Bon bout d’l’an !

Je reprends cette expression de ce beau français d’au-delà des mers parce qu’il dit mieux ce qui s’achève, ce dernier jour de l’année 2018, ce temps de respiration avant de relever encore de nouveaux défis ou d’entamer de nouveaux voyages et de nouvelles aventures, ou juste de tailler tranquillement sa route.

Ou le temps de se relever de ses blessures ou de ces éventuels échecs. C’est ce temps de syncope, ce ravissement parfois qu’il me tient à cœur de célébrer ici, ce qui s’achève mais n’est pas tout à fait terminé.

Quelque chose de vibrant unit cette communauté de blogueurs, nous défendons tous quelque chose, la littérature, la poésie ou autre chose, mais en aucun cas ne sommes indifférents, ni seulement enfermés dans nos lectures.

Les poétesses découvertes au fil de la toile ont une place importante dans mon cœur, elles disent si bien la touffeur du monde et son étrangeté.

Le canada a été ma terre d’aventure cette année, et ses écrivains des escales fortuites, ses blogueurs de belles rencontres autour des mots.

Merci à tous ceux qui passent parfois par ici, dans ce féminin commun, qui n’exclut personne, mais veut rassembler hommes et femmes.

Merci à Loulou pour ces beaux dessins !

A l’année prochaine !

Discours sur l’excellence des femmes (1614) – Marguerite de Valois

 » Mon Père, l’heur m’ayant été si grand, lorsqu’il vous plut me bailler votre beau livre, de m’être rencontrée en quelqu’une de vos conceptions aux raisons que vous apportez sur la question «Pourquoi la femme est plus propre à la dévotion que l’homme?» […], j’oserai, ayant lu tous les chapitres que vous faites sur cette question […] «Pourquoi l’homme rend tant d’honneur à la femme?», vous dire que, poussée de quelque ambition pour l’honneur et la gloire de mon sexe, je ne puis supporter le mépris où vous le mettez [en] voulant qu’il soit honoré de l’homme pour son infirmité et faiblesse. Vous me pardonnerez si je vous dis que l’infirmité et faiblesse n’engendrent point l’honneur, mais le mépris et la pitié; et qu’il y a bien plus d’apparence que les femmes soient honorées des hommes par leurs excellences; espérant, par les raisons qui suivent, vous prouver que, non par l’infirmité mais par l’excellence de la femme, l’homme lui rend honneur. »

Discours sur l’excellence des femmes (1614)

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François Clouet [Public domain]

Blanche Gardin, elle parle toute seule – La femme de 40 ans

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L’insolence de Blanche Gardin n’a d’égale que sa profondeur, sa capacité de dégoupiller les tabous, de dire l’indicible, ce qui est socialement proscrit.

J’ai regardé son spectacle « Je parle toute seule », son stand-up crée en 2016, où elle met en scène, une quadragénaire suicidaire, déprimée, sans enfant, qui vieillit seule.

Je l’ai regardée en streaming car il est impossible, en région parisienne, de trouver des places en ce moment.

Elle parle toute seule c’est vrai mais elle parle pour beaucoup de ceux qui rient dans la salle.

Élégante, avec sa jupe colorée, peut-être, l’air de rien, avec une sorte d’innocence et de candeur, elle parle de tout : de la sodomie, du terrorisme, du manque d’enfant, de la solitude, des femmes qui lisent…

De la femme de 40 ans, et de ses amours impossibles, de ce vieillissement qui les sanctionne plus durement que les hommes, elle dit l’âpreté, parfois le désespoir.

Toutes les femmes qui ont fréquenté des sites de rencontres (où souvent on ne rencontre personne) savent bien ce qu’elle veut dire.

Ainsi, dit-elle, la femme de quarante ans ne peut plus prétendre aux hommes de son âge, elle doit se contenter d’hommes beaucoup plus vieux. Elle le dit avec férocité, elle le dit surtout. Elle parle pour tous ceux qui ne parlent pas mais qui l’écoutent.

