Helle Helle – Chienne de vie / Eloge de la fuite ?

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Roman traduit du danois par catherine Lise Dubost, Editions du rocher, Le Serpent à Plumes, 2011 (230 pages)

« Bente plaque tout. Son appart, son mari. Elle échoue dans un endroit isolé au bout du bout du danemark. C’est là que Johnny et Cocotte la trouvent à un arrêt de bus. Ils l’adoptent. »

 Pourquoi Bente (si toutefois elle s’appelle bien ainsi) est-elle partie ? Elle semble au bout du rouleau et s’en remet au hasard, et se laisse porter par les événements. Sa fuite est sans but et sans projet ou peut-être ne désire-t-elle pas autre chose que se fuir elle-même, remettre le fardeau de sa vie dans d’autres mains. On dit bien prendre sa vie en mains, ce que Bente, à l’évidence ne peut plus faire. Souffre-t-elle de dépression ? Qu’est-ce qui l’a conduit là ?

Quelle responsabilité Bente a-t-elle dans ce qui lui arrive ? Ne cherche-telle pas seulement à s’oublier ? D’ailleurs dans le livre, elle prend les vêtements des autres comme si elle endossait leur propre vie, à la manière d une carapace. Elle veut s’oublier et devenir les autres.

Helle Helle décrit cette femme confrontée à la solitude et décrit l’ennui, ce qui peut s’en dégager. Le lieu est important car il est assez lointain et isolé pour qu’on ne puisse pas s’en échapper facilement. C’est un livre sur la désillusion, la chute vers le néant, mais aussi la quête de sens. Le personnage principal décide de suivre son chemin et vit les choses les unes après les autres. Elle se sent perdue mais aussi aimée et appréciée.

Cocotte et Johnny sont des personnages de la débrouille, assez loin du modèle scandinave. Ils portent en eux une fêlure, une blessure comme toutes celles qu’on porte en nous. Parce que simplement être humain a déjà son prix à payer. Et c’est en cela qu’ils nous semblent si proches. Personne n’est à l’abri d’une défaillance et parfois il est nécessaire de se porter les uns des autres. C’est en ce sens que le livre est lumineux à la manière de cette lumière si particulière des pays scandinaves.

Bente ne s’écroule pas, elle reste vivante. Elle se repose et reprend des forces…

Le récit, par de réguliers retours en arrière, raconte par bribes ce qui est arrivé à Bente. Par petites touches le mystère s’éclaircit, son destin devient presque palpable. Il lui arrive ce qui pourrait nous arriver à tous. La bonne nouvelle c’est qu’on en ressort vivant.

Helle explique que le style est primordial, qu’il faut écouter la langue, la laisser parler ensuite lorsqu’on la lit.

 

J’ai beaucoup aimé la lecture de ce petit livre, la façon dont Helle Helle approche ses personnages, son extrême délicatesse, la tonalité intimiste de l’écriture comme si soi-même on discutait avec les personnages.

Une petite recette:

Johnny a aussi préparé une salade aromatisé au curry avec du yaourt et des oignons hachés.

– Pour bien faire, il aurait fallu y mettre des pommes, s’excuse-t-il tandis que nous nous asseyons à table.

Helle helle est née en 1965 au Danemark. Premier écrivain danois à recevoir le prestigieux prix Per Olov Enquist, elle est traduite en 7 langues. Chienne de vie est son cinquième roman et le premier traduit en français.

 

Des nouvelles de la maison bleue – Hella S. Haasse

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Hella S.Haasse Des nouvelles de la maison bleue – traduit par Annie Kroon – Babel Actes Sud 2000

Deux sœurs se retrouvent pour quelques semaines dans la maison de leur enfance avant de la vendre. Elles ont vécu de nombreuses années à l’étranger et notamment en Argentine, patrie d’origine de leur mère.

Les deux sœurs sont en tout point dissemblables : Felicia épouse de diplomate a vécu dans l’enceinte protégée des ambassades, et n’a pas vraiment connu l’amour, alors que Nina engagée dans la résistance aux côtés des mères des disparus, a connu la passion aux côtés de Ramon Sanglar.

Les habitants du quartier commentent les événements qui surviennent sous la forme d’un chœur à l’antique. Car la vie tumultueuse de Nina Sanglar sert de révélateur aux aspirations de ses voisines et va provoquer toute une série d’événements qui va agiter la vie tranquille de ce quartier cossu.

Félicia doit faire face à des sentiments de solitude et de désillusion car elle se rend compte qu’elle a toujours cédé devant les désirs de son époux ; sa vie lisse a manqué de quelque chose d’essentiel. Elle a vécu dans une extrême dépendance à son mari sans la possibilité de réaliser ses aspirations profondes. La vie aventureuse de Nina, les épreuves qu’elle a subies, son tempérament passionné font d’elle l’icône d’une femme libre, autonome et maîtresse de son destin .

Les retrouvailles à la maison bleue vont dresser les deux sœurs l’une contre l’autre…

J’ai bien aimé la lecture de ce court roman, sans que ce soit pour autant un coup de cœur. La présence du chœur alourdit le récit et j’aurais volontiers sauté ces passages. Le caractère de Nina, les péripéties de sa vie font d’elle quelqu’un de très attachant, et l’affrontement entre les deux sœurs ne manque pas d’intérêt. Une lecture mitigée en fin de compte.

Fille d’un haut fonctionnaire colonial, Hella S. Haasse est née en 1918 à Jakarta et découvre les Pays-bas à l’âge de 20 ans pour faire ses études à Amsterdam. Elle ne reverra son pays natal que bien des années plus tard, cette expérience marquera sa vie et son œuvre et la nostalgie du paradis perdu sera l’un des thèmes de prédilection de son œuvre. Elle a reçu les plus hautes distinctions littéraires néerlandaises. Elle est l’auteur de nombreux romans dont L’Anneau de la clé. (source Evene et Actes Sud)