Marie-Claire – Marguerite Audoux

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En ce mois de novembre enfiévré par les prix littéraires et notamment  le Prix Fémina, une occasion de lire ou de relire celles qui furent parmi les premières primées.

  Prix Fémina 1910 – Marguerite Audoux.

  Née en 1863 à Sancoins dans le Berry, Marguerite Audoux est couturière. Elle écrit pour tromper l’ennui et la misère et aussi certainement pour la distraire de sa solitude. Ce n’est que tardivement, la quarantaine passée, que Marguerite Audoux, pauvre et malade, connaîtra le succès. Elle écoulera pourtant 75 000 exemplaires de Marie-Claire qui obtiendra le prix Femina en 1910. Octave Mirbeau en écrivit un  vibrant éloge en guise de préface  :

«  Marie-Claire est une œuvre d’un grand goût. Sa simplicité, sa vérité, son élégance d’esprit, sa profondeur, sa nouveauté sont impressionnantes. Tout y est à sa place, les choses, les paysages, les gens. Ils sont marqués, dessinés d’un trait, du trait qu’il faut pour les rendre vivants et inoubliables. On n’en souhaite jamais un autre, tant celui-ci est juste, pittoresque, coloré, à son plan. Ce qui nous étonne surtout, ce qui nous subjugue, c’est la force de l’action intérieure, et c’est toute la lumière douce et chantante qui se lève sur ce livre, comme le soleil sur un beau matin d’été. Et l’on sent bien souvent passer la phrase des grands écrivains : un son que nous n’entendons plus, presque jamais plus, et où notre esprit s’émerveille ».

              Le roman de Marguerite Audoux est en grande partie autobiographique : elle y raconte la mort de sa mère, son enfance passé à l’orphelinat, et son adolescence dans une ferme solognote où elle est placée comme bergère. La grâce de ce roman tient aux non-dits qui le tissent, lui donnant une sorte de mystère et de profondeur. La petite fille raconte toute une série d’événements qui semblent incompréhensibles à ses yeux d’enfant ; on comprend pourtant ce qui est tu, les souffrances, et les regrets d’adultes qui ont manqué leur vie. Ce regard d’enfant est d’une grande fraîcheur et restitue un milieu et une époque qui nous sont assez méconnus, loin de la grande Histoire, au plus près du quotidien des petites gens où le destin est marqué en grande partie par la condition et le milieu social et où la fortune, parce qu’elle est l’apanage de privilégiés dans une société souvent injuste, est aux mains d’une bourgeoisie soucieuse de ne pas se mésallier.

            La langue de Marguerite Audoux est belle, équilibrée, simple sans être pauvre. Son grand sens de l’observation  lui permet de croquer presque sur le vif des situations cocasses : ainsi lorsqu’elle raconte l’épisode de sa communion : « Je tombais sur les genoux dans le confessionnal, et tout aussitôt, la voix marmottante et comme lointaine de Mr le curé me rendait un peu confiance. Mais il fallait toujours qu’il m’aidât à me rappeler mes péchés : sans cela j’en aurais oublié la moitié.

            A la fin de la confession, il me demandait toujours mon nom. J’aurais bien voulu en dire un autre, mais en même temps que j’y pensais, le mien sortait précipitamment de ma bouche. »

            Un livre qui restera dans l’histoire littéraire et marqua d’une pierre l’entrée des femmes dans un milieu littéraire qui leur était encore assez fermé, pour ne pas dire hostile.

Une bonne raison de continuer mon entreprise d’exhumation des textes féminins et de poursuivre mes tentatives d’archéologie littéraire…

Challenge La Belle Epoque (1879-1914)

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La fureur de la langouste – Lucía Puenzo

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Lucía Puenzo est une réalisatrice et scénariste argentine née le 28 novembre 1976 à Buenos Aires, fille du cinéaste Luis Puenzo.
Elle est romancière et réalisatrice. Elle commence sa carrière en réalisant des courts-métrages, des documentaires et des séries pour la Télévision ; son premier long-métrage en 2007 XXY est élu « film argentin de l’année » et couronné Grand prix de la Semaine internationale de la Critique à Cannes. Le film reprend un thème central dans son œuvre : l’identité sexuelle qu’elle aborde ici à travers la question de l’hermaphrodisme. Dans son œuvre romanesque, et l’écriture de nouvelles, l’identité de genre est souvent évoquée : « El niňo Pez » racontera l’histoire d’amour impossible entre deux jeunes filles. Elle a aussi écrit « La Malédiction de Jacinta » édité chez Stock Cosmopolite en 2010 puis « La fureur de la Langouste » chez le même éditeur dans la collection « Cosmopolite » qui analysent au vitriol les travers de la société argentine.

 

Le roman raconte l’histoire de Tino, 11 ans qui assiste à la chute de son père, homme d’affaires puissant plus ou moins maffieux par une société de la consommation et du spectacle versatile et corrompue qui condamne sans appel ce qu’elle encensait aveuglément hier. Retranchée dans sa superbe villa, protégée par des gardes du corps aux mines patibulaires, cernée de journalistes, traqués par des animateurs de télévision peu scrupuleux, la famille se délite peu à peu en l’absence de Razziani le père.

Le tour de force de Lucía Puenzo est de calquer les relations sociales sur les relations familiales en faisant de chacune la parfaite métaphore de l’autre, telle cette famille de langoustes dont la solidarité – elles s’enchaînent et se protègent chacune de leurs antennes en cas de tempête- cesse dès que leur vie est menacée auquel cas elles se dévorent les unes les autres. La fureur qui saisit la langouste est celle qui ravage cette société malade de sa corruption, où règne l’argent roi et l’hypocrisie et détruit la famille, micro-société où les relations de pouvoir n’en sont pas moins violentes et destructrices. 

