Rosella Postorino et Dany Laurent/ Les femmes dans la guerre

Rencontre d’autrice : Rosetta Loy

Rosetta Loy est née à Rome en 1931. Journaliste et traductrice, elle publie en 1974 son premier roman, La Bicyclette, suivi de La Porte de l’eau (1976). En 1987, Les Routes de poussière, une vaste fresque, obtient plusieurs prix, parmi lesquels les prestigieux prix Viareggio et Campiello.

Gianna Nannini I maschi

Goliarda Sapienza (1924-1996), la Madone indocile : Une vie, une œuvre (France Culture)

Fiordaliso « I love you man »

Grazia Deledda – Dans l’ombre La mère/ Un récit puissant

J’ai découvert cette autrice à la faveur de cette belle lecture. Très influencée par le vérisme, sorte de naturalisme italien, Grazia Deledda plante le décor de son intrigue dans la société rurale de la Sardaigne du début du siècle, pétrie de traditions, de superstitions et extrêmement pieuse et conservatrice. Par ce biais, elle dénonce l’aliénation populaire et le poids de l’Eglise.

Toutefois elle se détache du réalisme par son analyse de la psychologie humaine, et par une sorte de merveilleux qui surgit de la confrontation de l’homme avec une nature sauvage et puissante.

La Mère, est ici, une figure mythique, liée aux forces les plus obscures de la vie, remplie d’abnégation mais dont le sacrifice exige d’autres sacrifices en retour. Elle maintient dans la tradition archaïque ; elle perpétue à travers le don de la vie, le poids des héritages.

Mais, elle est une figure aussi, sensible, aimante, capable de s’interroger sur l’injustice sociale, sur l’arbitraire qui gouverne la destinée humaine. C’est un personnage beaucoup plus complexe que ce à quoi on pourrait s’attendre. Elle est capable du plus grand amour, jusqu’au sacrifice ultime.

La nature, omniprésente, agit comme une sorte de contrepoint à la violence intérieure des sentiments humains. Car dans ce roman, Paulo, prêtre, est la victime d’un combat intérieur qui le met au supplice, tiraillé entre deux amours, dont celui qu’il éprouve pour sa mère, qui s’est sacrifiée pour lui, afin de lui procurer une position honorable et le sortir de la misère du petit peuple.

« Il était comme une des mille feuilles du talus suspendues dans le vide, tantôt dans le gris de l’ombre, tantôt dans la lumière radieuse de la lune, au gré du vent et du jeu des nuages. »

La nature est à l’unisson des mouvements intérieurs de l’être humain.

La menace de la déchéance sociale, l’hypocrisie qui maintient les prêtres dans le célibat, alors même que nombre d’entre eux succombent à l’appel de la chair et du plaisir, les dictats édités par la société, ou du moins par ses membres les plus puissants, ici la hiérarchie catholique, placent l’individu dans des dilemmes cruciaux, qui vont à l’encontre de sa nature.

«  Grazia Deledda s’intéresse avec intensité aux mouvements de l’âme, en même temps qu’à cette double tension qui sépare archaïsme et modernité », écrit Fabienne Andréa Costa dans sa postface.

Il faut saluer les éditions Cambourakis qui ont réédité un certain nombre des œuvres de Grazia Deledda.

Grazia Deledda /Prix Nobel de Littérature

Grazia Deledda — Wikipédia
Photo Wikipédia

Grazia Deledda est née en Sardaigne, à Nuoro, en 1871. Issue d’un milieu à la fois rural et bourgeois, elle termina ses études assez tôt et fut largement autodidacte. Elle commence à écrire des nouvelles, très tôt, à l’âge de 17 ans. Elle sont d’abord publiées dans un magazine de mode. En 1892, paraît un premier roman « Fior di Sardegna ».

Elle rompt avec le romantisme de ses premiers récits, et sonde la psychologie amoureuse où elle traite de thèmes qui deviendront récurrents dans son œuvre, la passion, la culpabilité, la force aveugle des passions, le poids de l’origine sociale, l’injustice et l’expiation.

