Mélanie – Hello

Thierry Hoquet – Des sexes innombrables

Des sexes innombrables - Thierry Hoquet

Thierry Hoquet Des sexes innombrables Le genre à l’épreuve de la biologie Seuil, 2016, 250 p

Vignette Les hommes sont des femmes comme les autresQue de malentendus sur la question du sexe et du genre…. Homme, femme, féminin, masculin. La tradition en a enregistré deux, or, nous le savons aujourd’hui, des individus naissent porteurs d’un caryotype sexuel atypique. Il y a des « filles » X0, qui seront stériles, d’autres sont « mosaïques » (X0 et XY), des « garçons » XXY, avec des caractères secondaires féminins. Il y a aussi des individus XY dont l’apparence génitale est quasi féminine, d’autres XX avec des organes masculinisés, et des « hermaphrodites vrais » (XX ou XY) dotés des deux appareils génitaux. mais ces « cas » seraient de l’ordre du pathologique.

Toujours cette vieille habitude de classer selon ce qui est « normal » et ce qui ne l’est pas. Comme si la vie tendait à privilégier la norme, l’universel au détriment de l’exception et du particulier. Mais si la biologie admet qu’il y a des cellules sexuées dans la nature, les marqueurs biologiques sont variés: chromosomiques, gamétiques, hormonaux, somatiques etc et contredisent la pensée réductrice selon laquelle il n’y aurait que deux sexes masculin et féminin.

La recherche scientifique a permis de recenser une pluralité de types sexuels dans la nature, sans considérer que ces types soient anormaux. Seules la société, la religion, la tradition excluent du vivant ce qui ne lui paraît pas normal donc « moral » et on peut craindre que l’obscurantisme n’ait de beaux jours devant lui. L’altérité, la différence résistent à toute tentative d’homogénéisation définitive. Mais à chaque fois qu’on avance d’un pas, on recule de deux. Voir malgré toutes les avancées de la science, la virulence des attaques contre « Le mariage pour tous ».

Dans un précédent ouvrage (Sexus nullus ou l’égalité) , l’auteur proposait d’effacer de l’état civil la mention du sexe des citoyens. Quand on voit les efforts qu’il faut déployer aujourd’hui pour réhabiliter des auteurs qui n’ont eut que le seul tort de naître femme à l’Etat Civil, la question de l’identité sexuelle n’a pas fini de susciter la polémique ! Mais de plus en plus régulièrement des œuvres de fiction posent cette question et racontent des parcours de vie singuliers, tel le livre « Danish girl ».

Thierry Hoquet est professeur de philosophie à l’université Jean-Moulin Lyon 3, spécialiste de l’histoire et de la philosophie de la biologie. Il est l’auteur notamment de Darwin contre Darwin (Seuil, 2009), Cyborg philosophie (Seuil, 2011) et Sexus nullus, ou l’égalité (iXe, 2015). Il a dirigé l’ouvrage collectif, Le Sexe biologique. Anthologie historique et critique, en 3 volumes (Hermann, 2013) et traduit plusieurs essais.

Trois grandes écrivaines brésiliennes – Ecriture de soi, écriture d’autrui

David Ebershoff – Danish girl

Danish girl de David Ebershoff traduit de l’américain par Béatrice Commengé , 200, et 2001 pour la traduction française, Editions Stock Collection poche Libretto, n°401

Vignette Les hommes sont des femmes comme les autresQu’est-ce qu’être un homme, ou une femme ? Pourquoi en certains êtres le sexe psychique ne correspond-il pas au sexe biologique ? Et pourquoi est-il si difficile parfois de respecter les limites étroites assignées à chaque sexe ? Cette assignation d’une identité sexuelle a des conséquences que personne n’ignore : des statuts et des rôles bien différents sont attribués à chaque sexe auxquels il doit  se conformer sous peine d’être exclu du groupe social.