L’immoralité du père, qui n’hésite pas à  acheter des adolescentes de quinze ans pour satisfaire ses pulsions sexuelles, qui place ses maîtresses, de la gouvernante à la PDG d’une de ses entreprises à tous les endroits stratégiques,  est peut-être la plus dangereuse car elle se transmet au fils par la voie d’une relation profondément affective et inconsciente. Les valeurs patriarcales et leur violence se transfusent ainsi du père au fils de la manière la plus insidieuse qui soit. Tino est en proie au doute et à une désillusion naissante, face à l’image d’un père qu’il croyait tout-puissant. On ne peut qu’espérer, car l’histoire ne nous le dit pas, que le fils puisse à son tour tuer le père, afin de s’en libérer.

J’ai été très sensible à l’écriture virtuose de Lucía Puenzo , à la finesse de ses analyses et à la fluidité de sa narration. Elle écrit comme elle filme, et on devient, comme Tino, prisonnier de l’inexorable attente.

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5/19 Festival America  

Argentine =) Eugenia AlmeidaElsa Osorio –  Lucía Puenzo –  Canada =) Naomi Fontaine –  Lucie LachapelleCatherine MavrikakisDianne WarrenCuba =)  Karla SuárezEtats-Unis =)  Jennifer Egan –  Louise Erdrich –  Nicole Krauss –  Rebecca Makkai –  Toni MorrisonJulie Otsuka –  Karen Russell –  Janet Skeslien Charles –  Vendela Vida –   Mexique =) Sabina Herman –  Pérou =) Grecia Cáceres 

Paroles de femmes : Scholastique Mukasonga

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Scholastique Mukasonga en 2012- Source Wikipédia

« Au début, quand j’écrivais, j’étais dans le devoir de mémoire, je n’étais pas tout à fait romancière. Mais dans Notre-Dame du Nil , j’étais déjà dans le roman et le fait que ce soit reconnu et que ce soit un roman récompensé par le Renaudot, lui donne une deuxième vie car je ne suis plus dans le statut de victime, je suis entrée dans le statut de romancière. »

Propos recueillis par Pierre-Marie Puaud et Carole Lefrançois, journalistes à France 3

Extrait de l’émission de ces talentueux journalistes

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L’autobus – Eugenia Almeida

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Eugenia AlmeidaL’autobus éditeur Métailié collection Suites 2007 traduit de l’espagnol (Argentine) par René Solis

Eugenia Almeida est née en 1972 à Córdoba, en Argentine, où elle enseigne la littérature et la communication. Elle écrit de la poésie. L’Autobus est son premier roman, il a reçu en Espagne le prix Las Dos Orillas. Il a été publié en Espagne, en Italie, en Grèce et au Portugal. Eugenia Almeida est également l’auteur de La pièce du fond.

Un village isolé au fin fond de l’Argentine est le théâtre de curieux incidents : un autobus passe sans s’arrêter, le train ne circule plus et on entend parfois des claquements secs qui déchirent le lointain et ressemblent étrangement  à des coups de feu. Le village s’interroge, que se passe-t-il qu’eux tous ignorent ?  Et où sont ces deux touristes qui ont décidé de partir à pied le long de la voie ferrée, las d’attendre le bus ? Des ordres mystérieux sont donnés aux autorités du village, une menace imprécise plane… Puis, peu à peu, la vérité, implacable, se fait jour.

Le village est coupé en deux par les voies de chemin de fer : d’un côté les maisons bourgeoises, les rues calmes, un monde paisaible  et ordonné, de l’autre, la pauvreté et la violence. Les femmes sont parfois broyées par ce monde des apparences dans lequel elles ont peu de place en dehors du mariage. D’autres femmes, des femmes de « mauvaise vie » sont sacrifiées aux pulsions sexuelles masculines : ce sont des « putes », celles sur lesquelles s’abat l’opprobe sociale, les impures…  Les hommes sont souvent violents, ils violent leurs femmes et le reste du temps les ignorent. La femme de l’avocat Ponce sombre lentement dans la folie car son mari ne lui pardonne pas  les circonstances de leur mariage sans amour, une grossesse qui n’arrivera pas à terme. A la violence d’un ordre social injuste se superpose la violence du sexisme. Chacun se venge de ses frustrations sur plus vulnérable que soi. Et puis il y a Victoria, jeune femme libre et courageuse, qui lutte et  semble si seule…

Ce court roman (127 pages) a une réelle puissance, il évoque plus qu’il ne décrit. La langue elliptique de l’auteure réussit parfaitement à rendre l’atmosphère oppressante, la violence qui règne dans les relations entre les Hommes et la menace bien réelle… L’aspect cinématographique de l’oeuvre, l’importance des dialogues et l’économie des moyens accentuent l’impression d’assister au drame qui se joue devant nous.  La narration est efficace et bien menée. On se laisse embarquer dans cet autobus lancé à toute allure…

4/19 Festival America  

  festival amerrica

Argentine =) Eugenia AlmeidaElsa Osorio –  Lucía Puenzo –  Canada =) Naomi Fontaine –  Lucie LachapelleCatherine MavrikakisDianne WarrenCuba =)  Karla SuárezEtats-Unis =)  Jennifer Egan –  Louise Erdrich –  Nicole Krauss –  Rebecca Makkai –  Toni MorrisonJulie Otsuka –  Karen Russell –  Janet Skeslien Charles –  Vendela Vida –   Mexique =) Sabina Herman –  Pérou =) Grecia Cáceres 

 

Florence naugrette nous parle de Juliette et des femmes et de la littérature au XIXe siècle

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Florence Naugrette dirige l’édition collective en cours de l’intégralité des lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo sur le site http://www.juliettedrouet.org

   Litterama :  Bonjour Florence Naugrette et merci de répondre à mes questions ! Vous êtes spécialiste du théâtre de Victor Hugo qui a été l’objet d’une thèse, pourquoi vous être intéressée à sa correspondance avec Juliette Drouet ?

