Itinéraire d’une blogueuse (5)

john-manthaJ’aime la Toile parce qu’il s’y produit de multiples évènements pour la lectrice que je suis. Et puis on y rencontre des gens de qualité : Philisine Cave est de celle-là car c’est elle qui m’a annoncé que Geneviève Brisac était présidente du jury du Livre Inter cette année! Vous imaginez mon émotion ! J’ai dû émettre quelques borborygmes et puis le cri primal est sorti de ma gorge.

Que faire ? Écrire ? Mais quoi ? Et comment dire ? Les informations sont livrées avec parcimonie. J’ai beau écouter France Inter tous les matins, et puis à d’autres moments de la semaine (J’adore Cosmopolitaine de Paula Jacques), je ne savais pas au juste ce que l’on attendait des futurs jurés. Je pense avoir fait ma énième crise existentielle, (écrivé-je, n’écrivé-je pas ?)  suivie d’une séance d’auto flagellation, mais non, je ne suis pas capable d’écrire THE lettre, pétrie d’émotion mais aussi d’humour !  Je ne suis qu’une pauvre petite blogueuse de rien du tout, la Cosette du livre de poche, la Fantine des bibliothèques, la petite Anna Karénine du livre broché ! Comment devenir virtuose en quelques secondes, enchanter de ma plume et raconter mon amour de la lecture sans sombrer dans le pathos.

Avez-vous déjà postulé, avez-vous été retenu ? Aimeriez-vous le faire un jour ?

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12 femmes et 12 hommes constitueront comme chaque année le jury du Prix du Livre Inter.

Les inscriptions avaient lieu jusqu’au 28 février inclus .

Mercredi 3 avril : annonce à l’antenne du nom des 24 membres du jury sélectionnés et des 10 livres en compétition.
Dimanche 2 juin : délibération et vote du jury.
Lundi 3 juin : proclamation du lauréat du 39ème Livre Inter dans le journal de 8h de Mickaël Thébault.
Et 2 rendez-vous en présence du Président du jury, des jurés et du lauréat : « Comme on nous parle » de Pascale Clark et « Service Public » de Guillaume Erner.

  une lettre (1)

Une autre lettre (2)

Où il est question d’une lettre qu’on n’écrit pas.

Une lettre écrite par un castor…

Une analyse des lettres reçues et des lecteurs

Nana de Zola

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Vignette les grandes héroïnesNée en 1852  dans une famille ouvrière,  Nana est la fille de Gervaise et de Coupeau dont l’histoire est narrée dans L’Assomoir. Mère du petit Louiset à l’âge de 16 ans, elle ne peut subvenir à leurs besoins et se prostitue pour gagner un peu plus d’argent. Elle habite un appartement où son amant l’a installée ; ce qui ne l’empêche pas d’être dans la gêne. Les premières pages la montrent interprète principale de la « Blonde Vénus » au Théâtre des variétés (Vénus, identifiée à Aphrodite, déesse de l’amour et de la beauté est aussi connue pour ses frasques sexuelles et son infidélité conjugale1.)

 

Un de ses amants au chapitre 7 lit la chronique de Fauchery, intitulée la Moucje d’Or et qui rend bien compte de la théorie naturaliste, c’ « était l’histoire d’une fille, née de quatre ou cinq générations d’ivrognes, le sang gâté par une longue hérédité de misère et de boisson, qui se transformait chez elle en un détraquement nerveux de son sexe de femme. Elle avait poussé dans un faubourg, sur le pavé parisien; et, grande, belle, de chair superbe ainsi qu’une plante de plein fumier, elle vengeait les gueux et les abandonnés dont elle était le produit. Avec elle, la pourriture qu’on laissait fermenter dans le peuple remontait et pourissait l’aristocratie. Elle devenait une force de la nature, un ferment de destruction, sans le vouloir elle-même, corrompant et désorganisant Paris entre ses cuisses de neige, le faisant tourner comme des femmes, chaque mois, font tourner le lait. »