A Copenhague, en 1925, Einar Wegener et Greta Waud sont mari et femme et tous deux peintres. Un jour Greta, en l’absence de son modèle, demande à Einar de revêtir une robe et des bas et de poser pour elle. Einar est troublé, et de cette confusion naît Lili, qui petit à petit va prendre la place d’Einar.

Einar se sent femme, d’ailleurs lorsque Lili paraît, tous les regards masculins se tournent vers elle.

Il va devenir le premier homme à changer physiquement de sexe. Einar Wegener deviendra Lili Elbe.

Les études sur le genre ont démontré que nous avons tous tous cinq identités sexuelles : chromosomique, anatomique, hormonale, sociale et psychologique qui coïncident ou non, révélant des identités ambiguës ou hybrides. C’est le cas de l’intersexualité.

Le chirurgien chargé d’opérer Einar découvrira que celui-ci possède des ovaires. En fait la confusion des genres que ressent Einar est confirmée par son intersexualité. Il est une personne de troisième sexe. Il est à noter que l’Allemagne depuis le 1er novembre 2013 est devenue le premier pays à donner le droit d’inscrire la mention « sexe indéterminé » sur le certificat de naissance d’enfants nés intersexuels afin de ne pas les condamner au choix d’une chirurgie corrective qui gommerait définitivement les caractéristiques biologiques de l’un des sexes.

Cette question de l’identité est passionnante parce qu’elle est au cœur de toute vie d’Homme.

Le roman est très bien écrit et se lit d’une traite, l’intrigue ménage savamment le suspense et ferre le lecteur. Un très bon moment de lecture…

  

Lili Elbe vers 1920                                              en 1926 (Photos Wikipédia, licence creative commons)

Danish girl – le film

Bettina Rheims (28 janvier 2016 -27 mars 2016) Maison européenne de la Photographie – Paris

La vidéo ci-dessus est soumise à la limite d’âge mais rien de sulfureux, ne vous inquiétez pas, il faut pourtant suivre la procédure , aller sur You Tube et accepter les limitations.

En ce moment a lieu à la Maison européenne de la Photographie une rétrospective de l’œuvre de Bettina Rheims.

L’exposition se présente comme un cheminement sur trois niveaux, mêlant les œuvres les plus connues, des portraits de personnalités du monde de la mode ou des arts, à des photos plus confidentielles qui n’ont pas encore été exposées en France. Mais ce qui est questionnée avant tout par Bettina Rheims est la féminité et ses codes.  Cette recherche de l’identité des êtres, à travers leur mise à nu, afin de mieux saisir leur profondeur et leur intimité, sert de fil rouge jusque dans son exploration du genre.

Vignette Les femmes et l'ArtLe changement de sexe, pour ces hommes qui se sentent femmes, mais aussi l’androgynie où l’identité sexuelle reste volontairement floue, à travers la série des « Modern lovers » en 1990, les « Espionnes » (1992) et les Gender studies (2011) pose de manière cruciale la question de l’identité sexuelle. Les sujets sont nus à la fois leur corps mais aussi émotionnellement. Il n’est pas si évident d’être un homme ou une femme parce le sexe psychique ne correspond pas toujours au sexe biologique et au sexe social. Litterama tente d’explorer ces différents champs à travers la littérature mais plus largement à travers l’art. « Danish girl » récemment porté à l’écran, et nominé aux Oscars, et le livre de David Ebershoff que je suis en train de lire font écho à l’exposition de Bettina Rheims et plus largement aux questions du Temps.

 

J’ai intégré ici une vidéo qui présente son travail sur les « Gender studies » en langue anglaise, et dont on retrouve quelques portraits dans l’exposition en même temps qu’une installation sonore. Magnifique et passionnant.

L’autre partie de l’exposition, vraiment bouleversante, est la série des « Détenues », femmes photographiées en prison, reconstruisant l’image de leur féminité grâce au travail avec la photographe.