Florence Naugrette : En 2006, j’ai été sollicitée en tant que spécialiste de Hugo, dans le cadre de l’exposition de la Maison Victor Hugo de la place des Vosges consacrée à Juliette Drouet, dont c’était le bicentenaire de la naissance. On m’a demandé d’étudier une année de correspondance de mon choix, parmi les 50 ans de correspondance entre Juliette Drouet et Victor Hugo dont nous disposons, de 1833 (date de leur rencontre) à 1883 (date de la mort de JD). J’ai choisi de présenter les lettres qui précèdent la parution des Misérables, pensant y trouver des remarques intéressantes de la première lectrice de ce roman si célèbre.

A cette occasion, j’ai découvert l’ampleur de cette correspondance, dont je ne connaissais que les anthologies publiées, mais le corpus intégral représente 10 fois plus que ce qu’on connaissait déjà: il y a 22000 lettres environ, soit une lettre par jour!

En lisant l’intégralité des lettres conservées à la BnF uniquement pour la période 1861-1862 (qui précède la publication des Misérables), je me suis rendu compte que leur intérêt déborde largement la simple curiosité qui était la mienne au départ (voir ce que les lettres de Juliette Drouet nous disent de l’œuvre de Hugo, ou nous révèlent de la manière de travailler du grand homme). Elles sont aussi intéressantes en elles-mêmes, pour leur valeur documentaire sur la vie de Juliette Drouet, et sur toute l’histoire du XIXe siècle.

   Litterama : A votre avis, l’écriture de Juliette Drouet, à travers ces lettres, représente-t-elle une écriture de soumission ou la tentative inconsciente de reconquérir une liberté perdue ? Pourquoi écrit-elle ces lettres à Hugo ?

Florence Naugrette : Votre question est très pertinente: la réponse est qu’il s’agit des deux à la fois, paradoxalement.

Très vite dans leur relation, Victor exige de Juliette Drouet, qu’il entretient, de lui rendre compte jour par jour de son emploi du temps. Il la surveille, et veut donc vérifier qu’elle ne le trompe pas (il est très jaloux), qu’elle reçoit uniquement les amis ou connaissances qu’il l’autorise à fréquenter, qu’elle ne dépense pas inconsidérément (il faut dire qu’il rachète une dette énorme qu’elle avait contractée avant de le connaître). Ces comptes rendus journalier portent le nom de « restitus »: c’est ainsi que Juliette Drouet les nomme elle-même, et cela signifie qu’elle lui « restitue » son emploi du temps et son état d’âme. Dans cette mesure, on peut dire que les lettres participent de sa soumission.

Souvent, d’ailleurs, Juliette Drouet n’en voit pas l’intérêt, et écrit que ces « restitus » ne servent à rien: elle se lasse d’avoir à les écrire lorsqu’elle considère qu’elle n’a rien d’intéressant à raconter, et à plusieurs reprises elle réclame le droit d’interrompre cette obligation qu’il lui fait de lui écrire chaque jour.

Mais finalement, elle reconquiert aussi une part de cette liberté perdue dont vous parlez, à l’intérieur de l’espace de la lettre. Certes, elle ne peut pas tout dire, puisqu’il ne s’agit pas d’un journal intime, mais néanmoins, dans le cadre de ce qu’elle peut s’autoriser à lui dire, elle développe au fil du temps une grande liberté de parole: elle ne fait pas que déclarer son amour et sa soumission, elle se plaint aussi, souvent, revendique des droits, réclame (des voyages, notamment, car ce sont les moments privilégiés où elle vit avec lui, loin de la société parisienne qui les empêche de vivre ensemble, à une époque où, rappelons-le, le divorce est interdit), donne son avis sur la politique (pendant la Révolution de 1848, par exemple, ou bien en exil, où elle le met en garde contre les mouchards de Napoléon III qui se font passer pour des proscrits). Elle acquiert une authentique conscience politique au contact de Hugo, et l’exprime dans ses lettres. Enfin, la qualité de son écriture d’épistolière s’améliore au fil des ans, et lui fait gagner une véritable liberté d’expression, de style: ses lettres sont une œuvre, à leur manière, même si elles n’étaient pas écrites pour une publication.

     Litterama : N’est-elle qu’un épiphénomène ou dit-elle quelque chose de l’écriture féminine au XIXe siècle ? N’est-elle pas le négatif d’une écriture féminine conquérante comme celle de George Sand ? Vous dites d’ailleurs que «sur la condition de la femme entretenue, Juliette Drouet est un archétype mais aussi une fine analyste. » Quel rôle joue l’écriture dans son existence ?(Elle évoque souvent la postérité de ses lettres ainsi que vous le soulignez).

 

Florence Naugrette : L’écriture personnelle des femmes, sous la forme du journal, était encouragée. Au départ, il s’agit d’une pratique proche de la confession, à destination d’un confesseur, ou de la mère supérieure du couvent pour les jeunes filles qui y étaient éduquées. Philippe Lejeune explique très bien cela dans son livre Le Moi des demoiselles. Le lien des l’écriture féminine avec la sphère de l’intime est donc encouragé sous cette forme, au XIXe siècle. Si cette forme encourage l’introspection, elle n’est en revanche pas destinée à la publication.