Blanche Gardin est un étendard… un véritable phénomène de la scène, et elle ne ressemble à personne.

 

L’humour cru de Blanche Gardin – Il faut que je vous parle !

Margaret Atwood – La voleuse d’hommes ou La guerre des sexes aura bien lieu…

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Margaret Atwood – La voleuse d’hommes  ( The Robber Bride, 1993), Editions Robert Laffont, 1994, traduit de l’anglais (Canada) par Anne Rabinovitch, collection 10/18, n°3744

Margaret Atwood est tout simplement géniale : quelle idée astucieuse que d’investir ce terrain qui paraît à première vue uniquement masculin, le territoire de la guerre, et sa discipline la polémologie, sous les traits de Tony, universitaire réputée, dont l’engouement pour la dynamique des massacres spontanés n’a d’égal que son goût des conclusions tranchées. La guerre, comme tout le monde le sait, ne se déroule pas seulement, voire plus, sur les terrains de bataille, ou dans les zones de conflits armés, elle peut se dérouler sous nos crânes, dans nos vies et au cœur de notre psychisme.

La guerre peut avoir une réelle séduction pour ceux dont la rage ou les blessures profondes génèrent une violence impossible à contenir.

Nous sommes à Toronto, dans les années 90, et la guerre et la dévastation  se dissimulent habilement sous les traits harmonieux et la silhouette de rêve de Zénia (Xénia ?). Il est bien connu que l’adversaire, pour pouvoir vaincre, prend appui sur nos faiblesses.

Charis, Tony et Roz, trois amies, ont comme dénominateur commun une enfance difficile qui a laissé des failles en chacune d’elles, ce dont va profiter l’impitoyable Zénia pour détruire les hommes, leurs hommes. La guerre des sexes aura bien lieu… et c’est une femme qui la mène et qui profite des fantasmes des hommes pour mieux les asservir. Ses camarades n’en seront que les victimes collatérales.

Margaret Atwood est une romancière absolument géniale. A chaque roman, le quatrième maintenant, je l’apprécie davantage.

Même si j’ai trouvé les cent premières pages un peu longuettes, ensuite le récit s’accélère et devient captivant. Margaret Atwood a une maîtrise dans la construction du récit qui est tout simplement époustouflante et elle mène son lecteur ou sa lectrice jusque au dénouement final sans jamais faiblir.

lire margaret Atwood

Si vous voulez participer au cycle de lectures, c’est ici.

Top ten de l’année 2018 – Litterama, Les femmes en littérature

Tout d’abord, cette année 2018 aura été pour moi la découverte, tardive il est vrai, de Margaret Atwood, avec deux romans

1- 2 :  La servante écarlate et La femme comestible

La littérature étant indissociablement liée dans ma vie aux voyages et à la découverte d’autres cultures, j’ai rencontré cet été, la littérature portugaise avec

3 – Le retour de Dulce Maria Cardoso 

J’ai continué ma découverte de la littérature britannique avec le magnifique roman de Anna Hope :

4 – La salle de bal

Et Pierre Lemaître m’a séduite avec ces deux premiers opus : Au revoir, là-haut que j’ai découvert au cinéma et

5 – Les couleurs de l’incendie où il campe un magnifique personnage de femme, Madeleine, qui à lui seul, anéantit tous les clichés sur la prétendue douceur féminine !

Puis c’est une maison d’édition spécialisée dans le théâtre et quatre de ses autrices, Claire Barrebes, Marie-Pierre Cattino, Sarah Pèpe et Sabine Révillet qui m’a enthousiasmée grâce au recueil

6 – « Embra(S)ser la nuit »

J’ai découvert les trois derniers auteurs et autrices au Festival America qui a vraiment été un temps fort dans mon activité de blogueuse et m’a permis la découverte de la littérature canadienne, et québécoise avec

7 – Johnny de Catherine-Eve Groleau

8 –  La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette

Et plus au sud, ce très beau roman de Brad Watson :

9 – Miss Jane

Et pour finir, une des plus belles plumes du moment de la littérature afro-américaine, Yaa Gyasi et une formidable saga :

10 –  No home

J’espère que l’année 2019 sera aussi belle et riche de découvertes !

