Sursum Corda – Véronika Boutinova/ Ver à soie Virginie Symianec éditrice

Sursum Corda est un roman attachant, parfois déconcertant, tissant les voix de deux amoureux aux personnalités originales, fortes et sensibles, séparés par des frontières qui sont autant géographiques que métaphysiques ou psychologiques.

Virginie Symianec tente de « Dérouler les fils – y compris de la pensée -, les attacher au métier, les tresser, les entrelacer, tisser des liens – du texte donc -, y compris avec d’autres sociétés, explorer les trames de nos imaginaires et les raisons de nos solitudes, c’est bien là ce que font concrètement tous les éditeurs. » Elle possède un souffle profond. Infatigable chercheuse, elle mérite votre intérêt et un bon accueil.

Littérature de l’ailleurs, d’un ailleurs proche et douloureux, qui pose la question, chère à l’éditrice, du mouvement en littérature : textes  » comme des invitations sans cesse renouvelées à concevoir l’écriture comme le témoignage d’une quête, d’un déplacement ou d’un décentrement propres aux multiples formes de l’expérience exilique. »

Zuka est le fruit d’une histoire violente et contrariée, contraint au déplacement forcé durant l’éclatement de l’ancienne Yougoslavie (1991-95). Jusqu’à sa réannexion par les croates, la Krajina de Knin, où il est né et a grandi, était majoritairement peuplée de Serbes qui ont expulsé la population croate en 1991 et a été reconquise par les forces croates durant l’été 1995. L’amour peut-il être le lieu d’une résilience, lorsque deux êtres ont vécu des événements traumatisants ?

Comment l’Histoire nous modèle-t-elle à nos corps défendant ? Comment l’amour, qui est une histoire de corps, incarne-t-il ou sublime-t-il les violences de l’Histoire ?Zuka et Charlotte sont séparés une grande partie du temps, dans une Europe aux frontières étanches, mais lorsqu’ils se retrouvent, leur bonheur est toujours en équilibre, sur un fil, au bord de la fracture. Ils cherchent à garder « le lien cosmique » qui les unit, mais ne peuvent pas plus vivre l’un avec l’autre, que l’un sans l’autre.

Charlotte vit dans une péniche, qui se délabre, mouvement arrêté sur cet élément fluide. Elle pourrait larguer les amarres; mais quelque chose l’en empêche qui est de l’ordre du lieu et de l’appartenance.

Ce roman est le roman de leurs voix, de leur amour, de leurs contradictions, de leur grandeur et leurs faiblesses. A écouter, à lire, aux éditions du Ver à soie.

L’eau forte – Le désir

Et ne pas oublier la revue de ce jeune éditeur talentueux, soucieux de rendre visibles les écrits féminins, dans ce magnifique et dernier numéro de la revue :

Douzième numéro de la revue L’Eau-forte, Le Désir propose une plongée dans le monde d’Éros, regroupant les participations de poètes et de romanciers au fil d’une méditations sur l’énergie et la vie. Ce numéro clôture la publication de la revue, qui signe son dernier numéro avec, au sommaire, les écrivains François Bégaudeau, Gaëlle Josse, et Iliana Holguín Teodorescu.

La revue littéraire L’Eau-forte s’associe à l’événement du Printemps des Poètes 2021, en faisant paraître son douzième et ultime numéro sur la thématique du Désir. Avec des textes de François BégaudeauGaëlle Josse, ou de la jeune écrivaine Iliana Holguín Teodorescu, la revue propose de finir en beauté, sur une tonalité qui l’a accompagnée au fil des numéros, depuis 2017 : la passion de publier des textes vifs, saillants, mêlant le patrimoine aux créations d’aujourd’hui.

Aux côté des contemporains, le sommaire de ce numéro regroupe des textes classiques de La Fontaine, Xavier de Maistre et de la poétesse Renée Vivien (1877–1909), traductrice des fragments de Sappho.

« À la frontière de la sauvagerie, et pourtant profondément mélancolique, le Désir accompagne toute âme humaine ; source d’attraction des corps, il représentait pour Wilhelm Reich (1897–1957), qui cherchait à en capter l’énergie déferlante, le signe par excellence de la vie. Un phénomène aussi fascinant que mystérieux et originaire. »

Sommaire du numéro

François Bégaudeau : Notes sur les canards sauvages.

