Karine Reysset – Les yeux au ciel

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Karine Reysset – Les yeux au ciel – Editions de l’Olivier, 2011 / 189 pages

Ce que l’on tait revient toujours. Et tous les empilements ne servent à rien. Les vieilles douleurs sont diffuses ; elles vous imprègnent. Elles ont déposé des strates, des marques, des cicatrices. Thème rebattu s’il en est, les traumatismes de l’enfance, la violence des secrets de famille infligent de terribles souffrances aux individus. Mais Karine Reysset sait écouter ses personnages sans les juger, elle donne à chacun sa voix, à chacun sa place : Marianne, seconde femme de Noé, mère un peu lointaine, Noé qui manqua certainement lui aussi à ses enfants, parce que la douleur l’a tenu éloigné d’eux, Léna, mère exténuée et au bord de la crise de nerfs, Stella paniquée par la grossesse de son amie de cœur, Merlin qui a laissé sa fille Scarlett à ses parents parce qu’il était incapable de l’élever, et Achille, le brillant Achille, issu d’un premier lit, qui vit aux Etats-Unis, et s’est senti rejeté par sa belle-mère, et délaissé par son père.

Noé fête ses 70 ans aux Myosotis, la villa familiale de Saint-Lunaire, et tout le monde est rassemblé pour l’occasion. Ce sont des esquives, des joutes, des tentatives de rapprochement aussi, et l’ombre de cette petite sœur morte si jeune qui plane sur la fête familiale. Alors des murmures s’élèvent, des tentatives maladroites pour dire la souffrance, la culpabilité que chacun tait, pour sortir de ce carcan. Achille a pris une décision qui va bouleverser son existence et celle des enfants, prêt à les écouter enfin, chacun va essayer de trouver le chemin d’une possible résilience…

Un beau livre, tout en nuances, en souffles, en profondeur…

Merci Karine Reysset…

Carole Martinez présente « La Terre qui penche »

Carole Martinez – La Terre qui penche

Carole Martinez

Carole Martinez – La Terre qui penche roman Gallimard 2015

Dans ce roman, Carole Martinez continue, à sa manière, d’explorer les méandres des destins des femmes aux prises avec les interdits de la société patriarcale. Rappelons son magnifique et passionnant projet : écrire une histoire romancée des femmes dans un même lieu pendant plusieurs siècles ! On se retrouve à nouveau au domaine des Murmures, au XIVe siècle, après un bond de plus d’un siècle (En effet, En 1187, le jour de ses noces, Esclarmonde avait refusé d’épouser le jeune homme choisi par son père et demandé à être recluse), nous sommes en 1361, Blanche est morte, et le récit alterne en deux voix, celui de la Vieille Ame, et celui de Blanche elle-même.

Il y a toujours chez cette auteure, l’utilisation du merveilleux, du fantastique, enlacé à un réalisme historique d’une grande précision. Elle utilise toujours la même langue poétique, tissée de douceur et des violences du temps, de désir et de désespoir. Elle file parfaitement ses métaphores mais sait aussi allier la simplicité à la richesse de son écriture. Si ses personnages sont sensibles à la magie, s’ils ont ce pouvoir visionnaire, ils ne délaissent pas pour autant les outils de la raison afin de lutter contre le fanatisme ou l’obscurantisme qui règnent dans leur société comme dans la nôtre.

Blanche veut écrire mais son père lui interdit. Le diable guette les femmes, êtres faibles et déraisonnables, qu’il faut tenir loin du pouvoir.

« C’est d’être fille d’Eve qui me retient ! » s’insurge Blanche, « La mauvaise a désobéi à son père et nous sommes toutes punies depuis. Cette chienne nous a condamnées à ne plus rien cueillir ! Je ne prends pas les gens ou les choses à pleines mains comme un homme, je rêvasse, je me trouble et je ne me risque pas ! »

Roman d’initiation, Blanche va être conviée à un voyage qui sera aussi l’instrument de sa libération.

Carole Martinez ménage quelques retournements assez intéressants. Blanche est en quête d’identité et cherche patiemment des renseignements sur sa mère. Elle veut apprendre qui elle est, d’où elle vient.  La fin reste ouverte et on a hâte de savoir la suite, où de sauter encore quelques siècles à la suite de la plume bienheureuse et agile de Carole Martinez.