Les lunes d’après Marina Tsvetaeva, du 7 au 24 mars 2019

Avant d’aller voir la pièce, vous pouvez assister à la lecture des lettres de l’autrice et poétesse Marina Tsvetaeva.

Parmi vos bonnes résolutions vous pouvez ajouter celle d’aller voir cette pièce.

Après avoir émigré près du canal Saint-Denis à Paris 19°, Meudon, Clamart, puis Vanves, Marina et son fils louent une sobre chambre de l’hôtel Innova au 32 boulevard Pasteur, à Paris.
C’est là que l’histoire commence. C’est ici, ce matin là, dans sa 
 » maison d’exil « , qu’elle ouvre la fenêtre.Comme dans un mirage, Marina se dédouble. Neuf estampes d’elle vont se vivre.

https://vimeo.com/289681489?fbclid=IwAR0UkvuZx1rmzVxoEgwmpTF1aaRfkHJqKB1sIvY5IutIq7koTk_Ea78ItVM

Du 7 au 24 mars 2019

Au Théâtre de L’Épée de Bois, Cartoucherie (Salle en Pierre / 300 places)

Route du Champs de Manoeuvre, 75012 PARIS, 01 48 08 18 75

Jeudi au samedi à 20h30, Samedi et dimanche à 16h

Pendant les « journées des femmes » et le « Printemps des Poètes »

Adaptation et Mise en scène : Isabelle Hurtin,  Conception Ombres : Marie Vitez, Assistants : Bruno Bisaro et Kevin Chemla, Lumières : Stéphanie Daniel; Son : Lionel Erpelding ; Attachée de Presse : Isabelle Muraour; Relations publiques : en cours; Avec Ilham Bakal, Coco Felgeirolles, Inès Hammache; Isabelle Hurtin ; Fanny Jouffroy; Olivia Machon; Yasmine Modestine; Maeva Pinto Lopes; Marie Vitez; Production : Compagnie du Ness

Réalisation et montage : Kevin Chemla, http://cieduness.wixsite.com/ness

Anna de Noailles Voyages

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Voyages

Un train siffle et s’en va, bousculant l’air, les routes,
L’espace, la nuit bleue et l’odeur des chemins ;
Alors, ivre, hagard, il tombera demain
Au coeur d’un beau pays en sifflant sous les voûtes.

Ah ! La claire arrivée au lever du matin !
Les gares, leur odeur de soleil et d’orange,
Tout, ce qui, sur les quais, s’emmêle et se dérange,
Ce merveilleux effort d’instable et de lointain !

– Voir le bel univers, goûter l’Espagne ocreuse,
Son tintement, sa rage et sa dévotion ;
Voir, riche de lumière et d’adoration,
Byzance consolée, inerte et bienheureuse.

Voir la Grèce debout au bleu de l’air salin,
Le Japon en vernis et la Perse en faïence,
L’Égypte au front bardé d’orgueil et de science,
Tunis, ronde, et flambant d’un blanc de kaolin.

Voir la Chine buvant aux belles porcelaines,
L’Inde jaune, accroupie en fumant ses poisons,
La Suède d’argent avec ses deux saisons,
Le Maroc, en arceaux, sa mosquée et ses laines…

Anna de Noailles
L’ombre des jours ( 1902)

Féminin/masculin Littératures et cultures anglo-saxonnes

Féminin/masculin: Littératures et cultures anglo-saxonnes par [Collectif, Marret, Sophie]

