L’auteure du mois d’août : Euphrosine de Polatsk ou de Polotsk (1110-1173)

L’auteure du mois d’août Euphrosine de Polatsk ou de Polotsk (1110-1173)

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Elle ne manque  pas de caractère Euphrosine car à douze ans, elle refuse tout net de se marier! Elle a déjà le goût d’une vie indépendante, prend le voile très jeune, et organise une solitude qu’elle aime paticulièrement, à la cathédrale Sainte Sagesse où elle obtient l’autorisation de résider. Elle aime l’écriture,  copie des manuscrits, et la vente des livres lui permet de gagner sa vie et de distribuer aussi des aumônes.[1

]Il n’y avait pas une infinité de destins possibles pour une femme à l’époque. La plupart du temps, elles se retrouvaient accablées d’enfants et soumises à la tutelle d’un mari.

La religion pouvait permettre d’étancher sa soif de savoir, dans certaines limites bien entendu que les doctes de l’Eglise ne manquaient pas de vous rappeler. Surtout si vous étiez une femme ! Il n’y a guère de femmes dans la hiérarchie de l’Eglise. Tout ça à cause d’une histoire de pomme !

En dehors de ses activités de copiste,  elle écrit également des traductions, des prières et des récits.[2] Elle voyage et entreprend un long périple vers Jérusalem où elle mourra.[3]

Des auteurs contemporains s’inspirèrent de sa vie dans leurs œuvres littéraires : « Ce fut notamment le cas de Taicy Bondar (TaicbI BOMap) dans son roman La tentation (CnaKyca), d’Alecia Asipienki (Anecia AcineHKi) dans son roman Les Saints pécheurs (CB5ITWIrp3IIlHiKi), de Volga Ipatau (BoJIHa InaTay) dans son roman historique Pradslava (TIpa,IJ,CJIaBa),ou d’Ouladzimir Arlou (YJIa,IJ,3iMip ApJIoy) dans ses œuvres. Elle inspira aussi les vers de la poètesse Nathalia Arcienieva. »[4]

Euphrosyne , à partir de 1984, en Biélorussie, a été reconnue comme un promoteur du christianisme, de la langue écrite, et de la culture.[5]

[1] wikipédia

[2] PARLONS BIELORUSSIEN, Langue et culture, MOBa it: KyJIbTypa,

Virginie Symaniec et Alexandra Goujon

[3] wikipedia

[4] Parlons biélorussien

[5] https://orthodoxologie.blogspot.com/2010/05/sainte-euphrosyne-de-polotsk.html

 

Marie-Pierre Cattino – « Ecrire »

Photographie  (copyright Sarah Meunier)

Marie-Pierre Cattino a accepté de livrer, pour Litterama, sa conception de l’écriture théâtrale.

ECRIRE…

« Il y a cette préférence chez moi pour un travail vecteur d’images. Mes textes sont une tentative d’approcher des personnages plongés dans un monde nouveau. Ce que je veux dire, c’est que je m’immerge dans un univers et regarde ce qui s’y passe quand les éléments bougent. Parfois, ils se défendent… Je travaille un texte jusqu’à ce qu’il ressemble à ce que je perçois de lui. Me mettre à table, pour comprendre ce qui se trame à l’intérieur, n’est pas un vain mot mais un choix, des lignes, des pistes pour obtenir ce qui ressemble à ce que je voudrais y mettre, tout en laissant une place au comédien et à l’imaginaire du lecteur. Je crois aussi que cette conscience poussée à l’extrême est usante et réjouissante et à la fois, me permet d’écrire de nouveaux textes. C’est difficile de transmettre le sens de son objet, car je ne suis ni sculpteur ni orfèvre, ne prends aucune matière brute en devenir. Je crée du sens avec du vide. J’aime tellement le vide et le plein. Ils sont faits pour cela les mots, mettre une matière à l’épreuve. Mais je le répète, pas comme un art en devenir mais plutôt comme une issue en phase avec son temps. On crée de la modernité incessante. L’écriture, serait alors mettre en bouche une langue formée de trous, d’aspérités, de silences, d’étonnement. Et le théâtre auquel j’aspire, (donner vie) use de la gomme. Il y a DES écritures, je le sais fort bien. Toutes et tous cherchons à y voir plus clair. Sans doute, est-ce pour cela qu’on écrit. Je me dis, parfois, qu’aller dans ce sens ne sera pas intéressant pour le texte, alors je m’efforce d’aller dans le sens où les personnages seraient à leur aise, c’est-à-dire, connivence entre sens et conflit. Mettre en jeu, en avançant un thème, un sujet, des personnages, ensemble, peu à peu, en faire un tout, une fin ouverte. Ce n’est pas si simple, on parle assez rarement des textes qui ont résisté, qui ne s’offrent pas facilement à l’auteur…« 

Lecture des monologues du recueil Embras(S)ser la nuit

Lecture des monologues du recueil Embras(S)ser la nuit, Claire Barrabes, Marie-Pierre Cattino, Sabine Revillet et Sarah Pèpe, le jeudi 13 décembre 2018, Bibliothèque Lancry, Paris 10eme.(Rue de Lancry, près de la place de la République). A confirmer car la maison d’édition mentionne le 18e.

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Embras(S)er la nuit/ Claire Barrabes-Marie-Pierre Cattino/ Sarah Pèpe- Sabine Revillet

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Embras(S)er la nuit/ Claire Barrabes – Marie-Pierre Cattino – Sarah Pèpe- Sabine Revillet, Editions Koiné, Bagnolet, 2018

Ce recueil est composé de quatre monologues, de quatre autrices : Claire Barrabes, Marie-Pierre Cattino, Sarah Pèpe, Sabine revillet

Ces quatre textes aident à repenser les problèmes inhérents à la place de la femme dans l’espace public. Mais ils sont avant tout des variations littéraires sur un même thème conduites avec brio. Un petit bijou !