Grand prix de littérature dramatique 2015

Selon le CNT,

Grand Prix de littérature dramatique 2015

Le 9 décembre, à 18h, au CnT, Michel Vinaver a reçu le Grand Prix de littérature dramatique 2015 pour Bettencourt Boulevard ou une histoire de France, L’Arche Éditeur.

 

 

 

 

 

Ce texte vient d’être créé par Christian Schiaretti et est joué jusqu’au 19 décembre au TNP, Villeurbanne. Il sera présenté à La Colline, Théâtre national, Paris à partir du 20 janvier 2016.

Le même jour, a également été décerné le Prix de La Belle Saison à Suzanne Lebeau et Sylvain Levey. Ce prix couronne l’oeuvre d’un auteur pour l’enfance et la jeunesse. Toutes les infos sur cette page.

Tous les liens renvoient sur le site du CNT ou vous trouverez de plus amples informations.

Appel à contribution : littérature brésilienne

Voici une série d’auteures brésiliennes, en connaissez-vous d’autres, traduites en français? Quels livres avez-vous lus ou recommanderiez-vous ?

Marina ColosantiConceição EvaristoAngela LagoTatiana Salim LevyAdriana LunardiAna Maria MachadoAna Paula MaiaPatricia MeloLu MenezesBetty Milan  Ana MirandaNélida Piñon Carola SaavedraFernanda TorresPaloma Vidal Clarice Lispector

Conceição Evaristo : L’histoire de Poncia (éditions Anacaona 2015) auteure extrêmement importante et peu traduite. L’histoire de Poncia est étudiée au baccalauréat brésilien.

Adriana Lisboa.Des roses rouge vif (Éditeur : Editions Métailié (2009) ) Quand le cœur s’arrête (Éditeur : La Joie de Lire (2009) )  Bleu corbeau (Editions Métailié (2013) ) et Hanoï (Éditeur : Editions Métailié (2015)).  Il semblerait qu’elle réside maintenant aux Etats-Unis. (Sur la route de Jostein).

Clarice Lispector L’heure de l’étoile (Des femmes 1985) – Où étais-tu pendant la nuit ? (Des femmes 1986) – Le lustre des femmes (1990) -Liens de famille (Des femmes 1992) – La découverte du monde (des femmes 1995) -La passion selon G.H (Des femmes 1998) – Près du cœur sauvage (Des femmes 1998) – Un souffle de vie (Des femmes 1998) – Le bâtisseur de ruines (Gallimard 2000) -La vie intime de Laura (Des femmes 2004) – Comment naissent les étoiles (Des femmes 2005) – L’invitation de la rose et autres textes (Des femmes 2008) – L’unique façon de vivre : lettres (rivages 2010) – Pourquoi ce monde (Des femmes 2012) – Amour et autres nouvelles (Des femmes 2015). Cette liste n’est pas exhaustive .

Tatiana Salem Levy : La Clé de Smyrne, Buchet-Chastel, 2011

Adriana Lunardi : Corps étrangers, Éditions Joëlle Losfeld 2015, Vésperas, Editions Joëlle Losfeld 2005 (un recueil de neuf nouvelles qui s’attardent sur les disparitions des romancières Dorothy Parker, Virgina Woolf, Clarice Lispector, Colette, Katherine Mansfield, Sylvia Plath, Zelda Fitzgerald, Ana Cristina César et Julia da Costa)

Ana Paula Maia  Du bétail et des hommes, Anacaona, à paraître en 2015, traduit par Paula Anacaona. • Charbon animal, Anacaona, 2013, traduit par Paula Anacaona

Patricia Melo :  Acqua Toffana (1994), Actes Sud, Matador : le tueur Albin Michel 1996,  Éloge du mensonge,  Actes Sud 2 000,  Enfer,  Actes Sud 2001, Le diable danse avec moi,  Actes Sud 2005, Monde perdu,  Actes Sud 2008, Le Voleur de cadavres,  Actes Sud 2012

Lu Menezes  : La Poésie brésilienne aujourd’hui, choix réunissant 16 poètes et introduction de Flora Süssekind, bilingue franco-portugais, Le Cormier, 2011, traduit par Patrick Quillier.