L’écriture des lettres à Hugo occupe une place centrale dans son existence: ce rituel journalier structure sa journée, comme l’indique l’heure des lettres, soigneusement notée. Elle lui permet, je crois, de ne pas sombrer dans une dépression qui la guette parfois, tant sa vie est solitaire, et de meubler l’absence de Hugo, qui, surtout dans les années 1840 où elle est particulièrement malheureuse, ne vient pas la voir tous les jours, et la délaisse quelque peu, tout en continuant de la maintenir sous sa coupe.

Pendant l’exil, paradoxalement, elle est plus heureuse, car Hugo ayant une vie sociale moins trépidante qu’à Paris, est plus disponible pour elle, et vient lui rendre visite très régulièrement. L’écriture épistolaire de Juliette Drouet évolue, d’ailleurs, à cette époque: elle philosophe davantage, utilisant la lettre toujours pour prendre des nouvelles et exprimer son amour, mais aussi, avec de plus en plus de liberté, pour donner son opinion sur la politique, la vie des autres, la marche du monde.

Quant à la postérité de ses lettres, elle l’évoque de manière récurrente: elle savait que Hugo gardait ses lettres, et qu’un jour, peut-être, d’autres que lui les liraient. Tomber sur une de ces remarques est particulièrement émouvant pour le transcripteur, car elle s’adresse alors, indirectement, à nous.

  Litterama : Les femmes du XIXe siècle ne peuvent-elles écrire sans détours ? Georges Sand utilise un pseudonyme masculin, Juliette écrit des lettres à son amant…

Florence Naugrette : Il est vrai que les exemples de femmes auteurs sont rares au XIXe siècle, ou alors il leur faut le plus souvent, comme George Sand, prendre un pseudonyme, afin de se faire une place dans un champ éditorial fondamentalement masculin. C’est ce que font aussi à la même époque Marie d’Agoult (qui signe Daniel Stern), ou Delphine de Girardin (qui prend divers pseudonymes, dont le Vicomte de Launay). A la fin du siècle, la comtesse de Ségur n’a plus besoin de ce subterfuge, mais elle écrit principalement pour la jeunesse, dans une perspective l’édification morale où le rôle des femmes est mieux admis.

A la différence de ces femmes de lettres reconnues et admises dans la bonne société, Juliette Drouet, elle, n’envisage à aucun moment de devenir une femme-auteur, de publier. Son origine sociale très modeste, et son passé d’actrice entretenue la condamnent d’ailleurs à rester dans l’ombre. Elle a pourtant écrit des souvenirs, non destinés à la publication, mais voués à être réutilisés par Hugo dans Les Misérables: ce sont ses souvenirs de couvent. Elle a aussi tenu pour lui des journaux de certains de leurs voyages, parfois réutilisés par lui dans son œuvre. Elle se conçoit auprès de lui comme une collaboratrice, un soutien moral, mais à aucun moment l’idée qu’elle puisse être auteur elle-même ne lui traverse l’esprit. Quand il lui arrive, dans ses lettres, de commenter son propre style, elle le fait toujours au second degré, pour s’en moquer, ou mettre ses effets rhétoriques à distance.

Litterama : A votre avis, comment faut-il lire ces lettres ? Quel est selon vous leur intérêt pour le grand public ?

Florence Naugrette : Il y a, me semble-t-il, quatre manières de lire ces lettres: la manière anthologique, la manière suivie, la manière savante et la manière aléatoire.

La manière anthologique: plusieurs anthologies de ces lettres sont disponibles dans le commerce (elles sont recommandées sur le site). Le choix opéré par les éditeurs est le plus souvent celui des lettres les plus spectaculaires, qui correspondent à l’expression de sentiments forts, ou font écho à de grands bouleversements dans la vie de Juliette Drouet et Victor Hugo.

La manière suivie est celle que permet l’édition en ligne en cours, où nous proposons, au fil des mises en ligne, des séquences d’un mois entier de correspondance. Elle permet de mesurer la dimension « diaristique », comme on dit, de ces lettres: le fait qu’il s’agit aussi d’un journal personnel, adressé (c’est pourquoi ce n’est pas un journal « intime » inviolable), certes, mais qui rend compte de préoccupations quotidiennes, des « travaux et des jours ». C’est celle que je préfère, pour ma part, et qui motive l’entreprise dont j’ai pris l’initiative: publier intégralement les 22000 lettres de ces lettres-journal, et y donner accès gratuitement à tous.

La manière savante est aussi permise par notre édition en ligne: un moteur de recherches permet de retrouver dans les lettres toutes ses allusions à la vie théâtrale de son temps, aux événements et personnalités politiques, littéraires, artistiques. Des notices des noms de toutes les personnes citées constituent une sorte de Who’s who du XIXe siècle. Ce site peut être une mine pour les historiens.

La manière aléatoire, déjà pratiquée par des internautes qui m’ont témoigné leur intérêt pour le site, consiste à se laisser guider par le hasard, et surprendre par la plongée surprise dans telle ou telle journée de la vie de Juliette Drouet. Un frisson historique est alors ressenti par ce contact comme en direct avec une journée ordinaire d’une femme éloignée de nous par un siècle et demi, mais rendue proche de nous à la fois par son humanité simple, et ce témoignage conservé.

     Litterama : Quel écho peuvent avoir ces lettres chez les femmes d’aujourd’hui ? 

