Billie – On ne badine pas avec Anna Gavalda !

Anna Gavalda – Billie – Le dilettante 2013

« Billie, ma Billie, cette princesse à l’enfance fracassée qui se fraye un chemin dans la vie avec un fusil de chasse dans une main et On ne badine pas avec l’amour dans l’autre est la plus jolie chose qui me soit arrivée depuis que j’écris. »

Billie, la narratrice, doit son prénom à la chanson éponyme de Mickael  Jackson,  l’histoire d’une groupie du chanteur, qui prétend que son fils est aussi le sien.  Premier leg d’une série dont elle se serait bien passé, par une famille violente et déstructurée, Billie se bat comme elle peut pour acquérir une identité et se forger un destin. Elle prend la parole, parfois outrancière et tonitruante, parfois tendre et bouleversante, pour raconter sa vie et son amitié avec  Frank, jeune homosexuel  aussi seul et perdu qu’elle. Peut-on être libre ou n’est-on que le résultat d’une série de déterminismes auxquels on ne peut échapper ? Tel est le fil rouge de ce court roman porté par la voix de Billie.

C’est à mon avis encore une fois le tour de force d’Anna Gavalda : le style a une importance capitale, il est l’épiderme du personnage et sa respiration. D’où l’impression troublante d’avoir Billie à côté de soi, et d’éprouver ses émotions dans une totale empathie. Elle est parfois insupportable, souvent grossière, mais jamais vulgaire… Pour autant, elle peut  être envahissante et même étouffante.  Il  arrive  qu’on lâche le livre pour ne plus l’entendre, pour échapper à cette gouaille dont le rythme et la surabondance d’aigus vrillent légèrement les tympans virtuels du lecteur.

On peut vouloir échapper à Billie, on peut refuser de l’entendre…

L’univers d’Anna Gavalda est d’une grande cohérence car elle bâtit une œuvre. Une œuvre singulière habitée par son regard sur la vie et les gens et par une extraordinaire sensibilité. Elle redonne ses lettres de noblesse à la littérature populaire, celle de Hugo ou de Zola qui, il faut bien le dire, firent pleurer dans les chaumières…  Elle redonne un certain lustre et une certaine profondeur au mélodrame, bien que Billie n’en raffole pas, elle avertit d’ailleurs, elle n’a été ni violée ni battue à mort, la violence fut bien plus profonde, souterraine et quotidienne.

Billie m’a touchée parce que je la connais peut-être. Billie n’en rajoute pas, elle raconte juste comment elle s’en est sortie… Une pièce de théâtre, un rôle, un professeur, une amitié, autant de jalons qui peuvent marquer une route, autant de tuteurs qui peuvent rendre possible une résilience. Et des mots surtout qui vous marquent à jamais et  vous indiquent un possible chemin.

Des mots comme ceux-là peut-être :

« Adieu Camille. Retourne à ton couvent. Et lorsqu’on te fera encore de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, vaniteuses, menteuses, curieuses et dépravées ; et le monde entier n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a dans ce monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux… On est souvent trompé en amour souvent blessé et souvent malheureux, mais on aime. Et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. » On ne badine pas avec l’amour, Musset

Anna Gavalda nous donne à entendre à nouveau ce texte sublime à travers la voix de Billie. Elle est une auteure d’une grande sincérité qui essaie de nous faire entendre les voix d’hier dans celles d’aujourd’hui pour mieux appréhender peut-être ce qu’il y a d’humanité en nous.

Joyeuses fêtes

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Je vous souhaite à tous de joyeuses fêtes avec des cadeaux de livres, des rêves de livres, et de belles pauses lectures…

Lumineuse Anna – Poissy Décembre 2013

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La Transcendante de Patricia Reznikov

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Patricia Reznikov – La transcendante – Albin Michel 2013

Pauline réchappe de peu à un incendie. Sur sa peau, les stigmates de l’accident, des brûlures profondes, marquent sa peau. Au milieu des cendres et des livres carbonisés de sa bibliothèque, un livre, un seul, a été épargné par les flammes, il s’agit de « La lettre écarlate » de Nathaniel Hawthorne.

Est-ce un signe ? Et si oui, comment le déchiffrer ? A travers la vie de l’héroïne, Hester Prynne, qui dut porter une lettre écarlate cousue sur sa poitrine afin d’expier son adultère, ou à travers la vie d’Hawthorne et des Transcendantalistes qui marquèrent la vie intellectuelle de l’époque ?

Quelle étrange parenté les unit ? Quel parcours initiatique doit-on accomplir pour véritablement être soi-même ?

« Si je ne suis pas moi-même, qui le sera ? » demande Thoreau, l’auteur de « La désobéissance civile ». Et qui sera là pour me voir ? ajouterais-je . Qui me verra ?