Betty Milan Rio, dans les coulisses du carnaval, Editions de l’Aube, 1998, (épuisé).• Brésil pays du ballon rond, Editions de l’Aube, 1998, (épuisé).• Le Perroquet et le Docteur, Editions de l’Aube, 1997, traduit par Alain Mangin (épuisé)

Ana Miranda  : Bouche d’enfer, Julliard, 1999, traduit par Antoine Albuca.

Nélida Piñon  : Le Temps des fruits  Éditions des Femmes, 1993, Fundador  Éditions des Femmes, 1998, La Maison de la passion  Éditions Stock, 1980, La Salle d’armes Éditions des Femmes, 2005, La Force du destin  Éditions des Femmes 1987,  La République des rêves  Éditions des Femmes, 1990

Carola Saavedra : « Coexistence » dans Brésil 25. Nouvelles 2000-2015, anthologie dirigée et préfacée par Luiz Ruffato, Métailié, à paraître en 2015, traduit par Geneviève Leibrich.
• Paysage avec dromadaires, Mercure de France, 2014, traduit par Geneviève Leibrich.• « Passion » extrait du collectif Le Football au Brésil – Onze histoires d’une passion, Anacaona, 2014, traduit par Paula Anacaona.

Fernanda Torres : Fin [« Fim », 2013], trad. de Marine Duval, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Du monde entier », 2015

Paloma Vidal Mar Azul, Mercure de France, à paraître en 2015, traduit par Geneviève Leibrich.

 

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Présentation par Amanda Boyden de son livre

Amanda Boyden – En attendant Babylone / La Nouvelle-Orléans et le cyclone

Amanda Boyden – En attendant Babylone 10/18 (Amanda Boyden 2008) Albin Michel 2010, traduit de l’anglais (Etas-Unis) par Judith Roze et Olivier Colette

La Nouvelle-Orléans, écrasée par la chaleur, tente de se préparer au cyclone Ivan qui doit la traverser. A Uptown, d’autres événements vont faire basculer le destin d’une rue entière, Orchid Street. Le quartier commence à se déliter comme une façade dont les lézardes apparaîtraient d’un seul coup révélant tout ce qui était tenu caché. La misère sociale, la drogue, mais aussi et surtout le poids des armes, les femmes qui croulent sous la marmaille, la pression au travail. Toute une société au bord de l’implosion qui n’attend plus que le cyclone pour mourir tout à fait.

On sent surtout la chaleur lourde et poisseuse, et les odeurs , toute une vie suante et hagarde. Cerise et Roy ont une jolie maison, ils sont accueillants et ouverts mais Mary, leur fille, a bien du mal à devenir autonome. Philomenia guette de sa fenêtre le bar d’en face, rêvant de faire un jour la peau à ces voyous qui viennent vomir jusque devant chez elle. Un peu plus loin, Fearius et son frère pas encore majeurs mais qui déjà trempent dans toutes sortes de magouilles. Ed et Ariel vivent un peu plus loin, directrice d’un hôtel elle n’est jamais là… Une famille hindoue vient d’emménager… Le melting-pot à l’américaine.

Passera-t-il, ou ne passera-t-il pas ? Viendra-t-il achever le travail d’une société malade de sa propre violence, ou les habitants dans un dernier sursaut tenteront-ils de se libérer afin de pouvoir affronter le cyclone ? Il y a ceux qui décident de rester parce qu’ils n’ont nulle part où aller, d’autres qui s’entassent dans de longues files de voitures pour fuir la Nouvelle-Orléans.

Mais qui sait, peut-être les hommes portent-ils en eux leur propre cyclone, le plus dévastateur qui soit.

Mais l’auteure essaie surtout de capturer l’âme de ses habitants, leurs faiblesse et leur grandeur, la beauté des festivités du Mardi Gras. La solidarité aussi face à la violence, la douceur d’une rencontre, la main de celui qui aide et qui sauve. Toute une vie qui aura disparu après Katrina.

Un chant du cygne poignant et magnifique…

Amanda Boyden écrit magnifiquement bien, son récit est bien ficelé, et elle nous tient en haleine jusqu’au bout. Elle sait dresser de magnifiques portraits de gens fragiles, valeureux ou déments.

Un bon livre pour qui aimerait découvrir la Nouvelle-Orléans.