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Si elle ne brille pas par son talent, sa sensualité affole tous les hommes : « Peu à peu, Nana avait pris possession du public, et maintenant chaque homme la subissait. Le rut qui montait d’elle, ainsi que d’une bête en folie, s’était épandu toujours davantage, emplissant la salle. À cette heure, ses moindres mouvements soufflaient le désir, elle retournait la chair d’un geste de son petit doigt. » . La sexualité et le vice sont la marque de ce XIXe siècle à travers le personnage de la courtisane et de la maîtresse, qui symbolise la puissance érotique, femme excitante, à la fois soumise et menaçante, en marge de la société bourgeoise et victime d’un ordre social qui la maintient dans la dépendance de ses bienfaiteurs. La société judéo-chrétienne condamne la sexualité et ses plaisirs en dehors de la procréation, la fille de joie devient l’exutoire de désirs refoulés que la société capitaliste inscrit dans des rapports marchands.

            Elle est à la fois dévoratrice et fatale, parce qu’elle fait appel à l’interdit, aux désirs d’autant plus puissants qu’ils sont refoulés, entachés de culpabilité et d’une jouissance décuplée par un certain parfum d’aventure. Elle est tolérée car elle permet la pérennité d’un certain ordre moral dans lequel les femmes doivent arriver vierges et pures au mariage, pour ensuite se dévouer à la maternité. Elle représente ce qui est interdit à toutes les autres, soumise à la sexualité des hommes (personne ne lui demande vraiment ce qu’elle aime, elle).

            Mais selon Christian Mbarga, dans son étude passionnante sur les personnages de femmes des Rougon-Macquart, elle est aussi « la personnification et l’allégorie du mal qui ronge une époque toute entière : la quête effrénée des richesses et du plaisir en engloutissant tout sur son passage ».

A lire et à relire donc…

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1 Emile Zola : les femmes de pouvoir dans les Rougon-Macquart par Christian MBarga

Pour qui vous prenez-vous ? Geneviève Brisac

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Recueil de onze courts récits qui se font écho, hantés par les mêmes personnages, Max, Gerbert, Fleur, Mélissa Scholtès, les jumeaux, Mélinée et leurs naufrages quotidiens.

  Ces personnages sont tous la proie d’une sourde inquiétude, d’une angoisse permanente et diffuse qui alourdit passablement un quotidien dans lequel il ne se passe véritablement pas grand-chose. Je me suis demandée si au fond, ce n’était pas une façon d’alimenter leur vie, de faire en sorte qu’elle puisse être racontée. Vivre est dangereux, tout nous menace, il n’y a pas d’éternité. Rien ne dure et la mort est tout au bout. N’est-ce pas ce que nous ne nous lassons pas de dire ? Comment ne pas dénoncer un tel scandale ? Pourquoi jouir de cette conscience funeste ?

Anticiper le danger ou la mort, ne revient-il pas à s’en protéger ? Penser l’impensable, dire l’indicible pourrait rompre la malédiction qui nous enchaîne à des corps si fragiles.

« Je faisais cela quand j’étais enfant : j’ouvrais grand la fenêtre, je défaisais ma chemise de nuit et j’essayais d’attraper une mort certaine, une pneumonie, une pleurésie, pour avoir une bonne raison d’être si triste. »

La perte est imminente, en tout cas inéluctable et on ne peut se raccrocher à rien. Ni à l’amour qui la plupart du temps n’est qu’un vaste malentendu, une rencontre indéfiniment ratée ou reportée, ni à l’amitié qui est aussi fragile, et creuse en nous ce vertige :

« Dans l’eau, je me suis mise à pleurer sans crier gare. Des litres de larmes dans des litres d’eau. les larmes faisaient des trous dans la mousse, comme des puits creusés par des puces de sable, par des lombrics. »

            Tout est tellement absurde, nous sommes comme des malades incapables de vivre sans le cancer qui les ronge, un personnage ne dit-il pas : « C’est l’air marin, l’iode, ça peut rendre malade tant c’est sain ». D’ailleurs on peut essayer de se prémunir contre le mauvais sort, mettre un petit savon dans sa poche, serrer une patte de lapin, la pensée magique ne marche pas, il n’y a pas d’échappatoire…

            Virginia Woolf n’est jamais loin, ni Jean Rhys, elles connaissent la fragilité de toute existence mais aussi la voix de la mer. Elles sont hors de la peur qui relève d’une impardonnable confusion…

            « N’importe qui à ta place irait tranquillement à la plage se promènerait sous les palmiers, se ferait des amis. Toi, il faut que tu théorises. Le bruit, la musique, la vulgarité, les odeurs, ma pauvre fille. Pour qui te prends-tu, à la fin ? » admoneste un des personnages . Y aurait-il une aristocratie du malheur ?

