Et que le vaste monde poursuive sa course folle Colum Mc Cann

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Vignette Les hommes sont des femmes comme les autresColum Mac Cann  Et que le vaste monde poursuive sa course folle  10/18 domaine étranger

Let the great world spin, 2 009 – Belfond 2OO9 pour la traduction française

Colum Mc Cann est né à Dublin en 1965 et vit aujourd’hui à New York. « Et que le vaste monde poursuive sa course folle », a remporté le National Book Award.

Le roman est basé sur un fait réel : le 7 août 1974, Philippe Petit, funambule, a marché sur un câble entre les tours du World Trade Centre. Le funambule en a fait un récit personnel dans son ouvrage Trois Coups (Herscher, 1983). Le titre du roman « Et que le vaste monde poursuive sa course folle vers d’infinis changements » est emprunté au poème Locksley Hall d’Alfred Lord Tennyson.

Ce roman polyphonique s’articule autour de cet événement extraordinaire auquel vont assister ou prendre part les différents personnages du roman avec pour toile de fond New York, ville tentaculaire, cruelle et magnifique d’où s’élancent les Twin towers, symboles de l’Amérique triomphante. Dans la solitude de la grande ville, des personnages se côtoient, se frôlent parfois sans se connaître, s’ignorent le plus souvent : femmes ayant perdu leurs enfants pendant la guerre du Vietnam, prostituées sur le retour, junkies, prêtres ouvriers. Les fils se croisent pour former la trame du récit, tel ce câble tendu au-dessus du vide, au-dessus du monde. Temps arrêté et suspendu, moment de poésie et de beauté pure. Des événements en spirale s’enroulent autour de cette journée, des moments décisifs dans la vie des gens, des rencontres et des ruptures. Et ainsi va le monde, dans sa course, indifférent aux destinées humaines.

C’est un roman très bien construit, très bien écrit mais je n’ai pas ressenti de grande émotion, il me faut bien l’avouer, même si j’ai admiré les prouesses d’écrivain .

Le faon de Magda Szabό, grande dame des lettres hongroise

Le faon – Magda Szabό, Viviane Hamy 2008, Az oz, 1959 traduit du hongrois, texte revu et corrigé par Suzanne Canard

Vignette femmes de lettresEszter, comédienne célèbre, évoque dans un long monologue douloureux et amer, une enfance de privations et de frustrations, au sein d’une famille de doux intellectuels rêveurs incapables d’assurer le bien-être de la famille. Issus d’une vieille famille aristocratique mais ruinée, le père est un avocat « doux dingue » qui refuse de défendre ses clients, et la mère, une brillante pianiste qui, pour assurer la survie de la famille, donne des cours de piano. Pour ne pas abîmer ses mains, et priver la famille de cette seule source de revenus, elle délègue tous les travaux ménagers à sa fille.
Elève brillante, mais maussade et jalouse, Eszter envie férocement le faon d’une de ses camarades, Angela. Celle-ci représente tout ce qu’elle n’est pas et tout ce dont elle est privée, l’aisance, les égards, une vie rêvée de petite fille choyée.
La jeune femme tente d’exorciser les démons de la jalousie qui la hantent. Car Angela a tout, même l’homme dont Eszter est amoureuse.
Mais Eszter tient peut-être là sa revanche à moins que l’amour ne devienne sa possible rédemption.

Il n’est pas toujours facile de suivre le monologue tendu et douloureux de ce personnage possédée par la rancœur, la jalousie et l’amertume même si force est de s’incliner devant le talent de l’auteure à faire vivre son personnage.

« Construit comme une tragédie antique, Le Faon explore les Enfers d’une Médée hongroise dont le monologue tient autant de l’exorcisme que de l’expiation. » L’Express

logo 1Magda Szabό est une grande dame de la littérature hongroise. Elle a été considérée, de son vivant, comme une auteure classique. Elle est décédée en 2007, à l’âge de quatre-vingt-dix ans. Le roman qui l’a fait connaître en France, La Porte, a obtenu le Prix Femina étranger en 2003.

