Le droit à la citoyenneté pleine et entière, contre l’invisibilisation et l’exclusion des espaces d’expression et de décision

 » Le droit à la citoyenneté pleine et entière, contre l’invisibilisation et l’exclusion des  espaces d’expression et de décision.[…]

— La fameuse règle de grammaire : « le masculin l’emporte sur le féminin » apprend
dès le plus jeune âge aux filles et aux garçons, qui domine et qui subit. La mise sous le tapis des noms de métiers au féminin qui ont trait à la création ou à des fonctions prestigieuses en termes de transmission de savoir (autrice, écrivaine, doctoresse, philosophesse , inculque l’idée que les femmes ne pourraient créer, que « l’intelligence des femmes, c’est dans les ovaires »Léo Ferré.
— Les politiques mémorielles mises en œuvre pour valoriser et diffuser l’héritage français contribuent quant à elles à valoriser et diffuser une représentation tronquée de l’Histoire dont les femmes sont les grandes absentes. Dans l’ensemble des dispositifs de valorisation de l’héritage culturel français, les femmes sont sous-représentées, comme si les hommes étaient les seuls pourvoyeurs de l’héritage culturel, politique et artistique français. Le terme « patrimoine » est éloquent à cet égard, puisqu’il signifie littéralement « héritage du père ». »

Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes Bilan 2013-2019

A lire ici…

Livre Paris 2019 : où sont les femmes ?

Cette année les thématiques féministes sont relativement moins présentes au salon du Livre, à l’inverse des années précédentes, ou plutôt reléguées à la scène Young Adult, sous l’angle des agressions et critiques sexistes, notamment à travers le harcèlement et la stigmatisation dont sont victimes des jeunes femmes et la question d’une « culture du viol » et à la scène jeunesse sous l’angle de la déconstruction des stéréotypes de genre dans les personnages de la littérature de jeunesse.

La scène Agora, cependant proposera une réflexion et un débat, autour de la domination masculine, et de la possible réorientation des luttes des femmes de la sphère publique vers la sphère privée. Comme si au fond, l’égalité était chose acquise, juste une parenthèse qu’il conviendrait de fermer et que le front se déplace vers la sphère de l’intime, le couple (sous toutes ses formes ?) et l’éducation des enfants.

D’ailleurs, la question de l’éducation et de la prégnance des stéréotypes de genre, la question de leur déconstruction et de leur analyse seront surtout évoquées sur les scènes jeunesses, à travers la déconstruction par exemple du personnage de la princesse et l’apparition d’héroïnes dans un genre où elles étaient relativement absentes, à savoir le polar.

La scène européenne invite de nombreuses autrices, Gabriela Adameşteanu (Non Lieu), Ioana Pârvulescu (Seuil) et Adriana Babeţi pour la Roumanie, Hélène Tyrtoff (Editions Phi) pour le Luxembourg, Katarina Marinčič (Literae Slovenica editions), Agata Tomažič pour la Slovénie, Kallia Papadaki (Cambourakis) pour la Grèce, sabelle Wéry, romancière (Belgique, ONLIT), Géraldine Schwarz, journaliste et écrivaine franco allemande (Lauréate du Prix Européen 2018, Flammarion),Sasha Marianna Salzmann (Grasset), allemande, Grazyna Plebanek, polonaise (Editions Emmanuelle Colas), Gabriella Zalapi(Royaume-Uni, Suisse, Italie, Zoé), Vanda Miksic (Ollave), croate.

Mais il est à noter que les grands entretiens se font avec des auteurs !

Quelques femmes à l’honneur cependant : Agatha Christie dans le tournoi des mots (des élèves se livrent à des joutes d’écriture et de lecture, MARIE PAVLENKO, romancière jeunesse et fantasy, Clémentine Beauvais (Young adult).

Bref, elles sont bien là, la littérature est le domaine dans lequel la visibilité des femmes a le plus progressé, mais il reste encore une forme de minoration, surtout lorsque les débats sont axés sur des problématiques économiques ou scientifiques, et lorsqu’il s’agit d’inviter un auteur/autrice censé représenter son pays, ou considéré-e comme une figure phare de la littérature mondiale ou européenne.