Cet air vague et ennuyé que nous prenons parfois ne voudrait-il pas dire que nous souffrons d’un orgueil démesuré, face à cette comédie, cette trivialité de l’existence qui  n’est pas digne de nous ? Au fond vaudrait-on beaucoup mieux que cela ? Oui, forcément nous valons beaucoup mieux que cette fin ridicule clouée entre quatre planches ! 

  Il y a un ton, alerte et vif, un humour un peu cruel que j’aime beaucoup dans les livres de Geneviève Brisac. Cela me fait penser à pas mal de choses à chaque fois, cela fait écho en quelque sorte… J’ai toujours ce sentiment que l’on m’a dit quelque chose, à moi seule ! Non mais, pour qui se prend-on ?

Quatre jours en mars – Jens Christian Grøndahl

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Jens Christian Grøndahl Quatre jours en mars – La voix d’Ingrid     Dreyer / traduit du danois par Alain Gnaedig, Gallimard 2011 pour la traduction française, collection folio n° 5494

  L’auteur est né à Copenhague en 1959. Il a publié une dizaine de romans et est unanimement considéré comme l’un des meilleurs écrivains de sa génération. Piazza Bucarest a été récompensé par le prix Jean Monnet de Littérature européenne 2007.

  Ingrid ne sait plus très bien où elle en est. A l’approche de la cinquantaine, une série d’événements la font douter des choix qu’elle a faits dans sa vie de femme. Elle se retrouve face à elle-même  : son divorce, sa tentative d’échapper aux modèles passés, de réaliser une carrière tout en ayant un enfant. Mais voilà que tout lui coule entre les doigts, et la belle cohérence qu’elle pensait avoir donné à son existence semble à présent un écheveau désordonné où tous les fils s’emmêlent…

Pendant quatre jours, Ingrid laisse remonter les souvenirs. L’échec de son mariage, la difficulté de ses relations avec sa mère, journaliste interviewant des personnalités célèbres, fille mal aimée de sa mère Ada,  ses propres difficultés avec son fils.,. Elle se trouve aux prises avec ses choix existentiels. Elle vit dans une époque individualiste, lieu de conflit entre la liberté et le devoir   et éprouve un fort sentiment de culpabilité. Elle a dû trouver sa propre identité, la choisir et donc renoncer à tous les autres possibles.  

            Ingrid, sa mère Berthe et sa grand-mère Ada sont trois générations de femmes confrontées au dilemme de la maternité et du devoir et de la réalisation de soi. Toutes trois ont fait passer leur vie sentimentale et leur vie professionnelle avant leur rôle de mère et ont bénéficié de la révolution des mœurs permise par le féminisme. Mais qu’ont-elles réellement gagné et à quel prix ? Leurs relations mère/fille sont difficiles car elles ont chacune à leur manière vécu la blessure de l’abandon et l’éloignement de la mère, leur vie affective n’est pas des plus heureuses et la solitude les guette, quant à leur carrière, elle semble avoir été un miroir aux alouettes. Elles lui ont chacune beaucoup sacrifié mais pour quel bénéfice ? En ont-elles été plus heureuses ? N’ont-elles pas négligé l’essentiel ?

            Jens Christian Grøndahl écharpe au passage le modèle éducatif danois relativement permissif où les enfants font la loi et devant lesquels les adultes cèdent trop souvent par peur de les « traumatiser ».