Florence Naugrette : Il y a à la fois un effet de proximité, et de distance. La proximité est dans l’humanité profonde de ces lettres, où tout un chacun peut se retrouver, et pas seulement les femmes. La distance est dans l’étonnement, voire le scandale, que l’on peut ressentir, en constatant dans quel état de dépendance extrême (matérielle, morale, sociale et sentimentale) se trouvait cette femme par rapport à l’homme qui l’entretenait.

Ce qui est typique, non pas d’un hypothétique (et sans doute illusoire) « éternel féminin », mais d’une posture féminine historiquement et socialement déterminée (Juliette Drouet est la maîtresse entretenue de Hugo au début de leur relation), c’est la relation de soumission et de dévouement absolu. Elle s’exprime par des déclarations d’amour et d’obéissance qui peuvent surprendre par leur régularité systématique et leur caractère hyperbolique.

Ce à quoi, néanmoins, les femmes d’aujourd’hui peuvent être particulièrement sensibles, à une époque où l’on repense le « soin » dispensé à autrui comme une relation morale qui ne leur incombe pas exclusivement, c’est le dévouement de Juliette Drouet par rapport à Hugo, tel qu’elle l’exprime et le théorise: elle considère qu’elle est là pour le servir, non pas comme une esclave, mais pour prendre soin de lui, au sens où les philosophes du « care » l’entendent aujourd’hui.

Litterama : Pourriez-vous citer le passage d’une lettre qui vous a touchée, que vous aimeriez lire à une amie ? 

Florence Naugrette : Je choisis délibérément une lettre exceptionnelle, d’une qualité littéraire et d’une élévation d’âme remarquables, écrite en exil. Elle témoigne des doutes de Juliette Drouet sur l’utilité même de ces lettres. Y transparaît le rapport complexe entre le principe même de l’écriture des lettres et la nature de leur relation.

Jersey, 1er février 1853, mardi après-midi, 1 h.

On comprend l’utilité des cailloux entassés sur les bords des routes, des moellons apportés sur un terrain vague, des chiffons, des tessons et des débris de toutes sortes ramassés au coin des bornes par un chiffonnier philosophe, parce que les cailloux comblent les ornières du chemin, les moellons font des maisons et les tas d’ordures font de tout quand on sait s’en servir. Mais il m’est impossible de deviner, avec la meilleure volonté du monde, à quoi servent mes stupides gribouillis à moins que ce ne soit comme critérium de l’ineptie humaine. Mais encore, à ce compte-là, il y a longtemps que vous avez dû savoir ce que jaugeait la mienne pour n’avoir plus besoin d’être édifié à ce sujet. Quant à servir à autre chose, je n’en vois vraiment pas la possibilité depuis bien longtemps. Autrefois, cela servait de trait d’union entre nos deux âmes quand ton cher petit corps s’échappait à regret de mes bras. Mais maintenant je le demande, la main sur la conscience, à quoi peuvent servir ces maussades élucubrations, sans air, sans baisers, sans soleil, sans amour, sans esprit, sans bonheur ? Evidemment à rien ou à pire que rien. Tu es trop sincère au fond pour ne pas reconnaître la justesse de ces tristes observations et trop juste pour insister sur une vieille habitude que rien ne motive plus. Voilà bien longtemps et bien des fois que je t’ai fait faire cette remarque mais jusqu’à présent tu n’en as pas tenu compte par un sentiment d’exquise politesse que j’apprécie mais dont j’aurais honte d’abuser indéfiniment. Aussi je te supplie, renonçons-y simplement et honnêtement une fois pour toutes, et n’en soyons que meilleurs amis pour cela.

Juliette

© BnF, Mss, NAF 16373, f. 123-124, transcription de Bénédicte Duthion assistée de Florence Naugrette 

 

   Litterama : Vous écrivez beaucoup sur le théâtre, et vous avez dirigé de nombreuses publications également sur le sujet, d’où est né cet intérêt ?  A votre avis quelle est la spécificité de cette écriture ? 

Florence Naugrette : Ma spécialité première est l’histoire du théâtre, notamment celui du XIXe siècle. L’auteur sur lequel portent une grande partie de mes publications est Victor Hugo (j’ai aussi écrit sur sa poésie, sur sa biographie écrite par sa femme). C’est par ce biais que j’ai découvert la correspondance que Juliette Drouet lui adresse.

Ce qui aiguise aussi ma curiosité avec ce corpus, c’est le caractère particulier du genre épistolaire, pratiqué par cette femme qui n’est pas un écrivain. Ce n’est pas exactement le même rapport à l’écriture que celui que peuvent avoir les épistoliers Mme de Sévigné, Voltaire, ou Flaubert, qui soit élaborent sciemment leur correspondance comme un genre littéraire, en sachant que leurs lettres circuleront, soit sont par ailleurs déjà des écrivains. On a affaire avec Juliette Drouet à ce que les linguistes appellent un « scripteur ordinaire ».

L’autre spécificité de cette écriture, c’est la proximité entre lettre et journal, que Françoise Simonet-Tenant a bien étudiée, en s’appuyant sur d’autres auteurs, dans son ouvrage sur ce qu’elle appelle les « affinités électives » entre ces deux modes d’écriture personnelle qu’on aurait tort d’opposer de manière binaire, en considérant que la lettre est adressée tandis que le journal est privé. Il y a des points de rencontre entre les deux genres, et les lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo en sont un exemple frappant.

  Litterama : Pensez-vous, pour finir, qu’il y ait une écriture féminine ? 

Florence Naugrette : Je n’en sais rien, honnêtement, et ne suis pas assez férue en « études de genre » pour vous répondre.  Instinctivement, en tout cas, je ne le pense pas.

 

Litterama : Quelles sont les auteurs féminins qui vous ont marquée ? Quels sont les deux derniers romans de femme que vous avez lus ?  

