

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Constance de Salm est née Constance-Marie de Théis, à Nantes, d’un juge-maître des eaux et forêts qui lui a fait donner une solide éducation. Devenir une femme de lettres nécessitait qu’une fille ait pu au moins apprendre à lire et à écrire, ce qui, en ces temps difficiles (pour les femmes) était relativement rare. En 1783, elle vient à Paris et fait publier ses premiers poèmes dans « Le journal général de France », puis dans « L’almanach des grâces ». Un de ses poèmes « Le bouton de rose » devient une romance à la mode ; « Bouton de rose/Tu seras plus heureux que moi /Car je te destine à ma Rose/Et ma Rose est ainsi que toi /Bouton de rose. » 

            Elle épouse en 1789 , M. Pipelet de Leury, fils d’un secrétaire du roi et chirurgien, elle vient vivre à Paris, reconnue par Marie-Joseph Chénier, comme « la Muse de la raison ». Insigne honneur s’il en est, le destin d’une femme n’était-il pas d’être la muse du seul créateur, l’homme ? Elle crée une tragédie Lyrique « Sapho »en 1794, sur une musique de Martini, qui connaîtra plus de cent représentations.

            Elle est la première femme à être admise en 1795 au Lycée des arts sur la recommandation de Sedaine. Il faut savoir que 9% des écrivains sont des femmes à la fin des années 17801. Et elles ont fort à faire pour être reconnues et s’imposer.

            Elle réagit à la querelle des femmes auteurs déclenchée par Ecouchard-Le Brun dans la Décade philosophique (en 1796-1797)  par une Epître aux femmes2 (1797) courageuse et passionnée (. Il faut savoir que ledit Ecouchard-lebrun dans son « Ode aux belles qui veulent devenir poètes » propose d’interdire aux femmes le droit de versifier.3)

Constance donne des lectures publiques de son Epître qui connaissent un certain retentissement. Les femmes auteurs livrent une bataille de tous les instants contre une dénonciation masculine vigoureuse mais aussi contre leurs consœurs qui telle Sophie Cottin,

clament à qui veulent bien les entendre que la littérature n’est pas une occupation sérieuse pour une femme.

            Constance de Salm écrit des poèmes et chants patriotiques, un drame en 1799, « Amitié et Imprudence », au Théâtre français qu’elle retire et détruit ensuite.

            Divorcée la même année, elle épouse en 1803 le comte de Salm-Reifferscheid-Dyck, élevé à la dignité de prince en 1816.  Elle reçoit alors dans un salon brillant, ouvert à de multiples sensibilités.

            Mais son combat ne s’arrête pas là et elle interpelle en 1810 dans une épître en vers sur les articles 324 et 339 du Code pénal (sur le meurtre de l’épouse par l’époux, et l’entretien d’une concubine au domicile conjugal).

Une édition en quatre volumes de ses écrits triés, classés et commentés par elle-même paraît en  1842.

« L’intérêt principal de son œuvre, dont l’écriture paraît aujourd’hui souvent datée, réside dans l’analyse lucide des enjeux et des conséquences de la Révolution française pour les femmes. Très sensible aux formes nouvelles de misogynie qui apparaissent alors et veulent en particulier interdire aux femmes l’accès à la culture, Constance de Salm cherche au contraire à faire bénéficier les femmes des Lumières de la raison. Elle affirme fermement leur droit à l’expression littéraire et politique, et leur appartenance à un espace culturel commun, en se réclamant d’un principe de solidarité entre femmes de façon pour son temps originale et novatrice »4


  4 Christine Planté et Maryam Sharif : « Femmes poètes du XIXe siècle Une anthologie »

Paroles de femmes : Stephanie Barron

Stephanie Barron

« En fin de compte, j’écris parce que je n’ai pas le choix. Je comprends la vie uniquement à travers les mots. Peut-être cela vient-il d’avoir beaucoup lu, ou peut-être de mon ADN. Je sais que je ne suis pas capable de dessiner autre chose qu’un bonhomme en bâton, incapable de chanter une simple note, mais les mots sont la façon dont est configuré mon cerveau. Quand j’écris, je m’échappe de ma propre existence comme un élan qui brame à l’automne, ou un saumon remontant le courant. »

Le site de Stéphanie Barron

Les femmes mènent l’enquête : Mma Ramotswe

Mma Ramotswe est une détective qui a ouvert à Gaborone, capitale du Bostwana, l’Agence N°1 des Dames Détectives.

