Paroles de femmes : Virginie Despentes

« Non, on ne décrit pas un auteur homme comme on le fait pour une femme. Personne n’a éprouvé le besoin d’écrire que Houellebecq était beau. S’il avait été une femme, et qu’autant d’hommes aient aimé ses livres, ils auraient écrit qu’il était beau. »

King Kong théorie

 

Les plaines de l’espoir Alexis Wright

les plaines de  l espoir

Ce livre retrace l’histoire de quatre générations de femmes aborigènes dont les vies furent inextricablement liées à l’histoire de la dépossession des terres des Aborigènes mais aussi de la politique d’assimilation qui fut menée à leur encontre, par les Blancs. Les femmes sont dans ces cas extrêmes les plus vulnérables puisqu’elles sont les premières à assurer la filiation. Il faut savoir que nombre de métissages en Australie furent le résultat de viols et d’enlèvements.

«Les enlèvements, les viols sont le grand problème de l’Australie. Ces métissages sur plusieurs générations ont produit des gens qui ne connaissent plus du tout leur identité», explique Marc de Gouvenain, son éditeur chez Actes Sud à un journaliste de Libération.

Ivy Koopundi Andrews est ainsi séparée de sa mère à l’âge de sept ans pour être placée dans une institution catholique. Elle devient l’esclave sexuelle d’Errol Jipp, le pasteur de la mission, et subira plus tard la violence extrême de son mari. Sa vie ne sera qu’une longue descente aux enfers dans un climat hallucinatoire. Femme, elle est doublement victime, des missionnaires puis ensuite des membres de la communauté Aborigène qui la rendent responsable des malheurs qui surviennent à St Dominique. Quel que soit le cadre, tout est affaire d’interprétation : des corbeaux qui se posent sur un arbre et restent plusieurs jours d’affilée, animal symbolique liée à la mort, une série de suicides, et voilà que l’on tient l’explication et du même coup la coupable.

Ivy trouvera-t-elle la paix ? En quelle lieu sera-t-elle réconciliée ? Sa fille puis sa petite fille, à la recherche de leurs racines noires se lanceront elles aussi dans la quête de leur identité volée.

Dans une Australie raciste dans cette première moitié du XXe siècle, impossible de contracter une union mixte. Les amours entre Noirs et Blancs sont condamnées à l’échec, les femmes abandonnées. Les femmes blanches ne sont pas en reste et défendent leur territoire et leur statut : « Quel culot elles ont ces noires, d’aller se pavaner, attifées comme des grues, sous le nez des nôtres ! »

Dans les couples Aborigènes, se prolonge la violence de la colonisation, les époux ne se sont pas choisis, ou plutôt ce sont les hommes qui choisissent : le pasteur et le futur époux. La femme est l’objet du contrat et n’a pas voix au chapitre.

Ainsi sont traitées parfois les femmes dans les cas les plus extrêmes : châtiée « à coups de badine et de sermons », disposant d’un peu d’eau et de nourriture, attachée par des cordes, le temps d’être matée, pour la nuit être attachée avec une chaîne pour chien.

Mais par ces femmes, aussi maltraitées soient-elles, se transmet parfois l’amour : « en secret, elle apprit aux enfants d’Elliot la joie de l’amour. Elle leur accorda le don de l’espoir. »

Il y a des portraits extraordinaires, ainsi cette danseuse du ventre, qui s’attache à faire surgir la beauté chez les patientes d’une institution psychiatrique auxquelles elles donne des cours, ou Bessie qui n’hésite pas à se départir des meilleures récoltes de son jardin, pour en faire pousser davantage la fois suivante afin de ne décevoir personne. Elle offre alors le fruit de ses récoltes à ceux, Noirs ou Blancs qui viennent lui demander.

Ces femmes n’hésitent pas non plus à se battre, comme des chiffonniers s’il le faut et à lutter pour faire entendre leurs voix.

Puissant récit, bouleversant témoignage, ce roman est portée par une des voix de femmes les plus puissantes de la communauté aborigène, Alexis Wright.Elle est née le 25 novembre 1950 à Cloncurry, Etat du Queensland . Elle publie Plains of Promise puis Carpentaria le 21 juin 2007. Elle a reçu le Miles Franklin Literary Award pour Carpentaria et quatre autres prix. Dans des entretiens qu’elle a accordés à la presse française, elle avoue ne pas parler le naanyi, la langue de ses ancêtres car elle n’était pas enseignée à l’école. cette langue est d’ailleurs en passe de disparaître. Elle raconte une enfance plutôt heureuse auprès de sa grand-mère qui lui racontait des histoires de la mythologie Aborigène de sa communauté. Mais elle n’en est pas moins ouverte à d’autres cultures , puisque elle-même a trois filles d’un mari Ukrainien !