Dans la nuit Mozambique – Laurent Gaudé

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         Vignette Les personnages féminins dans l'ecriture masculine Ce livre est constitué de quatre récits, quatre nouvelles, quatre voix et des hommes, engagés dans l’Histoire et dans la violence de ce monde, victime ou bourreau le plus souvent, en proie à la culpabilité et aux souvenirs. Des esclaves qui tentent de s’échapper, un capitaine négrier, un ancien poilu reconverti en mercenaire et trafiquant, un poète qui se souvient de la femme qu’il a aimée, ou trois officiers de marine qui se retrouvent chaque année autour d’un bon repas, ces histoires sont des histoires d’hommes.

Dans la nouvelle « La nuit Mozambique » un rituel s’instaure, chaque convive doit à son tour raconter une histoire. Dans ce récit, l’Afrique est figurée, convoquée, espace de fantasme et de projection dont Laurent Gaudé avoue ne pas savoir s’il correspond à la réalité mais qui libère quelque chose qui a trait à l’écriture. A propos d’un autre livre, il avouait ne jamais situer ces récits dans un espace proche: l’ailleurs a une magie que le proche n’a pas, elle sert de révélateur, à la manière d’une plaque photographique, à sa propre intériorité. Elle est peut-être l’éloignement de l’universel …

De ces hommes, on approche la sueur, les corps échauffés par la violence, ruinés par la vieillesse, corps en fuite, corps en mouvement. Même lorsque les hommes sont assis, ils voyagent à leur corps défendant, ils évoquent, ils racontent et alors surgissent les bateaux et les éléments. Tels ces clandestins entassés dans la coque, sacrifiés à l’égoïsme et à l’argent. Le teint est fiévreux, la brûlure apparente, la nuit enveloppe les tragédies d’une touffeur presque tropicale. Les dents crissent, les fronts frappent les poutres.

Pas d’épanchement, seulement « la tristesse des hommes face à leur finitude », tout au plus la vieillesse donne-t-elle « des mains de vieille femme », car les jeunes hommes ont des mains de « fauve » et des sourires arrogants, la violence, dit une personnage, « je la sentais en moi, par jaillissements».

Je me suis laissée prendre par ces histoires sombres, presque souterraines, mais sans passion. J’aime beaucoup Laurent Gaudé, et je le lis régulièrement parce que je le trouve intéressant mais j’avoue que ces univers où le masculin est âpre et torturé m’oppressent un peu.

Dans l’or du temps – Claudie Gallay

Dans l'or du tempsDans l’or du temps de Claudie Gallay – Editions du Rouergue, 2006, repris en poche éditions Babel

Vignette femmes de lettresDans une maison en Normandie, en bord de mer, un couple s’installe avec leurs deux filles. L’homme, le narrateur, rencontre alors une vieille dame, Alice Berthier, lourdement chargée, et lui propose de la raccompagner chez elle. Commence alors une étrange relation entre les deux. L’homme est à une période cruciale de sa vie où il s’interroge sur le sens de ses choix et la profondeur de ses engagements et Alice Berthier, sentant approcher la mort, sent le besoin de confier à cet inconnu le secret qui a rongé sa vie d’adulte. La distance ainsi créée permet à chacun de retrouver soi en l’autre, dans une confession toujours différée.

Là encore, comme dans le roman « Rosa Candida » c’est une femme auteur qui se met dans la peau d’un homme, et qui plus est un homme vivant une crise dans son couple. Il est indécis, il ne sait pas, il découche, il tergiverse, à sa compagne de s’occuper des filles. Il a l’impression de n’avoir rien décidé, ni sa paternité, ni cette maison en Normandie. Rien.

D’ailleurs c’est un leitmotiv, à chaque fois que quelqu’un lui demande quelque chose, il répond qu’il ne sait pas. Mais il n’arrive pas non plus à mettre de mots sur son malaise, ni à véritablement exprimer ses sentiments.