« Louis ! Dans sa nuque ça sent le soleil et la crasse. Et quand je suis perdue je pense à ce recoin de peau et ça se pose en moi » Traversée obligatoire Claire Barrabès

Naître homme, pas celui qui vous harcèlera dans le bureau, dont le regard salace plongera dans votre décolleté, mais l’homme libéré des préjugés, des « clichés sociaux millénaires intégrés », l’homme libre de demain, aimant, dont la paternité heureuse et bienveillante, inventera le fils pour qui non c’est non, respectueux du désir ou non-désir de l’autre, dans un espace public commun, mixte, et égalitaire.

L’écriture de Claire Barrabès est cet « art plein de rencontres » qui dit la violence, la mort et l’amour dans une écriture tendue et poétique. Une merveille.

« Les requins oui à cause des requins des vagues des remous profonds car tu ne sais pas toi s’ils sont sans dents ou avec des dents acérées et pointues comme des scies. » Marie-Pierre Cattino, Parfum coquelicot

Être femme, être aux aguets, proie possible, le soir dans le métro. Ne pas savoir d’où le danger viendra, parmi ces hommes qui occupent l’espace public alors que les femmes s’y occupent, traversent, filent comme des ombres, le regard baissé, comme s’excusant d’être là.

Marie-Pierre Cattino possède des techniques d’écriture extrêmement maîtrisées : dans une écriture heurtée, sombre et précise, qui ménage comme des « ouvertures », des « pans de ciel bleu ». Un très beau texte.

 « La guerre n’aura pas lieu »  Sarah Pèpe Rouge aiguilles

Apprendre à avoir peur. Espace public = danger. Peur transmise, intériorisée, violence redoutée comme une prison dans la tête des femmes, harcèlement de rue, agressions. Quand être femme, c’est avoir peur.

Une fille seule le soir est une fille disponible, une jupe courte, des talons, une invitation, et si elle se fait agresser, elle l’aura bien cherché.

Sarah Pèpe traduit avec beaucoup de force et de subtilité ce qui se joue dans l’espace public, la transmission de la peur en héritage, la soumission à ces règles non-écrites qui font d’une femme seule, le soir, une proie possible.

« Tais-toi reste à ta place […] Mieux vaut rester à sa place à l’écart, comme ça, t’aura aucun problème. » « La nuit, c’est chaud pour nous » L’allumeuse Sabine Revillet

L’espace public est légitimement occupé par les hommes, les femmes longtemps reléguées à l’espace privé et sûr, du foyer. Espaces questionnés aujourd’hui, en renégociation, pour une reconquête de l’espace public par les femmes.

L’allumeuse de Sabine Revillet est d’un genre tout à fait spécial, aussi je ne vais pas vous vendre la mèche !

Son écriture joue finement avec toutes les métaphores de l’embrasement, comme désir et  révolte.

Ce recueil est magnifiquement écrit, intelligent et poétique.

 

Challenge « Lire Margaret Atwood »

A l’occasion de la venue de Margaret Atwood au Festival America à Vincennes, je propose à ceux qui le souhaitent de lire en commun autour de cette auteure magnifique et prolifique.

Plusieurs parcours de lecture sont possibles :

Etincelle : 1 à 2 œuvres- Philisine Cave de Je me livre

Oeil-de-chat : 3 et 4 œuvres

Captive : 5 et 6 œuvres

L’odyssée  : Plus de 6

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Voici sa bibliographie sur Wikipedia

Œuvre

Son œuvre se compose d’une quinzaine de romans, nouvelles, de recueils de poèmes et d’essais.

Romans

Trilogie romanesque Le Dernier Homme

  1. Le dernier homme, Robert Laffont, 2005 ((en) Oryx and Crake, 2003)
  2. Le Temps du déluge, Robert Laffont 2012 ((en) The Year of the Flood, 2009)
  3. MaddAddam, Robert Laffont, 2014((en) MaddAddam, 2013)

Autres romans

  • La Femme comestible, Robert Laffont, 2008 ((en) The Edible Woman, 1969)
  • Faire surface, Grasset, 1978 ((en) Surfacing, 1972)
  • Lady Oracle, Étincelle, 1980 ((en) Lady Oracle, 1976)
  • La Vie avant l’homme, Robert Laffont, 1981 ((en) Life Before Man, 1979)
    Publié également sous le titre La Vie devant l’homme aux éditions Quinze en 1981
  • Marquée au corps, Étincelle, 1983 ((en) Bodily Harm, 1981)La Servante écarlate
  • La servante écarlate, Robert Laffont, 1987 ((en) The Handmaid’s Tale, 1985)
  • Œil-de-chat, Robert Laffont, 1991 ((en) Cat’s Eye, 1988)
  • La Voleuse d’hommes, Robert Laffont, 1994 ((en) The Robber Bride, 1993)
  • Captive, Robert Laffont, 1998 ((en) Alias Grace, 1996) adapté en 2017 sous forme de mini-série de six épisodes par Netflix
  • Le Tueur aveugle, Robert Laffont, 2000 ((en) The Blind Assassin, 2000)
  • L’Odyssée de Pénélope, Flammarion, 2005 ((en) The Penelopiad, 2005)
  • C’est le cœur qui lâche en dernier, Robert Laffont, 2017 ((en) The Heart Goes Last, 2015)

Album jeunesse

  • Tout là-haut dans l’arbre, Rue du monde, 2010 (Up in the Tree, 1978)
    Adaptation par Alain Serres