Dans une interview à l’Express, l ‘auteur explique  que« ses romans montrent « le drame de la vie intérieure, la lutte de quelqu’un à travers des bribes de mémoire », cherchent à « creuser la banalité du quotidien ». Il insiste sur son rapport avec ses personnages. Sur le fait qu’il ne les connaît pas jusqu’au bout, ne les comprend jamais tout à fait complètement. »

Femmes vues par un homme, fils peut-être ou petit-fils de l’une de ces femmes, on sent la blessure encore à vif.  Je ne sais pas si ce livre veut culpabiliser les femmes modernes, si le souhait de l’auteur est un retour en arrière. Il analyse finement les caractères mais on sent qu’il prend plus parti qu’il ne pose véritablement des questions. A mon sens en tous cas, mais j’aimerais bien avoir d’autres avis.

Challenge-voisins-voisines-2013

Chez  Anne (Des mots et des notes)

Aurora, Kentucky -Carolyn D. Wall

Aurora-Kentucky

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Editions du Seuil, mai 2010, pour la traduction française, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Estelle Roudet.

(Le Kentucky [KY] est un État d’une superficie de 104 623 km²; il est situé au centre-est des États-Unis, entre les Appalaches à l’est et la confluence de l’Ohio et du Mississippi à l’ouest. Cet État est limité au nord par l’Ohio, l’Indiana et l’Illinois, à l’ouest par le Missouri, au sud par le Tennessee, à l’est par la Virginie et la Virginie occidentale. La capitale de l’État est Frankfort. L’État du Kentucky  tire son nom du mot iroquois Ken-tah-ten signifiant «terre de demain».)

  Aurora dans le Kentucky : Olivia Harker élève seule son petit-fils William que sa fille lui a laissé avant de partir à Hollywood pour tenter une carrière d’actrice.  Ils se sont attachés l’un à l’autre et tentent de survivre en tenant une petite épicerie léguée par son père. La mère d’Olivia est folle et donne bien du fil à retordre à sa fille qui l’a reléguée au fond du jardin dans une petite cabane.

Les relations fille-mère dans ce récit sont particulièrement difficiles. Il ne suffit pas de pouvoir enfanter pour savoir aimer.  L’amour demande une disposition particulière, une attention à l’autre et la capacité de se détourner de soi au moins momentanément. Et certains êtres sont si occupés par leur propre souffrance qu’ils ne peuvent prendre en compte celle des autres.

Mère et fille sont incapables de communiquer : « La vérité, c’est qu’Ida et moi étions en proie à une souffrance si grande qu’elle nous poussait à une fuite en avant qui ne cesserait jamais. » Il semblerait également qu’il est plus facile de donner de l’amour à un enfant lorsque soi-même on a été aimé. On retrouve des gestes, des attitudes, des mots, dans une sorte de catalogue intérieur que l’expérience nous constitue.

Il n’y a pas d’instinct maternel : « Ida m’a appris une chose : les mères n’aiment pas forcément ce qu’elles expulsent de leurs ventre pour l’expédier dans le monde ». L’amour vient en plus et pas de façon automatique. Les mères indifférentes, maltraitantes ou monstrueuses ont toujours suscité l’effroi parce qu’elles semblent les plus proches a priori.

Les relations au père sont beaucoup plus apaisées, plus réconfortantes. Une question de bonne distance peut-être…

Tout à leur histoire familiale compliquée, dans cette Amérique de la fin des années trente, profondément raciste et ségrégationniste, Olivia ne sent pas la menace qui rôde et les exactions racistes d’une société secrète qui terrorise les Noirs de la région : disparitions, mutilations, vont l’ entraîner dans une série d’aventures ménageant de sombres rebondissements.

 

  Un roman au souffle profond, dans la grande tradition des romans américains, porté par une héroïne magnifique et courageuse. Carolyn D. Wall écrit dans la continuité d’une Harper Lee ou Eudora Welty : l’émotion et la tension présentes tout au long du roman tiennent le lecteur en haleine de manière particulièrement efficace. Un véritable pageturner et une narration impeccable dans une langue très aboutie.

Nos pleines lunes – Sophie Krebs

Nos pleines lunes

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Médaillée du conservatoire de Pari, Sophie Krebs est professeur de formation musicale. Passionnée de pédagogie, elle invente en 2003 la méthode rythmo, une méthode d’apprentissage du rythme au travers des mots. Les jeux de société Rythmo ont obtenu une médaille d’Or au Concours Lépine International.