Annie Salager : Quelqu’un

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Quelqu’un

Au souvenir adorable de ce qui jamais fut la vie
sous sa paupière de mythes quelqu’un
avait d’enfance un jouet de lumière
Quand trop d’humain l’eut piétiné
dans le cœur jour à jour sali
par son double de violence
quand trop d’humain l’eut piétiné
il se remit à respirer comme il l’avait cru impossible
en trébuchant sur le chaos
des sueurs d’angoisse et des voix
l’air lui emplissait la poitrine d’une musique de couleurs
et son cœur silencieux choisit de les aimer
sous l’humiliation obscure de ce qui jamais fut la vie

Annie Salager

Source : printemps des poètes

Grand Prix de littérature dramatique 2017 – L’Odeur des arbres de Koffi Kwahulé/Les Discours de Rosemarie de Dominique Richard

• L’Odeur des arbres de Koffi Kwahulé, Éditions Théâtrales

Présentation de l’éditeur : Dans L’Odeur des arbres, on assiste au retour d’une femme dans sa ville natale, en Afrique, après plusieurs années d’absence. Elle revient, mue par la nécessité de connaître les circonstances de la mort de son père. Mais sa fratrie, comme cette terre d’enfance, s’est modernisée et lui est devenue hostile.

L’auteur :

Né à Abengourou (Côte d’Ivoire) en 1956. Dramaturge et romancier, il s’est formé à l’Institut national des arts d’Abidjan, à l’école de la rue Blanche (Ensatt) et à l’université de Paris-III – Sorbonne nouvelle où il a obtenu un doctorat d’études théâtrales. Il est l’auteur d’une trentaine de pièces, publiées aux éditions Lansman, Actes Sud-Papiers, Acoria et Théâtrales, traduites dans plusieurs langues et créées en Europe, en Afrique, en Amérique latine, aux États-Unis, au Canada et au Japon, et de trois romans publiés chez Gallimard et aux éditions Zulma.

• Les Discours de Rosemarie de Dominique Richard, Éditions Théâtrales
Présentation de l’éditeur

Rosemarie Pecola a bien changé dans ce nouvel opus de « La Saga de Grosse Patate ». Cette enfant timide et rêveuse a gagné en assurance. Devenue une vraie pipelette, elle est déterminée à battre sa rivale Géraldine lors de la prochaine élection des délégués de classe. Avec l’aide du beau Hubert, son conseiller en communication, elle recourt au discours politique pour parvenir à ses fins, ce qui va mettre en péril ses amitiés.
Dans une langue toujours aussi drôle et inventive, Dominique Richard propose une parabole de la violence en politique pleine de bruit et de fureur, tout en conservant un regard doux et affectueux sur l’enfance.
L’auteur :
Après des études de philosophie, Dominique Richard (Fontenay-aux-Roses, 1965) reçoit une formation de comédien à l’école du Théâtre national de Strasbourg, puis il joue au théâtre et met en scène plusieurs textes. En 1998, il écrit et crée sa première pièce, pour enfants, Arakis et Narcisse, qui est publiée en 2002 dans la collection « Théâtrales Jeunesse » sous le titre Le Journal de Grosse Patate. Celle-ci est sélectionnée en 2004, 2007 et 2013 par l’Éducation nationale comme œuvre de référence pour le cycle 3 du primaire et inaugure un cycle d’écriture, « La Saga de Grosse Patate », qui met en scène les camarades de la petite fille ronde et douce : Les Saisons de Rosemarie(2004, sélectionnée en 2013 par l’Éducation nationale comme œuvre de référence pour les collégiens), Les Ombres de Rémi (2005), Hubert au miroir (2008, sélectionnée en 2013 par l’Éducation nationale comme œuvre de référence pour les collégiens), Les Cahiers de Rémi (2012) et Les Discours de Rosemarie (2016).

Prix de littérature de l’Union Européenne 2014

Le prix de littérature de l’Union Européenne,  ouvert aux 37 pays participant au programme «Europe créative» dans les secteurs de la culture et de la création, récompense tous les ans les meilleurs écrivains émergents en Europe. Les critères sont assez exigeants, puisqu’il faut avoir publié entre deux et quatre œuvres et avoir déjà été nominé.