Recueils de nouvelles

  • Les Danseuses et autres nouvelles, Quinze, 1986 ((en) Dancing Girls, 1977)
  • Meurtre dans la nuit, Remue-ménage, 1987 ((en) Murder in the Dark, 1983)
  • L’Œuf de Barbe-Bleue, Libre Expression, 1985 ((en) Bluebeard’s Egg, 1983)
  • (en) Through the One-Way Mirror, 1986
  • Mort en lisière, Robert Laffont, 1996 ((en) Wilderness Tips, 1991)
  • La petite poule vide son cœur, Serpent à plumes, 1996 ((en) Good Bones, 1992)
    Réédité sous le titre La Troisième Main aux éditions La Pleine Lune en 2005
  • (en) Good Bones and Simple Murders, 1994
  • Le Fiasco du Labrador, Robert Laffont 2009 ((en) The Labrador Fiasco, 1996)
  • (en) The Tent, 2006
  • (en) Moral Disorder, 2006
  • Neuf contes, Robert Laffont, 2018 ((en) Stone Mattress: Nine Wicked Tales, 2014)

Recueil de poésie

  • (en) Double Persephone, 1961
  • Le Cercle vicieux, Prise de parole- Du Noroît, 2000 ((en) The Circle Game, 1964)
  • (en) Expeditions, 1965
  • (en) Speeches for Doctor Frankenstein, 1966
  • (en) The Animals in That Country, 1968
  • Le Journal de Susanna Moodie, Bruno Doucey, 2011 ((en) The Journals of Susanna Moodie, 1970)
  • (en) Procedures for Underground, 1970
  • Politique de pouvoir, L’Hexagone, 1995 ((en) Power Politics, 1971)
  • (en) You Are Happy, 1974
  • (en) Selected Poems, 1976
  • (en) Two-Headed Poems, 1978
  • (en) True Stories, 1981
  • (en) Love songs of a Terminator, 1983
  • (en) Interlunar, 1984
  • Matin dans la maison incendiée, Écrits des Forges, 2004 ((en) Morning in the Burned House, 1996)
  • (en) Eating Fire: Selected Poems, 1965-1995, 1998
  • (en) The Door, 2007

Essais

  • Essai sur la littérature canadienne, Boréal, 1987 ((en) Survival: A Thematic Guide to Canadian Literature, 1972)
  • (en) Days of the Rebels 1815-1840, 1977
  • Cibles mouvantes, Boréal, 2006 ((en) Second words: Selected Critical Prose, 1982)
  • (en) Strange Things: The Malevolent North in Canadian Literature, 1995
  • (en) Negotiating with the Dead: A Writer on Writing, 2002
  • Cibles mouvantes, Boréal, 2006 ((en) Moving Targets: Writing with Intent, 1982-2004, 2004)
  • (en) Writing with Intent: Essays, Reviews, Personal Prose–1983-2005, 2005

Christian Bach, un éditeur engagé…

Christian Bach est l’éditeur des Editions Koiné et publie de nombreux textes de femmes. Fruit du hasard, et non geste politique, attentif seulement aux qualités du texte, cet état de fait montre encore, s’il était besoin, que non seulement les auteures ont toutes les qualités nécessaires pour faire le chemin par elles-mêmes mais bat en brèche la thèse essentialiste de l’incapacité des femmes à écrire pour la scène.

Cecilia Beach a dénombré 1500 femmes dramaturges pour le XXe siècle, mais 15 % des textes joués aujourd’hui sont écrits par des femmes. D’autre part, si vous tapez « auteurs contemporains » dans un moteur de recherche, certains sites proposent dix noms de femmes pour une quarantaine de noms d’hommes.  Ce n’est pas faute d’être publiées (En tout cas par les éditions Koiné). Elles sont également moins nombreuses à être couronnées par des Prix  (mais ça, on a l’habitude !). Cependant, des hommes et des femmes aujourd’hui tentent de faire bouger les lignes. A remarquer que Lucie Depauw,et son oeuvre « Lili Heiner intra-muros » publiée par les éditions Koiné, ont fait partie des cinq finalistes de ce prix prestigieux qu’est le Prix de Littérature dramatique en 2015 (Il était présidé par Jean-René Lemoine et composé de Maïa Bouteillet, Hubert Colas, Dominique Chryssoulis, Gilles David, Michel Didym, Mohamed El Khatib, Joëlle Gayot, Marguerite Gourgue, Bernard Garnier, Claire Lasne-Darcueil et Clémence Weill.)

Au catalogue de la maison, en dehors de Lucie Depauw déjà citée plus haut, Aurore Jacob, Noémie Fargier, Marie-Pierre Cattino, Sonia Ristíc, Yan , Benoît Fourchard, Joachim Latarjet, Sarah Pèpe, Gwendoline Soublin et  prochaînement Nina Chataignier et Sabine Revillet.. J’ai posé quelques questions à cet éditeur qui m’intrigue depuis longtemps :

Litterama : Christian Bach, vous êtes profondément homme de théâtre : metteur en scène, comédien, éditeur de textes dramatiques, compositeur, directeur de compagnie  quel est l’itinéraire qui vous a conduit à cet engagement ?

Christian Bach : Je suis d’abord musicien (agrégé de musique hors classe), je suis passé par la danse baroque avant d’aborder le théâtre (baroque dans un premier temps puis contemporain) par la pratique de la scène et par la création.

L:  Votre catalogue d’éditeur fait la part belle aux auteures/autrices, est-ce un pur hasard ?

CB : Je mets le texte au centre de mes préoccupations.

L : Quelles sont les qualités déterminantes selon vous pour qu’un texte dramatique puisse être édité ?