Xavier de Maistre : Voyage autour de ma chambre.

Iliana Holguín Teodorescu : Toi·t.

Gaëlle Josse : « Je tente d’arranger mes jours… ». Poèmes inédits.

Didier Paquignon : Trois monotypes inédits.

Renée Vivien : « Atthis aux cheveux de crépuscule ». Trois poèmes d’après les Fragments de Sappho.

Karine Josse : Wilhelm Reich et la fonction de l’orgasme.

La Fontaine : Comment l’esprit vient aux filles.

image – Renée Vivien – Licence creative commons – Wikipedia

Printemps des poètes/ le désir féminin- Marina Rogard

C’est avec Marina Rogard et son regard étoilé que se clôt ce printemps des poètes et poétesses. Merci à elle de m’avoir prêté son texte. Poétesse du web que j’ai découverte récemment, elle nous offre sa douceur et sa fantaisie.

Au plus près [de ta bouche]

Au plus près 
De ta bouche
Le baiser-fleur 
S’étire
En jolis grains
De malice.

Une minute de silence 
Pour dérober 
Le désir.

En faire une échappée 
En costume taillé
Pour tes yeux belle-de-lune.

Et tout recommencer…

Le baiser
L’échappée 
Et la fleur allumette
Qui flamme
Des douceurs 
Sur un instant de fête.

Au plus près 
De ta bouche
L’amour
Cet avia-coeur…

Renoue les ciels bleus
Délices
Et de couleurs.

Marina Rogard

© Tous droits réservés – 2021 – Marina Rogard

Nue sous la fenêtre/ Jean de Santec

J’étais jaloux de l’ombre sur ton corps

J’étais jaloux de la lumière sur tes seins

Le soir jouait à te vêtir d’or et de brun

Tu étais nue sous la fenêtre, c’était bien.

son blog

J’aime les poèmes de Jean de Santec

Ouvert aux vents griffus / Xavière Gauthier

Je remercie Xavière, pour laquelle j’ai une profonde admiration, du prêt de cette œuvre

ouvert à l’agonie géante qui empale et sourit

ouvert aux chutes de neige

à l’albâtre écumant qui jongle sous la lune

ouvert au tombeau de jacinthe

aux papillons obscurs qui déchiquettent les nues

ouvert au cri, à la bite endormie

aux morsures, au sureau

ouvert aux renards vers, couchés sous la mantille

ouvert aux crabes, rampants à l’infini

ouvert au poil marin qui rumine un orage

ouvert aux branches, aux passants attardés

à l’astre-mandarin, portant des bébés fauves

aux berbères étincelants

raclant leurs têtes mauves

ouvert

ses lèvres frottant les draps sales

mon sexe dans la douleur du noir

Poème extrait du recueil Rose saignée (Editions des femmes, 1974)

Grande figure du monde contemporain, Xavière Gauthier a profondément marqué toute une génération de femmes dont je suis, et inspire la jeune génération par la force de ses engagements.

Elle a publié sa thèse de doctorat en 1971 sous le titre Surréalisme et Sexualité chez Gallimard. Engagée, elle a lutté pour le droit à l’avortement. Elle publie Surréalisme et sexualité en 1971, Léonor Fini en 1973, et un recueil de poèmes brûlants et iconoclastes qui m’aura bouleversée à sa lecture.

Elle a fondé la revue Sorcières, les femmes vivent, revue artistique et littéraire, qui fut une revue phare des années 1975 à 1982. Collaboratrice de Laurence Perrenoud, éditrice pour l’enfance et la jeunesse, spécialiste de Louise Michel dont elle a écrit la biographie (La vierge rouge), elle transcrit dans « Les parleuses » ses entretiens avec Marguerite Duras.

