Bettina Rheims (28 janvier 2016 -27 mars 2016) Maison européenne de la Photographie – Paris

En ce moment a lieu à la Maison européenne de la Photographie une rétrospective de l’œuvre de Bettina Rheims.

L’exposition se présente comme un cheminement sur trois niveaux, mêlant les œuvres les plus connues, des portraits de personnalités du monde de la mode ou des arts, à des photos plus confidentielles qui n’ont pas encore été exposées en France. Mais ce qui est questionnée avant tout par Bettina Rheims est la féminité et ses codes.  Cette recherche de l’identité des êtres, à travers leur mise à nu, afin de mieux saisir leur profondeur et leur intimité, sert de fil rouge jusque dans son exploration du genre.

Vignette Les femmes et l'ArtLe changement de sexe, pour ces hommes qui se sentent femmes, mais aussi l’androgynie où l’identité sexuelle reste volontairement floue, à travers la série des « Modern lovers » en 1990, les « Espionnes » (1992) et les Gender studies (2011) pose de manière cruciale la question de l’identité sexuelle. Les sujets sont nus à la fois leur corps mais aussi émotionnellement. Il n’est pas si évident d’être un homme ou une femme parce le sexe psychique ne correspond pas toujours au sexe biologique et au sexe social. Litterama tente d’explorer ces différents champs à travers la littérature mais plus largement à travers l’art. « Danish girl » récemment porté à l’écran, et nominé aux Oscars, et le livre de David Ebershoff que je suis en train de lire font écho à l’exposition de Bettina Rheims et plus largement aux questions du Temps.

 

J’ai intégré ici une vidéo qui présente son travail sur les « Gender studies » en langue anglaise, et dont on retrouve quelques portraits dans l’exposition en même temps qu’une installation sonore. Magnifique et passionnant.

L’autre partie de l’exposition, vraiment bouleversante, est la série des « Détenues », femmes photographiées en prison, reconstruisant l’image de leur féminité grâce au travail avec la photographe.

Si vous ne l’avez pas encore fait et que vous êtes en région parisienne, courez-y.

Prenez soin de vous – Sophie Calle

Sophie Calle, Prenez Soin de Vous, Arles, Actes Sud, 2007.
Chaque lecture de cette lettre de rupture qu’a reçue l’artiste en est une interprétation ou une analyse . Des femmes différentes utilisent la lettre comme matière première et la mettent en situation. La lettre écrite sort de son statut pour devenir l’objet d’une polyphonie, sans cesse relue dans une perspective différente.

Prenez soin de vous (version italienne)

« J’ai reçu un mail de rupture. Je n’ai pas su répondre.
C’était comme s’il ne m’était pas destiné. Il se terminait par les mots : Prenez soin de vous.
J’ai pris cette recommandation au pied de la lettre.
J’ai demandé à 107 femmes, choisies pour leur métier, d’interpréter la lettre sous un angle professionnel.
L’analyser, la commenter, la jouer, la danser, la chanter.
La disséquer. L’épuiser. Comprendre pour moi. Répondre à ma place.
Une façon de prendre le temps de rompre. À mon rythme. Prendre soin de moi. »

Measures of distance Mona Hatoum

Mona Hatoum, l’écriture des corps, l’écriture du Monde

Mona Hatoum Beaubourg

Mona Hatoum – L’écriture des corps, l’écriture du Monde

Vignette Les femmes et l'ArtLe centre Pompidou présente une exposition complète de l’œuvre de Mona Hatoum, proposant un aperçu de la pluridisciplinarité de ses travaux depuis les années 70 à travers une centaine d’œuvres représentatives de la diversité des supports explorés par l’artiste : à savoir la performance, la vidéo, la photographie, l’installation, la sculpture et les œuvres sur papier.