CB : Qu’il est difficile de définir cette fameuse ligne éditoriale dont les contours sont si malaisés à baliser. Une de ces balises, pour moi primordiale, est la forme. Ce qui m’intéresse est la construction du récit. Le sujet aussi bien sûr, le théâtre est pour moi un miroir du monde et l’auteur.e fait un pas de côté pour mieux l’observer (par l’originalité de son style, de sa langue…). Le récit seul ne me suffit pas. Disons que j’aime bien tricoter des neurones quand je lis ou que j’écoute, sans doute ma formation de musicien, l’écriture polyphonique de la musique permettant d’entendre ce qui n’est pas dit. C’est aussi pour cela que je ne lis pas les didascalies.

C’est l’interaction entre ces deux balises qui me sert de guide, l’une pouvant être plus importante, ça dépend du projet: 50%/50% ou 40%/60% c’est selon, l’un dépendant de l’autre.

Liiterama : Un texte de théâtre doit-il forcément être joué ?

CB : Non, pour moi un texte de théâtre se joue et/ou se lit. Par contre tous les textes portés sur la scène ne font pas forcément de bons livres.

L : Il me semble que vous éditez de nombreux  monologues, quels sont les atouts et les inconvénients de ce type de texte ?

CB : Non, il n’y pas que des monologues. Dans le contexte économique actuel du monde du spectacle l’investissement financier est devenu très important, le monologue répond sans aucun doute à ces difficultés.  Je choisi des textes, qu’il y ait un ou plusieurs personnages, peu m’importe.

L : On redécouvre aujourd’hui des textes d’autrices du XVIe siècle jusqu’au XIXe siècle, effacés des manuels d’Histoire littéraire, l’intérêt est-il seulement historique ?

CB : Il est politique. On se sert communément maintenant du mot autrice parce qu’on a redécouvert cette façon de dénommer les femmes écrivains et on s’est alors aperçu qu’une partie de la langue française avait servi à privilégier les hommes au détriment des femmes. Les dénominations féminines des noms de métier sont éloquentes à ce sujet.

Les préoccupations actuelles et légitimes de l’égalité femmes/hommes s’appuient donc sur une réalité historique.

L : Comment voyez-vous l’éditeur du futur ?

CB : Permettez-moi de ne pas répondre à cette question en me défaussant, je n’en sais rien. Peut-être simplement qu’il sera toujours dépendant de la qualité des textes qui sont écrits. Car on écrira encore.

Les moments littéraires n°40, feuilles d’automne : Mais pourquoi lire des journaux intimes ? Vingt-six écrivains vous livrent leur journal intime.

Pierre Bergounioux, René de Ceccatty, Anne Coudreuse, Colette Fellous, Claire Dumay, Roland Jaccard, Lambert Schlechter, Charles Juliet, Belinda Cannone, Annie Ernaux, Lydia Flem, Marcelin Pleynet, Béatrice Commengé, Michel Braud, Emmanuelle Pagano, Hervé Ferrage, Jocelyne François, Dominique Noguez, Patrick Combes, Denis Grozdanovitch, Christian Garcin, Camille Laurens, Anne Serre, Régine Detambel, Fabienne Jacob, Jeanne Hyvrard.

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Les moments littéraires est une revue littéraire, dirigée par Gilbert Moreau, qui publie exclusivement des écrits relevant de l’écriture de soi, de l’intime, à travers récits autobiographiques, carnets de notes, journaux intimes, correspondances. Vingt-cinq auteurs et autrices ont été sollicités afin de livrer leur journal écrit du 23 au 29 octobre.

Que cherche-t-on dans la lecture d’un journal intime ? Chacun certainement a sa réponse. En ce qui me concerne, j’en trouve souvent la lecture fastidieuse, soit je me sens exclue à la lecture – je ne connais parfois ni les gens dont on parle, ni les événements qui ne sont pas explicités,- soit j’ai l’impression d’être dans une position de voyeurisme qui me gêne un peu. Pourtant ici rien de tel.

Les journaux publiés dans cette revue ont une caractéristique commune : ils sont bien, voire très bien écrits car les diaristes sont des écrivains qui s’expriment dans des formes brèves ou longues, échappant peu ou prou au récit linéaire, acceptant de se livrer, ou se dissimulant tant bien que mal derrière l’écran des mots. Mais tout voilement est aussi un dévoilement, et l’on devine parfois ce qui est tû.

De l’immersion dans le présent du journal, les échos de l’actualité, l’affaire Weinstein, régulièrement évoquée, des prises de position politiques, bref tout ce qui agite le quotidien d’un individu.

La majeure partie des écrivains souligne la difficulté d’écrire un journal dont on sait d’avance qu’il va être publié : « Impossible d’être vraiment sincère dans l’exercice », « ce qu’il faut préciser, clarifier pour les autres, où à l’inverse, omettre, taire, afin de les épargner, lorsqu’on les connaît d’un peu trop près », « Au fond, je n’aime pas ça. Que je le veuille ou non, je me regarde écrire ».

Pourtant l’idée de Gilbert Moreau est vraiment intéressante, car chacun se confronte à sa manière à l’exercice, et s’y révèle. La saison aussi, donne une atmosphère un peu mélancolique, une sorte de retenue parfois heureuse, parfois douloureuse à l’ensemble des récits. Le lecteur a l’impression d’aller à la rencontre de chacun dans une sorte de speed-dating littéraire, où il ne parlerait pas avec des mots mais avec son corps, son regard, sa lecture.

J’ai eu l’impression d’aller à la rencontre d’êtres dont certains sont devenus des amis, des amis de littérature, dans une sorte de communauté bienfaisante, humaine, de valeurs et d’émotions partagées. A d’autres moments j’ai conçu de l’irritation, de l’agacement, et je me suis surprise à grommeler intérieurement, à objecter. Mais la plupart du temps, j’ai aimé rencontrer chacun, même dans les rodomontades, ou une légère crânerie, voyez-donc qui je suis, mais enfin si légère ! J’ai aimé rencontrer chacun disais-je, j’ai été parfois bouleversée, dans une totale empathie, émerveillée souvent devant la délicatesse de l’écriture, les vibrations intérieures, la beauté.