Florence Naugrette : J’aime beaucoup George Sand, qui a écrit beaucoup plus qu’on ne le croit, et notamment du théâtre. Je recommande la lecture de sa correspondance, très impertinente, pleine d’imprévus. Et aussi son roman Nanon, accessible en livre de poche. C’est une très belle histoire d’amour et d’ascension sociale pendant la Révolution.

J’ai découvert aussi récemment une femme poète américaine, Eleanor Wilner, dont l’œuvre me touche beaucoup, notamment pour sa manière de relier les émotions personnelles à la mémoire culturelle.

Pour vos lectrices et lecteurs qui lisent l’anglais, je recommande aussi les « Dreamscapes » de Mary Shaw, accessibles en ligne sur le site du Mouvement Transitions (http://www.mouvement-transitions.fr); ce sont des textes à la première personne, qui disent, de manière émouvante, mais sans aucun pathétique, la perception éphémère du monde qui entoure une femme d’aujourd’hui, ses souvenirs d’enfance, ses désirs fugitifs, la manière dont elle perçoit sa place mouvante parmi les autres.

Les deux derniers romans de femme que j’ai lus sont ceux de Florence Noiville, La Donation et L’Attachement, parus chez Stock. Ce sont des autofictions qui traitent de la violence de certaines relations familiales, de la difficulté à hériter du passé parental, de l’angoisse de transmettre les fêlures familiales à ses propres enfants, mais aussi des facultés de résilience et de l’appétit de vivre qui permet d’y échapper. Ce sont des romans pleins d’esprit et d’inventivité narrative.

 

Litterama : Dans un article de Télérama , SB G souligne le peu de femmes auteures ou metteuses en scène représentées dans un grand nombre de théâtres parisiens, qu’en pensez-vous ? 

Florence Naugrette : On ne peut qu’être d’accord avec cet article. Le constat serait le même, d’ailleurs, au Festival d’Avignon, et ce, malgré la présence d’une femme dans l’actuel binôme de direction. Pourtant, des metteurs en scène comme Ariane Mnouchkine ou Brigitte Jaques-Wajeman font un travail extraordinaire. A Rouen, où j’habite et où j’enseigne, je ne manque aucun spectacle de la Compagnie Catherine Delattres, qui fait un travail d’une finesse et d’une intelligence remarquables, et je m’étonne qu’on ne lui confie pas la direction d’une structure importante. De là à imaginer une politique de quotas, comme le fait l’auteur de l’article de Télérama que vous citez, il y a un pas que je ne franchirai certes pas: on ne peut pas légiférer comme en politique en matière de création artistique.

Merci à Florence Naugrette pour ces réponses passionnantes et cet éclairage précieux.

Née en 1963, ancienne élève de l’ENS-Sèvres, agrégée de Lettres Modernes, Professeur de Littérature française des XIXe et XXe siècles à l’Université de Rouen. Directrice-adjointe du CÉRÉdI. Elle a déjà accompli un travail considérable dans la direction de plus d’une dizaine d’ouvrages collectifs dont « La poésie dans le théâtre contemporain », textes réunis avec Marianne Bouchardon, la publication de nombreux articles, des traductions de l’oeuvre de Robert Harrison, et de nombreuses préfaces, notes à des éditions de Victor Hugo et Alfred de Musset.

Claire d’Albe – Sophie Cottin

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L’histoire, en quelques mots, est celle d’une jeune femme mariée à un homme qui a l’âge d’être son père, et qui s’éprend d’un jeune homme venu leur rendre visite. Déchirée entre l’exigence de vertu et la passion qu’elle éprouve, la jeune femme se trouve au cœur d’un conflit d’une telle violence qu’il menace sa vie-même.

Le contexte est important pour comprendre une telle œuvre ; il faut savoir qu’il souleva l’indignation d’une autre femme de lettres, Mme de Genlis, qui en dénonça selon elle, la parfaite immoralité.

          L’œuvre fit scandale, ce qui ne manque pas d’étonner aujourd’hui quand on lit ce livre où tout commerce charnel est parfaitement exclu. Mais en ce début de XIXe siècle, on ne plaisante pas avec les femmes adultères, ni même avec les femmes en général. Elles n’ont qu’à bien se tenir :

« Le bien qu’une femme peut faire à son pays n’est pas de s’occuper de ce qui s’y passe, ni de donner son avis sur ce qu’on y fait, mais d’y exercer le plus de vertus qu’elle peut », et « une femme en se consacrant à l’éducation de ses enfants et aux soins domestiques, en donnant à tout ce qui l’entoure l’exemple des bonnes mœurs et du travail, remplit la tâche que la patrie lui impose […] »3

            Les femmes de lettres ne contestent pas toujours l’ordre établi, elles intègrent les normes sociales et en font parfois l’apologie dans leurs romans. Il s’agit de respecter les bonnes mœurs et de passer à travers la censure puisque pour se faire éditer il faut être lue par des hommes. La femme doit être « belle autant qu’aimable, mais un ange », sacrifier son existence à ses enfants, respecter « les plus saints préceptes de morale », et « les nœuds sacrés du mariage », « remplir avec dignité tous les petits devoirs auxquels leur sexe et leur sort les assujettissent »

Sophie Cottin ne fait pas exception à la règle, mais par sa profession d’écrivain, et tout à fait malgré elle, elle se trouve en rupture avec les règles auxquelles sont soumises toutes les femmes. Et puis, même si l’héroïne en meurt, l’amour ici est plus fort que les liens du mariage , « Frédéric était l’univers, et l’amour, le délicieux amour, mon unique pensée », « mon univers, mon bonheur, le Dieu que j’adore »s’écrie Claire d’Albe, en proie aux plus vifs mais aussi aux plus délicieux tourments ». L’auteur décrit les effets et les ravages de la passion quand celle-ci est interdite par la société. A défaut d’être assouvie, elle ne disparaît qu’avec la mort de celui ou celle qui l’éprouve et les multiples obstacles et empêchements la font gagner en intensité.