  Le livre de Sophie Krebs est un chant d’amour à deux voix. Chant d’amour et parfois de désespoir. J’ai eu cette image d’une écriture tendue comme un fil entre deux êtres, qui vibre à chaque émotion de l’un ou de l’autre. Le tempo est vif, presque trop parfois, car les chapitres alternent rapidement les deux voix , l’une faisant écho à l’autre, dans des registres différents.

La douceur de l’une : « Il fait doux ce matin. Giroflées. Romarin. », l’âpreté de l’autre, « La colle ça poisse. J’aime pas quand ça poisse ».

Lucas attend Lolita ; elle doit venir le voir à Noël. Il prépare le sapin en son honneur. Ses journées sont suspendues à l’attente et les événements qui la rythment, bonheurs minuscules ou tragédies, nous apprennent peu à peu son histoire.

Laetitia est photographe : « Capter l’instant m’a toujours soulevé de terre. Un grand mystère venu d’ailleurs ! C’était comme des ailes. De belles grandes ailes qui m’auraient prise par magie. » Sa vie a le tempo rapide d’une valse, d’une danse, puisque parfois danse et musique se confondent. C’est étonnant : « Rue Mouffetard (3). Le fleuriste (3). Une nouvelle jacinthe (5). Une blanche aujourd’hui.(6) ».

L’intrigue se construit par petites touches et on est pris par l’énigme de ces destins dont les fils se croisent et s’entrecroisent jusqu’à nous donner la trame. Le suspense est poétique et il est parfois difficile de laisser le livre. Ce n’est qu’à la fin que le motif apparaît enfin et l’on n’est pas déçu.

Souvent, l’écriture alterne des phrases longues et brèves et on a l’impression d’écouter le bruit des vagues.

            L’écriture de Sophie Krebs est très travaillée, ourlée parfois dans de la soie, ou dans la déchirure. Elle demande une écoute intérieure.

Il faut lire « Pleines lunes », c’est un très beau texte.

Cinq questions à Sophie Krebs

Sophie-Krebs litteramaAnis : Comment écrivez-vous? Avez-vous des rituels ?
Sophie Krebs :  J’écris dans le silence le plus pur que je puisse trouver (aucune musique et personne autour de moi excepté mes chats et chiens). Jamais assise à un bureau ni à une table, toujours allongée soit sur un lit, soit dans un canapé. Le plus souvent seule dans ma ferme perdue au milieu de 10 hectares…Toujours avec un crayon noir et une gomme, dans des cahiers choisis avec grand soin…Sinon plus basiquement : quand je trouve le temps…car malheureusement comme nombre d’entre  nous, je ne sais pas encore faire autrement… Ah ! j’oubliais…j’écris bien sûr à haute voix… pour mieux entendre comment sonne la phrase, puis la strophe, puis le  chapitre… 

  Anis : Pourquoi écrivez-vous ?
Sophie Krebs :  L’envie d’écrire s’est imposée à moi très naturellement et j’avoue que le bébé n’était pas programmé !…mais comme j’écrivais déjà depuis plus de 10 ans pour les  enfants de la musique verbale (textes parlés écrits rythmiquement) je pense que j’ai juste lâché la transcription rythmique pour ne garder que les mots…Le rythme est bien sûr toujours là, mais il n’est pas transcrit. J’ai conscience que mon cheminement vers l’écriture est donc très spécial; ceci explique aussi le fait que j’écrive obligatoirement à haute voix… Je ne me suis jamais dit « Je vais écrire »…Je n’aurais jamais osé !

