« Avant l’exil », un webdocumentaire pour mieux connaître ces réfugiés dont on nous parle tant, et que l’on croise parfois sans véritablement les voir…

Charlotte Perkins Gilman – Herland – Une des plus grandes utopies féministes à découvrir de toute urgence…

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Charlotte Perkins Gilman – Herland – Pavillon poche – Robert Laffont, 2016 et 2019 pour la présente édition. Traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner.

Charlotte Perkins Gilman, dont j’ai déjà parlé ici, crée, grâce à ce roman, une utopie féministe sans concessions, qui influencera plus tard, selon Alberto Manguel, la génération qui suivit l’œuvre de Betty Friedan, en l’occurrence Les Gurérillères de Monig Wittig en 1963, The Handmaid’s Tale de Margaret Atwood en 1985, et The cleft de Doris Lessing.

Elle imagine une société, où ce que l’on appelle aujourd’hui les valeurs virilistes , c’est-à-dire, la compétition, la rivalité, la prédation, et l’usage de la force pour l’obtenir, n’ont plus cours.

Trois américains découvrent sur un haut plateau un petit pays, pas plus grand que la Hollande. Les homme en ont disparu depuis très longtemps et une société féminine, dont la perpétuation se fait par parthénogenèse, et possédant un très haut niveau d’organisation et de culture, s’est fortement structurée autour de valeurs de partage, de solidarité et de coopération. La maternité y est sacrée mais elle n’est pas la voie exclusive des femmes car la plupart d’entre elles ont une seule fille. Ce qui leur permet de satisfaire leurs aspirations. N’oublions pas qu’à l’époque de Gilman la contraception est peu efficace, quand elle existe. Cette société est gouvernée par une « Land Mother », sorte de figure un peu tutélaire, assez peu démocratique en fait.

Les femmes exercent toutes les professions, n’ont aucune faiblesse congénitale, sont sportives et musclées et ne pratiquent pas la minauderie ! Cette mise en situation permet une critique de l’éducation des filles dans la société de son temps.

L’éducation est très fortement investie et la pédagogie, visant à faire de chacune une citoyenne éclairée et membre à part entière de la communauté, est une véritable science. C’est une société du partage et non de la concurrence. Les femmes de cette fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle ne participent que très peu au monde intellectuel et économique. La critique sociale de Gilman permet de mettre en relief les inégalités dues au patriarcat.

La question que je me suis posée est celle de savoir comment auraient évolué les femmes dans nos sociétés s’il n’y avait pas eu le patriarcat. Sont-elles, par nature, plus éducables, plus compréhensives, plus solidaires ? Ou est-ce seulement une question d’éducation ? Beaucoup de questions qui agitent le féminisme, mais aussi la pensée en général. Hommes et femmes, sommes-nous si différents ? Pour ma part, je ne le crois pas. On peut modeler le corps des femmes par le sport, et le mouvement, les rendre plus aguerries et plus fortes, comme on peut éduquer l’usage de la force chez les hommes. Dans les groupes où les femmes sont en majorité, je n’ai pas remarqué qu’elles étaient plus pacifiques ni plus bienveillantes. Elles sont juste humaines.

Un livre vraiment intéressant, quelques longueurs parfois, de très belles réflexions mais parfois aussi ces femmes s’avèrent trop parfaites, et cela m’a questionné également.

Ce livre a paru d’abord sous forme de feuilleton dans le magazine de Gilman dont elle rédigeait non seulement les articles mais aussi les annonces publicitaires.

Paroles de femmes : Auður Ava Ólafsdóttir

Credit photo : éditions Zulma

« L’idée de l’écrivain s’accordait au masculin [années 60]. il n’y avait pas de place pour une femme et justement on ne pouvait pas la publier parce qu’elle écrivait différemment des hommes. Elle était trop originale. Et je me disais que si le monde avait été différent et la société, on aurait peut-être eu un prix Nobel femme. » Entretien vidéo Libriairie Mollat, à propos de Miss Islande.

Auður Ava Ólafsdóttir – Miss Islande – Interview/ Librairie Mollat

Auður Ava Ólafsdóttir – Miss Islande / Le feu sous la glace

Rosa Candida de Audur Ava Olafsdottir - Grand Format ...

Auður Ava Ólafsdóttir – Miss Islande, 2018 – Zulma, 2019 pour la traduction française.

Sois belle et tais-toi ! Ou plutôt sois belle et n’écris pas ! Dans les années 60, comme partout ailleurs, être une femme et écrire est terriblement compliqué.

L’Islande, à l’époque est très isolée, deux avions transatlantiques seulement, et à peine notée sur la carte.

Lorsque vous êtes belle, on vous passe la main aux fesses, et on vous propose, comme à Hekla,  de devenir Miss Islande.

Mais Hekla est aussi le nom d’un volcan , et en elle tout bouillonne, une farouche soif d’indépendance et de liberté, mais aussi des mots qui tels des coulées de lave, échouent sur le papier.

«  Dans le monde de mes rêves l’essentiel serait : du papier, un stylo-plume et le corps d’un homme. Quand nous avons fini de faire l’amour, je me dis qu’il pourrait aussi remplir le réservoir d’encre de mon stylo. »

Seulement, faire l’amour n’est pas sans danger, sans danger d’enfants. Et là s’enroule une spirale infernale, des bébés à ne plus savoir comment vivre sa propre vie, dans laquelle est entraînée l’amie Isey, condamnée à s’échapper par les mots…

« Les hommes naissent poètes. Ils ont à peine fait leur communion qu’ils endossent le rôle qui leur est inéluctablement assigné : être des génies. Peu importe qu’ils écrivent ou non. Tandis que les femmes se contentent de devenir pubères et de faire des enfants. »

Et puis il y a Jon John, pris par la mer, mais jamais épris du corps d’Heklà. Il coud sans relâche le décousu de leurs vies… L’ami fidèle, le compagnon.

Alors peut-on vraiment écrire, vivre et aimer ?

Il faut lire Auður Ava Ólafsdóttir, et cette drôle de fin qui laisse un peu d’amertume mais annonce aussi les mondes à venir.

Très bonne année 2020 – Mes coups de cœur 2019

Ils sont vraiment très peu nombreux ! Et finalement, je n’ai pas beaucoup lu d’écrits de fiction cette année !

Les Testaments – Margaret Atwood/ Eblouissant !

Dominique Bona –  Berthe Morisot, Le secret de la femme en noir / L’été des femmes artistes – Litterama

Lady Chatterley D.H. Lawrence

Rita Mestokosho – Née de la pluie et de la terre