Si vous ne l’avez pas encore fait et que vous êtes en région parisienne, courez-y.

L histoire de Poncia, Conceicao Evaristo, Une voix afro-brésilienne

L histoire de Poncia conceicao evaristo

L’Histoire de Poncia (2003) – Conceição Evaristo  Editions Anacoana, 2015 pour la traduction française, traduit du brésilien par Paula Anacaona et Patrick Louis

vignette femmes du MondeComment parler de la puissance de cette auteure, de sa formidable énergie, de son immense talent ? Comment remercier les éditions Anacaona (pilotées par Paula Anacaona) d’avoir favorisé cette rencontre ? Car comment comprendre que cette œuvre courte mais puissante, essentielle, au programme du baccalauréat au Brésil n’ait pas été traduite jusqu’ici ?

Dans une interview donnée au magazine Culturelire, Conceição Evaristo explique que ce livre, publié en 2003, l’a été dans un contexte particulier, Lula venait d’être élu et une loi avait été votée obligeant à enseigner l’histoire et les cultures africaines à l’université.

Ponciá fabrique des poteries avec sa mère ; elle a du talent et rêve d’une autre vie. Elle décide de quitter la terre de ses ancêtres pour aller en ville. Ponciá est un personnage profondément seul car toute lutte personnelle ancre dans la solitude. Son errance représente selon l’auteure, le manque d’espace, non pas géographique, mais émotionnel. Elle a appris à lire mais cette conquête dont elle est si fière lui paraît au bout du compte inutile. Elle ne parvient pas à aller plus loin parce qu’elle n’a pas accès aux livres, elle lit seulement les journaux qui ne lui apprennent rien d’autre que des faits, des événements sans fournir une analyse des causes qui les ont fait advenir. L’avenir est bouché, car être femme, noire et pauvre rend les rêves impossibles tant sont lourds les déterminismes sociaux. Conceição Evaristo a fait toute sa carrière comme institutrice et a repris ses études après 40 ans pour reprendre ses études et parvenir à obtenir un doctorat. Ponciá ne pourra pas aller aussi loin. Dans le roman, il existe un univers basé sur les cultures bantoue et nago. Les voyages de la mère, son retour au foyer familial, sa quête,   représentent les étapes d’un rite de passage. Tout au long de ce court roman, l’histoire du peuple noir, de sa dépossession, de l’esclavage est particulièrement présente car elle est inscrite dans l’histoire familiale comme dans l’histoire politique. Le grand-père acculé à la folie et au désespoir, le rêve de commander et de frapper de son frère, les absences de Ponciá (don de double vue ?) de plus en plus longues et qui la condamnent à la passivité. La quête est celle du lien, d’un tissage qui permet de s’inscrire dans une histoire et une culture.

La langue de Conceição Evaristo est belle, très pure, très rythmée.

« Elle aurait voulu lui confier ses peurs anciennes qui la submergeaient parfois. Elle aurait voulu savoir si lui aussi souffrait de ce mal, si lui aussi avait des angoisses. Elle aurait voulu que l’homme lui parle de ses rêves, de ses projets, des espoirs qu’il avait dans la vie. Mais il restait silencieux. Il ne pleurait pas, ne riait pas. Même au début, quand Ponciá s’ouvrait à lui, l’homme restait muet, les mots coincés dans la gorge. Aucun de ses gestes n’était porteur de sens. Ponciá, elle, vivait l’angoissante et désespérante envie de la rencontre.

Un mélange de colère et de déception s’emparait d’elle quand elle se rendait compte qu’ils n’allaient jamais au-delà du corps, qu’ils ne se touchaient jamais au-delà de la peau. »

 

Nathalie Akoun Une histoire de clés – Une Médée moderne

Vignette Les femmes et le théatre« Une femme se retrouve seule à élever ses enfants, car son mari s’est enfui du cocon familial. Perdue, dépassée par les événements de sa propre vie, elle dérape, un jour. Accusée de laxisme pour n’avoir pas fermé à clé la porte de chez elle un soir, elle est jugée responsable des agissements de son fils, sorti durant la nuit. En voulant le défendre corps et âme, elle commet l’irréparable, au nom de l’amour maternel. » Editions l’Avant-scène théâtre.