Présentation de l’éditeur

« Les textes réunis dans ce volume rendent compte de la diversité des questions soulevées par les rapports féminin/masculin, en un temps où la participation des femmes à la vie de la cité est devenue d’une actualité brûlante, où l’analyse renouvelée de la notion d’identité (et d’identité sexuelle) se trouve au cœur des débats philosophiques. Le développement des études féministes a conduit à examiner les représentations de la femme dans la presse, les arts et les lettres ainsi qu’à s’interroger sur les marques du féminin dans l’écriture, questions dont il convenait d’esquisser un bilan quelque trente ans après le tournant décisif pris par les revendications des femmes dans les années soixante-dix. Les articles présentés dans l’ouvrage Féminin/masculin, sélectionnés à la suite du congrès de la Société des anglicistes de l’enseignement supérieur qui s’est tenu à Rennes en mai 1998, permettent d’aborder ces questions à partir d’études précises, qui interrogent spécifiquement les littératures et les cultures anglo-saxonnes. »

Accès au texte – cliquez ici !

Bientôt Noël, quelques cadeaux de dernière minute …

Cette fin d’année est une bonne occasion de découvrir ou de redécouvrir des beaux textes de l’histoire littéraire. Ils ont le parfum secret des livres un peu oubliés, ils sont teintés du combat enragé ou des doutes de leurs autrices ou de leurs auteurs :

Résultat de recherche d'images pour "catriona seth la fabrique de l'intime" « Cette première anthologie de textes autobiographiques de femmes du XVIIIe siècle embrasse tout le siècle des Lumières, du journal de Rosalba Carriera, jeune pastelliste à Paris pendant la Régence, aux souvenirs de Victoire Monnard, apprentie sous la Révolution, en passant par le journal de Germaine de Staël, les Notes sur l’éducation des enfants d’Adélaïde de Castellane ou de Charlotte-Nicole Coquebert de Montbret, ou encore les Mémoires particuliers de Manon Roland sous la Terreur. Une artiste italienne en France, une actrice anglaise célèbre en visite à la cour de Versailles, une Française inconnue, fille d’artisan, côtoient ici une religieuse limousine dans sa province ou la princesse de Parme, mariée à l’héritier du trône autrichien.

Ce roman est une pépite dans l’histoire de la littérature et des femmes. Non seulement il est extrêmement bien écrit et traduit mais il est aussi d’une intelligence rare dans la mise en place des situations, la psychologie des personnages et la construction du récit. Sans parler de la documentation fouillée, et précise, sur la vie de cette époque. D’autre part, il garde son souffle tout au long des 1076 pages de l’édition de poche.

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Il s’agit d’amour multiples, entrelacés, d’une terrible force, de ceux qui vous arrachent à votre vie pour vous élever vers une autre, plus grande, plus pure, plus passionnée.

Léonor de Récondo est musicienne, et cela s’entend, son écriture a la beauté des musiques baroques, où les motifs se dilatent et se multiplient dans un éternel recommencement. « Les uns contre les autres s’aimer ». Un jeu de tensions et de détentes…

 

Texte fondateur, livre-culte de la littérature écrite par les femmes, « La séquestrée » a la force d’un manifeste, devenu un classique des lettres américaines. Écrit en 1870, il dénonce l’asservissement des femmes à un modèle patriarcal qui les enferme dans leur fonction naturelle de reproduction, la maternité, et leur interdit toute vie de l’esprit.

 

châteletLa pensée fut longtemps interdite aux femmes mais quelques éditeurs mettent à l’honneur des textes oubliés dans certaines de leur collection : pour preuve cet intéressant « Discours sur le bonheur » écrit par Madame du Châtelet (1706-1749) et publié en 1997 aux Editions Payot &Rivages. Fini l’idéal d’un cartésianisme ennemi des passions et qui se voulait « maître et possesseur de la nature ».

 

 

Fanny-Raoul

En 1801, une jeune Bretonne de 30 ans dont on ne sait aujourd’hui presque rien, s’adresse aux femmes de son temps pour les prendre à témoin des interdits, servitudes et violences qu’il leur faut encore affronter, aux lendemains de la Révolution.