Il est organisé par un consortium composé de la Fédération des libraires européens (EBF), de la Fédération des associations européennes d’écrivains (FAEE) et de la Fédération des éditeurs européens (FEE).

Les œuvres de femmes sont moins représentées et elles sont très peu traduites en français. D’ailleurs, le fait est que les ouvrages primés sont, dans leur ensemble, très peu traduits. Pour un prix qui vise à  » promouvoir une diffusion plus large de la littérature européenne; encourager les ventes transnationales de livres; renforcer l’intérêt pour l’édition, la vente et la lecture d’œuvres littéraires étrangères », le résultat est un peu décevant en ce qui concerne les traductions en français. Toutefois, très belle initiative, l’Europe existe, bel et bien, quoi qu’on en dise.

4 romans primés sur les 12 mais une seule traduction sur les 4.

2014 traductions sur 12, c’est très peu, mais cela viendra peut-être.

Albanie : Ben Blushi, Otello, Arapi i Vlorës

Bulgarie : Milen Ruskov, Възвишение

République tchèque : Jan Němec, Dějiny světla

Grèce : Makis Tsitas, Μάρτυς μου ο Θεός

Islande : Oddný Eir Ævarsdóttir, Jarðnæði

Lettonie : Janis Jonevs, Jelgava ’94

Liechtenstein : Armin Öhri, Die dunkle Muse

Malte : Pierre J. Mejlak, Dak li l-Lejl Iħallik Tgħid

Monténégro : Ognjen Spahić, Puna glava radosti  (la tête pleine de joie – Gaïa, 2016)

Pays-Bas : Marente de Moor, De Nederlandse maagd

Serbie : Uglješa Šajtinac, Sasvim skromni darovi

Turquie : Birgül Oğuz, Hah

Royaume-Uni : Evie Wyld, All The Birds, Singing (Après le feu, un murmure doux et léger, )Actes sud éditions, 2013)

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Sarah Pèpe – Dédicace

De quoi l’enfer est-il pavé ? Sarah Pèpe

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Sarah Pèpe – Les pavés de l’enfer – Théâtre contemporain L’OEIL DU PRINCE – 2018

J’avais découvert Sarah Pèpe, avec « La ligne », et je parcours depuis son œuvre dramatique avec bonheur. Une œuvre engagée, qui tente de penser le monde, les rapports sociaux, de pouvoir, de domination et de soumission, mais aussi la part inaliénable de nous-mêmes, la possibilité de dire non, de se rebeller et d’inventer son destin. Même si cela consiste à préférer la rue aux hébergements d’urgence. Cette marge, même la plus réduite qui soit,  est celle de nos choix, dont on ne peut se décharger sur personne d’autre.

Une œuvre forte, aux multiples échos, qui aide à penser le monde d’aujourd’hui.

Dans une note, Sarah Pèpe expose les questions qui la taraudent et qu’elle tente de développer et de mettre en scène dans les « Pavés de l’enfer », « La bonne volonté peut-elle ou doit-elle se substituer à l’action publique ? Est-il possible de ne pas compter ce que l’on donne et s’empêcher d’attendre en retour ? Le don a-t-il tendance à devenir une relation de pouvoir ? »

Nous connaissons tous l’expression « L’enfer est pavé de bonnes intentions ». Vouloir œuvrer au nom du bien peut conduire aux pires catastrophes car le bien est une notion morale, à laquelle nous associons des valeurs qui peuvent être différentes selon chacun. Ce qui est bien pour moi ne l’est pas forcément pour quelqu’un d’autre, c’est pourquoi, à la charité, qui dépend de la bonne volonté individuelle, les sociétés ont substitué un système de répartition qui vise à assurer la solidarité entre ses membres.

Sarah Pèpe observe donc « Les pavés de l’enfer », ces bonnes intentions qui virent au cauchemar pour Olivier, sans domicile fixe, qui a sombré dans la grande précarité, hébergé par une famille qui souhaite l’accompagner dans sa réinsertion, et suivi par les conseillers de Pôle emploi qui lui proposent des dizaines de modules sans rapport avec ses qualifications. Elle appuie son propos sur l’analyse du don de Marcel Mauss, selon laquelle, il est nécessairement associé à un contre-don et s’articule autour du triangle « donner-recevoir-rendre » dans une relation de pouvoir.