Date de parution  : 01/09/2008  Genre  Drame Drame moderne Collection des quatre-vents.

La création d’Une histoire de clés a eu lieu le 3 décembre 2005 au Théâtre de l’Atalante dans une mise en scène d’Olivier Cruveiller. Nathalie Akoun y interprétait la Femme.
     J’ai assisté à la représentation de cette pièce à la salle Jacques Tati à Saint-Germain en Laye hier soir.
Le personnage est passionnant : mère qui ne vit qu’à travers ses enfants, elle s’en désintéresse dés qu’ils grandissent. Il lui faut, à chaque fois, être enceinte, et renouer avec ce temps d’avant la révolte adolescente, ce temps de la fusion. Elle aime alors se regarder à travers le regard de ses enfants, puissante et sûre d’elle-même.
      Elle a confiance en eux, dit-elle, une confiance absolue. Ce n’est pas de sa faute d’ailleurs si ça a dérapé, c’est une histoire de clés, oubliées sur la porte. L’aîné est sorti sans sa permission et a fait des bêtises.
     Ce n’est jamais de sa faute,  quelque chose lui échappe « cette boîte noire dans sa tête », et la petite fille qu’elle porte en elle et dont elle aimerait pouvoir se délivrer. Et le père ? Et bien le père est parti, faute de place.  Elle se lave les mains à intervalles réguliers tout au long de la pièce. Qu’a-t-elle donc fait, me direz-vous, pour éprouver ce besoin de pureté, de quelle faute doit-elle se laver ?
      Cette mère, on la croise parfois dans nos écoles, sur nos paliers, une mère un petit peu fragile et débordée par ses enfants qui lui échappent, incapable de poser des règles, de fixer des limites et d’aider ses enfants à grandir. Prisonnière, enfermée dans sa folie.
Nathalie Akoun est toujours dans la retenue et la mesure, jamais dans le débordement ou l’hystérie, précise et juste.
Ce monologue est parfaitement bien construit et très bien écrit. Nathalie Akoun est douée.

Herbjørg Wassmo – L’héritage de Karna

Herbjørg Wassmo – L’héritage de Karna (en langue originale 1997). Gaïa 2000 puis 10/18 (réédition 2015)

Traduit du norvégien par Luce Hinsch, en trois livres rassemblés en un seul tome. 699 pages

Livre premier : Mon péché n’appartient qu’à moi

Deuxième livre : Le pire des silences

Troisième livre : Les femmes si belles

Vignette femmes de lettresLe récit alterne cette fois entre un je, et un elle, avec des focalisations variées et un glissement de l’une à l’autre, particulièrement maîtrisé. L’auteure est une formidable conteuse qui possède toutes les techniques de la narration.

Benjamin quitte la belle Anna, dont il est amoureux mais qui est promise à son meilleur ami, et rentre en Norvège, à Reinsnes. Mais les retrouvailles avec ce pays désertique coincé entre la mer et la montagne, ne sont pas des plus faciles, d’autant plus que Reinsnes amorce sa décadence loin du faste d’autrefois. Le vapeur ne s’arrête plus et les affaires sont difficiles malgré le travail d’Anders et son dévouement sans faille. Mais Benjamin n’arrive seul, car Karna l’accompagne. Elle souffre d’un terrible mal …

Il existe, dans le récit d’ Herbjørg Wassmo, une mystique née de la communion de la montagne et de la mer, de leurs amours tumultueuses faites de naufrages et de tempête. Autrefois considérée comme une maladie diabolique puis psychiatrique, l’épilepsie effraie et fait de Karnak un être à part…à l’unisson de ce paysage tourmenté, où le temps peut varier subitement d’une heure à l’autre, et la mer se démonter engouffrant hommes et biens.