Ce texte m’a rappelé un autre, de Pascal, sur le moi,

Qu’est-ce que le moi ?

Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants ; si je passe par là, puis-je dire qu’il s’est mis là pour me voir ?

Non ; car il ne pense pas à moi en particulier ; mais celui qui aime quelqu’un à cause de sa beauté, l’aime-t-il ? Non : car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu’il ne l’aimera plus.

Et si on m’aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m’aime-t-on? moi ? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où est donc ce moi, s’il n’est ni dans le corps, ni dans l’âme ? et comment aimer le corps ou l’âme, sinon pour ces qualités, qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu’elles sont périssables ? car aimerait-on la substance de l’âme d’une personne, abstraitement, et quelques qualités qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste. On n’aime donc jamais personne, mais seulement des qualités.

Qu’on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices, car on n’aime personne que pour des qualités empruntées.

Blaise Pascal Pensées(688 ) – Édition Lafuma, 323 Édition Brunschvicg

English: Hester Prynne & Pearl before the stocks
English: Hester Prynne & Pearl before the stocks (Photo credit: Wikipedia)

Qui suis-je, demande Pauline, après l’incendie qui a ravagé sa vie. M’aimera-t-on encore avec cette marque infamante sur le corps ? Qui traversera ce miroir des apparences pour me voir moi ?

Le roman de Patricia Reznikov est véritablement attachant, il pose une multitude de questions, esquisse un semblant de réponse. Il y a un œil pour voir, un œil nietzschéen peut-être (s’il existe). J’ai adhéré à ce texte dans un commun partage de valeurs, et l’authenticité d’une réflexion. Il y a un cyclope dans cette histoire, avec, bien sûr, un seul œil, et un corbeau qui pour une fois n’annonce ni drame, ni tragédie.

« Je compris alors que la vie était courte. Tragique. Précieuse. » écrit-elle.

Moi aussi.

Une auteure : Leonora Miano

Découvrir Leonora Miano

Les initiatives ne manquent pas en ce moment sur la toile pour faire découvrir des auteurs qui comptent dans la littérature contemporaine. Stéphie (du blog Les mille et une frasques) remet à l’honneur ses rendez-vous  Découvertes d’Auteurs pour lire ce dernier roman.

 

Si vous souhaitez participer à cette rencontre de l’auteur par le biais de lectures communes, rendez-vous chez Stephie.

Découvrir Doris Lessing

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Le challenge est ouvert du 1er janvier au 31 décembre 2014, avec le seul objectif de lire au moins un livre dans l’année.

 

Si vous êtes intéressés, rendez-vous chez Maeve.

Il faut découvrir cette grande dame de la littérature …

 

Anne Percin – Le premier été

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Anne Percin – Le premier été, La brune Au Rouergue, 2011

Leurs grands –parents décédés, deux sœurs décident de vendre la maison où elles ont passé les étés de leur enfance et leur adolescence. Elles y reviennent une dernière fois  pour la vider.

Pour la benjamine, un secret douloureux est attaché à ce lieu et à la période de son adolescence. Elle s’adresse à sa sœur aînée dans un long monologue où elle évoque ce premier été et les événements qu’elle a dû taire et qui l’ont marquée à tout jamais.

La force du roman D’Anne Percin est de dévoiler les informations peu à peu, de planter longuement le décor, dans un rythme crescendo. Les descriptions sont minutieuses et soignées et la langueur de ces journées d’été vous saisit peu à peu jusqu’à vous engourdir. Elle sait ménager l’attente du lecteur, et distiller une certaine angoisse, la menace plane sur cette campagne vosgienne. On sait qu’un drame va survenir mais on ne sait pas lequel ; on s’attend au pire… Et le pire, bien sûr, est à venir. On se perd en conjectures….

Alors tout simplement on ne s’y attend pas…

C’est un mélange de beauté et de fureur que raconte ce livre sous ses airs innocents de bluette sentimentale… Et comme toute œuvre, elle vous emporte au sommet ou au dedans de vous-même, c’est selon l’altitude où vous vous trouvez.

A lire absolument…

Anne Percin à Poissy dans les Yvelines.

à Poissy, à la librairie Le Pincerais,  à 16h, en partenariat avec la Médiathèque de Poissy .  Entrée libre.

Anne Percin écrit pour la jeunesse mais pas seulement.

Son dernier livre concourt pour le prix des jeunes lecteurs pisciacais. Elle viendra répondre aux questions de ses lecteurs.