  Anis : Quels sont es auteurs qui vous ont marqué ou ceux (ou celui) qui vous a donné envie d’écrire ?
 Sophie Krebs : Je vais sûrement vous décevoir, mais mon envie d’écrire ne s’est absolument pas faite au travers d’un (ou plusieurs) écrivain. J’adore lire bien-sûr et ce depuis  toujours. Je lis actuellement 6 ou 7 romans par mois…et j’ai mes écrivains chouchous, mais ils sont très nombreux : Proust, Duras, Simone De Beauvoir… etc

Plus proche de nous et très actuel pour moi Claudie Gallay… Mais ils sont vraiment trop nombreux pour en sortir « un » du « tout »… Et j’avoue que je serais plus à

 l’aise de vous parler de compositeurs…Si cela peut vous intéresser, je ne me lasse pas de Chopin (en ce moment ses Ballades pour piano) et de Schumann…

Par contre voici mes dernières lectures adorées :

 -« Le petit tailleur de shorts » d’Yvon Le Men

– « L’Arpenteuse »d’Isabelle Mestre

– « Enregistrements pirates » de Philippe Delerm

 – « Seule Venise » de Claudie Gallay

 « Le déferlantes » de Claudie Gallay (que je relis régulièrement chaque année)

Anis : Pensez-vous qu’il existe encore aujourd’hui un « plafond de verre » pour les femmes qui écrivent ?
SK : Le jour où le plafond de verre disparaîtra, nous devrons fêter ça ensemble !!! 🙂

Anis: Quels sont pour vous les grands textes de femmes qui ont marqué l’histoire littéraire?
SK : Quitte à choquer : les textes des chansons de Barbara… et Piaf !

 Sinon bien sûr Simone de Beauvoir et Marguerite Duras…

Les derniers jours de Smokey Nelson – Catherine Mavrikakis

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Les derniers jours de Smokey Nelson – Catherine Mavrikakis – Sabine Wespieser éditeur 2012

Smokey Nelson attend dans les couloirs de la mort. Il a été condamné à la peine capitale et attend depuis 19 ans l’exécution de la sentence. Il a tué sauvagement un couple et leurs deux  enfants dans un motel des environs d’Atlanta.

Trois témoins directs ou indirects évoquent le criminel et la façon dont il a bouleversé leur vie.

Sydney Blanchard ouvre ce roman choral par un monologue qu’il adresse plus ou moins à sa chienne alors qu’il roule vers la Louisiane. Il n’est pas vraiment  sympathique d’ailleurs, vaguement raciste, sans réelle ambition, fan de Jimi Hendrix  dont il joue les standards, un peu lâche aussi.  Il a été arrêté par erreur et a passé quelque temps en prison à la place du coupable.

Il a été innocenté par Pearl Watanabe (seconde voix du roman) qui travaillait dans le motel cette nuit-là. Elle a parlé au meurtrier et même fumé une cigarette avec lui, avant de découvrir les cadavres mutilés de ses victimes. Il aurait pu la supprimer car elle était le seul témoin. Or, il lui a laissé la vie sauve. Pearl, sous le poids de la culpabilité qui la ronge, vit dans un long cauchemar.

Sam qui a été assassinée est la fille de Ray Ryan. Ray Ryan entend la voix de Dieu qui lui parle et lui permet de supporter la douleur de la perte. Il n’ a pas de conscience propre, tout lui est dicté par cette voix qui perd tout caractère sacré et devient presque triviale. Cette voix crie vengeance et Ray Ryan ne pourra prendre de repos tant que le meurtrier ne sera pas exécuté.

Mais la mort de Smokey Nelson fonctionne comme un couperet qui annihilera toute possibilité de rédemption pour le meurtrier et ceux qui ont croisé sa route. Face à l’absurde, ce que chacun avait mis en place pour vivre une vie normale, finit par s’écrouler.

 

Catherine Mavrikakis dit qu’elle aime bien que le lecteur soit bousculé et dans ce livre, pas de doute, on ne reste sur aucune certitude acquise. Il n’y a pas de portrait psychologique du meurtrier, rien ne le prédestinait à ces meurtres sauvages et on ne saura jamais ce qui a déclenché la tuerie. Pas d’antécédents judiciaires, une enfance et une adolescence relativement préservées, rien n’explique son geste. Peut-on devenir meurtrier par accident ? Peut-on être entraîné soi-même dans une violence qui nous dépasse ? Question angoissante s’il en est.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’une lecture de distraction mais d’une aventure que Catherine Mavrikakis nous invite à partager, un voyage parfois difficile, un jeu de piste mortel mais dont on ressort grandi, plus intelligent peut-être , moins impatient face aux choses difficiles de l’existence. La littérature devient alors le lieu d’une possible conversion. Et l’œuvre devient éternelle.