Mais Karna est aussi un trait d’union entre le passé et l’avenir..

Et le passé soudain resurgit bouleversant la vie des habitants à Reinsnes.

 

Ce tome clôt le cycle de Dina, brillante et flamboyante saga… Et je n’en ai pas fini avec cette auteure, je peux vous l’assurer…

Raja Alem – Les femmes et l’écriture

« Je ne sais pas pour qui j’écris, peut-être que j’écris pour la Mecque ou peut-être c’est la Mecque qui écrit à travers moi. Quand j’écris, je ne pense pas aux lecteurs, ni aux critiques, ou à qui que ce soit. Je suis complètement sous le pouvoir de ces voix qui m’agitent. C’est cette ville qui veut parler par ma voix. Ce n’est pas une exagération mais un fait, écrire est pour moi exister. J’écris donc j’existe. J’aime la vie, je pense que la vie est belle et nous pouvons même voir de la beauté dans toutes les images de destruction. La vie m’émerveille, et c’est ce que je veux écrire, cet émerveillement. »

Raja Alem

« Je ne parle pas d’une seule histoire.. Je parle…Par exemple, là où nous nous tenons, regardez à l’intérieur de votre tête, qu’est-ce qu’il y a à l’intérieur de votre tête ? Ce que vous avez regardé ce matin; les mails que vous avez reçus, […], les bruits autour de vous. C’est ce que j’essaie de capturer dans mon livre.. des moments… »

Raja Alem, Le collier de la colombe – Une voix d’Arabie Saoudite

 

Raja Alem, Le collier de la colombe ; La Cosmopolite Noire, Stock 2012, édition originale 2010, traduit de l’arabe (Arabie Saoudite ) par Khaled Osman, en collaboration avec Ola Mehanna ; 760 pages

vignette femmes du MondeUn roman écrit par une saoudienne est suffisamment rare pour qu’on lui prête attention, et un roman qui a obtenu l’Arabic Booker prize d’autant plus.

Le collier de la colombe est un roman foisonnant et difficile, aux multiples références, culturelles, religieuses qui nous sont en partie étrangères, sauf à s’intéresser à ces sujets de manière approfondie. Il exige une vraie patience du lecteur occidental moyen, mais aura de multiples résonances pour un érudit.

Le collier de la colombe (en fait le collier des colombes) renvoie au traité de l’amour et des amants d’Ibn Hazm (994-1064).

Il est le portrait magnifique de deux femmes Azza et Aïcha, qui tentent de se frayer une voie (une voix ?) dans une société aux multiples interdits, mais captives aussi de leur ville La Mekke (La Mecque) avec son atmosphère sacrée, ses énigmes qui empruntées à l’histoire du lieu, donnent au récit un aspect fantastique. Soit que le sacré impose ses visions, ou que les personnages soient victimes d’hallucinations.

Le foisonnement des intrigues et des personnages condamne le lecteur parfois à errer, à oublier, à sauter quelques pages, et à ne retenir que des fragments, à oublier un peu pourquoi il lit. Raja Alem écrit la multiplicité des moments dans une tentative qui ressemblerait un peu aux états de conscience de Virginia Woolf. Car il y a cette promesse au départ, d’une énigme policière puisqu’une femme est retrouvée assassinée dans un passage de la Mekke. Deux femmes ont disparu, laquelle des deux est morte, et qu’est devenue l’autre ? L’inspecteur Nasser, célibataire endurci, est chargé de l’enquête. Curieuse enquête d’ailleurs, que l’on a bien du mal à suivre, tellement elle s’entrecroise d’ une multitude d’événements. On voit que cette société est travaillée de courants , de contradictions, d’élans, et de désespoir, de bonheurs beaucoup plus rares.

