La plus que vive extrait – Christian Bobin

Belle, oui, belle de cette beauté que donne à un visage de femme le grand air de la liberté, belle, gaie, douce,attentive, distraite, insouciante, fatiguée, légère, insupportable, adorable, désordonnée, riante, désespérée, charmante, songeuse, désordonnée encore et lente, très lente, et libre et belle comme la vie.

Christian Bobin, La plus que vive.

 

 

 

Rita Mestokosho – Entre poésie et chant

Bleeding childhood

Corinne Freygefond revendique son autodidaxie qui la libère des liens et des codes mais non pas des influences passées ou présentes. Les images qu’elle fixe naissent de ses souvenirs, de ses révoltes, de ses questionnements.

Atelier Corinne Freygefond

Le visage dérangé de justesse
Je termine ma ronde
Dans la douceur
Du soleil courageux
Il émane de moi
Dans mes humbles désirs
Un air éternel
Et
Une odeur de jasmin
Les mains longues
Me semblent plus lisses
Le corps dans ses lignes
Se dresse comme une tige de mars
C’est le temps d’un instant
Que les fluides dans leur force
Entrouvrent le passage vers l’immatériel

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Rita Mestokosho – Née de la pluie et de la terre

Marie Nizet (1859-1922) – La bouche

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Deux recueils de poèmes, un roman consacré aux déboires historiques des roumains, un mariage, un divorce. l’amour secret pour le marin Cecil Axel Veneglia lui inspira un recueil posthume, tout d’audace, de défi à la morale convenue et d’ardeur quasi mystique.

 

Peinture de François Martin-Kavel

 

La bouche

Ni sa pensée, en vol moi par tant de lieues,

Ni le rayon qui court sur son front de lumière,

Ni sa beauté de jeune dieu qui la première

me tenta, ni ses yeux – ces deux caresses bleues ;

 

Ni son cou ni ses bras, ni rien de ce qu’on touche,

Ni rien de ce qu’on voit de lui ne vaut sa bouche

Où l’on meur de plaisir et qui s’acharne à mordre,

 

Sa bouche de fraîcheur, de délices, de flamme,

Fleur de volupté, de luxure et de désordre,

Qui vous vide le cœur et vous boit jusqu’à l’âme…

 

(Pour Axel de Missie)

Plurielles — Carnets. Gabrielle Segal

Pourquoi ce singulier La femme Cela suffit-il à l’œil des hommes De les fondre toutes en une Et qui est cette femme Qui m’est inconnue Qui sommes-nous Loin des regards Existons-nous dans la solitude Où disparaissons-nous Comme nous disparaissons Des pupilles À l’automne de nos vies Pourquoi ce singulier Est-ce parce qu’il nous est donné […]

via Plurielles — Carnets. Gabrielle Segal

Elisa Mercoeur (1809-1835) – La feuille flétrie

Native de Nantes, née de père inconnu, à onze ans, elle travaillait pour vivre, à dix-sept ans publiait ses premiers poèmes. Encouragée par Chateaubriand et Lamartine, elle connut le succès qui lui tourna la tête. Malade, elle mourut à vingt-six ans. Elle écrit avec fébrilité, l’âme ferme, la pensée sûre, en état d’urgence.

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La feuille flétrie

Pourquoi tomber déjà, feuille jaune et flétrie ?

J’aimais ton doux aspect dans ce triste vallon.

un printemps, un été furent toute ta vie,

Et tu vas sommeiller sur le pâle gazon.

Pauvre feuille ! il n’est plus, le temps où ta verdure

Ombrageait le rameau dépouillé maintenant.

Si fraîche au mois de mai, faut-il que la froidure

Te laisse à peine encore un incertain moment !

L’hiver, saison des nuits, s’avance et décolore

Ce qui servait d’asile aux habitants des cieux.

Tu meurs ! un vent du soir vient t’embrasser encore,

Mais ces baisers glacés pour toi sont des adieux.

œuvres complètes

Antoinette Deshoulières (1638-1694)) – Jouissance

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Elle tint un salon, fut mêlée à la Fronde, s’occupa de savoir et de plaisir, connut ensuite la maladie et la misère. Ses vers frivoles et ses bergeries ne doivent pas nous faire oublier ses confidences vraies sur la vie intérieure ni l’acuité de sa pensée.

Entre deux draps

Entre deux draps de toile belle et bonne,

Que très souvent on rechange, on savonne,

La jeune Iris, au cœur sincère et haut,

Aux yeux braillant, à l’esprit sans défaut,

Jusqu’à midi volontiers se mitonne.