 

Ce texte est donc daté, et la langue emphatique a de quoi parfois nous agacer. Elle a des accents de tragédie qui peuvent cependant toucher et émouvoir. Et même si les répétitions son parfois nombreuses, la passion est parfois très bien décrite, « Je n’en puis plus, la langueur m’accable, l’ennui me dévore, le dégoût m’empoisonne ; je souffre sans pouvoir dire le remède  ». Elle monte crescendo tout au long du roman et finit, non pas en apothéose, mais dans le sacrifice de celle qui éprouve cette passion mortelle. Gare à celle qui s’oppose aux normes sociales et aux valeurs chrétiennes, elle risque le payer fort cher. En ce XVIIIe siècle finissant, et ce début du XIXe , les héroïnes ne peuvent que mourir d’amour ou …d’ennui.

Le bonheur de la nuit – Hélène Bessette

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  Hélène Bessette – Le bonheur de la nuit – Editions L&o Scheer, 2006

Hélène Bessette, née en 1918 a été publiée pendant une vingtaine d’années et représenta un temps l’avant-garde de la littérature des années 60-70. Marguerite Duras déclara même : « La littérature vivante, pour moi, pour le moment, c’est Hélène Bessette, personne d’autre en France. », Raymond Queneau à son tour la qualifia d’ « Un des auteurs les plus originaux de son temps . ».Pourtant qui connaît son nom aujourd’hui malgré l’excellent travail d’édition de Laure Limongi ?

Hélène Bessette cependant marqua son temps, et ses romans figurèrent plusieurs fois sur les  listes des prix Goncourt et Femina. Elle fonda le GRP, le Gang du Roman Poétique et dynamita les codes traditionnels du roman pour inventer une langue nouvelle, rapide, efficace, et pratique. Elle tranchait dans la phrase comme on tranche dans le vif.

Toutefois si les intellectuels du temps reconnurent son originalité et son talent, elle ne rencontra pas le grand public. Son style novateur eut tôt fait de déconcerter des lecteurs habitués à une narration plus classique. Ses romans ont des allures de poèmes :

Une grosse femme brune. Noiraude. Forte en postérieur. Ce qui fait onduler la jupette. Un peu plus loin. Derrière le jarret.

Forte en reins. Moulée dans un chandail.

Excitante et sexy.

Les phrases sont courtes, parfois composées d’un seul mot et donnent un rythme heurté au récit.

Les repères donnés par le roman réaliste ou psychologique n’ont plus vraiment cours ici  même si on retrouve des personnages relativement identifiables, et une progression – non-linéaire cependant- dans le récit.

  Le bonheur de la nuit, est le récit d’une crise, crise de couple, dans laquelle se jouent l’amour et la séduction, la séparation et les retrouvailles de Nata de Nathanaël cynique et veule et de son épouse, puis de sa maîtresse dans un espèce de cycle sans fin, qui sombre dans l’absurdité et la violence. Le couple est un enfermement où se jouent des relations de pouvoir, où les femmes se donnent pour de l’argent et où les hommes représentent un patriarcat violent et destructeur.

  Hélène Bessette, disons-le tout de suite, est un auteur qui pourra sembler difficile à certains. J’ai trouvé, pour ma part, de l’intérêt à la lire, même si  le récit s’essouffle vers la fin. Il a un côté expérimental qui m’a intriguée je dois le dire. Je crains cependant qu’elle ne soit jamais  populaire et qu’elle reste un auteur d’avant-garde louangé par les critiques mais ignorée par les lecteurs.

Théâtre : Pauline Sales

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Pauline Sales est née en 1969, comédienne et auteure, ses pièces sont éditées aux Solitaires Intempestifs et à l’Arche. Richard Brunel, Marie-Pierre Bésanger, Philippe Delaigue, Laurent Laffargue, Jean-Claude Berutti ont mis en scène ses pièces et prochainement, Lukas Hemleb proposera « Les arrangement » au Théâtre de Sartrouville les 6, 7,8 décembre 2012.  Dans ses pièces, les femmes sont tourmentées et insatisfaites, elles enfantent des monstres, ou rêvent de partir et de tout abandonner ! Exposées aux violences, victimes d’inceste, leur langue est la langue du corps, crue et brute, parfois brutale.

« J’aime l’idée de travailler la langue comme un poème, qu’elle soit mâchée. »

Sa renommée est internationale car plusieurs de ses pièces ont été traduites en anglais et en allemand et représentées à l’étranger.

Elle est l’auteur de De la salive comme oxygène mise en scène par Kheireddine Lardjam, une production du Théâtre de Sartrouville et des Yvelines, CDN, dans le cadre du festival Odyssées en Yvelines (2011) et de En travaux qui est sa première mise en scène.