Il serait vraiment nécessaire que son recueil de poèmes soit réédité, dans une nouvelle édition, si un éditeur ou une éditrice passe par là …

Une femme en crue / Caroline Boidé- Bruno Doucey

« Je veux écrire comme la jeune fille qui se déshabille et court vers le lit de son amant. » Alejandra Pizarnik est une poétesse argentine née au sein d’une famille d’immigrants juifs d’Europe centrale (1936-1972)

Cet obscur objet du désir ou l’écriture désirante.- Marie-Pierre Cattino (3/3)

L’écriture et le désir en 3 épisodes, écrit par Marie-Pierre Cattino que je remercie pour cette belle participation au printemps du désir et de la poésie.

Le désir (au) féminin n’est pas toujours là où on l’attend. Ce sont rarement les mains qui tremblent, mais plutôt le son autour du corps, qui va et vient, s’en échappe, – ce qui entoure la peau – et met un trouble. On ferme les yeux. Il disparaît. On les ouvre. On se demande si c’est réel, si ce qu’on a entendu est vrai ou faux. Si le désir se mélange avec l’amour d’un corps. Si c’est en ce moment que tout se joue, ou seulement si c’est la mort d’une relation. Si le désir tue le reste, tue les habitudes, tue les comportements vulgaires, primaires. Au contraire, si l’amour rend le désir bien plus sage et conventionnel. Trop peut-être.

On entend : «Ca va ? C’était bien ? » On a envie de mourir. Tous les mots sont de trop. Alors dans l’écriture, il faut aller ailleurs, fouiller plus loin dans un revers de la mémoire. Mais rien ne vient car tout est nouveau, toutes les fois. On revient à soi. On a besoin de silence, de cet écart entre temps et rupture. On ne sait pas trop où l’on se trouve. On sait que c’est imminent. On revient à soi, on croit revenir à soi. On n’en revient rarement.

« L’amant » s’est dissipé dans la brume. C’était il y a longtemps, très longtemps. Le premier amour est mort. Mais son désir est entier et Duras le tient fort entre ses doigts sans lâcher, elle l’écrit. L’amant chinois est mort. Mais le désir (au) féminin triomphe.

Merci à Marie-Pierre pour ce texte magnifique, Litterama

Illustration : Marie-Pierre Cattino « sans titre », 2021 encre de Chine noire, sur papier, au dos: datée signée. 

Malgré la tourmente économique dans laquelle se trouve les éditions Koïnè, due au contexte actuel, plusieurs livres doivent voir le jour :

  • Le frère de Léa, Marie-Pierre Cattino et Christian Bach, traduction bilingue allemand, espagnol, anglais. Article dans La revue des livres pour enfants de la BNF : L’art du bref | N° 317 – 2020. 

Qu’est devenue la sœur de Léa? À son arrivée dans son nouvel établissement scolaire, Jasmine se rapproche de Léa que les autres appellent la peste. Sur fond de harcèlement, la tension monte. Jasmine doit choisir son camp.

https://soundcloud.com/christian-bach-424632253/

  • Etat de chocs (je frappe quand je m’émeus) » *écriture en incursion avec Camille Davin, voyage au long cours dans la découverte de l’écriture de l’autre. Mise en scène de Françoua Garrigues, dramaturges, Camille Davin et Marie-Pierre Cattino.

Dans une cité urbaine contemporaine, il y sera question d’interdits, danger et jeux vidéo. Un jour des adolescents passeront à l’acte… Mélange de fiction et de théâtre documentaire.

  • Les larmes de Clytemnestre, édition Koinè, 2011, traduction en grec par Panagiota Kalogéropoulou, et Mikhaïl Valvis, 2019, bientôt aux éditions Koïnè, diffusion en Grèce.

D’autres part, j’ai entrepris des Encres noires, couleurs et techniques mixtes. 70 formats ont vu le jour, depuis le premier confinement !

Le printemps des poètes/Le désir féminin – Laurence Délis

On navigue à vue de rêves

Allongés nus sur un lit d’herbe folles, au milieu des maringouins assoiffés

Le soleil joue d’ombre et de lumière

Sur nos corps impatients.

La tête en friche

Eloignés des normes et des habitudes de ce monde

On navigue à vue de rêves

L’un énergumène

L’autre schizophrène.

On danse l’air de l’autre

Comme nos sourires en vie de nos corps.

Chairs aimées

Assoiffées de baisers

Et de tendresse éternelle

Nos étreintes au goût de folie belle.

On navigue à vue de rêves

Encore.