Vignette Les femmes mènent lenquèteSon créateur : Alexander Mc Call Smith.L’idée lui est venue de créer ce personnage alors qu’il passait quelque temps au Bostwana. Lors d’une promenade à Mochudi, au nord de Gabone, il a rencontré une femme qui donnait un poulet aux gens avec lesquels il était. Elle a frappé son esprit et il s’est demandé quelle était l’histoire de sa vie. Il a eu envie alors d’écrire sur une femme qui lui ressemblerait : pleine de ressources, amusante et intelligente.

Brève biographie :

Orpheline, Precious Ramotswe ouvre son agence de détectives à 30 ans passée. Ayant perdu sa mère très tôt, elle a été élevée par une cousine de son père pendant ses huit premières années. Celle-ci s’est beaucoup occupé d’elle car elle voulait que Precious soit intelligente et reçoive une bonne éducation.

Precious a montré de nombreux talents dont le dessin car elle a gagné le premier Prix à l’âge de dix ans. Meurtrie par un mariage douloureux et la perte d’un enfant, Mma Ratmotswe se lance dans le métier de détective privée. Elle se veut la digne héritière d’Agatha Christie et possède une petite fourgonnette blanche qui lui sert à mener ses enquêtes. Elle a une secrétaire et assistante Mma Makutsi qui prendra de plus en plus d’importnce au fil des enquêtes.

Sa friandise préférée est le vers de mopane séché et sa boisson le thé rouge bien fort. JLB Matekoni est son soupirant et il la demande plusieurs fois en mariage. Parviendra-t-il à la convaincre ?

Elle est de corpulence assez forte car elle fait du 48 mais possède un charme certain. Elle débrouille les affaires les plus compliquées en un temps record grâce à son intuition et son esprit de déduction.

Mma Ramotswe détective : epuis que Mma Ramotswe a ouvert à Gaborone, capitale du Bostwana, l’Agence N° 1 des Dames Détectives, les escrocs en tout genre, les maris infidèles et les sorciers eux-mêmes n’ont qu’à bien se tenir ! Sous l’implacable soleil du Kalahari, Mma Ramotswe résout chaque affaire tambour battant, armée d’une tasse de thé rouge et d’un coeur grand comme l’Afrique.

 

Les larmes de la girafe : L’histoire : Mma Ramotswe est chargée d’une enquête par une américaine qui a perdu son fils. Celui ci est probablement mort, depuis 10 ans, mais celle-ci souhaite savoir ce qui est arrivé. Mma Ramotswe hésite avant de se lancer dans l’enquête, mais touchée par la tristesse de cette mère, elle accepte. En parallèle, Mma Ramotswe mène quelques autres enquêtes et prépare plus ou moins son mariage avec JLB Maketoni. Il faut choisir la maison qui sera la leur, penser à faire de la place à cette homme chez elle..

 

Vague à l’âme au Bostwana : Mma Ramotswe, unique femme détective du Botswana, a du souci à se faire. Les finances de l’Agence n° 1 des Dames Détectives et le moral de son fiancé, Mr. J.L.B. Matekoni, sont au plus bas. Sans compter cette enquête pour le moins délicate qu’elle doit mener loin de Gaborone dans la famille d’un membre du gouvernement ! Heureusement, la très efficace Mma Makutsi, secrétaire émérite de l’Agence et assistante détective, prend les choses en main. Promue directrice par intérim du garage de Mr. J.L.B. Matekoni, elle remet tout en ordre, dirige les apprentis à la baguette et trouve encore le temps de faire son travail de détective dans le milieu trouble et superficiel des concours de beauté. Au Botswana, lorsque les femmes s’en mêlent, tout finit par s’arranger.

 

La vie comme elle va : Tout va pour le mieux au bureau de l’Agence N°1 des Dames Détectives. Certes, les clients ne se bousculent pas, mais rien d’alarmant à cela. Pendant que Mma Makutsi savoure sa récente promotion en qualité d’assistante-détective, Mma Ramotswe profite de ce répit pour méditer sur l’avenir de son pays. Seule ombre au tableau : J.L.B. Matekoni, son fiancé, tarde à formuler sa demande en mariage… Mais voici que les affaires reprennent en la personne de Mma Holonga. Cette grande dame de Gaborone cherche mari, comment savoir toutefois si ses soupirants en veulent à son coeur ou à son argent ? 