Ce qui m’a intéressée, ici, pour Litterama, est la présence de l’écriture dans deux œuvres, Over my dead body, et la vidéo « Measures of distance ».
Elle s’est tout d’abord fait connaître par ses performances et ses vidéos dans lesquelles le corps se fait l’interprète d’une réalité parfois violente, contradictoire ou ambigüe. Mon corps est le point d’ancrage dans le monde, mais c’est par lui que je perçois la réalité qui m’entoure : la vision, le toucher, et tous les autres sens m’informent de ce qui s’y passe.

Over my dead body (1988-2002), sur cette œuvre grande comme un panneau publicitaire, Mona Hatoum se représente de profil, regardant un soldat en plastique posé sur son nez. Elle joue de l’échelle pour inverser les relations de pouvoir en réduisant le symbole de virilité à une petite créature, pas plus grande qu’une mouche que l’on pourrait chasser d’un geste. le texte pourrait être interprété de deux manières : soit le corps est déjà mort symboliquement même s’il apparaît vivant, ou alors, « Il faudra me passer sur le corps, je résisterai jusqu’au bout. »

Dans les années 70, elle s’en éloigne pour se tourner vers la sculpture et l’installation à grande échelle. Cages, grilles, grillages témoignent de l’enfermement, de la séparation, de la guerre. Et là encore, le corps est fait prisonnier, il est pris comme otage, reclus, séparé, subit la contrainte, pris entre des désirs contradictoires, subissant la violence du pouvoir et de ses normes concentrationnaires, refoulant ses désirs.

Pour Mona Hatoum, tout ce qui provient du corps est digne, elle utilise ses cheveux, ses rognures d’ongle, les excrétions.

L’oeuvre « Light sentence » est constituée de boxes grillagés carrés, empilés les uns sur les autres pour créer un enclos à trois côtés plus haut que la taille humaine. les boxes ont l’aspect de clapiers pour animaux mais peuvent aussi évoquer l’architecture institutionnelle.

Les meubles et autres objets familiers, qui occupent une place prééminente dans sa production témoignent d’une réalité marquée par un environnement suspicieux, insidieux et hostile.

Mona Hatoum elle même remarque que le maître mot aujourd’hui est la surveillance, et qu’elle a été frappée lors de son arrivée en Angleterre par le nombre de caméras qui filmaient.
Une partie de son œuvre rend compte d’une réflexion sur le corps, de son écriture, de ses empreintes, et l’autre d’un monde en proie à la violence des hommes.

Measures of distance (1988) Cette vidéo montre sa mère en train de prendre sa douche et en transparence, les lettres qu’elle lui écrivait. On entend la voix de Mona Hatoum qui lit ces lettres. On devine la souffrance de la séparation inscrite dans ce corps nu sous la douche. Voix qui provient du plus intime de l’être. Le texte apporte un message contradictoire, il dit le manque, la souffrance des familles séparées par l’exil, alors que ce corps paraît insouciant sous la douche. mais de la même façon que chaque jour on se lave, chaque jour la séparation s’inscrit dans le  corps. Sur le plan esthétique, le texte apparaît comme un rideau de douche.

Photo Héloïse R. D Centre Pompidou
« Twelve windows »(2012-2013) présente douze pièces de broderie palestinienne, œuvre d’Inaash, l’Association pour le développement des camps palestiniens, une ONG libanaise créée en 1969 pour donner du travail aux femmes palestiniennes dans les camps de réfugiés au Liban et préserver un art traditionnel menacé d’extinction par la dispersion des Palestiniens dans la région. Ces pièces de tissu sont normalement portées sur les robes de mariée.

Née en 1952 à Beyrouth de parents palestiniens, Mona Hatoum est en visite à Londres en 1975 lorsque la guerre civile éclate au Liban. Dans l’impossibilité de rentrer, elle reste à Londres où elle étudie l’art. De nationalité britannique, elle demeure au Royaume-Uni après la fin de ses études. Depuis 2003, elle partage son temps entre Londres et Berlin.

LITTERAMA copieSources : présentation Centre George Pompidou, vidéo de l’artiste, visite personnelle de l’exposition.

Mona Hatoum au Centre George Pompidou jusqu’au 28 septembre. A ne pas rater !

Vignette Les femmes et l'Art