Roman érotique : Alina Reyes « Le boucher »

alina reyes

« La chair du bœuf devant moi était bien la même que celle du ruminant dans son pré, sauf que le sang l’avait quittée, le fleuve qui porte et transporte si vite la vie, dont il ne restait ici que quelques gouttes comme des perles sur le papier blanc. Et le boucher qui me parlait de sexe toute la journée était fait de la même chair, mais chaude, et tour à tour molle et dure ; le boucher avait ses bons et ses bas morceaux, exigeants, avides de brûler leur vie, de se transformer en viande. Et de même étaient mes chairs, moi qui sentais le feu prendre entre mes jambes aux paroles du boucher. »

Bizarrement, c’est le livre de Martin Provost qui m’a fait penser à celui-là. Un livre érotique, au langage parfois très cru, où le sexe est d’une certaine sauvagerie, d’une grande puissance, et finement écrit aussi. La chair est triste hélas, mais parfois, parfois seulement. Il arrive aussi qu’elle parvienne à nous faire oublier pour quelques heures, quelques jours ou quelques mois le désespoir qui menace de nous faire la peau.

La jeune héroïne de ce roman souffre d’un terrible chagrin d’amour. Elle s’absorbe dans les courbes et les creux du corps. Un corps autonome d’où l’esprit est absent, un corps aveugle et plein, dans la vaine épaisseur de sa chair. Il n’y a pas d’amour dans ce roman entre les deux amants mais une tentative de captation obtuse, une attente fermée, sans ouverture.  En même temps qu’une jouissance forcenée.

La chair livrée à elle-même n’a pas d’autre horizon, elle forme une circularité tenace et exaltante tout en étant parfaitement désespérée, dans le sens où elle est totalement sans espoir.

Alina Reyes écrit véritablement bien et c’est à ne pas négliger dans un genre où il est très facile de se laisser enfermer. ( Alina Reyes est un pseudonyme tiré d’une nouvelle de Julio Cortázar, la Lointaine ou le journal d’Alina Reyes, l’histoire d’une femme qui part en quête de son double).

Doublement inspirée…

Masculin/féminin : une nouvelle définition – Bifteck de Martin Provost

bifteck

On retrouve dans ce livre, un univers merveilleux, une sorte de réalisme mêlé de fantastique qui fait penser au courant littéraire latino-américain initié par Gabriel García Marquez, le réalisme magique « genre qui insère des éléments magiques et des événements surnaturels dans des situations se rattachant à un cadre historique et géographique avéré. » Ce courant littéraire a fait de nombreux émules et Carole Martinez et Véronique Ovaldé, en France, présentent dans leurs romans des caractéristiques similaires en les insérant dans un univers typiquement féminin. Martin Provost, à son tour, écrit un texte qui mêle à la fois les deux univers : il emprunte au réalisme magique des éléments réalistes puisqu’il s’agit de l’histoire d’une famille, les Plomeur, à Quimper, où l’on est boucher de père en fils. Le cadre historique est la Grande Guerre qui fait rage et dévore ses enfants mâles. André est donc le seul mâle à Quimper, capable de faire « chanter la chair » celle qui se pavane sur les étals de sa boucherie, mais aussi la chair esseulée des femmes. D’ailleurs « la force d’aimer du tout jeune étalon était telle qu’être aimée une seule fois suffisait pour que l’on eût l’impression d’être aimée pour toujours ».

Mais la Grande Guerre se termine et les maris reviennent, provoquant une certaine panique chez ces dames qui ont gardé de leurs ébats, un souvenir plus tangible que quelques soupirs… Les marmots ne cessent d’affluer devant la boucherie dans des paniers déposés nuitamment  et André en voit sa vie bouleversée.

« Preuve vivante que l’instinct maternel n’appartient pas qu’aux femmes, il jouait les deux rôles à la fois. En précurseur, il comprit que l’homme n’était pas seulement homme, et la femme pas seulement femme, mais bien sûr l’un et l’autre, comme la lune, solidaire du soleil, partage le même ciel. »

André fait donc l’expérience en lui-même d’une nouvelle dimension qui intègre masculinité et féminité, une façon d’être au monde qui rétablit l’unité originelle et une façon d’être aux autres qui rétablit une bienveillance profonde à l’égard des deux sexes : la guerre des sexes annoncée par Nietzsche a fait long feu.

Peu de distance chez ce père qui regroupe ses enfants « en un seul corps indissociable », aime les voir « se lover contre lui », aime les serrer à les étouffer.