Un don peut-il être véritablement gratuit ? N’en attend-on pas toujours un retour, une reconnaissance ? Comment Olivier devra-t-il rendre ce qu’on lui a donné ? Et où cela le conduira-t-il ?

A la lecture, on ressent de l’empathie pour ce personnage, qui malgré ses difficultés, se tient debout, alors que tous les autres autour de lui « vacillent ».

J’ai adoré cette lecture, et cela m’a donné très envie de voir ce texte joué. A lire ! A monter ! A jouer !

Ne le dis pas – Elisa Mercoeur – 1825 / En ce jour des amoureux, surtout ne pas parler d’amour

MÉLANGES TIRÉS D’UNE PETITE BIBLIOTHÈQUE (17) :  ÉLISA MERCOEUR, UNE VICTIME DU STAR-SYSTEM ?

Tiens, d’un secret je veux t’instruire ;

Moi j’ai peur de l’écho : je parlerai tout bas ;

L’indiscret pourrait redire;

Il faut, petit ami, qu’il ne m’entende pas.

 

Ecoute : du rosier la feuille fugitive

Tombe et s’envole en murmurant :

La feuille fait du bruit, je serai moins craintive ;

Le bruit m’a rassurée, et je tremble pourtant.

 

Qu’un secret fait de mal quand on n’ose l’apprendre !

Il semble qu’un lien l’attache sur le coeur.

Vois ! Mon regard te parle, il est plein de douceur :

Dis-moi donc mon ami, ne peux-tu le comprendre ?

Il était prêt à se trahir,

Le secret que devrait t’expliquer mon silence :

Il s’échappait. Timide en ta présence,

Ma bouche se referme et n’ose plus s’ouvrir.

Bien tendrement la tienne a dit : je t’aime !

Lorsque ce mot si doux fut prononcé par toi,

Méchant, c’est mon secret que ta bouche elle-même,

Comme un écho du coeur, t’a révélé pour moi.

Tu le connais, et peut-être parjure,

Un jour, hélas ! tu le décèleras :

Petit ami, je te conjure,

Si tu le sais ne le dis pas.

 

Décembre 1825

(Poésies, 1827)

Le secret des conteuses du 15 mars au 27 avril 2019 – Théâtre Déjazet

Le secret des conteuses
du 15 mars au 27 avril 2019/ du mardi au samedi 19h / Matinées samedi 16h /

« Au 36 rue des Tournelles, chez Ninon De Lenclos, on pouvait croiser Molière, La Rochefoucauld, Jean de La Fontaine, Saint-Evremond, Huygens… Tout
ce beau monde se rendait aussi à la cour.
Le Roi en personne prenait toujours de ses nouvelles en ces termes «Comment se porte sa Majesté du Marais » ?
Que les travers d’une grande demoiselle se résolvent en qualités historiques pourra
surprendre la morale d’aujourd’hui, sans doute, mais guère celle d’hier.
Cette déesse Aphrodite, grande séductrice se distingua dans l’Art de se faire aimer et
inventa une jeu curieux et amusant intitulé : Le Secret des Conteuses.
Ninon de Lenclos prient quelques grandes dames, qui représentent à elles seules : L’Esprit Féminin Français du XVIIe siècle, Madame de Sévigné, Madame Scarron, Mademoiselle de Scudéry à confier un secret d’alcôve, à narrer une passion cachée dans laquelle ces dames se seraient jetées éperdument pour les beaux yeux d’un  galant homme dont le nom ne saurait être révélé avant que toutes n’aient parlé.
Le bruissement de la soie des robes se mêle aux arias qui enchanteront les oreilles de tous les amoureux de la musique baroque. »
Auteur et Mise en scène Martine Amsili
Avec Ninon De Lenclos – Anne Jacquemin,
Mademoiselle De Scudéry – Annie Sinigalia,
Madame Scarron – Emma Colberti,
Madame De Sévigné – Niseema Theillaud
et Louison – Léa Betremieux