Merci.

Lisbonne et Lidia Jorge

« Je crois que Lisbonne est une ville secrète, est une ville labyrinthique. Et je ne suis pas née à Lisbonne, je suis venue quand j’étais jeune, et Lisbonne m’a pris complètement au cœur. »

Lidia Jorge archives INA

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Photo wikipédia

Cycle romancières portugaises : Le rivage des murmures de Lídia Jorge

Le rivage des murmures (A costa dos murmurios,1988) Pour la traduction française, Editions Métailié, Paris, 1989Traduit du portugais par Geneviève Leibrich

« La culture, cela sert à tirer d’embarras les personnes cultivées, sinon à quoi servirait-elle ? A rien- et cela ne vaudrait pas la peine de se cultiver. » p 243

Les murmures sont « le dernier stade avant l’effacement total », ils signifient que quelque chose est en train de finir, de mourir.

Il s’agit ici des derniers soubresauts de la guerre coloniale au Mozambique, que Lídia Jorge connait bien pour y avoir suivi son mari en 1970.

Le récit se déroule en deux parties, le récit d’un journaliste, « Les sauterelles », assez bref, qui raconte, à travers l’épisode d’une invasion de sauterelles les événements marquants de cette histoire et la lecture de ce récit, des années plus tard, par Eva Lopo, qui le commente, le critique, rajoute des événements tus, en efface certains pour en ajouter d’autres, réécrit l’Histoire. Entre la vérité du roman, la vérité journalistique avec sa prétendue objectivité, ou la vérité de l’h(H)istorien qui s’en tient aux sources, aux documents et aux témoignages, laquelle privilégier ? Ou ne sont-elles, chacune, qu’une illusion, traduisant, au mieux, un point de vue, la situation d’un être soumis aux émotions, à la partialité et dont la finitude empêcherait d’avoir une sorte de vision panoramique qui engloberait tous les points de vue en un seul.

Le roman, comme toute œuvre d’art, permet un accès au sens, sinon à la vérité à travers ses mensonges savamment orchestrés.

Au Mozambique, l’armée portugaise maintient l’ordre, face aux assauts incessants de la guérilla. Les femmes attendent dans un hôtel le retour de leurs maris. Evita, jeune mariée, va découvrir peu à peu les transformations que la guerre a opéré dans la personnalité de son mari, faisant de ce jeune étudiant en mathématiques, une sorte de guerrier barbare.

Cette sauvagerie autour de la guerre, cette fascination pour la mort, n’est pas seulement dans les exactions que commettent les soldats, mais elles sont également dans le cœur des femmes qui attendent, et les vivent par procuration. Pour certaines d’entre elles, la gloire de leur mari rejaillira sur leur vie, elles pourront raconter les faits d’arme de leurs héros.

La guerre est partout, entre les africains et les colons mais dans les maris qui frappent leurs femmes, ou qui tuent pour « se dégourdir les doigts » des nuées d’oiseaux.

La guerre engendre des structures sociales qui reposent sur la domination et la mort et personne n’en réchappe.

Pas besoin de raconter d’interminables batailles, c’est l’avantage de ce roman, car le point de vue des femmes les en exclut. Pour en garder l’essentiel, pour en entendre les murmures…

L’écriture de Lidia Jorge est magnifique, son style, sa pensée d’une grande finesse, son intelligence font d’elles un des plus grands auteurs de son temps. Mais ce livre est un livre exigeant et difficile, qui demande parfois de la patience et …une bonne oreille !

Sonietchka – Ludmilla Oulitskaïa

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Sonietchka – Ludmilla Oulitskaïa, traduit du russe par Sophie Benech , éditions Gallimard, 1998

« Il n’est pas dans la littérature, de personnage féminin qui soit moins héroïque, ni plus lumineux, plus pur, que la Sonietchka de Ludmilla Oulitskaïa »

Ce personnage de femme est tout à fait particulier. Nimbé d’une lumière presque surnaturelle, sanctifié par des qualités qui, pour ne pas être totalement absentes de ce monde, sont relativement rares, elle avance dans la vie portant sur les êtres et les choses un regard d’une grande bonté. On dit souvent que les gens heureux n’ont pas d’histoire, et bien Sonia démentirait tout à fait cet adage. Elle a quelque chose d’une sainte, sans la souffrance et le renoncement auxquelles celles-ci sont associées.

D’ailleurs, comme le souligne une étude, « n’y a-t-il d’expression romanesque de la bonté qui ne soit, implicitement ou non, chrétienne, c’est-à-dire qui ne doive, par définition, être entièrement désintéressée et sacrificielle ? »[1] Disons plutôt qu’elle a une conscience aiguë de tout ce qui lui est donné, la beauté et l’amour.

Elle redéfinit ce qu’on appelle l’« âme russe » que Dostoïevski, définit comme « le besoin spirituel le plus élémentaire du peuple russe […] la nécessité de la souffrance ». Ce concept est suffisamment complexe pour que je ne m’y attarde pas, car cela demanderait une érudition que je n’ai pas, mais je crois que l’auteure dépeint une forme de fatalisme, qui n’exclut pas la lutte (D’ailleurs les camps sibériens en sont la preuve), mais qui permet de trouver parfois le bonheur, malgré les aléas de l’Histoire. On ne peut pas dire que le peuple russe ait été épargné par l’Histoire, et les biélorusses non plus !