Que penser de ce mélange des rôles, de ce père qui ignore toute distance (les psychologues et psychanalystes ne mettent-ils pas en avant la distance nécessaire au père qui représente la règle et la loi, confondant peut-être un fait culturel avec une réalité biologique.) D’ailleurs dans la nature, il y a de nombreux pères qui s’occupent longtemps de leurs petits. « Il existe également dans la nature, des pères qui portent les petits, et les mettent au monde, par exemple l’hippocampe. La mère s’éclipse dès la ponte des œufs, que le père recueille, comme cela arrive parfois dans certaines familles humaines…Chez les oiseaux, le partage des tâches (couvaison, nourriture) est très souvent, sinon presque toujours, assumé à égalité entre le mâle et la femelle. »

Les éléments magiques ou fantastiques apparaissent alors : les bambins sont au nombre de 7, sans mère qui plus est, et André endosse alors la figure de l’Immaculée Conception. Les sept petits poucets sont remplacés  ici par sept bambins bercés par André, comprenant déjà que « l’amour d’un père a plusieurs visages ». Mais la ressemblance entre certains bambins et leurs mères risque d’être compromettante et la vie de cette famille monoparentale est à nouveau bouleversée. Il leur faut fuir…

J’ai bien aimé ce conte, cette fable sur ce père nouvelle mouture, ses relations avec ses enfants même si sur la fin le récit s’essouffle un peu. La fin est une assez belle métaphore sur la mort et le plaisir mais elle n’est pas totalement convaincante. Ce récit est souvent plus profond qu’il n’y paraît, redéfinit les rôles du père et de la mère, puisque ce sont les mères ici qui laissent leurs enfants, plutôt qu’elles ne les abandonnent, à la garde et à l’amour du père. Ce père mobilisant en lui toutes les ressources de ce qu’on appelle la féminité pour éduquer et aimer ses enfants. Il montre que ce que l’on appelle féminité n’a pas vraiment de sens, c’est autre chose, un élan dans chaque être qu’on développe plus ou moins selon l’environnement social et culturel (cf les papas-poules).

D’acier – Silvia Avallone : Magistral !

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Silvia Avallone D’acier – Liana Levi Piccolo 2011 (2010 pour la version originale), traduit de l’italien par Françoise Brun.

Il y a des livres à côté desquels il ne faut pas passer… « D’acier » est de ceux-là parce qu’il sait traduire les mutations d’une société en crise, et celles qui traversent l’existence avec un talent et une énergie remarquables.

Dans ce livre, il y a d’abord une respiration , la respiration d’une énorme usine, qui crache sa fumée noire, et dont les rugissements de l’acier en fusion, les soubresauts des engins rythment la vie de ceux qui travaillent en son sein. Une ville et un quartier ont poussé près de l’aciérie, au bord de la plage, et des barres d’immeubles abritent la vie des ouvriers. Leurs enfants passent les journées à la plage, souvent sans surveillance. Des trafics se font près des cabines de plage, les corps à moitié nus des adolescent se livrent au regard et excitent la convoitise.

L’Usine comme une bête monstrueuse cache dans ses entrailles des centaines de chats faméliques et tue parfois ses enfants, les accidents du travail ne sont pas rares, et des vies agonisent sous les pelleteuses. Un rail de coke permet de supporter ce travail épuisant et l’haleine torride de la bête. Mais la bête se cabre ; ce sont ses derniers moments, la crise de l’acier pousse les dirigeants à délocaliser et les licenciements s’abattent sur les gens comme de la mauvaise grêle. Tout un univers en déshérence, des êtres en perdition dans une société capitaliste qui fait naufrage et emporte tout avec elle.

Anna et Francesca, 14 ans, sont les reines de ce monde en perdition. Elles promènent leur beauté insolente sous les yeux des garçons, unies par une amitié qui semble indestructible mais qui bientôt va vaciller sous les premiers émois de l’adolescence. Chacune va devoir choisir son chemin, ses amours et la vie qui va avec.

Francesca est la plus fragile, en proie à ses démons qui la poussent vers la violence et le danger.

Le monde des hommes que décrit Silvia Avallone, jeune auteure de 25 ans au moment de la publication de ce livre, est violent et souvent destructeur. Violence aveugle qui s’abat sur des femmes souvent faibles et parfois complices. Elle n’épargne personne et sait parfaitement décrire l’autre violence, plus feutrée, de la soumission à l’inacceptable de la part de femmes incapables de protéger et d’écouter les signaux de détresse de leurs enfants. Pourtant elle ne juge pas. Elle décrit avec beaucoup de subtilité un système dont les rouages broient tout ceux qui opposeraient une résistance. Elle montre l’espoir toujours absurde qui fait office d’amour, l’espoir comme une petite pilule de Valium. On espère toujours que cela va s’améliorer, que l’autre va changer ou qu’on va trouver la force de partir.

Ce roman est magistral, brillant, le ton incisif, le rythme trépidant, la langue parfois un peu familière mais au service de la construction sans défaut d’un récit qui vous tient en haleine jusqu’au bout.

A la bien-aimée de Renée Vivien

Renee-Vivien

Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,
Et ma voile de soie et mon jardin de lys,
Ma cassolette d’or et ma blanche colonne,
Mon parc et mon étang de roseaux et d’iris.