Il y a aussi dans ce roman des aspects réalistes qu’on ne peut négliger, une analyse de la société saoudienne, la condition des femmes, la corruption, les inégalités criantes entre riches et pauvres pour ne pas dire miséreux. Une société qui ne cesse de faire le grand écart, entre la prostitution et la police religieuse qui sévit dans les rues de la ville, attentive aux vêtements et à la décence des femmes, les princes qui vivent dans un faste inouï et les miséreux qui vivent dans des décharges, et aussi la confrontation entre tradition (le respect scrupuleux des rites) et la modernité (les tours luxueuses, le marketing autour de ces lieux sacrés, internet). Le monde occidental devient si lointain et si proche pour des femmes qui ne peuvent voyager autrement qu’accompagnées, et à qui il est impossible dans leur propre pays de simplement conduire.

Aïcha avoue : « Nous avons grandi avec la peur du monde extérieur. Tu ne me croiras pas si je te dis que la femme que tu as soignée et que tu as accueillie chez toi ne s’est jamais trouvée seule à seul avec un homme étranger à sa famille, n’avait jamais marché dans une rue sans accompagnateur, ne s’était jamais isolée avec elle-même, n’avait jamais quitté la bulle de la peur pour tester ses propres limites… »

Mais malgré tout l’intérêt de ce roman, j’ai vraiment démérité, je ne saurais pas vraiment qui est mort et pourquoi, le mystère restera à jamais entier, même si je fus parfois touchée par la grâce de la plume de Raja Alem et de ses fulgurances.

Née à La Mekke en 1970, Raja Alem a fait des études de langue et littérature anglaises avant de publier une douzaine d’ouvrages : romans recueils de nouvelles, pièces de théâtre. Elle compte parmi les écrivains de langue arabe les plus importants de sa génération. Son dernier roman « Le collier de la colombe » publiée au Liban est à peine disponible en Arabie Saoudite.

Toutes les conférences sur la littérature féminine à L’Université libre de Saint-Germain-en-Laye (78)

LUNDI 9 NOVEMBRE 2015
Conférence d’introduction
Voix autres, Voix hautes
Pierre BRUNEL, Professeur émérite de littérature comparée
à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)

LUNDI 23 NOVEMBRE 2015
Madame de Staël
Robert KOPP, Ancien doyen de la Faculté des lettres de Bâle

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LUNDI 14 DECEMBRE 2015
Les soeurs Brontë
Marc POREE, Professeur de littérature anglaise,
Ecole Normale Supérieure (Ulm)

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LUNDI 18 JANVIER 2016
Colette
Jacques DUPONT, Ancien élève de l’Ecole normale
supérieure, ancien chargé de recherches au CNRS,
ancien professeur de Littérature française à l’Université
de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines

LUNDI 1er FEVRIER 2016
Anna de Noailles au bord du lac Léman
Marie-Victoire NANTET, Agrégée de l’Université,
Comparatiste (Mandataire de l’oeuvre de Paul Claudel)

LUNDI 14 MARS 2016
George Sand et la créativité féminine
Béatrice DIDIER, Professeur émérite à l’Ecole Normale
Supérieure (Ulm)

LUNDI 4 AVRIL 2016
Marguerite Yourcenar, un écrivain-femme d’exception
Anne-Yvonne JULIEN, Professeur de littérature
contemporaine à l’Université de Poitiers

LUNDI 9 MAI 2016
Marguerite Duras : Le Ravissement de Lol. V. Stein
Sylvie-Laure BEAUTHIER, Professeur agrégé honoraire
de Lettres Classiques (Lycée Hoche à Versailles)

Université libre de Saint-Germain-en-laye et sa région
(liée par convention à l’Université de Paris Ouest – Nanterre la Défense)
2, rue Henri IV, Espace Paul et André Véra
tél : 01 39 73 42 55