Elle s’installe à Rome en 1900, et publie son chef-d’œuvre 3 ans après qui eut un succès considérable.

Elle ne changea jamais rien à son mode de vie, partagé entre sa famille et son travail.

 Elle produit une œuvre considérable, une quarantaine de romans,  et de nouvelles, dont Elias Portolù (1900), qui est une de ses œuvres majeures, puis Cenere (1903), l’Edera (1908),  Nel deserto (1911), Canne al vento (1913), La Madre (1919), Annalena Bilsini  (1927).

L’évocation lyrique  des paysages, d’une grande beauté, la tension dramatique du récit, enraciné pour une partie de son œuvre dans la société traditionnelle de la Sardaigne, les dilemmes au cœur des personnages, souvent placés face à des choix impossibles ou à des injustices qui les broient donnent à son écriture une puissance remarquable.

Il est vraiment dommage que cette grande dame soit si peu connue et rééditée en France ; elle qui fut une des premières femmes à obtenir le prix Nobel de Littérature.

Sources : Nouvelles d’Italie Femmes écrivains, Alfil Editions, Emmanuelle Genevois, Danièle Valin

Dictionnaire des femmes célèbres, Lucienne Mazenod, Ghislaine Schoeller, Robert Laffont

ROSSANA CASALE SITTIN ON THE DOCK OF THE BAY [1986]

Autrice italienne : Caterina di Siena (Catherine de Sienne) (1347- 1380)

Catherine de Sienne, Caterina Bencasa (dite) (1347- 1380)

Fille d’un riche teinturier de Sienne, elle se révéla, dès sa jeunesse, éprise de vie mystique, et devint célèbre pour ses extases.

Elle fait partie des quatre femmes ayant été faites docteur de l’Eglise.

Elle a résisté à ses parents qui voulaient la marier et entra vers 1363, dans l’ordre des sœurs de la pénitence de Saint Dominique, où elle vécut de nombreuses années, supportant les mortifications les plus sévères (elle fut marquée de stigmates). Les autorité écclésiastiques chargèrent  un conseil spirituel, Raymond de Capoue de la suveiller .
A partir de 1375, elle mena une vie publique importante : elle contribua au retour des papes d’Avignon à Rome. Elle conseilla Urbain VI mais ne peut empêcher le Grand Schisme en 1378. Elle tenta de reconstituer l’unité de la chrétienté pour lutter contre l’Islam.Trois cent quatre-vint-huit de ses lettres sont parvenues jusqu’à nous et elle a également laissé un Dialogue sur la doctrine divine. Elle a été proclamée patronne de l’Italie en 1939.
Les fresques de Sodoma dans l’Eglise Saint-Dominique de Sienne retracent l’histoire de sa vie .

 Elle a adressé vingt-neuf lettres aux «dames de l’aristocratie» où elle parle « de femme à femme », prodiguant des conseils et du réconfort.

Son livre De la doctrine divine et sa Correspondance comptent parmi les œuvres classiques de la littérature italienne. Elles constituent un témoignage d’envergure de la littérature religieuse de l’époque. Ces œuvres contribuent alors au raffinement de la langue vulgaire et font date dans l’histoire littéraire italienne.

Source : Marta Savini in Dictionnaire Universel des créatrices – Dictionnaire des femmes célèbres de tous les temps et de tous les pays – Bouquins Robert Laffont

Image – credit : domaine public – Brooklyn Museum – Frank L. Babbott Fund, Frank Sherman Benson Fund, Carll H. de Silver Fund, A. Augustus Healy Fund, Caroline A. L. Pratt Fund, Charles Stewart Smith Memorial Fund, and the Ella C. Woodward Memorial Fund.