Vous êtes mes parfums d’ambre et de miel, ma palme,
Mes feuillages, mes chants de cigales dans l’air,
Ma neige qui se meurt d’être hautaine et calme,
Et mes algues et mes paysages et mer.

Et vous êtes ma cloche du sanglot monotone,
Mon île fraîche et ma secourable oasis…
Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,
Et ma voile de soie et mon jardin de lys.

Renée Vivien (1877 – 1909)
A l’heure des mains jointes, 1906

Renée Vivien est le pseudonyme de Pauline Mary Tarn, américaine par sa mère  et  britannique par son père.  Elle voyagea beaucoup à travers le monde délivrée des soucis matériels par l’héritage qu’elle reçut de son père..

Elle eut une longue liaison avec la richissime baronne Hélène de Zuylen, pourtant mariée et mère de deux fils.

Alors qu’elle était toujours avec Zuylen, elle entama une liaison clandestine et passionnée avec Kérimé Turkhan Pacha, l’épouse d’un diplomate turc. Cependant ces deux relations aboutirent chacune à une séparation dont Renée Vivien ne se remit pas. Elle sombra dans l’alcool et la drogue et sa santé se détériora progressivement.

 Les critiques ne furent pas tendres avec elle tant il est vrai que l’idéologie de l’époque excluait les homosexuels dont l’orientation sexuelle était considérée comme une maladie mentale. Elle fut traitée de femme perverse et libertine. Son état empira au fil des mois, elle refusa de se nourrir, fit une tentative de suicide et mourut vraisemblablement d’une pneumonie compliquée par l’alcoolisme.

 
Colette dans Le pur et l’impur , paru en 1932 retraça cette fin de vie si difficile.

 

L’Antarctique – Claire Keegan

antarctique

Les femmes irlandaises des nouvelles de Claire Keegan semblent souvent courber l’échine, ployant sous le joug de la tradition et des hommes. Leur destin est tout tracé : «  élever correctement leurs fils, nourrir les poulets, couper le persil, tolérer le vacarme du match du dimanche ».

Dans la nouvelle « Les hommes et les femmes », une fillette demande à sa mère : « Pourquoi ils font rien eux ? » La mère répond « Ce sont des hommes », comme si cela expliquait tout.

Les révoltes sont souvent silencieuses, une telle apprend à conduire en douce, telle autre coupe la magnifique chevelure de sa sœur qui la traite comme sa bonne et les femmes ont assez de force en elles pour renoncer , s’il le faut, à leurs illusions.

            C’est risqué aussi parfois, très, comme dans cette première nouvelle où une femme prend pour amant un homme rencontré dans un bar (Antarctique). Mais la liberté et la passion sont à ce prix si l’on veut un jour lutter contre la peur du vide.

En effet, les personnages de Claire Keegan ne sont pas (seulement ) les victimes d’un patriarcat qui laisse la part belle aux hommes. Elles ne sont pas seulement alourdies par les grossesses, abîmées par les lessives, ou torturées par le désespoir.  Leur lutte est âpre et elles sont terriblement vivantes. Elles ne sont pas seulement des femmes qui attendent l’amour, mais elles vivent aussi pour elles-mêmes, tant pis si parfois il faut renoncer à l’amour. Car « le jour où on découvre qu’on a gâché dix ans de sa vie n’est pas une partie de plaisir. »

       Claire Keegan n’est jamais dans un manichéisme simpliste. Des femmes sombrent aussi dans la folie et nombre d’hommes ne sont pas plus à l’aise qu’elles dans le rôle qu’on veut leur faire endosser. Ce qu’elle montre, c’est le fonctionnement d’un système qui peut rendre aussi les femmes perverses dans leur quête éperdue de séduction..

             En tout cas, c’est de cette manière que j’ai lu ces nouvelles, au style toujours ciselé, alerte et très bien rythmé.

Prix Goncourt 2014 : Lydie Salvayre

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Une moisson de prix dont les femmes ne sont pas absentes cette année, avec le plus prestigieux d’entre eux et celui où il y a eu le moins de femmes jusqu’à présent :

« Deux voix entrelacées.
Celle, révoltée, de Georges Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les nationaux avec la bénédiction de l’Église catholique contre les « mauvais pauvres ». Son pamphlet, Les Grands Cimetières sous la lune, fera bientôt scandale.
Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et « mauvaise pauvre », qui, soixante-quinze ans après les événements, a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours radieux de l’insurrection libertaire par laquelle s’ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d’Espagne, jours que l’adolescente qu’elle était vécut avec candeur et allégresse dans son village de haute Catalogne.
Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent, comme enchantées par l’art romanesque de Lydie Salvayre, entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, portées par une prose tantôt impeccable,tantôt joyeusement malmenée. » Source de l’éditeur Seuil

Nella Larsen – Clair-obscur / Noire ET blanche ?