Ce texte est extrêmement émouvant car c’est le cri et la révolte d’une femme qui nous parvient par-delà les siècles et prend à témoin la postérité. Une jeune femme qui  assure avec force, dans des élans visionnaires, qu’un jour les servitudes auxquelles sont assujetties les femmes et qui semblent si enracinées dans les traditions, cesseront.

Quelques titres qui vous prendront au cœur je l’espère et vous feront aussi réfléchir

Grand Prix de littérature dramatique 2013 – Alexandra Badea Pulvérisés

logo CNT

« Pulvérisés » d’Alexandra Badea, l’Arche éditeur

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Présentation de l’éditeur

Quatre métiers, quatre villes : Shanghai, Dakar, Lyon, Bucarest. La vie en entreprise aux quatre coins du monde. Une ouvrière chinoise raconte ce qu’elle subit chaque jour à l’usine : l’humiliation quotidienne. Au même moment, un superviseur de plateau sénégalais dénonce la cruauté dont peut faire preuve son chef d’entreprise pour « faire du chiffre ». Ailleurs, un responsable assurance-qualité voit se détériorer sa relation familiale sous la pression du travail. Et à Bucarest, une ingénieur d’études et développement témoigne de sa difficulté à s’intégrer, à réussir, à gravir les échelons. Le quotidien de ces individus est rude, tranchant, parfois cruel et honteux.

Avec cette pièce à la construction étonnante, Alexandra Badea nous livre une série de portraits et décortique sous nos yeux le système qu’ont généré la mondialisation et ses rouages. Née en 1980 en Roumanie, elle est auteur, metteur en scène et scénographe.

L’auteure

« Née en 1980 Alexandra Badea est auteure, metteure en scène et réalisatrice.

Ses pièces sont publiées depuis 2009 chez L’Arche Editeur et montées en France par elle-même (Le Tarmac à Paris) mais également par d’autres metteurs en scène comme Frédéric Fisbach, Jonathan Michel, Jacques Nichet et Aurélia Guillet, Matthieu Roy, Cyril Teste, Anne Théron (Comédie de Reims, Théâtre National de Strasbourg, Théâtre de La Commune d’Aubervilliers, Comédie de Saint-Etienne, Les Francophonies en Limousin…)
Ses pièces sont traduites en allemand, en anglais, en portugais.
Elle collabore régulièrement avec le réalisateur Alexandre Plank sur des mises en voix de ses pièces pour France Culture (Pulvérisés, Europe connexion, Mondes).
Son premier roman Zone d’amour prioritaire est paru en février 2014 chez l’Arche Editeur.

Son premier scénario Solitudes est réalisé par Liova Jedlicki en décembre 2011, sélectionné au Festival de Clermont Ferrand et diffusé sur France 2. Le film a remporté le prix d’interprétation féminine, la mention de la presse et la mention du jury au Festival de Clermont Ferrand ainsi que le Prix du Jury et Prix du Jury Jeune au Festival d’Ales et le Grand Prix au Festival International de Barcelone.
Au cinéma, elle réalise deux courts métrages « 24 heures » et « Le Monde qui nous perd » (Prix du Meilleur jeune espoir masculin au Festival Jean Carmet). »

Angèle Vannier Poème

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« Ma forêt, ma forêt, si proche et si perdue !…

Elle est sur moi comme une bête fraîche et verte »

 

Angèle Vannier, Les Songes de la lumière et de la brume, Ed. Savel, 1947

Angèle Vannier, née  le 12 août 1917  à Saint-Servan  (aujourd’hui annexée à Saint-MaloIlle-et-Vilaine), et morte le 

L’auteure du mois (Décembre) – Ann Bradstreet (1612-1672), première poétesse américaine

L’auteure du mois : Ann Bradstreet (Northampton, Angleterre, 1612- North Andover, Massachussets, 1672). Bien qu’elle n’aille pas à l’école, elle reçoit une excellente éducation, ce qui était assez rare à l’époque ; son père est appelé « le dévoreur de livres ». Elle bénéficie de la tradition Élisabéthaine qui encourage la culture féminine[1].