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Pour ma part, j’avais beaucoup aimé :

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Adélaïde Dufrénoy (née Billet) – 1765-1825

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Elle naît à Paris le 3 décembre 1765 dans un milieu aisé et libéral. Son éducation est celle des filles de l’époque et ses lectures se bornent aux Evangiles et au grand catéchisme de Montpellier. Encore a-t-elle eu la chance, grâce à son milieu, d’apprendre à lire ! Intelligente et vive, sa soif d’apprendre la guide vers d’autres horizons de lectures, elle dévore le « Magasin des enfants » de Mme Leprince de Beaumont et lit en cachette les ouvrages  d’une vieille tante. Les femmes ne peuvent ouvrir leur esprit qu’en contournant les nombreux interdits qui les condamnent à rester sottes et ignorantes.

A l’âge de 15 ans, elle épouse Petit-Dufrénoy, un veuf qui a l’âge d’être son père , procureur au Châtelet de Paris.  Il se targue d’avoir connu Voltaire et se pique d’un peu de culture ; c’est ainsi qu’il fait lire à sa jeune épouse les œuvres de Parny, poète français qui mourra en 1814.

C’est une révélation pour Adélaïde qui devient poétesse de salon.

De 1787 à 1789, elle dirige le Courrier lyrique et amusant dans lequel avait paru son poème« Le silence éloquent ». Dès lors, elle publie régulièrement ses verset fait la connaissance de poètes et d’écrivains, parmi lesquels le jeune Chateaubriand et Fontanes dont elle sera amoureuse.

Pendant la révolution, elle héberge des proscrits malgré le danger. Son mari ruiné, et après un bref séjour en Italie, elle reprend ses publications et fait vivre sa famille grâce à sa plume: une petite révolution pour l’époque !

Elle écrit non seulement des vers mais aussi un roman et s’essaye à des ouvrages pédagogiques (le livre du premier âge , Instruction religieuse et maternelle, l’Abécédaire des jeunes gourmands), tout en continuant ses activités de journaliste au Mercure de France, à l’Abeille et aux Dimanches avec Mme de Genlis (entre autres). Elle encourage aussi ses contemporaines, dont Marcelline Desbordes-Valmore dont le talent commence à éclore et qui deviendra une poétesse brillante et inspirée.

Ses positions politiques évoluent tout au long de vie vers un certain conservatisme et elle qui connut l’amour hors du mariage, condamne le divorce.

Catriona Seth qui a conduit tout un travail sur l’auteur et nous permet de mieux appréhender  son originalité, conclut son étude ainsi :

« Dans ses meilleurs écrits, les vers savent épouser les espérances et l’angoisse de l’énonciateur grâce à des alternances de coupes abruptes et de périodes plus régulières, souvent en recourant à l’hétérométrie.
A une époque où rares sont les poètes, hommes ou femmes, qui livrent leur intimité au regard du public, elle dit ses sentiments avec des accents personnels qui peuvent encore émouvoir » (in Femmes poètes du XIXe siècle, une anthologie, sous la direction de Christine Planté).

 Mieux connaître les chercheuses qui sont le plus souvent dans l’ombre :
Après des études à l’Université d’Oxford et à la Sorbonne, Catriona Seth est reçue à l’Agrégation en 1995 et soutient sa thèse. Elle a été commissaire d’exposition, avec Élisabeth Maisonnier, pour Marie-Antoinette : femme réelle, femme mythique à la Bibliothèque municipale de Versailles, a fait partie du comité scientifique pour Les Enfants du secret au Musée Flaubert et d’histoire de la médecine (Rouen). Elle a collaboré aux catalogues Goya du Palais des Beaux-Arts de Lille, Sciences et curiosités à la cour de Versailles et Parties
de campagne
du Musée de la Toile-de-Jouy.
Elle est directrice de collection pour les Classiques Garnier et dirige la série diffusée par Le Monde, des Grands classiques de la littérature libertine.

L’amour, élégie – Adelaïde Dufrénoy (1765-1825)

"Le Baiser" ("The Kiss"). ...

Passer ses jours à désirer,

Sans trop savoir ce qu’on désire;

Au même moment rire et pleurer.

Sans raison de pleurer et sans raison de rire;

Redouter le matin et le soir souhaiter

D’avoir toujours droit de se plaindre;

Craindre  quand on doit se flatter,

Et se flatter quand on doit craindre;

Adorer, haïr son tourment;

A la fois s’effrayer, se jouer des entraves;

Glisser légèrement sur les affaires graves,

Pour traiter un rien gravement;

Se montrer tour à tour dissimulé, sincère,

Timide, audacieux, crédule, méfiant ;

Trembler, tout en sacrifiant,

De n’en point encore assez faire;

Soupçonner les amis qu’on devrait estimer;

Être le jour, la nuit, en guerre avec soi-même;

Voilà qu’on se plaint de sentir quand on aime,

Et de ne plus sentir quand on cesse d’aimer.

(Opuscules poétiques, 1806)

« Le Baiser » (« The Kiss »).  Carolus-Duran  Palais des Beaux-Arts, Lille, France. (Photo credit: Wikipedia)