Le premier bonheur de Sonia est la lecture, elle « tombe en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu’à la dernière page du livre ». Et sa passion de la lecture est telle que son physique ingrat se dote d’un derrière en forme de chaise ! Elle cultive sa passion de la lecture » en menant paître son âme dans les vastes pâturages de la grande littérature russe ».  Robert, un peintre plus âgé qu’elle, va parvenir à lui faire lever le nez de ses livres, pour la plonger dans une vie bien réelle lorsqu’il la demande en mariage dans la bibliothèque où elle travaille. Il a connu les camps, mis au ban de la société communiste, éprouvé comme la majorité des Russes par les difficultés matérielles de l’après-guerre, « sa vie exténuée, recroquevillée contre terre ». Ils vivent en Biélorussie, ce qui me semble-t-il a son importance. En effet, elle n’a été constituée comme nation qu’en 1991, à la chute de l’Union soviétique, incorporée pendant longtemps à d’autres grandes puissances. Il me semble que cela demande une sorte d’endurance, de patience vis-à-vis de l’Histoire !

Sonia cultive donc le bonheur domestique (pour vivre heureux, vivons cachés), couronné par la naissance de sa fille Tania.

C’est par Tania que Jasia, fille de déportés, fait la connaissance de Robert et Sonia,, elle était «  la seule à lui laisser la possibilité de penser par elle-même, de réfléchir à voix haute, de choisir à tâtons ces petits riens à partir desquels un être dessine à son gré le motif originel sur lequel viendront se greffer tous les ramages de sa vie future. »

Jasia qui pourrait être un motif de jalousie, une épine dans sa chair (Je sais, c’est un peu christique), devient une raison de plus d’être heureux.

Ce livre est un petit bijou, il faut le dire, ciselé, à la langue poétique, riche, profonde. Il faut le lire, car Ludmilla Oulitskaïa est une grande dame des lettres russes.

 

 

[1] https://www.cairn.info/revue-du-mauss-2011-1-page-427.htm

Au pays de Donald, « La servante écarlate » relève la tête !

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Margaret Atwood – La servante écarlate (The Handmaid’s tale), Pavillons poche Robert Laffont, 2017, traduit de l’anglais (Canada) par Sylviane Rué

Il est particulièrement intéressant de lire ou de relire aujourd’hui « La servante écarlate » de Margaret Atwood, à la lumière de l’histoire récente des Etats-Unis, et des manifestations qui ont eu lieu pour protester contre les restrictions au droit à l’avortement, suivant la politique menée par Donald Trump, dans certains Etats américains ( Voir les photos ici)

Et l’auteure de rappeler la fondation profonde des Etats-Unis sur « la brutale théocratie de la Nouvelle Angleterre puritaine du XVIIe siècle, avec ses préjugés contre les femmes » et sa résurgence dans une certaine frange chrétienne extrémiste du Parti Républicain.

Pour ceux qui n’auraient pas encore lu l’histoire ou vu la série (saison 1 dirigée par Reed Morano sur un scénario de Bruce Miller, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, tournée entre septembre 2016 et février 2017 ), « La servante écarlate » est une dystopie situant le nouveau régime de la république de Gilhead, fondée par des fanatiques religieux, aux Etats-Unis. A la suite d’une chute de la fécondité due à la pollution et aux maladies sexuellement transmissibles, les quelques femmes encore fertiles sont réduites au rang d’esclaves sexuelles auprès des notables du régime. Defred, « servante écarlate » parmi d’autres n’a plus le droit ni de lire, ni de travailler, et ne possède plus rien.

Ce qui fait la force du régime, c’est son organisation : les femmes y sont surveillées et contraintes par des femmes, parmi elles certaines sont croyantes et persuadées du bien-fondé d’un tel régime.

Ce n’est pas sans rappeler le débat qui fait rage aux Etats-Unis et ailleurs entre les féministes essentialistes (considérées par beaucoup comme des antiféministes) et les autres, l’expérience de la maternité étant pour les premières la source essentielle du pouvoir féminin et ce qui les définit (l’éthique du care) ; dans cette optique, la contraception et l’avortement feraient obstacle au cycle naturel du corps féminin (et donc à son destin).   D’ailleurs, Defred le dit ainsi en s’adressant intérieurement à sa mère : « Tu voulais une culture de femmes. Et bien, la voici. »

Mais Margaret Atwood, ne fait pas de son héroïne, une simple héroïne féministe, cela va bien au-delà, en ce sens que la structure pyramidale du pouvoir, concentre hommes et femmes dans les strates supérieures – même si les hommes ont une réelle suprématie – de la même manière qu’en ces couches inférieures, existent des hommes et des femmes pareillement dépossédés d’une partie importante de leur liberté.

Elle rappelle en cela que toutes les femmes ne sont pas féministes, et que cela a été le principal obstacle à l’émancipation des femmes. Certaines se satisfont d’un rôle subalterne en échange du confort et de la sécurité. Bref, cela est un autre débat, forcément très politique et …polémique.

Vous comprendrez pourquoi « La servante écarlate » s’est vendu et continue à se vendre, à des millions d’exemplaires dans le monde entier, devenant une « sorte de référence pour ceux qui écrivent à propos d’évolutions politiques visant à prendre le contrôle des femmes, particulièrement celui de leur corps et de leurs fonctions reproductrices » (page 513).

Margaret Atwood est pressentie depuis plusieurs années pour le Prix Nobel de Littérature, elle est une des auteures majeures de la littérature de notre temps.