L’AUTEUR – METTEUR EN SCÈNE MARTINE AMSILI
Comédienne-Auteur-Metteur en scène . Après le conservatoire d’art dramatique,
Martine Amsili poursuit des études de lettres et intègre l’Institut d’Études Théâtrales à
Censier. Ses professeurs Alexandre Grecq et Yves Furet de la Comédie-Française, éminents disciples de Louis Jouvet lui transmettent l’art du théâtre.
Elle joue les grands rôles du répertoire : Armande et Célimène dans Les Femmes Savantes et le Misanthrope de Molière, Émilie dans Cinna de Corneille, la Duchesse dans Louison, Marianne dans Les caprices de Marianne d’Alfred de Musset, Esther de Racine.
Ses dernières adaptations pour le théâtre sont issues de correspondances : Maux d’Auteurs, Lettres de Westerbork d’Etty Hillesum qu’elle interprète avec Emmanuelle Galabru, Voyage terrestre et Céleste de Simone Martini de Mario Luzi qu’elle interprète avec Serge Barbuscia. Elle crée avec Bastien Miquel (écrivain, historien et journaliste) Compagnie Nuits d’Auteurs.
Martine Amsili partage son temps entre l’écriture, la direction d’acteurs et l’enseignement.
Elle a mis en scène La Collection d’Harold Pinter, La Mère confidente de Marivaux, Lettres aux Hébreux. Auteur de pièces de théâtre, Martine Amsili a publié Chez Ninon de Lenclos aux Éditions de la Librairie Théâtrale (rue Marivaux), L’Épistolière aux Éditions Fiacre. Elle travaille actuellement à l’écriture d’une pièce intitulée Le théâtre Monsieur!.
Au cinéma et à la télévision, elle tourne avec Patrick Jamain, Rémy Duchemin, George Lautner ou encore David Delrieux. Elle a coréalisé et joué dans un court-métrage d’après une nouvelle de Mark Twain Quelle heure est-il ? de Bastien Miquel avec Michel Galabru. »

Itinéraire d’une blogueuse – Les hommes qui aiment leur féminin …

Lorsque j’étais une jeune étudiante en philosophie, et que je me spécialisais en esthétique, en philosophie de l’art, l’absence des femmes dans ce domaine, a été source d’interrogations sur la place des femmes en littérature et plus largement dans les disciplines artistiques. Je me suis alors lancée dans mes premières recherches sur le matrimoine littéraire et suis allée de découvertes en découvertes.

En même temps, la philosophie m’a forcée à m’interroger sur cette notion de « féminin », sur ce que c’est qu’être une femme. Les penseurs et penseuses n’ont pas manqué jusqu’à cette lecture de Judith Butler, et de son « Trouble dans le genre ». Lecture ardue mais passionnante. Et puis Jung aussi m’a aidée à réfléchir. Clarissa Pinkola Estès, psychanalyste et conteuse et « Femmes qui courent avec les loups » a fait profondément résonner en moi cette part enfouie, pleine de vitalité et vibrante de la femme sauvage.

Plus tard, dans ma quête d’identité, j’ai ajouté le nom de ma mère, à mon patronyme, par amour, parce qu’elle est morte et que c’était aussi une manière de la faire vivre.

J’ai retrouvé ses racines alsaciennes, et j’ai découvert que ce nom, que je revêtais comme une parure d’amour, Gangloff, un nom famille alsacien- lorrain, avait une origine germanique gangilwulf, compose de gang marche, chemin et wulf qui signifie loup.

Aussi à manière j’étais femme qui marchait avec les loups.

Mon chemin a été jalonnée d’importantes rencontres, notamment Virginia Woolf, Simone de Beauvoir, mais aussi d’hommes qui sont devenus pour moi des références, Poullain de la Barre, John Stuart Mill et Ibsen. Ils aimaient leur féminin.

Ma dernière lecture, le texte de Christian Bach, m’a conduit à la même conclusion : il y a des hommes qui aiment profondément leur féminin, qui sont capables de se battre pour lui, ou de l’écrire, ou de cheminer aux côtés des femmes sans jamais renier ce qu’ils sont.

Je n’aurais pas pu me construire sans eux et je ne pourrais exister sans ce magnifique contrepoint.

Litterama est aussi le lieu des hommes qui aiment leur féminin.