L’un énergumène

L’autre schizophrène.

Quant à la nuit, peaux rassasiées, âmes nourries, panses comblées de fruits de lambrusque

Le sommeil nous gagne.

Bon

Jour

Dans

Tes

Bras.

Romancière, poétesse, plasticienne, Laurence Délis possède de multiples cordes à sa sensibilité qu’elle fait vibrer avec beaucoup de talent.

Sa galerie d’art : http://artscad.com/@/LaurenceDelis

son blog : Palette d’expressions

Pièces démontées, le 27 et 28 mars dans le 20e arrondissement : Les poétesses nous parlent

Voici le message du collectif « Pièces démontées » . « Tendez l’oreille, les Poétesses nous parlent les 27 et 28 mars.
Ouvrez-les yeux, tendez l’oreille : des drôlesses rôdent dans le quartier de la porte de Bagnolet. Trench-coat mastic ajusté, ceinture verrouillée sur leur trésor : de la littérature sulfureuse sous le manteau.
Elles sont prêtes. Elles vous attendent. Elles vous guettent.
Au détour de nos quotidiens couleur couvre-feu, elles sont à l’affût pour vous proposer, en toute discrétion, de la came, de la bonne, de la pure : du désir féminin, d’ici et d’ailleurs, universel et singulier. Elles vous susurrent, rien qu’à vous, ces paroles de troubles, d’émois et de force. Mais en gardant une distance sanitairement acceptable. Audacieuses, pas irrespectueuses, les dealeuses.
Le prix à payer ? Votre disponibilité et votre propre désir de les entendre.
Ces passeuses de trouble à la sauvette vous attendent les 27 et 28 mars, pour deux rencontres quotidiennes :«les poétesses vous parlent le matin»  à 11h, 16 rue Joseph Python le 27 mars  et cour du 4, place de la porte de Bagnolet le 28 mars «les poétesses vous parlent l’après-midi» à 16h, 16 rue Joseph Python le 27 mars et  cour du 4, place de la porte de Bagnolet le 28 mars.
Ou venez vous délasser dans un salon individuel d’écoute, confortable à souhait, placé en plein air et nettoyé entre chaque utilisation. Vous y retrouverez ces paroles enfiévrées murmurées pour votre bon plaisir. « 

Cet obscur objet du désir ou l’écriture désirante/ Marie-Pierre Cattino (2/3)

L’écriture et le désir en 3 épisodes, écrit par Marie-Pierre Cattino que je remercie pour cette belle participation au printemps du désir et de la poésie.

1er épisode !

Tout naturellement, je reviens vers Marguerite Duras. Il est tard, je ferme les yeux. Et soudain je l’entends très distinctement :

[1]« La femme, c’est le désir ».

Le désir. Sa manière de l’écrire est toujours vivace. Elle n’a jamais cessé d’être contemporaine en se nourrissant de cet instant.

 [2]« J’avais 15 ans, le visage de la jouissance et je ne connaissais pas la jouissance ».

L’expérience est dépendante du corps : « [3]C’est là dans ce petit champ de chair que tout s’est passé et que tout se passera».

Le personnage durassien ose vivre sa vie telle qu’elle l’entend et s’exprimer dans sa sexualité. Une histoire d’un crime passionnel, une histoire d’amour, de passage à l’acte.

 [4]« Toutes mes femmes […] sont envahies par le dehors, traversées, trouées de partout par le désir ».

Elles aiment comme on tue l’autre, comme on veut le posséder, irrémédiablement. Elles aiment sans accepter de plier, (comme a pu faire sa mère).

C’est de cela dont l’écriture participe, de ce désir inassouvi. Revivre les moments les plus intenses, voire les plus cruels : de la découverte à la perte.

Duras a amené, à elle, tous les personnages (féminins) de sa vie pour qu’ils vivent dans ses livres. Celle qui apparaît sans crier gare, elle la repousse, la refoule, mais si elle revient à la charge, alors, existera dans les pages noircies. Les corps se mélangeront dans une envie commune de gourmandise. Le désir sera inassouvi, celui qui, immanquablement, déteint sur les personnages féminins.