Née en Angleterre, elle épousa à seize ans Simon Bradstreet et s’installa en 1630 en Nouvelle-Angleterre en compagnie de son mari et de ses enfants[2]. Son père, Thomas Dudley, devint gouverneur de la Massachussets Bay Colony, Simon Bradstreet fut lui aussi nommé Gouverneur. En 1640, elle eut le premier de ses huit enfants. Elle abandonne le confort d’une vie d’aristocrate contre la rude vie des colonies.

Son mari étant fréquemment absent, elle passe ses jours et ses nuits à lire, dévorant la vaste collection de livres de son père : elle lit Thucydide, Plutarque, Ovide, Suétone, Homère, Hésiode, Milton et Hobbes. Elle possédait une vaste culture qui embrassait autant la religion que les sciences , l’histoire, l’art ou la médecine.

On dit que sa bibliothèque rassemblait plus de 800 ouvrages !

Ses premiers poèmes sont assez conventionnels, basés sur des sujets domestiques et religieux mais reflètent les conflits émotionnels et religieux qui l’agitent en tant que femme écrivain et les prescriptions rigoristes du puritanisme qui s’opposent à sa vocation. La sensualité, les beautés et les plaisirs du monde terrestres s’opposent souvent à l’expérience domestique et les promesses de la religion d’une vie au-delà. Si ses poèmes traduisent sa foi, ils expriment aussi, de manière ambivalente, les tensions entre l’âme et le corps.

La première édition de ses poèmes, subtilisés par son beau-frère, se fit en Angleterre en 1650 sous le titre  The Tenth Muse Lately Spung up in America. Plus tard reconnus comme les siens, de l’avis de ses homologues masculins, prouvaient qu’une femme éduquée pouvait produire des œuvres considérées comme socialement acceptables par les hommes. Il fallut attendre 1678 pour qu’elle soit publiée à Boston, devenant ainsi la première poétesse anglaise des Etats-Unis. La plupart de ses poèmes sont influencés par sir Philip Sidney et par le poète français Du Bartas. Elle publia aussi des discours poétiques sur la symbolique des quatre saisons, un dialogue entre la métropole et la Nouvelle-Angleterre ainsi qu’une histoire en vers fondée sur History of the world de Raleigh. Sa réputation reste cependant liée à des poèmes plus tardifs et plus courts, où elle se montre plus personnelle et moins dépendante des conventions poétiques, ainsi ce poème sous forme de sonnets élisabéthains.

To my dear and loving husband[3]

If ever two were one, then surely we.

If ever man were loved by wife, then thee.

If ever wife was happy in a man,

Compare with me, ye women, if you can.

I prize thy love more than whole mines of gold,

Or all the riches that the East doth hold.

My love is such that rivers cannot quench,

Nor ought but love from thee give recompense.

Thy love is such I can no way repay;

The heavens reward thee manifold, I pray.

Then while we live, in love let’s so persever,

That when we live no more, we may live ever.

[1] https://www.poetryfoundation.org/poets/anne-bradstreet

[2] Dictionnaire des femmes célèbres, article, Lucienne Mazenod, Ghislaine Schoeller, Robert Laffont, paris 1992

[3] https://www.poetryfoundation.org/poems/43706/to-my-dear-and-loving-husband

Photo : GNU Free Documentation License

Le débat est rouvert : existe-t-il une écriture féminine ? Dialogue avec Nathalie Léger- Cresson

L’autrice Nathalie Léger- Cresson a publié sur le blog un commentaire que je trouve éminemment intéressant, j’aimerais le mettre en avant afin que vous réagissiez à son propos.

Qui est Nathalie Léger-Cresson ?

Nathalie Léger-Cresson est née à Paris. Quatre ans au Mexique pour son doctorat en biologie l’orientent vers l’écriture. Elle publie d’abord pour la jeunesse. Auteure d’une pièce de théâtre et de fictions radiophoniques pour France Culture, elle anime des ateliers d’écriture, notamment à l’École de la deuxième chance de Seine- Saint-Denis. Ses trois derniers livres Encore et Angkor (2012 ), Hélice à deux(2014) et À vous qui avant nous vivez (2018) ont été publiés aux éditions des femmes-Antoinette Fouque.