Vous pensiez qu’il n’y avait aucune femme dramaturge avant le XIXe siècle ? Que nenni…

« Pour la première fois en France, une anthologie réunit une cinquantaine de pièces écrites par des femmes dramaturges entre le XVIe et le début du XIXe siècle…

Enfin, toute l’énergie rassemblée par les chercheuses et les féministes de tous les continents portent enfin leurs fruits. Les auteures effacées des Histoires littéraires et des anthologies vont enfin pouvoir reprendre leur place grâce à ce magnifique travail de recherche et d’édition. Et dans une collection prestigieuse, puisqu’il s’agit des classiques Garnier (J’y ai lu « Le discours de la méthode de Descartes ! ) Vous pensiez qu’il n’y avait aucune femme dramaturge avant le XIXe siècle ? Que nenni…

Je vous invite à lire ce très bon article sur Catherine Bernard, dont l’oeuvre fut plagiée par … Voltaire !  Et dont un lent travail de sape fit oublier jusqu’à son nom. Mais elle n’est pas la seule … Des auteures oubliées parce qu’effacées

 » Les cinq volumes de cette anthologie au format poche présentent une trentaine d’autrices de théâtre nées sous l’Ancien Régime, dont la production s’étend des années 1530 (la reine de Navarre, première dramaturge connue à ce jour), jusqu’aux dernières productions théâtrales de Mme de Staël-Holstein (1811). En tout, une cinquantaine de pièces qui retracent l’Histoire du théâtre à travers la production de ses autrices, dans les différents genres dramatiques où elles se sont illustrées : comédies, tragédies, tragi-comédies, pastorales, drames, proverbes dramatiques… Les registres couvrent aussi bien la scène professionnelle que le théâtre amateur, dans des domaines aussi variés que les comédies religieuses de Marguerite de Navarre, le théâtre d’éducation de Mme de Genlis ou les pièces politiques révolutionnaires d’Olympe de Gouges. Presque toutes ces pièces ont été jouées, et près de la moitié ont été représentées sur les scènes de la Comédie-Française ou de la Comédie-Italienne. C’est donc tout un pan du répertoire dramatique français qui est ainsi remis à jour, offrant là une nouvelle page de l’histoire littéraire des femmes sous l’Ancien Régime, encore méconnue malgré les recherches de plus en plus nombreuses menées au cours de la dernière décennie. A travers les pièces de théâtres de ces autrices, professionnelles ou amatrices, se fait également entendre la voix de femmes décidées à braver l’interdit traditionnel d’un genre dit « mâle », pour accéder à la parole publique et à la mise en scène des rapports de sexe dans l’espace social et politique que constituait le théâtre de l’Ancien Régime. » Présentation de l’éditeur

Une équipe éditoriale internationale…

La direction de l’anthologie est assurée par trois spécialistes du théâtre des femmes sous l’Ancien Régime : Aurore EVAIN (Sorbonne Nouvelle), Perry GETHNER (Oklahoma State University) et Henriette GOLDWYN (New York University). La présentation et l’annotation des textes sont réalisées en collaboration avec des spécialistes reconnu-es des autrices/de la littérature féminine/du théâtre.

5 volumes brochés, format poche, textes en orthographe et ponctuations modernisées…

  • volume 1 : XVIe siècle. Marguerite de Navarre, Louise Labé, Catherine Des Roches. Parution : décembre 2006. 562 p., 10€.
  • volume 2 : XVIIe siècle. Françoise Pascal, Mme de Villedieu, sœur de La Chapelle, Anne de La Roche-Guilhen, Mme Deshoulières. Parution : mai 2008. 624 p., 15€.
  • volume 3 : XVIIe-XVIIIe siècle. Catherine Bernard, Mme Ulrich, Catherine Durand, Marie-Anne Barbier, Mme de Sainctonge, Mme de Gomez. Parution : 2009.
  • volume 4 : XVIIIe siècle Mlle Monicault, Mme Ricobonni-Baletti, Mme de Staal-Delaunay, Mme Duboccage, Mme de Graffigny, Mme de Montesson, Mme Benoist. Parution : 2010.
  • volume 5 : XVIIIe-XIXe siècle Mme de Genlis, Fanny de Beauharnais, Mlle de Saint-Léger, Olympe de Gouges, Isabelle de Charrière, Mme de Staël-Holstein. Parution : 2011.

Un site « compagnon »…

Ce site internet présente les volumes, accompagnés de documents inédits et d’extraits de pièces, ainsi que toute l’actualité consacrée au théâtre de femmes de l’Ancien Régime : articles, colloques, lectures, représentations, etc.

Des lectures videos

Un DVD de la lecture du Favori de Mme de Villedieu a été réalisé, sous le parrainage du GRAC (Université Lyon 2), de l’Université de Saint-Etienne, de l’Université de Liège et du département de français de l’Université de New York. Destiné aux centres de recherches, bibliothèques et départements universitaires, il est disponible au prix de 35€. (contact)

En savoir plus sur le projet

« Théâtre de femmes : les enjeux de l’édition », Agoravox.

Un biopic de Mary Shelley au cinéma, à ne pas rater ! J’ai vu, j’ai aimé !

Ne pas oublier de mentionner que Haifaa Al Mansour est la réalisatrice saoudienne de ce chef d’oeuvre qu’est Wadjda, sorti en février 2013, s’il n’y en avait qu’une, ce serait une raison suffisante pour courir voir ce film.

En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin entame une relation amoureuse passionnée avec  le poète Percy Shelley. Elle n’a que seize ans mais à l’époque les filles se marient jeunes. mais surtout, elles obéissent à leurs parents et les mariages d’amour ne sont pas légion. Mary choisit qui elle veut aimer et s’enfuit avec son amant. Cela fait bien sûr scandale.  Ils sont tous les deux en avance sur leur temps et leurs idées libérales en amour, comme dans tous les autres domaines va permettre à Mary de faire éclore son talent. C’est en 1816, près du Lac Léman, alors invités dans la demeure de Lord Byron, que Mary inventera le personnage de Frankenstein. Elle le publiera d’abord anonymement, puis luttera pour revendiquer son oeuvre.