Anna, la compagne du narrateur, s’insurge contre les modèles que reproduisent ses filles, elle déteste les voir jouer à la poupée, à la dinette ou lire Martine. Mais comment lutter ? « On offre toujours des poupées aux filles ». D’ailleurs le narrateur l’avoue, les femmes sont bien plus fortes que les hommes. Elles décident, elles s’occupent des enfants. Elles ne peuvent pas s’octroyer le luxe du doute, du malaise, partir pendant des heures sans dire où elles vont. Anna peut pleurer, tempêter, qu’à cela ne tienne, mais elle doit tenir. Elle, au contraire, exprime ses doutes, ses interrogations, dit combien elle est blessée.

Les femmes de ce roman ont ce statut particulier d’être reliées au regard des hommes, à leur désir. Alice avoue que les femmes commencent à mourir bien avant d’être mortes mais dès qu’elles commencent à vieillir et qu’aucun homme ne les désire plus. Elles sont dans une relative passivité jusqu’au moment où le désespoir et la colère leur insufflent une force ou une folie dont elles ne se croyaient pas capables. Car les hommes ont aussi un terrible pouvoir dit le livre… Il retrace aussi la découverte de la civilisation des Indiens Hopis en Arizona par les intellectuels de l’époque, André breton notamment et donne un panorama des croyances des Indiens.

J’ai surtout été intéressée par l’aspect documentaire de cette œuvre plus que par l’œuvre littéraire elle-même. Je n’ai pas retrouvé la magie des « Déferlantes » que j’avais vraiment adoré mais l’oeuvre est intéressante et bien écrite.

Evelina de Fanny Burney (1752 – 1840)

vignette femme qui écritEvelina ou The History of a Young Lady’s Entrance into the World (1778), José Corti , domaine romantique 1991. “C’est l’œuvre la plus pétillante, la plus divertissante et la plus agréable du genre” note le Monthly Review en avril 1778. La critique est élogieuse et voit en elle le digne successeur de Richardson et de Fielding. Il est vrai qu’elle excelle dans le ton de la comédie, et prodigue généreusement au lecteur coups de théâtre, et retournement de situation . Elle campe des personnages hauts en couleur au verbe flamboyant et populaire ou à la délicatesse châtiée des aristocrates, dont elle n’épargne ni la suffisance, ni le ridicule : ainsi de ce personnage qui prétend venir au théâtre seulement pour qu’on le voie, et avoue ne rien écouter de la pièce. Aucun pan de la société n’échappe à son observation minutieuse, de la bourgeoisie enrichie qui prétend imiter les nobles, aux prostituées qui se promènent dans les jardins. Les femmes ne sont jamais très bien loties et doivent supporter pour maris d’affreux personnages, tel ce capitaine de marine qui se plaît à tourmenter une française à laquelle il n’épargne ni ses sarcasmes, ni des farces du plus mauvais goût.

Fanny Burney ne s’éloigne jamais pourtant de la morale de son temps et fustige les »bas-bleu » qui offensent le code de réserve féminine en vigueur à l’époque. D’ailleurs, son héroïne a tout d’une ingénue obéissante qui passe son temps à défendre sa vertu. Pour une femme d’aujourd’hui, elle est passablement énervante. Mais pour l’époque, elle représente la femme idéale, rougissante, modeste, gracieuse et obéissant à son tuteur qui dirige sa conduite. Il va de soi qu’elle ne peut se diriger entièrement elle-même. Dans ce roman épistolaire, l’auteure raconte l’entrée d’une jeune provinciale de dix-sept ans dans la haute société londonienne. Sa naissance obscure et son peu de fortune, lui font affronte un préjugé de classe dominant à l’époque qui la met à l’écart, et lui fait endurer le mépris et la disgrâce. C’est sur ce même thème que Jane Austen bâtira Orgueil et préjugés quelque trente ans plus tard. Si Fanny Burney est totalement étrangère au monde d’une féministe comme Mary Wollstonecraft (qui dit-on l’admira), elle n’en prend pas moins quelques risques et égratigne  la société patriarcale de son temps à coup d’ironie feutrée et de satire sociale. Son art du dialogue rend le récit vivant et les 444 pages passent sans peine. A découvrir…

Mois anglais que le blog « Plaisirs à cultiver » Titine  » organise avec Cryssilda et Lou.

le mois anglais

La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry

La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry – Rachel Joyce – XO éditions 2012