Clair-obscur

En 1927, à Chicago, se retrouvent deux amies d’enfance, perdues de vue depuis longtemps. Leurs caractères et leurs ambitions sont très différents ; on peut même dire que tout les oppose, hormis le fait d’être suffisamment claires de peau pour passer pour blanches, alors qu’elles possèdent du sang noir toutes les deux. La ségrégation, depuis les lois de Jim Crow, obligent noirs et blancs à vivre séparés, et le métissage n’existe pas. Dans l’Amérique ségrégationniste, on est noir ou blanc et il faut choisir son camp. La belle et sulfureuse Claire a épousé un Blanc raciste, en lui cachant ses origines, et vit dans la hantise d’être découverte. Irène a choisi une autre voie : elle est devenue une mère de famille respectable et revendique au contraire son appartenance à la communauté noire. Son amie l’exaspère et la fascine à la fois. Toutes les deux, de chaque côté de la colour line, sont la proie conscience ou inconsciente d’une terrible quête identitaire.

 

Ces deux femmes possèdent une complexion claire qui leur permet de passer pour blanches et peuvent être prises pour des Espagnoles ou des Italiennes au teint mat.

Irène a choisi : son mariage avec un homme qui ne peut pas « passer » pour blanc et le le fait d’être mère de deux fils dont l’un est foncé fait d’elle une mère de famille respectable. Elle  côtoie le gratin des cercles de Harlem, et mène une vie de femme installée et bourgeoise. Sa vie est toute tracée dans les limites qui lui sont imposées, sans danger.

Claire, dont le prénom est suffisamment symbolique est une femme inquiète et troublée dont la vie peut basculer à tout moment. Moralement, elle est du mauvais côté, elle ment et trompe son monde. Pour autant Irène est-elle vraiment plus intègre ? Ne cherche-t-elle pas, au fond, à préserver les apparences, en sacrifiant tout à la sécurité et à la routine, déterminée à faire le bonheur de sa famille sans vraiment penser à elle-même ?

On peut condamner Claire, qui pour « passer » a accepté des compromis qui la déchirent mais elle représente aussi « le risque, l’audace, l’avenir ». Elle est tout le temps sur le fil du rasoir et joue un jeu dangereux. Elle veut pourtant être des deux côtés de la ligne car elle veut retrouver la communauté noire. Elle veut retourner à quelque chose, mais quoi ? Qu’est-ce que l’identité, qu’est-ce qu’une race , puisque cette question est cruciale à l’époque ? La réponse n’est jamais donnée, mais diffractée à travers quantité de situations et de problèmes.

La question morale de la trahison et du mensonge se pose des deux côtés de la colour line. Trahir une communauté ? Se trahir soi-même ? Irène n’est-elle pas elle aussi dans le compromis, au sein de cette bourgeoisie noire qui « singe » parfois la communauté blanche et se tient sagement à l’intérieur des limites qui lui ont été fixées ? Que représente la loyauté ? Et la liberté ?

En ces temps de ségrégation, l’engagement est une nécessité pour lutter contre l’oppression, la lutte pour les droits un engagement politique qui a véritablement un sens.

Alors pourquoi rester sur cette « fine » line ? Pour ne pas se laisser enfermer ? Pour ne pas avoir à choisir et pouvoir affirmer, je suis noire ET blanche ?

Ce livre est passionnant par les questions qu’il pose avec intelligence et finesse. Un peu moins de deux cent pages, mais une maestria qui m’a parfois laissée sans voix. C’est un roman éminemment philosophique qui posent les problèmes et les met en situation.

« Passing » , ou Clair-obscur est un classique maintenant de la littérature américaine qu’il faut absolument connaître.

Je dédie cet article, avec tout mon amour, à une superbe jeune femme noire ET blanche, métisse, Héloïse.

Pourquoi « Elles » ?

john-manthaJe poursuis au gré des lectures et de mes découvertes, dues souvent au hasard, l’histoire littéraire des femmes. Si j’ai réussi à intéresser une seule personne à la vie et à l’œuvre de ces femmes souvent inconnues des lecteurs français, alors je suis contente. Mais je ne le saurai jamais vraiment… Je ne peux que l’espérer.

En ce moment les élections de mi-mandat aux Etats-Unis donnent l’avantage aux républicains. J’ai alors une pensée pour ce président américain « métis » comme Nella Larsen.

Pour faire entendre les voix de ces femmes, je suis obligée artificiellement de faire taire les autres.

Mineures, toujours mineures, elles sont souvent éclipsées par leurs compagnons. On retient d’une période ou d’un mouvement quelques noms par manque de temps ou de place et parmi ces noms il y a rarement des noms de femmes.
Alors je fais comme si… Et si quelqu’un sur cette immense toile a pris le temps (quelques minutes tout de même) pour lire l’histoire de Nelly larsen, alors, vraiment, je suis contente.