Date de sortie 8 aôut 2018 (2h00);  De Haifaa Al Mansour; Avec  Elle Fanning, Douglas Booth, Tom Sturridge; Film américain
     J’ai vu aujourd’hui ce film dans un petit cinéma près de la gare Saint-Lazare. Elle Fanning (Mary Wollstonecraft Shelley) est remarquablement filmée et Douglas Booth (Percy Bysshe Shelley)  tient à merveille son rôle de génie et de séducteur (un peu bellâtre toutefois). Leur rencontre et leur vie commune, dans une sorte de ménage à trois avec Claire Clairmont, fille de la belle-mère de Mary, font l’objet d’une première partie du film, assez longue. Malgré son adhésion aux idées de l’amour libre, Mary souffre et va de désillusion en désillusion, terrassée par la dépression à la mort de sa fille. Claire Clairmont peine à trouver sa place, entre ces deux génies, et fait la connaissance de Lord Byron, magnifiquement campé en poète extravagant et cruel par Tom Sturridge. Lors d’un séjour chez lui, germera dans l’esprit de Mary l’idée de Frankenstein, à la faveur d’un défi lancé par le Lord lui-même pour occuper ses invités (Je ne sais pas le degré de vérité biographique, mais complètement allumé, et complètement misogyne !) .
     De la publication anonyme à la reconnaissance de son oeuvre, due à son père William Godwin, cette seconde partie qui était la plus intéressante, est un peu bâclée. Toutefois on saisit bien l’atmosphère de l’époque, teintée de spiritisme, et la tradition du gothique dans laquelle est profondément enracinée  « Frankestein », ainsi que l’influence des recherches scientifiques et du galvanisme qui lui en inspira la création. On comprend comment cela a pu mûrir en elle et donner naissance à l’ oeuvre majeure qui assure  sa postérité encore aujourd’hui. La critique féministe des années 70, a renouvelé l’intérêt pour cette auteure qui menaçait d’être engloutie par l’oubli.
J’ai été souvent émue par la lutte, l’énergie, la ténacité de Mary face à des éditeurs misogynes, sûrs de leur bon droit et de leur pouvoir, pétris par la morale étroite de leur temps qui ne jugeait pas convenable pour une jeune femme d’écrire ce genre de roman où  la monstruosité, l’indigence et l’indifférence des hommes étaient prises pour cible au lieu de se cantonner aux romans pour dames, convenables, édifiants, sentimentaux et compassés !
Un beau film, un peu malmené par certaines critiques mais beaucoup plus apprécié des spectateurs.

Pour moi , écrire, c’est être quelqu’un d’autre … Dulce Maria Cardoso

Aéroport de Lisbonne – chanteuse de fado

« Je suis devenue écrivain à cause de ces événements. Parce que quand je suis rentrée au Portugal à l’âge de onze ans, la réalité était tellement insupportable que j’ai été obligée de m’inventer des histoires pour que le quotidien soit supportable justement. Mais je ne savais pas vraiment comment raconter cette histoire parce que je ne voulais pas me contenter d’exhiber la souffrance de ces gens. Donc il m’a fallu une trentaine d’année pour que j’arrive à définir une proposition de réflexion pour écrire ce roman. Je ne voulais pas de règlement de comptes, je ne pensais pas qu’il y avait les bons d’un côté et les méchants de l’autre, je pense que nous étions noirs et blancs, bons et méchants en même temps, ce que j’ai compris c’est que ce roman devait être une radiographie de la perte. Et le roman est organisé comme si c’était l’histoire d’un deuil, avec toutes les phases que la psychologie décrit comme étant celles du deuil, étant entendu qu’à la fin c’est le renouveau, un recommencement, ce roman évoque la fin d’un cycle, en l’occurrence la fin de l’empire portugais, comme en ce moment on se trouve à la fin d’un cycle, la fin du rêve européen, mais cela ne signifie pas que la fin d’un cycle soit tragique. Il dépend de nous de faire en sorte que ce recommencement soit meilleur, c’est pour cette raison que le personnage est un adolescent, afin que ça corresponde à une nouvelle étape dans sa vie, car lui aussi doit redéfinir son futur, son avenir, et ça coïncide avec ce qui se passait dans le pays lui-même. Cette histoire est racontée à la première personne par Rui, et c’était ça pour moi le plus grand défi, au niveau formel, pour écrire ce roman. J’essaye de relever un défi formel à chaque roman, et pour celui-ci c’était l’adolescent qui devait s’exprimer. J’écrivais pendant des semaines et des semaines et quand je m’arrêtais, je relisais et j’avais vraiment l’impression que c’était une femme qui s’exprimait, et qui plus est, une femme âgée. Ca a été très difficile pour moi de restituer la voix de cet adolescent qui s’étonnait de tout, qui avait la rage, qui avait une forme d’ingénuité, qui avait aussi de l’espoir, tous les sentiments de quelqu’un qui a quinze ans alors que moi j’étais près d’avoir cinquante ans. Ça ça a été le plus grand défi pour moi, aussi quand les lecteurs hommes me disent qu’ils se reconnaissent dans ce personnage, c’est le meilleur éloge qu’on puisse me faire. Pour moi écrire, c’est être quelqu’un d’autre, et parvenir à être quelqu’un d’autre, c’est-à-dire un homme, un jeune homme, c’est ce qu’il y a de plus difficile. »

Source : entretien Librairie Mollat

Escritoras-em-portugues

Dulce Maria Cardoso – Le retour – Entretien / Librairie Mollat

In love with Lisboa – La robe azuleja / The azuleja dress

La robe azuleja est une ode à la correspondance entre mon âme et le lieu tissé de mots.