Les mots perdus du Kalahari :Les soucis s’accumulent à Gaborone pour Mma Ramotswe, l’unique femme détective du Botswana. Elle doit faire face à ses nouvelles responsabilités familiales et à la concurrence de la très clinquante Agence de Détectives Satisfaction Garantie ! Mais l’énergique et sage Mma en a vu d’autres et ne compte pas se laisser impressionner… 

En charmante compagnie :Une atmosphère inhabituelle plane sur l’Agence N°1 des Dames Détectives et le Tlokweng Road Speedy Motors, désormais réunis en une seule échoppe, depuis que Mma Ramotswe a perdu sa joliesse légendaire. Pourtant, les affaires marchent bien. L’agence jouit d’une grande réputation, à tel point que Mma songe à embaucher. Certes, les déboires sentimentaux de Mma Makutsi préoccupent les habitants de Zebra Drive. Le scandale provoqué par le départ tonitruant du jeune apprenti Charlie, qui vient de claquer la porte du garage au bras d’une riche rombière, a secoué tout le monde. Mais c’est autre chose qui tourmente Mma : un fantôme surgi du passé arpente depuis quelques jours les rues de Gaborone. 

1 cobra, 2 souliers et beaucoup d’ennuis 

Le bon mari de Zebra Drive : Femme mariée au plus doux des hommes, mère de famille comblée et célèbre propriétaire de la seule agence de détectives du Botswana, Mma Precious Ramotswe avait tout pour être heureuse. Jusqu’à ce que Mma Botumile, « la femme la plus déplaisante du Botswana », pousse la porte de l’Agence pour une affaire de mari volage… Voilà que soudain son mari, Mr J.L.B. Matekoni, décide de s’improviser enquêteur tandis que Mma Makutsi, récemment fiancée, semble préférer le shopping à son travail. Voudrait-elle quitter son poste d’assistante-détective ? C’est alors qu’un nouveau client se présente : des morts étranges sont survenues à l’hôpital de Mochudi, toujours un vendredi, dans le même lit, à la même heure… Voilà de quoi faire oublier à Mma Ramotswe les petits soucis du quotidien 

 

Miracle à Speedy motors : Tandis que des pluies diluviennes s’abattent sur Gaborone, Precious Ramotswe, la propriétaire de la plus célèbre agence de détectives du Botswana, a l’impression que le ciel lui tombe sur la tête : jamais elle n’a eu autant de soucis ! Entre son associée, l’irascible Mma Makutsi, en proie à la folie des grandeurs, l’étrange conduite de Mr J.L.B. Matekoni, son adorable époux, et les lettres de menaces anonymes qui arrivent quotidiennement à l’agence, elle en perdrait presque sa légendaire sérénité. Et la nouvelle enquête pour retrouver la famille d’une étrange cliente ne lui simplifie pas la vie. Mais Mma Ramotswe n’est pas du genre à attendre un miracle. Avec une bonne dose de sagesse, une générosité inépuisable et des litres de thé rouge, la voilà prête à affronter la tourmente ! 

Vérités et feuilles de thé :Célèbre dans tout le Botswana, l’Agence N°1 des Dames Détectives de Mma Ramotswe reçoit la visite du célèbre « Monsieur Football », le président de la meilleure équipe du pays, persuadé qu’un traître gravite dans son entourage ! Entre ses obligations familiales, les problèmes de coeur de son assistante Mma Makutsi et les mystères du ballon rond, Mma n’est pas au bout de ses peines.

Un safari tout confort : Précieuse Mma Ramotswe, au coeur aussi grand que le Kahalari ! Qu’elle soit face à un homme trompé, à la vieille tante tyrannique du fiancé de Mma Makutsi ou à la recherche d’un guide de safari dans le delta de l’Okavango, la dame détective la plus célèbre du Bostwana résout les problèmes de tous, armée de sa sagesse et de sa détermination légendaires.

Le mariage avait lieu un samedi : Résoudre des énigmes n’a jamais effrayé Mma Ramotswe, créatrice de l’Agence N°1 des Dames Détectives de Gaborone. Tandis que son assistante Mma Makutsi défend la cause des femmes du Botswana tout en préparant son mariage, Precious, armée de sa détermination coutumière, mène l’enquête sur un étrange carnage de bétail et les apparitions fantomatiques de sa regrettée camionnette !

La voix d’Hannah Musgrave – Russel Banks

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Qui est Hannah Musgrave, ce personnage qu’endosse Russel Banks ? Et quels risques peut-elle faire courir à son auteur ? Celui de sombrer sur le versant féminin de sa bisexualité psychique ? Ou cette manière de brouiller les genres, de parler au féminin, n’est-il qu’une tentative vouée à l’échec ? Hannah Musgrave n’est-elle qu’une femme fantasmée par un auteur dont la place d’homme dans la société ne lui permet pas de savoir ce qu’une femme peut vivre avec les contraintes de son sexe ? Mais à ce moment-là, me diriez-vous, aucun auteur ne pourrait se mettre à la place de l’Autre, quel qu’il soit. La littérature n’est-elle pas justement le lieu d’une liberté et d’une expérimentation possible que ne permet pas toujours la réalité ?