Nella Larsen et la colour line, auteure métisse dans l’Amérique ségrégationniste des années de l’Entre-deux-guerres

Nella Larsen Etre femme a longtemps constitué un handicap pour être publié, mais être femme et métisse dans la société américaine du début du XXe siècle était une véritable gageure. Nella Larsen, née d’une mère danoise et d’un père antillais, seule métisse d’une famille recomposée, devient l’une des figures de proue de la « Renaissance de Harlem » (ou New Negro Movement), renouveau de la culture afro-américaine, dans l’Entre-deux-guerres (entre 1919 et 1930) dont le foyer est à New York. Ce mouvement est panafricaniste, d’inspiration socialiste, luttant contre le racisme et le paternalisme envers les noirs. La littérature noire américaine (mais aussi la peinture et la musique) se diffuse en dehors de l’élite noire américaine et gagne une reconnaissance de plus en plus affirmée.

Dorothy West, une autre des femmes écrivains, publie quant à elle « The Living is easy » où elle décrit la vie d’une famille noire aisée. En général les auteurs de la Renaissance noire américaine valorisent l’identité noire américaine. Tous les genres sont exploités, pamphlets, articles de journaux, romans, ballades et des travaux d’historiens noirs redonnent une place à la contribution des noirs à leur culture et leur destin.

En 1925, une autre de ses compatriotes, Zora Neale Hurston, écrit « Colour Struck » dans le magazine « Opportunity Magazine » et invente l’expression « Negrotarians ». Elle écrivit « Their Eyes Were Watching God »traduit en français sous le titre Une femme noire). Elle fut diplômée d’Antropologie après avoir fréquenté l’Université et créa le magazine « Fire » avec Langston Hugues et Wallace Thurman. Elle s’intéressa au folklore noir américain répondant ainsi au débat qui agitait cette communauté d’intellectuels, à savoir si la littérature devait être réservée aux élites noires ou intégrer la culture populaire.

Cette renaissance aura un impact majeur sur les intellectuels noirs dans les Caraïbes, l’Afrique de l’Ouest, et en Europe.

Et Nella Larsen dans tout cela ?

Clair-obscur, son deuxième roman, publié pour la première fois aux Etats-Unis en 1929, et qui est devenu aujourd’hui un véritable classique, pose la question de la frontière, de la limite et de la difficulté de l’identité. Aux Etats-Unis, on est noir ou blanc, Barack Obama, est un président noir, alors qu’il est métis.

Née d’une mère danoise et d’un père originaire des Iles Vierges (propriété du Danemark encore à l’époque), Nellie est déclarée « fille de couleur » à la naissance. Sa mère se remarie et donne le jour à une seconde fille déclarée « blanche ». Nellie, puis Nella eut des relations familiales difficiles notamment avec sa sœur blanche. Sa mère, cependant tente de lui assurer une éducation, connaissant les difficultés dues à la ségrégation et l’inscrit en 1907 à Fisk, université noire de Nashville dans le Tennessee, dont elle est renvoyée après une année médiocre (voir la préface de Laure Murat au roman Clair Obscur, très riche et documentée). Elle fait en même temps plusieurs voyages en Europe où elle fréquenta certainement l’Université de Copenhague en auditrice libre.

En 1909, en réponse à une ségrégation qui se durcit, est créé le NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People), qui deviendra par la suite une des plus puissantes organisations de défense des droits civils.

Séparée de sa propre mère qui vit dans un quartier interdit aux noirs, Nella Larsen décroche un diplôme d’infirmières en 1915 et en 1919, elle épouse Elmer Imes, un des premiers noirs à avoir obtenu son doctorat de physique . Le couple s’installe à Harlem.

En 1923, elle passe avec succès son diplôme de bibliothécaire et devient responsable, de la section des livres pour enfants grâce au soutien et à l’amitié d’ Ernestine Rose, blanc militant et sympathisant. Puis Carl Van Vechten, bisexuel, ami de Gertrude Stein dont il sera l’exécuteur littéraire sera une autre rencontre déterminante. Elle lui donne à lire ses premières nouvelles et conquis, il la pousse à écrire un roman. Quicksand (sables mouvants) paraît chez Knopf en 1926, ce roman a pour thème le racisme d’une famille blanche mais aussi critique l’élite noire qui « singe » l’oppresseur.

La position d’une métisse, de part et d’autre de la Colour line, la conduit à rejeter toute injonction identitaire. Histoire en quelque sorte d’une femme ni noire , ni blanche. Le dernier biographe de Nella Larsen, George Hutchinson, fait observer que « Passing », son deuxième roman est l’histoire d’une femme blanche et noire. L’identité qui s’était établie en creux devient positive. De complexion claire, on peut « passer pour une blanche » et naviguer des deux côtés de la Colour line.