La solitude … par Clarissa PINKOLA-ESTÉS — Plumes, pointes, palettes et partitions

» La solitude n’est pas, comme certains le croient, une absence d’énergie ou d’action, mais plutôt une corne d’abondance sauvage offerte par l’âme. Dans les temps anciens, si l’on en croit les médecins-guérisseurs, les religieux et les mystiques, la solitude intentionnelle était à la fois palliative et préventive. On l’utilisait pour soigner l’épuisement et prévenir […]

via La solitude … par Clarissa PINKOLA-ESTÉS — Plumes, pointes, palettes et partitions

« La Rabbia », texte de Christian Bach mis en espace par Pauline Rousseau le 19 février à 15H et 19H au Grand Parquet.

 La mise en espace du texte de Christian Bach  » La Rabbia », éditeur fondateur des éditions Koine,  texte  lauréat de l’édition 2017-2018 du concours d’écriture DE L’ENCRE SUR LE FEU  par Pauline Rousseau (L’Inverso-Collectif) aura lieu le 19 février à 15h et à 19h au Grand Parquet.

et Le jour où les poules sont devenues bleues de Damien Dutrait par la compagnie Le Désordre des choses (Guillaume Cayet et Aurélia Lüscher)

En 1962,  Pier Paolo Pasolini, déjà célèbre, grâce à l’accès à des archives de bobines d’actualités de 1945 à 1962, devait répondre à la question : « pourquoi cette peur d’une guerre partout dans le monde ? « , réponse qui deviendra un film « La Rabbia » auquel le texte de Christian Bach me fait inévitablement penser parce que forcément cette période est aussi celle de la guerre d’Algérie.. Avec deux voix off.

Ici , La fille, La mère, Le voisin,  La tante,  L’oncle

J’ai lu dans un article du Monde diplomatique, que les citoyens masculins du Choeur, dans la Grèce antique, devenait les voix de plusieurs générations.Même celles à venir.

Dans la pièce de l’auteur, il manque une génération, le grand-père disparu.

Christian Bach évoque la guerre dans les blessures qu’elle laisse à ceux qui ne l’ont pas vécue.

Le texte commence staccato, les mots se groupent, se détachent, se heurtent, « journées longues, bruits, cris, fureur, la cantine, la sonnerie, courir », une jeune fille dans l’urgence d’une identité à construire, à la mémoire familiale amputée des récits fondateurs, l’exil, la césure, le deuil, comme si la parole était parvenue à un point d’orgue, retardée indéfiniment, raconte sa vie quotidienne et son désir naissant pour un garçon qu’elle croise à la piscine. Elle a la rage, « La Rabbia », qu’ont tant de ces jeunes issus de l’immigration, que l’on n’accepte ni ici, ni ailleurs, surtout s’ils sont « pieds-noirs ».

Christian Bach raconte l’absence à travers des voix de femmes, la présence de l’absence du père, difficile à contenir, parce qu’à elle seule elle dévore tout. La jeune fille qui se heurte aux garçons et à leur désir, qui la blesse.
Au fond, les hommes, même le voisin qui refuse de répondre aux demandes de la jeune fille sur le départ de l’Algérie, ne sont d’aucune aide. Les seuls souvenirs seront transmis par des femmes, la grand-mère, la tante, ceux, douloureux qui ont accompagnés le rapatriement. Texte éminemment politique et poétique, musical.

Cet éditeur, écrivain, musicien, interroge ici la transmission et le féminin. C’est pour moi, assez remarquable. En tout cas, c’est comme cela que je l’ai lu. Car je ne suis qu’une lectrice comme une autre.

« Créé en 2014, DE L’ENCRE SUR LE FEU est un concours d’écriture théâtrale organisé par la compagnie Soy Création. La finalité de ce concours est d’encourager les auteur.e.s de théâtre en devenir.

Cette présentation correspond à la phase de mise en espace des deux textes lauréats de la troisième édition du concours.

Le jury de cette édition était présidé par le collectif Les Filles de Simone qui avait choisi le thème « TRANSMETTRE ».

La compagnie Soy Création existe depuis 20 ans et a créé une vingtaine de spectacles : vous avez pu découvrir récemment Les petites reines au Théâtre Paris-Villette ou La Dama Boba au Théatre 13.