Je ne combats de goûts contre personne,

Mais franchement sa paresse m’étonne ;

C’est demeurer seule plus qu’il ne faut

Entre deux draps

Quand à rêver ainsi l’on s’abandonne,

Le traître amour rarement le pardonne:

A soupirer on s’exerce bientôt :

Et la vertu soutient un grand assaut,

Quand une fille avec son cœur raisonne

Entre deux draps.

Poétesse

Marie-Catherine-Hortense Desjardins, dite de Villedieu (1640-1683) – Jouissance

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Elle est une écrivaine et dramaturge française, issue de la petite noblesse terrienne.

Une femme agitée : comédienne, dramaturge, romancière, inventeur de la nouvelle historique – mais aussi femme galante et intrépide, elle contracta un mariage illégal avec un capitaine, prit le voile quand il mourut, fut chassée du couvent?…avant d’épouser un sien cousin, son premier amour, à Alençon.

Jouissance

Aujourd’hui, dans tes bras, j’ai demeuré pâmée,

Aujourd’hui, cher Tirsis, ton amoureuse ardeur

Triomphe impunément de toute ma pudeur

Et je cède aux transports dont mon âme est charmée.

Ta flamme et ton respect m’ont enfin désarmée ;

Dans nos embrassements, je mets tout mon bonheur

Et je ne connais plus de vertu, ni d’honneur

Puisque j’aime Tirsis et que j’en suis aimée.

O vous, faibles esprits, qui ne connaissez pas

Les plaisirs les plus doux que l’on goûte ici-bas,

Apprenez les transports dont mon âme est ravie !

Une douce langueur m’ôte le sentiment,

Je meurs entre les bras de mon fidèle Amant,

Et c’est dans cette mort que je trouve la vie.

Oeuvres, recueil de poésies, lettres, annales galantes, 1664

La grande Librairie donne ce soir la parole aux femmes – Femmes de lettres

Catherine Des Roches (1542-1587) – Sonnets

Contemporaine de Ronsard  et de l’humaniste Estienne Pasquier  qu’avec sa mère,  Madeleine des Roches, elle connaissait bien, Catherine Des Roches était, avec celle-ci, au centre d’un cercle littéraire à Poitiers entre 1570 et 1587 . Grâce à sa mère, qui lui a servi de mentor intellectuel, Catherine Des Roches a plus écrit que cette dernière. Son œuvre la plus connue est son sonnet À ma quenouille où « ayant dedans la main, le fuzeau et la plume », elle dépeint la femme partagée entre ses tâches domestiques et les activités de l’esprit.

Elle refusa de se marier pour pouvoir se consacrer à ses travaux intellectuels. Elle mourut de la peste  le même jour que sa mère.

CatherineDesRoches-CostumesHistoriquesDeLaFrance.jpg

Sonnets

Bouche dont la douceur m’enchante doucement

par la douce faveur d’un honnête sourire,

Bouche qui soupirant un amoureux martyre

Apaisez la douleur de mon cruel tourment !

 

Bouche, de tous mes maux le seul allègement,

Bouche qui respirez un gracieux zéphyr(e) :

Qui les plus éloquents surpassez à bien dire

A l’heure qui vous plaît de parler doctement ;

 

Bouche pleine de lys, de perles et de roses,

Bouche qui retenez toutes grâces encloses,

Bouche qui recelez tant de petits amours,

 

Par vos perfections, ô bouche sans pareille,

Je me perds de douceur, de crainte et de merveille

dans vos ris, vos soupirs et vos sages discours.

 

(« Sonnets », Les Oeuvres de mesdames des Roches, 1579)

 

Portrait par Par Camus , Domaine public

Flaques

Floriane poétise, oscille entre écriture et gravure… Laisse des empreintes qui lui ressemblent.

Palimpzeste

Les jours de pluie, je me souviens

de l’espace entre mes cils :

des flaques d’eau où je sautais enfant.

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La relation avec la terre, notre mère – Rita Mestokosho

Minna Canth, engagée et enragée contre l’injustice et la misère/ 19 mars jour de l’égalité en Finlande

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Mina Canth (1844-1897) , née Ulrika Johnsson, romancière et dramaturge finlandaise.

Après trois années à l’école de filles, elle entre à l’institut de formation des maîtres de Jyväskylä, ouvert en 1863, qui lui permet d’apprendre un métier et d’être indépendante, à une époque où la poursuite des études est limitée pour les femmes. Cependant elle ne deviendra pas institutrice car elle épouse son professeur d’histoire naturelle !