Mais à la fin du XIXe siècle, les lois Jim Crow, avec la fameuse « one drop rule » stipule qu’une seule goutte de sang noir suffit à considérer une personne comme legally black. On peut donc avoir l’air blanc mais être noir. L’identité devient beaucoup plus complexe à établir puisqu’elle repose sur quelque chose qu’on ne voit pas. Dans ce type de culture, un métis n’existe pas.

Cette réalité à la fois sociale et politique donne lieu à un motif littéraire, le tragic mulatto (a) dans les « passing novels » et permet de traiter la question de l’émancipation des femmes, des races et des classes. Une goutte de sang noir a , en effet, le pouvoir de vous faire déchoir. « The Quadroons » par Lydia Maria Child, premier texte du genre paraît en 1842. De nombreux romans continueront à alimenter cette veine. Nella Larsen va s’éloigner les lois du genre en exploitant le thème de la fine line, où tout se joue à un cheveu.

Il est passionnant de noter que Judith Butler a souligné combien « le non-dit qui frappe l’homosexualité converge dans l’histoire avec l’illisibilité de la négritude de Claire » , le personnage principal du roman. (Judith Butler, « Passing, queering : le défi psychanalytique de Nella larsen , Ces corps qui comptent, Amsterdam 2 009 p 180»

Qu’en est-il aujourd’hui de la color line, censée avoir disparu ? Toni Morrison est-elle seulement écrivain, ou encore et toujours une femme, et une femme noire comme le souligne certains des articles même les plus élogieux à son égard ?

(source Laure Murat, préface du roman Clair Obscur et Wikipédia pour les éléments relatifs à la Renaissance de Harlem)

Le Prix Femina nouveau est arrivé : 2014, un bon cru ?

Le Prix Femina nouveau est arrivé pour notre plus grand plaisir !

 Deux lauréates et un lauréat recevront respectivement, le prix Femina 2014, le Femina du meilleur roman étranger et le Femina du meilleur essai.

 bain de lune

Yanick Lahens remporte tout d’abord le prix Femina 2014 pour son roman Bain de lune, paru chez Sabine Wespieser dont l’éditrice souligne la violente beauté. Son œuvre a déjà été couronnée par plusieurs prix,
Yanick Lahens avait été récompensée par les prix du livre Couleur de l’aube et les prix Carbet des lycéens 2014 et prix Caraïbes de l’ADELF 2013 pour Guillaume et Nathalie.RFO 2009, prix littéraire Richelieu de la Francophonie 2009, prix Millepages 2008 pour La couleur de l’aube.

 « Après trois jours de tempête, un pêcheur découvre, échouée sur la grève, une jeune fille qui semble avoir réchappé à une grande violence. La voix de la naufragée s’élève, qui en appelle à tous les dieux du vaudou et à ses ancêtres, pour tenter de comprendre comment et pourquoi elle s’est retrouvée là. Cette voix expirante viendra scander l’ample roman familial que déploie Yanick Lahens, convoquant les trois générations qui ont précédé la jeune femme afin d’élucider le double mystère de son agression et de son identité. » source site de l’éditeur Sabine Wespieser

Le Femina du meilleur roman étranger
a été décerné à Zeruya Shalev, autreure isaélienne déjà chroniquée sur ce site pour « Mari et femme » . Ce qui reste de nos vies (Gallimard, collection « Du monde entier »).

Ce qui reste de nos vies« Hemda Horowich vit sans doute ses derniers jours, mais l’image de ce lac, près du kibboutz où elle est née, s’impose encore avec force à sa conscience. Les souvenirs plus douloureux de sa longue vie se glissent eux aussi dans sa mémoire, sans qu’elle puisse s’en libérer : son père trop exigeant, un mariage sans amour, puis cette difficulté à aimer équitablement ses deux enfants, Avner et Dina.
Ces deux derniers lui rendent visite à l’hôpital de Jérusalem. Avner, le fils adoré, y rencontre une femme venue dire au revoir à son mari mourant et entame une étrange relation avec elle. Quant à Dina, la fille mal aimée, elle ne sait comment réagir face à l’éloignement de sa propre fille pour qui elle a sacrifié sa carrière. Débordée par le besoin de donner cet amour à quelqu’un, elle se met en tête d’adopter, envers et contre tous. ..source : site de l’éditeur Gallimard
ET_DANS_L_ETERNITE_JE_NE_M_ENNUIERAI_PAS_jaqu_Mise en page 1
Le Femina du meilleur essai est revenu à Paul Veyne spécialiste de l’Antiquité romaine(Et dans l’éternité, je ne m’ennuierai pas: souvenirs, Albin Michel) qui est un livre de mémoires dans lequel il raconte son enfance, son entrée au Collège de France, et ses rencontres avec les intellectuels dont les travaux ont marqué le XXe siècle (Foucault, Aron et Char), mais aussi les événements marquants qui ont rythmé sa vie personnelle.