Les deux précédentes éditions du concours ont été présidées par Alexis Michalik et David Lescot. L’appel à textes de la prochaine édition a démarré en janvier, le jury sera présidé par Léonore Confino qui a choisi le thème « ANIMAL ». Informations fournies par l’éditeur.

 

Marie d’Agoult alias Daniel Stern et l’« Histoire de la révolution de 1848 » — Le blog de George, le deuxième texte

Après son intervention en introduction de notre atelier Wikisource du 20 octobre dernier, Constance Durand, en master 2 d’histoire sous la direction d’Éric Anceau, à Sorbonne Université, revient sur le parcours de Marie d’Agoult et sur l’écriture d’Histoire de la Révolution de 1848, dans ce nouveau billet de notre rubrique « Écrits de femmes ». Le second tome de l’ouvrage, […]

via Marie d’Agoult alias Daniel Stern et l’« Histoire de la révolution de 1848 » — Le blog de George, le deuxième texte

Svetlana Alexievitch, mise en voix, mise en scène

Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature en 2015, pour « son œuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque » a créé une oeuvre polyphonique, tissée de témoignages, qui se prête magnifiquement à la scène.

Ainsi ces entretiens de femmes soldats de l’Armée rouge durant la Seconde Guerre mondiale ( « La guerre n’a pas un visage de femme » (1983)), puis ceux des soviétiques ayant participé à la guerre Russo-afghane (« Les cercueils de zinc » (1989)), les témoignages des habitants de la région de Tchernobyl ( « La Supplication – Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse » (1997) qui a reçu le prix de la paix Erich Maria Remarque en 2001), et pour finir ces centaines de témoignages dans différentes régions de l’espace post-soviétique (« La Fin de l’homme rouge ou le Temps du désenchantement », 2013).

Mise en voix, en espace, incarnés, interprétés, ces textes ne peuvent que nous toucher et susciter de l’empathie pour les victimes de la barbarie humaine.

Hier soir, Anne Rouzier, talentueuse professeure au Conservatoire de Poissy, a choisi de faire travailler ses élèves sur le texte de la Supplication au Théâtre Blanche de Castille à Poissy. Les jeunes comédiens s’en sont emparé avec beaucoup de justesse et de sensibilité.

« Les écrits de S. Alexievitch avancent sans cesse des termes spécifiques au théâtre : monologue, interview, chœur…et mettent en évidence une forme de fresque historique à un moment donné, comme une succession de différents tableaux qui coexistent au sein d’un univers tragique », écrit-elle dans sa présentation.

« Je m’intéresse aux sensations, aux sentiments des individus qui ont touché à l’inconnu. Au mystère« , écrit-elle pour conclure. Magnifique conclusion d’une magnifique personne.

Auteure du mois (février) : Evelyne Bustros, militante libanaise

Evelyne Bustros (1878-1971). Elle est une personnalité éminente du Liban, qu’elle contribua à transformer par son action militante, politique et féministe. Femme de lettres, issue de l’une des familles les plus en vues du Liban[1], possédant une grande culture dans le domaine des arts et des lettres, son salon à Beyrouth réunissait l’intelligentsia littéraire  libanaise et contribua à diffuser les idées émancipatrices qui les réunissaient. Elle participa activement à la fondation de l’Union des organisations des femmes libanaises[2]. Son action sociale et politique en faveur des femmes fut déterminante et lui valut de siéger à la Commission d’études de la condition de la femme. En ce qui concerne son action politique, elle lutta pour la libération du Liban sous mandat français[3]. En 1942, elle présida l’Union féminine libanaise arabe, fédération groupant les trente associations féminines reconnues par l’État libanais, puis, en alternance, jusques en 1946, puis de 1949 à 1953.  Elle tint de nombreuses conférences et publia deux romans, « La main d’Allah » (paris, 1926) et « Sous la baguette de coudrier ». Le gouvernement libanais l’a décorée de la médaille d’or du mérite.

[1] Dictionnaire des femmes célèbres, article, Lucienne Mazenod, Ghislaine Schoeller, Robert Laffont, Paris 1992

[2] Le dictionnaire universel des créatrices, des femmes, Antoinette Fouque, Noha BAYOUMI

[3] wikipédia