Nana’s cOmedy club® 1er festival d’humour féminin à Lyon

Le nOmbril du mOnde recrute, pour son festival Nana’s cOmedy club® !
Ils recherchent des duos, trios, solos, FEMININS. Vous pouvez leur proposer proposer vos sketches, pièces, chansons humoristiques, spectacles visuels… et passer une audition, pour participer au « Nana’s cOmedy club®  » du 12 au 28 mai prochain.
Le but : présenter durant une soirée, au public et à l’équipe du nOmbril du mOnde, un quart d’heure de votre show.
Après deux semaines de festival, les spectateurs et le nOmbril du mOnde choisiront deux spectacles qui seront programmés, dans leur intégralité, le vendredi 27 et samedi 28 mai.
Pour toute information et inscription, contactez : nanascomedyclub@lenombrildumonde.com

Photo de Nombril Du Monde.

Herbjørg Wassmo – Fils de la providence tomes 1 et 2

 

Herbjørg Wassmo – Fils de la providence tomes 1 et 2 1992 (en langue originale 1992). Gaïa 1997 puis 10/18 (réédition 2015)

Traduit du norvégien par Luce Hinsch

Tome 1 : Benjamin, le fils de Dina, a vu ce qu’il n’aurait jamais dû voir. Il a 11 ans et sa mère, encore jeune et belle, ne supporte pas d’être abandonnée. Sa grand-mère, morte accidentellement lorsqu’elle était enfant, le rejet de son père, ont creusé en elle des failles, une instabilité émotionnelle et une grande fragilité psychologique. Elle navigue à vue entre la raison et la folie, et essaie de prendre son destin en mains pour ne pas sombrer. Le fils hérite de la souffrance de sa mère. Il se choisit un père, Anders, sur lequel il s’appuie, mais également sur  tous ceux, dans son entourage, qui lui montre de la tendresse. Et puis il y a Hanna, la fille de Stine, une protégée de sa mère d’origine lapone, avec qui il joue et folâtre. Il tente de grandir, tant bien que mal, en proie aux cauchemars, déchiré par le terrible héritage que lui a légué Dina.

Dans ce premier Tome, Benjamin prend d’abord la parole pour la céder ensuite au narrateur, extérieur à l’histoire.

Tome 2 : A Copenhague, Benjamin, le fils délaissé de Dina, entreprend des études de médecine, toujours hanté par la tragédie familiale et la fuite de Dina. Mais la guerre des Duchés éclate et il s’engage pour aller au front. Dans la fureur et les larmes, au milieu des morts, de la souffrance intolérable des blessés, il se tourne vers Karna, pulsion de vie, chaleureuse et douce. Puis il revient à Copenhague et tente d’oublier et Karna et la guerre…

Raconté à la première personne, le récit acquiert une plus grande profondeur. On pénètre les pensées de Benjamin, on vit cet intolérable cauchemar qui le réveille au fil des nuits, et la culpabilité qui le déchire. Il décide alors de se livrer à la place de sa mère, d’endosser son crime et il le lui écrit. Tout va se précipiter alors.

Avec une plume flamboyante et efficace, maîtrisant l’art du suspense et des retournements de situation, Herbjørg Wassmo ferre son lecteur pour ne plus le lâcher.

Une littérature populaire de haut vol…

Libres comme elles

 

Nina SimoneLouise Michel Isadora DuncanAngela DavisGeneviève FraisseJeanette WintersonKaren BlixenCamille ClaudelMarilyn MonroeJoséphine BakerGisèle HalimiWinnie Madikizela-MandelaSimone WeilMaria AlekhinaToni MorrisonJoyce carol OatesBarbaraMaria callasSimone de BeauvoirDoris LessingJanis Joplin.

« Chacune dans sa révolte, son engagement, sa luminosité d’étoile filante ou de comète à longue traînée de poussière électrique, a compté. »