Elle écrit pour les journaux, sous un pseudonyme des articles servant à promouvoir Résultat de recherche d'images pour "minna canth"l’éducation des filles, et analysant les difficultés de la condition féminine.

Elle fut veuve très jeune à trente-cinq ans et mère de sept ans (rien que ça) commence une carrière de journaliste et de femme de lettres.

Kaarlo Bergbom, le directeur du Théâtre national de Finlande en visite à Jyväskylä, lira sa première pièce Murtovarkaus (Vol avec effraction), et acceptera de la monter.

Femme courageuse, malgré les idées étroites du temps, elle défend les idées progressistes, prend le parti des plus faibles, des plus démunis et s’insurge contre la condition qui est faite aux ouvriers, aux prisonniers et aux aliénés. Féministe militante, elle dénonce dans « La femme de l’ouvrier » les lois injustes envers les femmes, la morale hypocrite de l’Eglise et l’alcoolisme. Elle suscita de vives polémiques et choqua profondément ses contemporains, notamment les conservateurs, et se fit quelques ennemis ! Nous devons beaucoup, je crois, en Occident à ces femmes courageuses.

Elle tient salon et réunit sous son toit, dans sa maison de Kuopio, un groupe de jeunes écrivains qui forma le mouvement jeune Finlande.

Son œuvre rassemble essentiellement des pièces de théâtre, très marquées par l’influence d’Ibsen (Ou est-ce Ibsen qui fut influencé par elle ?)  et a laissé deux romans de veine naturaliste, engageant des problématiques sociales.

« Sans verser dans l’excès, il est possible de qualifier la littérature dramatique finlandaise de forme d’expression féminine. »[1]

Ses trois derniers drames, où se font sentir l’influence de Tolstoï et d’Ibsen acquièrent plus de finesse psychologique :  La Famille du pasteur, puis Sylvi, écrite en suédois, et enfin, Anna Liisa, qui traite de l’infanticide et du déni de grossesse.

Le 19 mars est jour d’égalité en Finlande, ses nouvelles et ses pièces sont étudiées dans les lycées finlandais.

En français, Hanna : Et autres récits, Editions Zoé, coll. « Les classiques du monde », 19 août 2012, 414 p. (ISBN 978-2881828744)

 En voici un extrait : « Salmela était au comble du bonheur, il la serrait dans ses bras au point de presque l’écraser et il lui embrassait fougueusement les joues, les lèvres et le cou. Le chapeau d’Hanna tomba par terre et ses cheveux se répandirent sur ses épaules. Mais elle était heureuse et encore plus heureuse du bonheur de Salmela. Puis ils apprirent à se tutoyer et à s’appeler par leur prénom.“Kalle.”

Dans son for intérieur, Hanna pensa que ce n’était pas un joli prénom, mais sans doute apprendrait-elle à l’aimer peu à peu.

http://data.bnf.fr/12572765/minna_canth/

[1] Hanna HELAVUORI, dictionnaire universel des créatrices

sources wikipedia, Dictionnaire des femmes célèbrs, Laffont 1992.

« Aubade primitive »

Delphine Garcia sème ses poèmes à tous vents, ceux de la beauté et de l’esprit. Voici quelques extraits d’un poème qui sera bientôt publié.

Fanny de Beauharnais (1737-1813) – Portrait des Français

Fanny de Beauharnais (1737–1813).jpg

A lire le poème qui suit, on mesurera la plume acérée et l’ironie caustique de celle qui fut la grand-tante de Joséphine de Beauharnais  : ses images vivantes, son ton direct sont loin de la mièvrerie de la plupart des poètes du XVIIIe siècle.

Tous vos goûts sont inconséquents :

Un rien change vos caractères ;

un rien commande à vos penchants.

Vous prenez pour des feux ardents

les bluettes les plus légères.

La nouveauté, son fol attrait,

Vous enflamment jusqu’au délire :

un rien suffit pour vous séduire

Et l’enfance est votre portrait.

Qui vous amuse, vous maîtrise ;

Vous fait-on rire ? On a tout fait !

Et vous n’aimez que par surprise.

Vous n’avez tous qu’un seul jargon,

Bien frivole, bien incommode.

Si la raison était de mode,

Vous auriez tous de la raison.

(Mélange de poésies fugitives et de prose sans conséquence, 1772)

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