Hannah Musgrave dit-elle quelque chose qu’elle n’aurait pu dire sans Russel Banks ?

Ma réponse serait oui. La façon qu’a cet auteur d’explorer la féminité, si tant est que ce mot ait encore un sens, est tout à fait originale et nous allons voir pourquoi.

  

Lorsque nous rencontrons Hannah, elle a presque 60 ans, elle est « vieille et desséchée, une coquille vide en tant que femme ». C’est-à-dire qu’en tant que femme, elle n’existe plus, ce qui ne l’empêche pas d’exister autrement : elle dirige une ferme, a des employées et un certain esprit d’organisation et d’initiative. Elle serait donc une femme plus une autre personne qui ne serait pas femme. Qui donc ?

Mais si nous continuons d’explorer le féminin de cette femme, que trouvons-nous en elle ?

Une femme qui se conduit « comme le font les femmes depuis des temps immémoriaux […], une de ces épouses et mères qui , endeuillées, marchent dans les décombres et dans la désolation laissés par des hommes et de jeunes garçons qui n’ont cessé de s’entretuer ».

Hannah a un père et une mère grâce auxquels elle est devenue qui elle est : une mère qui « divisait les gens entre les chanceux et les malchanceux » et un père pour qui existent « les sur-privilégiés et les déshérités » et qui se bat pour l’égalité des droits. Mais aucun d’eux ne met en cause la société blanche et capitaliste dans laquelle il est né. Ce sont des gens de la bourgeoisie aisée américaine, le père est un intellectuel qui a réussi, médecin, il écrit des livres qui lui assurent une renommée internationale. Il incite Hannah à réfléchir et a des discussions avec elle qu’il n’a pas avec sa propre femme. Il est plus proche de sa fille que de sa femme. Hannah se révoltera, embrassera la cause révolutionnaire jusqu’à entrer dans la clandestinité. Activiste et poseuse de bombe, elle évolue dans un univers presque uniquement masculin. Elle renonce à la vie confortable de la bourgeoisie américaine. Elle a appris à convertir son ennui et son désespoir en motif de lutte. D’autres voies s’offrent à elle car elle naît à une époque où s’engagent les premières grandes luttes féministes. Si sa mère n’en a pas vraiment bénéficié, Hannah, elle, a pu faire des études.

Elle devient mère pourtant, à son tour, mais dit-elle, « je n’avais pas une nature de mère. Contrairement à la plupart des femmes, je ne suis pas née programmée avec des instincts et des compétences de mère ». Il semblerait toutefois que les compétences soient plus de l’ordre de la culture que de la nature car elles supposent un savoir-faire. La maternité n’est pas une expérience heureuse, Hannah se sent « Dépersonnalisée. Chosifiée ».

Elle a bien des compétences mais « il est des choses pour lesquelles j’ai une aptitude naturelle, des talents qui me semblent m’avoir été conférés par mon ADN –pour les maths, la mécanique, la pensée linéaire, les classifications, etc.- des trucs du cerveau droit qu’on attribue d’habitude au sexe masculin[…].

 

Elle a plusieurs identités entre lesquelles elle se perd, et il y a fort à parier que son auteur s’y perd un peu aussi. Qu’est-ce qui relève de la nature et de la culture ? Qu’est-ce qui relève de l’inné et de l’acquis ? On connaît aujourd’hui la plasticité du cerveau, il y a parfois plus de différences entre deux hommes qu’entre un homme et une femme. On sait également qu’un comportement acquis peut modifier le cerveau et qu’il est aussi le témoin de la culture d’un individu. Et qu’une nouvelle éducation, d’autres habitudes modifieront le cerveau dans l’autre sens.

 

Alors Hannah Musgrave bien sûr, ne serait pas la même sans son auteur, elle dit autant de lui qu’il dit d’elle. Il crée une femme au masculin qui revendique cette part d’elle-même mais la sent comme étrangère . Son éducation lui a assené qu’une femme est faite pour être mère, qu’elle a un instinct et des aptitudes pour cela , et non pour les mathématiques ou la mécanique. Elle se sent coupable de ne pas être comme on lui dit qu’elle doit être et se sent écartelée, déchirée entre de multiples identités, dans une sorte de schizophrénie. Comment mieux animer la part masculine d’une femme quand on est soi-même un homme ? Et d’ailleurs pourquoi dans la pensée, la féminité serait-elle toujours associée à la nature et à la passivité et la masculinité à la culture et à l’activité ? Toute une façon de concevoir la pensée, la psychanalyse, enfin bref une façon de penser le monde à revoir.