« Auteure de trois fictions éditées aux Editions des Femmes-Antoinette Fouque, cette question m’intéresse. Il me semble que certaines écritures -pas toutes!- sont sexuées, au-delà du propos de l’auteur. Une vision du monde mais aussi une langue peuvent être imprégnées d’une sensualité plus typique de l’un ou l’autre sexe. Cas de Virginia Woolf ou de Pascal Quignard, par exemple. Nous sommes tous pourvus des deux aspects féminin et masculin de la libido. Un auteur peut donc fort bien écrire à partir de l’aspect qui n’est pas le plus associé à son sexe ou jouer des deux, (ou d’aucune libido si il ou elle écrit « d’ailleurs »). Mais il existe des écritures féminines, comme il existe des écritures masculines (question subsidiaire qui n’est jamais posée). Et elles correspondent quand même souvent au sexe de leur auteur… »

Quelques questions se posent : comment caractériser une écriture féminine ? Par ses thèmes, par son style, par l’utilisation d’une syntaxe, d’un champ lexical ? Par l’écriture du corps, mais de quelle manière ?  Nous avons tous cinq identités sexuelles : chromosomique, anatomique, 
hormonale, sociale et psychologique. A quelle identité se référer ?  Le débat reste ouvert, qu’en pensez-vous ?

Encore et Angkor Résultat de recherche d'images pour "Hélice à deux livre"Résultat de recherche d'images pour "a vous qui avant nous vivez"

Deux blogs, tenus par des hommes, traitent uniquement du féminin,

mon presque homonyme ,  femmesdelettres.wordpress.com  et  Il était une fois…le féminin

J’ai vu, j’ai aimé : Mémoire de fille – Annie Ernaux, Cécile Backès / Subtil dialogue entre le théâtre et la littérature

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Mémoire de fille – Annie Ernaux, Cécile Backès

Sur scène, un chœur, trois femmes, deux hommes, qui initient la narration. Ce qui va nous être joué et narré est l’événement qui a marqué les dix-huit ans, en 1958, d’Annie Ernaux, sa nuit d’amour avec un homme, dans laquelle elle s’éprend, mais devient pour les autres la « putain », la fille facile, dont on peut abuser et qu’on peut maltraiter. Le texte joué questionne dans un va-et-vient entre passé et présent de la narration cette jeune fille dont le souvenir comporte en lui-même des trous d’ombre, des partis-pris que les lettres, les photographies parviennent parfois à rectifier.

Les corps se meuvent, dansent, les images fusent sur un écran au fond de la scène. Deux comédiennes traduisent les deux états du corps, les deux âges, Annie E, l’écrivaine et Annie D, la jeune fille.

Les chorégraphies des corps, les tensions, torsions, parfois contorsions racontent l‘amour, le choc, la déchirure. Pauline Belle a la démarche de l’adolescente un peu gauche, les habits qui préservent la pudeur des jeunes filles de l’époque, col fermé (pas d’échancrure), jupe longue et cintrée. Elle est l’exception, celle dont les résultats scolaires lui offrent les premières marches de l’ascension sociale, même s’il faudra bifurquer un temps vers une formation d’institutrice, métier pour lequel elle n’est visiblement pas faite. On le lui dit. L’université sera sa renaissance, son second souffle, la jouissance intellectuelle.

Judith Henry, Annie E, ordonne par son récit la mémoire, Pauline Belle lui donne chair magnifiquement.

Jules Churin, Simon Pineau et Adeline Vesse font de leurs corps, de savants contrepoints, toujours justes, ils se déploient  avec sensualité, traduisent le désir, la quête, la conquête et le mépris, l’éloignement et l’abandon, la jouissance aussi.

Bravo !

Femmes qui courent avec les loups