Catherine Mavrikakis est canadienne de langue française et c’est mon premier livre dans le cadre du challenge de Denis  sur la francophonie.

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Le plafond de verre en Bande-dessinée

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Après avoir fait mon comptage sur le site Angoulème BD, et cela m’a pris pas mal de temps, un ami (mes amis sont d’ardents défenseurs de la gente féminine) m’a parlé d’un incident lors de la cérémonie d’ouverture. Je reprends ici le communiqué publié sur internet :

vignette Les femmes et la B.D« Le Collectif d’action féministe La Barbe s’est invité à la cérémonie d’ouverture du 40ème festival international de la Bande-dessinée. 6 activistes ont fait irruption lors des festivités pour féliciter les organisateurs du festival pour leur virile régularité. Depuis la création du festival, le Grand Prix du festival a couronné 43 hommes sur 45 auteurs, le jury a été présidé 39 fois sur 40 par un homme et le Fauve d’or a été attribué à des hommes dans 88% des cas.

Avec son ironie habituelle, la Barbe s’est félicité d’une sélection qui cette année encore n’échappe pas à la règle.  Gérard, Patrick, Ludo­vic, Franck, Benoît, Jean-Luc et Jean-Claude, Stéphane, Bertrand, Olivier, Jean-Pierre et Frédéric.  Le Calife à la place du Calife, sera un autre Calife. »

J’ai donc décidé de proposer sur ce blog désormais des BD féminines, tous les mois, afin de leur donner un peu plus de visibilité. Chacun, partout, peut aider à briser le plafond de verre.

C’est pourquoi une association essaie de mettre en lumière par le prix Artemisia une bande dessinée écrite par une femme :
La lauréate du prix Artemisia 2013 est Jeanne Puchol pour son album Charonne-Bou Kadir aux éditions Tirésias.

Association Artémisia

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Un prix sur les huit décernés e à Angoulême, le prix du public Cultura :

Fauve d’Angoulême – Prix du public Cultura :

Tu mourras moins bête… T2 de Marion Montaigne (Ed. Ankama)

Toute la sélection : 40ème festival BD d’Angoulême

chez Hélène (Lecturissime)