Femmes artistes : une petite bibliographie

Fiorella Mannoia – Imparare ad essere una donna

Les nanas de Niki de Saint Phalle

Elsa mon amour…

Simonetta Greggio – Elsa mon amour/ La femme qui voulait changer le monde

Simonetta Greggio – Elsa mon amour – Flammarion 2018 – 240 pages

« Elsa Morante, née à Rome le 18 août 1912, est écrivain, poète et traductrice. Elle épouse Alberto Moravia en 1941, mariage qui durera jusqu’à sa mort le 25 novembre 1985. En 1957, avec L’Île d’Arturo, elle est la première femme récompensée par le prix Strega. La Storia, publié en 1974, figure dans la liste des 100 meilleurs livres de tous les temps. » note de l’éditeur

« Les écrivains luttent la nuit contre les dragons pour que les amours, les larmes et la joie des morts ne soient pas oubliés. »

Simonetta Greggio a choisi de faire revivre Elsa Morante à travers une fiction qui est une biographie intérieure.

Elle épouse les méandres, et la complexité de cette autrice en lui donnant sa propre voix comme un matériau ductile qui transmettrait les vibrations, les sentiments, le roman intérieur de Morante.

En effet, une biographie n’est-elle pas faite généralement d’une extériorité tissée de rumeurs, et de ragots ?

Alors pour éviter le dehors, la biographe devient le dedans, « un instrument, un outil de retranscription », « dans une sorte de dictée hypnotique » faite par Elsa elle-même, par-delà le temps, par-delà la mort, dans une profonde empathie créatrice.

L’écriture répare-t-elle ?

Cette confession intime est à la fois rugueuse et poétique. Visiblement Elsa Morante était entière, et dure, n’avait pas toujours bon caractère : « mon ange de tourment » dit Moravia. On parle de sa réputation de chameau. « Mon maudit caractère, mes bouderies idiotes… » et aussi « son humeur d’équinoxe ! »

« Que peut-on tirer de cette méchante Elsa, qui grifferait encore celui qui tendrait sa main pour lui faire une caresse ? »

Sa vie était l’écriture, il y a des accents qui ne trompent pas : « J’écris depuis que j’existe. Avant de savoir écrire, j’écrivais déjà. J’étais écrivain dans le ventre de ma mère. Avant de naître, j’étais écrivain. »

De son mariage houleux avec Moravia, de leurs disputes homériques, de la relation sadomasochiste avec Luchino Visconti, de sa passion pour un jeune homme, Bill Morrow âgé de 23 ans, peintre et homosexuel, on retiendra la fureur impossible de l’amour, la colère et la tendresse. Contre son père, le vrai ? ou contre le faux qui était lui-même homosexuel et qui lui a donné son nom.

Il ne devait pas être facile de l’aimer, mais il y a fort à parier qu’elle ne se serait pas laissé faire. Toutes griffes dehors, et l’écriture en-dedans…

Mina – un anno d’amore

Amalia Guglielminetti /Les femmes qui écrivent… (1881-1941)

– Quel dommage : elle est vraiment belle !

– Si au moins elle était analphabète.

– Mais elle écrit !

– Elles sont odieuses, les femmes qui écrivent !

– Si elles écrivent mal, elles nous irritent.

– Si elles écrivent bien, elles nous humilient.

Deux lettrés turinois parlent ainsi d’Amalia Guglielminetti, jeune poétesse, qui publie en 1907 son premier recueil de vers.

« Elle naît à Turin en 1881. Très influencée par le style de D’Annunzio, elle écrit une importante oeuvre poétique, Le Vergini Folli (1907), L’Insonne (1913), I Serpenti di Medusa (1937).

Dans ses romans, elle aime décrire des personnages féminins emportés par la violence des passions.

Elle eut une longue et tumultueuse liaison avec Guido Gozzano dont témoignent « Le lettere de amore », publiées en 1951.

Elle écrit aussi pour le théâtre,

Nei e cicisbei, Il Baro dell’amore, Gingilli di lusso.

Une de ses nouvelles est traduite en français dans le recueil indiqué en source.

Elle meurt en 1941 . » Source : Nouvelles d’Italie femmes écrivains (1860-1930) Textes réunis par Emmanuelle Genevois et Danièle Valin

Merveilleux travail de ces deux traductrices chevronnées qui portent à la connaissance du public français des textes encore non traduits.

  • Marziano Guglielminetti, Amalia, la rivincita della femmina

Crédit photo – domaine public – wikipedia