La Maison du sommeil – Jonathan Coe – La dimension politique du sentiment amoureux

La maison du sommeil

Jonathan Coe La maison du sommeil folio n° 3389 Gallimard 1998 pour la traduction française

461 pages

Vignette Les personnages féminins dans l'ecriture masculineJonathan Coe est un de mes auteurs préférés bien que ces livres ne soient pas toujours des coups de cœur. Cela tient à leur dimension politique(au sens de vie dans la cité), au talent qu’a l’auteur de capter l’air du temps et de donner une voix à travers ses personnages à ceux qui dans la société n’en ont pas toujours.

J’avais assisté, il y a quelques années, lors d’un week-end en Lorraine, à Nancy  à la 9e marche des fiertés. Dans une atmosphère joyeuse et festive, des revendications importantes étaient portées par les manifestants, et je venais juste de finir le livre de Jonathan Coe avec le sentiment qu’il faisait écho aux préoccupations de son temps sur la question de l’orientation sexuelle et du genre.

On a parfois ce sentiment d’une cohérence entre l’art et la vie. Le véritable artiste, selon moi, est capable d’une totale empathie avec ses personnages ; il sait exploiter toute la gamme des sensations, endosser n’importe quel destin, quitte à changer de genre et de sexe.

Voilà pour les considérations générales et sans davantage révéler l’intrigue de ce livre.

Ce livre raconte les destinées de cinq jeunes étudiants qui se rencontrent à Ashdown, vieille demeure anglaise perchée sur les falaises, qui sert de résidence universitaire et leurs retrouvailles 12 ans plus tard. Ils ont, entre autres points communs, d’avoir des relations singulières avec le sommeil, soit qu’ils en manquent, c’est le cas de Terry, cinéphile passionné, soit qu’ils souffrent de narcolepsie, c’est celui de Sarah ou qu’ils l’étudient passionnément, comme Gregory et ses assistants transformant Ashdown une décennie plus tard en clinique destinée à soigner les patients qui souffrent de troubles de sommeil.

Les chapitres sont regroupées en cinq grandes parties correspondant chacune à une période du sommeil, de l’état de veille au sommeil paradoxal. On glisse d’une époque à l’autre, c’est-à-dire des années1983-1984 à celle de l’année 1996 de manière tout à fait harmonieuse, chaque personnage se replongeant dans le passé de sa vie étudiante où se nouèrent les premières amitiés et les premières amours. Car il s’agit au fond dans ce livre d’une incroyable histoire d’amour entre deux êtres, et de son pouvoir de les transformer au plus profond d’eux-mêmes. Cette énergie pour aller vers l’autre tire sa force du désir qui meut l’amoureux et de sa capacité à aller jusqu’au bout de ses rêves. Que deviendrions-nous si nous ne rêvions plus ? D’où le désir pourrait-il tirer sa force ? Le sommeil est-il une perte de temps ou est-il l’antichambre ou s’épanouit la vie inconsciente nécessaire à toute vie équilibrée ? Telles sont quelques-unes des questions que pose ce livre. Et en repensant à la marche des Fiertés ce week-end à Nancy, et à quelques-unes des pancartes pleines d’humour, je pense  avec Jonathan Coe, que l’amour n’est pas une question de sexe ou de genre, mais une réelle capacité à rêver sa vie et à vivre ses rêves.

On néglige trop souvent  la dimension politique de toute vie amoureuse car une des pancartes de cette marche rappelait que dans certains pays l’homosexualité est un crime, qu’ici être homosexuel ou trans signifie être privé souvent du droit de fonder et d’avoir une famille. Etre amoureux est obéir aussi à des codes et à des interdits sociaux. L’histoire littéraire est remplie de ces amours impossibles mais la vie aussi…

Paroles de femmes Helen Keller

Helen-Keller

« Ne baisse jamais la tête. Garde-la bien haute.

 

Regarde le monde droit dans les yeux. »

 

Helen Keller (1880-1968) Educatrice et femme de lettre américaine

La vie d’Helen Keller fut tout à fait exceptionnelle. En février 1882, à 19 mois, elle contracte une fièvre qui la rend sourde et aveugle à la fois. Vers l’âge de six ans, une jeune éducatrice, Ann Mansfield Sullivan va s’occuper d’elle. Très gâtée par ses parents qui lui passent tous ses caprices, Helen n’obéit pas. Cependant, Ann lui apprend peu à peu la langue des signes en les dessinant dans la paume de sa main. Elle lui apprend ensuite à lire, à parler et à écrire. Forte de cette incroyable réussite, Helen étudie à la faculté de Radcliff College où elle obtient un diplôme. Elle crée alors une fondation pour les personnes handicapées et milite au sein de milieux féministes et socialistes. Elle étendra son action militante en écrivant des essais politiques, des romans et des articles de journaux.

Source : Wikipédia