Vignette femmes de lettresAu soir d’une vie, on pourrait croire que tout est joué : Harold Fry, la soixantaine, vit une retraite paisible aux côtés de sa femme Maureen. Ils ne se parlent plus guère, une ombre plane entre eux, une sorte de menace, un événement dont aucun ne parle jamais et des regrets, des rancunes souterraines empoisonnent leur vie.
Un matin Harold reçoit la lettre d’une ancienne amie qu’il n’a pas vue depuis plus de vingt ans. Elle lui écrit pour lui dire adieu.
Harold lui répond quelques mots et sort pour poster la lettre. Il ne rentrera pas chez lui ce soir-là et commence un périple du sud au nord de l’Angleterre qui devrait durer plusieurs semaines. Il veut marcher pour qu’elle vive, pour la remercier, pour lui dire qu’il l’aime.
Cette marche devient un pèlerinage, un temps où Harold se retrouve enfin, et où les souvenirs affluent : sa mère qui l’a abandonné, ses mauvaises relations avec son fils. Harold affronte enfin ses démons et tente de donner des réponses aux questions qui le hantent.
Mais parviendra-t-il au terme de son voyage ? Rien n’est moins sûr. Mal équipé, sans entraînement, Harold tente l’aventure sans en avoir mesuré vraiment les difficultés. Et s’il parvient à Berwick-upon-Tweed, qui (qu’y) trouvera-t-il ?
Un roman bien ficelé : une quête spirituelle, la nécessité de revenir à l’essentiel, une critique intelligente des phénomènes de médiatisation, et de la récupération par une certaine société du spectacle de ce qui peut faire le « buzz », font de ce roman original, pétillant, émouvant et parfois drôle un joli voyage littéraire.

Rachel Joyce vit en Angleterre, dans une ferme du Gloucestershire, avec sa famille. Elle a été pendant plus de vingt ans scénariste pour la radio, le théâtre et la télévision, et comédienne de théâtre, récompensée par de nombreux prix. Elle reçoit en 2012 le prestigieux National Book Award.

« Deux secondes de trop » est publié en février 2014.

le mois anglaisMois anglais que le blog « Plaisirs à cultiver » Titine  » organise avec Cryssilda et Lou.

La clandestine du voyage de Bougainville, « Jeanne Barré, la voyageuse invisible »

Michèle Kahn raconte l’histoire romancée de Jeanne Barré, première femme à avoir accompli un voyage autour du monde lors de l’expédition de Bougainville.
A une époque où les femmes sont interdites à bord des bateaux, Jeanne, qui connaît parfaitement les plantes, guérisseuse à ses heures, se travestit en valet pour suivre son amant botaniste, Philibert Commerson, à bord de l’Etoile le 10 janvier 1767. Son histoire est romancée dans La Bougainvillée, de Fanny Deschamps (1982), et reprise en 2014 par Michèle Kahn dans « La clandestine du voyage de Bougainville » qui en propose une manière d’épopée.

Vignette Les femmes et le théatreLe théâtre de Sartrouville a proposé cette histoire« Jeanne barré, la voyageuse invisible » , du 17 au 21 mars 2015 à travers un texte d’Eudes Labrusse et une mise en scène de Jérôme Imard & Eudes Labrusse.
« Des campagnes françaises aux plages de Tahiti, l’étonnant voyage d’une femme au siècle des lumières.
Un beau matin de 1776, une jeune femme s’embarque sous le nom de Jean Barré à bord d’un des navires de l’expédition légendaire de Bougainville. Pendant deux ans, aux hasards de la mer, elle vit travestie en homme au milieu des marins et des plus grands savants de l’époque. Jeanne Barré est la première femme à avoir fait le tour du monde. Son histoire, bien réelle, est pourtant percée de mystères. Eudes Labrusse en comble les vides en réinventant la vie intérieure de l’aventurière et son périple autour du monde. Toutes voiles dehors, c’est ce destin de femme exceptionnelle que deux comédiens et un violoncelliste nous invitent à découvrir à bord d’un imposant « bateau-théâtre ». Une rencontre avec une personnalité surprenante, aussi déterminée que brillante ! »