« J’ai toujours l’impression que c’est l’acte même d’écrire qui me fait écrire, très concrètement. Entre ce que j’imagine au départ écrire et le résultat final, il y a toujours un énorme décalage. Après coup je me dis, ah, c’était ça que tu voulais écrire. » Le Matricule des Anges

 

Les arrangements :

« Une famille recomposée se retrouve le temps d’unweek-end autour du patriarche,ancien déporté et romancier célèbre. À l’ombre de cette figure tutélaire, chacun se sent forcément défaillant, développant un sentiment d’imposture dans sa propre vie. Face à lamort annoncée du chef de famille, femmes et enfants se débattent,
s’interrogent, s’arrangent, pour continuer à vivre avec cet héritage, pour s’en servir ou s’en débarrasser… Dans cette comédie grinçante, au verbe pointu, Pauline Sales met à nu cette machine broyeuse d’existences qu’est la famille. »

« J’aime bien les trous‚ les bosses‚ les artères bouchées‚ le scotch qui a circulé‚ les larmes ravalées. Je peux pas aimer ceux qui aiment les jeunes parce que je vais vieillir pauvre cloche et qu’un jour tu seras trop jeune pour moi‚ même avec tes rides et ton incontinence et tout le tsoin-tsoin. Tu as brûlé la plus belle histoire d’amour que je connaisse et je peux te dire que j’en connais et tu peux me croire. Tu as brûlé l’histoire d’amour qui fait que je suis là pour te rencontrer. » Dépannages

« Ils sont deux‚ la trentaine‚ ils se connaissent mal‚ ils viennent d’univers radicalement différents. C’est une femme‚ il est un homme. Elle est étrangère‚ il est français. Elle est sous ses ordres‚ il la dirige. Ils doivent finir de construire quelque chose ensemble‚ avec les aléas‚ les retards‚ les changements de plan‚ les dépassements de budgets‚ les blessures qu’implique toute construction.

Ils sont dans le bâtiment. C’est pas la même façon de regarder‚ de parler‚ de manger‚ de s’habiller. Et même s’ils doivent construire ensemble‚ séparément ils n’ont pas du tout la même vision de ce qui doit être. » En travaux

« Ne pleure pas. J’ai mal à la tête. Pas de larmes. Je m’en vais toute seule et te laisse là. J’accroche un papier avec notre adresse à la fermeture Eclair de ton anorak. N’importe qui te raccompagnera chez toi tout droit. C’est ce que tu veux ? Alors qu’est-ce que tu veux ? Moi je reste là. Je ne rentre pas. Je vais au Groenland. Tu me crois ou pas (…) » Groenland

Entretien avec Pauline Sales

Les Solitaires Intempestifs :La Bosse, 2000,Dépannage, 2002, Cake ! suivi de Il aurait suffi que tu sois mon frère, 2002,Le Groenland, 2003, L’Infusion, 2004, Désertion, 2005, Les Arrangements, 2008, Family Art, 2009 A l’ombre, 2010 ,De la salive comme oxygène, 2010

Lansman :La route

L’Arche Éditeur :Israël-Palestine, Portraits, 2009 Le Jeu d’histoires libres

Espace 34 : Caravanes

Les femmes mènent l’enquête : Jane Austen

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Jane Austen et les fantômes de Netley – Stephanie Barron – collection Labyrinthes, Editions du Masque 2007, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patricia Christian

  Vignette Les femmes mènent lenquète« Stephanie Barron est née en 1963 en Nouvelle-Angleterre. Brillante étudiante de l’université de Stanford et diplômée de Princeton, elle se consacre aujourd’hui exclusivement à l’écriture. Jane Austen et les fantômes de Netley est le septième épisode des aventures de Jane Austen, auteur pour laquelle elle a une passion, au point d’en avoir fait son héroïne. »

  Une belle étrangère, à la beauté saisissante et à la réputation sulfureuse, s’installe à Netley Lodge, près des ruines de l’Abbaye de Netley. A sa poursuite depuis le Portugal où il l’a connue et aimée, Harold Throwbridge laisse entendre que cette femme serait l’instigatrice d’un projet effroyable qui pourrait mettre en péril la couronne anglaise.

On sent l’influence des romans gothiques : le brouillard qui enveloppe les ruines, les équipées nocturnes dans des souterrains angoissants, ou les scènes baignant au clair de lune, où l’on aperçoit des silhouettes fantomatiques, le décor est planté. Jane Austen est l’amie de Harold Throwbridge ; elle n’est pas insensible au charme de celui qu’on nomme le Gredin mais le désir d’une vie paisible, la réputation du personnage, propre à compromettre n’importe quelle jeune femme bien née, font naître bien des atermoiements. Des navires sont incendiés dans le port de Portsmouth, des prisonniers français s’évadent, il ne faut pas oublier la présence de l’ogre Napoléon dans le paysage politique de cette époque (l’action du roman se situe en 1808), l’atmosphère est explosive. Jane est chargée de surveiller Netley Lodge et son inquiétante propriétaire. Ce roman permet de brosser un arrière –plan historique qui éclaire les persécutions dont furent victimes les catholiques, déclarés Renégats par l’église anglicane.

 

Il y a bien sûr le plaisir de retrouver Jane Austen sous les traits de cette enquêtrice tout à fait atypique. Il ne faut pas oublier que la littérature de l’époque avec des auteurs tels que Charlotte Turner Smith, William Godwin, Charlotte Dacre, a donné naissance aux premiers romans à sensation qui deviendront des romans noirs quelque temps plus tard. L’intrigue est assez bien menée et ménage quelques savoureux rebondissements. La fin n’est pas du tout celle que l’on attendait et le suspense, même s’il est un peu long à s’installer, est garanti.

La condition des femmes de l’époque est finement évoquée et notamment celle de la femme auteur : « Vous devez savoir que j’aspire à une vie d’écrivain, et que les dames comme moi ne se marient jamais. Les préoccupations domestiques dévorent les journées sans laisser le moindre répit à l’utilisation de la plume. »

Une série que je suivrai, sans aucun doute…

En lecture commune avec  Nina