Festival de la BD d’Angulème. Où sont les femmes ? Du 31/01/13 au 03/02/13

BD-angouleme

Zeina Abirached Marguerite AbouetAudrey AlwettMarie-Sophie André – Lucrèce AndreaeAnnabel  BlusseauElodie AntNine AnticoMagali Arnal – Sarah Arnal Lene AskVirginie Augustin AuroreSophie AwaadVirginie B  Penélope BagieuNathalie BaillotSharmila Banerjee–  Tamia BaudouinJulia Bax – Elodie BécherasMai Li Bernard –  Ophélie Bernaud Julie BirmantBlan –  Marine BlandinElodie BoivinGwendi BonnevalAurélie BoyerBarbara CanepaFrancesca CassavettiGeneviève CastriéCécileGeneviève Celardo-MarotLeila Cestmoi –  Cha Elsa CharretierChantal CheretPauline ChericiAmandine CiosiAnne CitronMi ChuIsabelle CochetLeela CormanFanny DalleRive Sophie DarcqLaure Del PinoNadège DelisleAbby DensonAnaïs DepommierManon Des GrieuxMarie DeschampsCapucine DeslouisIsabelle Dethan Mathilde DomeqPascalle Wallet DracDreamy (Sophie Durand)Laure Durandelle – – Bettina Egger – – Anne EliseJoëlle EssoMarion Fayolle – Sylvie FontaineJuliette FournierAisha FranzDésirée FrappierNathalie FerlutKatherine FerrierBrigitte FindaklyRenée FrenchLeti Gami –  Laure Garancher Tamara Garcevic –  Anne-CharlotteGauthierSarah Glidden –Amanda GraziniFanny GrosshansSophie GuerriveAnne GuillardCécile Guinement – Jonna HellgrenLorelei HerreraSallyAnne HickmanAnne-Sophie HoppSoizic JaffreAnne-Claire JouvrayKattrinMargaux Kindhauser La Grande AliceCelineLabriet Aurélie Lacan Louisette Lavaud Catherine Lim Li-Chin Lin– Gaelle LothLisa LugrinPatricia LyfoungLyse Lisa MandelValérie ManginSandrine MartinMontserrat Martin JuarezAude MassotCarole MaurelLaureline MattiussiCatherine MeurisseMarie Moinard –  Marion MontaigneAnne Montel  – Chantal MontellierCatherine MorellongNadjaAurélie NeyretNathalie NguyenNinie – Marie NovionEloïse OgerNancy Pena Catherine PervaletAlice PicardAude PicaultSarah PicchelliMarie-Hélène PierreAriane PinelAurélie Poermans –  Emilie PlateauJeanne Puchol –  Mathilde RamadierAnouk RicardDelphine RieuMarine Rivoal-Fischer Julie Rocheleau ThéaRojzman Alice SaeyAude SamamaAmélie SarnMarie Saur –  Johanna SebrienNatacha SicaudSourya SihachakrAude SoleilhacAudrey SpiriIléana SurducanLine TMathilde TANXXXAnne-Laure ToIlaria TrondoliSophie Uliana – Amandine UrrutyKim Van Der VeldenIris VeverkaValérie VillieuVanyda Savatier Vanna VinciCélne Wagner –   Birgit Wehye  –Lou WizKaori Yoshikawa  – ZVIANE

Elles sont bien là !

vignette Les femmes et la B.D

Plus de 200 auteures seront sur les stands pour rencontrer leurs lecteurs. Il faut savoir que pourtant un millier d’auteurs environ (un peu plus) se cotoieront lors de ce festival, ce qui fait  un peu  moins de 20 % de  femmes auteures de bandes dessinées.

Les premières dessinatrices de bande dessinée : Kate carew et Rose O’neill

vignette Les femmes et la B.DLes premières femmes dans la BD furent  Kate Carew (1869 – 1961) qui était caricaturiste pour la presse américaine avant de s’installer en Europe. Elle a réalisé notamment une interview de Picasso.

Premères BDet Rose O’neill (1874-1944) avec la série des Kewpies

220px-Rose_O'NeillElle est surtout connue pour avoir créé une bande dessinée publiée dans le Ladies Home Journal en 1909, Kewpie, si populaire que des poupées à son effigie étaient commercialisées au début du XIXe siècle. Elle a raconté avoir eu l’idée de ce bébé malicieux en observant son frère lorsqu’elle était enfant. Elle le dessinait alors dans toutes les situations et s’en resservit plus tard pour les Kewpies. Kewpie venait de Cupidon qui prononcé en anglais faisait phonétiquement « ki-ou-pi-done ». de là est venu le diminutif de Kewpie. Et effectivement ils ressemblent véritablement à des angelots ! Mais des angelorts farceurs.

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Zoom sur une créatrie de bande dessinée d’aujourd’hui : Zeina Abirached

vignette Les femmes et la B.DMouton reprend la trame d’un court métrage d’animation produit aux Arts Décoratifs de Paris, et sélectionné dans de nombreux festivals internationaux.

Elle raconte la lutte engagée contre une coiffure impossible à domestiquer et les épreuves traumatisantes du coiffeur.

  Née à Beyrouth en 1981, Zeina Abirached a fait des études de graphisme au Liban puis à Paris, aux Arts Décoratifs. Après Beyrouth Catharsis et 38 rue Youssef Semaani, son roman graphique Mourir Partir Revenir, Le jeu des hirondelles connaît un très large succès public et critique (sélection Angoulême 2008, 15000 exemplaires vendus, traduction dans une dizaine de pays). Elle a publié cinq livres aux éditions Cambourakis, et prépare un nouvel album à paraître en 2013, Beyrouth Partita.(source maison d’édition Cambourakis). Un graphisme qui n’est pas sans rappeler celui de Marjane Satrapi.

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