DURAS Marguerite; PORTE Michelle: - ... - Livre Rare Book

Elles sont le désir-même, une détonation de sensations, saveurs, et ressemblent à ce qu’elles ont de vrai, dans une histoire qui n’a pas commencé. Elles se faufilent dans une vie insoluble mais concrète, sont le geste d’une écriture accomplie, dans les moindres détails.

Elles sont le désir de l’inachevé et d’un départ. Une chose commencée est déjà défaite. Elles attendent l’élégance et la noirceur, alliance dans le lit de l’accomplissement.

Et puis, il y a la vague qui annonce le déferlement.

Celles qui entrent dans l’écriture de Duras, fracassent le monde. Cela se produit à des égards fortuits. Quelque chose de sourd. Un arrêt sans bruit à ce moment-là, juste dans un petit creux, d’une faille infinitésimale. Il y a rencontres et foudroiement. Il y a annonciation de quelque chose en suspens.

La douceur d’un visage, par exemple, d’une mèche de cheveu dans une lumière tamisée, une silhouette dans l’encadrement d’une porte, une trace qui s’offre à la lueur d’un port, des pas qui traversent une ville, un corps posé à table, exactement là où le rideau est un peu relevé, une image déposée, là, très sérieuse.

Ce qui arrive là est très sérieux. C’est une envie qui augmente, qu’on n’ose pas appeler de son nom. C’est un désir qu’on ne reconnaît pas tout de suite, quelque chose de surnaturel dont on a envie, besoin, par nécessités successives.

C’est simple.

Elle est là sans faillir. Là, dans une bulle qui, éclate et y laisse entrer un rire, un brouhaha de sons, se referme bien vite autour. Elle n’entend plus. Elle est seule. Elle ne s’enferme pas, s’isole dans une envie de vivre là, ou mourir, si tout venait à cesser.

C’est la force de la pesanteur d’un personnage féminin qui fait irruption dans une chambre où la lumière joue à cache-cache. C’est le geste qui fera tout. Il s’agira d’étourdissement, de capture, d’un léger engourdissement.

Les parleuses», de Marguerite Duras et Xavière Gauthier - Livres : le top  ten du ELLE - Elle
Deux légendes …

[1] Duras, Porte, 1977 : 102

[2] L’amant, Gallimard, 1984

[3] Duras, 1981 : 139

[4] Duras, Gauthier, 1974 : 232

Cet obscur objet du désir ou l’écriture désirante/ Marie-Pierre Cattino (1/3)

L’écriture et le désir en 3 épisodes, écrit par Marie-Pierre Cattino que je remercie pour cette belle participation au printemps du désir et de la poésie.


Ce qui me vient d’emblée, c’est l’expression, « ce pâle objet du désir », tirée du roman de Pierre Louÿs, que Buñuel et Carrière ont métamorphosé à l’occasion de leur adaptation au cinéma. De pâle à obscur, cette mécanique amoureuse est érodée car parle du côté de l’homme, pas de la femme. Tentations et tentatives répétées d’un amour non accompli. Le personnage féminin, la belle Conchita, promet à l’homme sans jamais le satisfaire. « La femme et le pantin », de Pierre Louÿs, est devenu : « Cet obscur objet du désir », cet insoumis. Cela se passait en 1977, à l’heure où l’amour se consommait encore.
Là où aujourd’hui le sens de la culpabilité n’est plus fondé sur l’interdit, mais sur l’injonction à jouir, là où il y aurait ratage si l’on ne parvenait pas à posséder l’autre, le désir ne serait-il alors plus que le pâle reflet de ce que l’autre veut bien nous concéder ? La part de l’inconnu reste entière. La psychanalyse nous demande de nous dévoiler, de nous mettre à nues, de nous raconter allongées sur un divan, mais malgré la parole déliée, le désir reste à l’aune de ce quelque chose parfois inavoué. Nous ne sommes pas dans l’acte mais au cœur même de la pensée.
Mais qu’en est-il du désir d’écriture ou de l’écriture désirante ? Ecrire, se retirer, un temps, du monde, comment, dès lors, le désir peut-il advenir dans la solitude ? L’écriture où l’on y cherche l’infiniment désirable. Est-ce entre désir et frustration que s’ébranle quelque chose ? L’insensé est en train de se jouer là.


Tout naturellement, je reviens vers Marguerite Duras. Il est tard, je ferme les yeux. Et soudain je l’entends très distinctement :
« La femme, c’est le désir ».
Le désir. Sa manière de l’écrire est toujours vivace. Elle n’a jamais cessé d’être contemporaine en se nourrissant de cet instant.
« J’avais 15 ans, le visage de la jouissance et je ne connaissais pas la jouissance ».
L’expérience est dépendante du corps : « C’est là dans ce petit champ de chair que tout s’est passé et que tout se passera».
Le personnage durassien ose vivre sa vie telle qu’elle l’entend et s’exprimer dans sa sexualité. Une histoire d’un crime passionnel, une histoire d’amour, de passage à l’acte.

à suivre…

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Printemps des poètes (6) – Le désir féminin/ Denise Miège

Je t’enlise, je t’enrobe, je te love, je te veux

Je te vise, je te bombarde, et je te prends d’assaut.

Je ne te laisse pas le temps, je t’invite,

je t’emperle, je t’envoûte, je t’attends.

J’ai tellement envie de toi.
je t’envahis, je t’environne, je suis partout à la fois.

Je suis de tous les départs

que tu prendras au hasard

pour ne plus m’entendre te répéter que je t’aime

t’enlise, te veux, t’attends,

te vise, te prends, te laisse,

t’embobine à chaque pas, te frise, te lisse, te lèche,

t’use et ruse, charme et louvoie.

Et du plus loin que tu sois,

je suis ta dernière demeure

et tu chemines vers moi.

Femme libre devant le désir, conquérante de mai 68, a publié une anthologie de la littérature érotique. Je la savoure à chaque fois, mon féminin s’enroule dans le sien dans une vague sans fin.

Le désir au féminin/ Patrick Chauvin – L’origine du monde

Une célébration du sexe féminin par une déclinaison personnelle de « l’origine du monde ». En préparation, une vidéo sur le thème « la femme est l’avenir de l’homme » Patrick Chauvin

Merci beaucoup à Patrick Chauvin, pour le prêt de cette œuvre. J’adore son travail que j’aurai le plaisir d’évoquer plus longuement fin avril.

Printemps des poètes : le désir féminin (5) Thérèse Plantier

Parce que j’avais senti la première odeur de l’été

j’avais cru que je vivrais mille ans

auprès de toi

mais j’étais en retard il aurait fallu

prendre le train de tes yeux

puis descendre à contre-voie

parmi les bardanes et les orties violettes

battre les buissons tambouriner dessus

avec des paumes de laine

cardée par les ronciers

l’avenir se chargea de me détromper

vira au bleu-silence

tandis que les gousses des genêts-à-balai

percutaient sec sur le ciel

plié à gauche dans l’odeur de tes doigts.

(Chemins d’eau, 1963)

Un moment liée avec les surréalistes, dans la force de tous ses appétits, poétesse à la fois baroque et libertaire.

Le printemps des poètes/Le désir féminin Barbara Auzou

voici venue la vague

intacte dans le temps arrêté

et c’est comme la dernière épaule nue

avant le visage

sa main chaude soudain d’un soleil

qui rompt tous ses cuivres

prend un bleu de hauteur

un parfum de vin des prés

un à un écarte les nuages

pour plonger vers son urgence

dans la fervente douceur

qu’aurait un rondeau

Barbara Auzou est née le 13 mai 1969. Elle trace patiemment son chemin et construit une œuvre. Ce poème est publié ici avec son autorisation. Elle est professeure de Lettres modernes en Seine-Maritime et a obtenu une maîtrise consacrée à Marguerite Duras. A publié dans la revue Traversées en 2017… Travail à quatre mains avec le peintre Niala. En 2018, la maison d’Édition Traversées accepte le manuscrit « L’Époque 2018 », fruit du travail mené avec le peintre Niala (Parution janvier 2020). D’autres parutions en revues se succèdent depuis 2018 : Traversées, Lichen, Traction-Braban, Le Capital des mots… Elle tient deux blogs, l’un consacré à son travail d’enseignante, l’autre : Lireditelle@wordpress.com est consacrée à sa poésie. Elle y publie quotidiennement.