Les conseils de lecture de Geneviève Brisac

J’ai contacté Geneviève Brisac afin de lui proposer de nous accompagner dans notre club de lecture autour de « La marche du cavalier » et par la même occasion de nous donner quelques conseils de lecture. Ce qu’elle a fait très gentiment. Je pense que c’est une belle histoire d’amour entre elle et ses lecteurs… Et que son écriture est avant tout l’écriture du lien…

Anis : Quel est votre plus ancien souvenir de lectrice ? Celui qui vous a marqué le plus durablement ?

Geneviève Brisac : J’hésite évidemment, ce sont des souvenirs douteux, sans doute réinventés. Peut-être les Aventures d’Alice au Pays des merveilles, c’était grand album magnifique, je déchiffrais à peine, je me souviens d’Alice,  ce personnage téméraire et perspicace, et insolent surtout. De cette phrase extraordinaire sur la lecture :  un livre ce sont des images et des dialogues, la vie même…( je cite de mémoire)

 

Anis : Si vous deviez nous conseiller un premier ouvrage, un premier jalon, lequel serait-il ?

  

Geneviève Brisac : Les pauvres parents de  Ludmila Oulitskaïa. 

Fort, simple, et beau.

Anis : Le chemin peut être parfois périlleux, de livre en livre, pour le candide, quels conseils nous donneriez-vous pour profiter au mieux de nos lectures ?

 

Geneviève Brisac : Recopier des phrases, c’est ce que je préfère….  j’aime aussi corner les livres, et surligner les passages que j’aime. 

J’aime téléphoner à mes amis pour leur lire des passages. Partager, c’est peut-être le mot clé.

Anis : Si vous deviez proposer un itinéraire parmi les auteures que vous citez, lequel nous offririez-vous ?

 

Geneviève Brisac  Un itinéraire parmi des livres donc….

 

Un si bel amour de Ludmila Oulitskaïa

Les braves gens ne courent pas les rues de Flannery O’Connor.

Chez les heureux de monde de Edith Wharton

La promenade au phare de Virginia Woolf

La prisonnière des sargasses de Jean Rhys

Le Journal d’un écrivain de Virginia Woolf  ( et du coup notre livre VW)

Les rêveurs de Karen Blixen

La ferme africaine de Karen Blixen

La vie matérielle de Marguerite Duras

Leurs enfants de Edith Wharton

Carnets de la guerre de Marguerite Duras

Bonjour Minuit de Jean Rhys 

Laura Willowes de Sylvia Townsend Warner

Fugitives de Alice Munro

L’habitude d’Etre de Flannery O’Connor

Les nouvelles complètes de Grace Paley

 Anis : Quelle auteure avez-vous lue l’année dernière qui vous a donné le sentiment de découvrir une pépite de la littérature écrite par les femmes ?
Geneviève Brisac  J’ai découvert un écrivain magnifique, Charlotte Delbo. Une styliste bouleversante. 

Intransigeante et sincère. Ses récits de sa captivité à Auschwitz sont de la grande littérature, à l’égal de Primo Levi, au moins.

Connaissance inutile est un chef d’oeuvre

Anis : Pourquoi selon vous « le poète a le devoir d’être femme, de tenir le monde à l’œil, et d’être entendue ? »

 

Geneviève Brisac  Pour faire entendre un son différent sans cesse étouffé.

Pas de liberté pour nous, sans lutte, sans peur, sans courage!

Anis : Vous vous battez depuis des années pour défendre et promouvoir cette « vision du monde du côté des femmes ». Y a-t-il autant d’urgence aujourd’hui ?

Geneviève Brisac  Oui. La légitimité des femmes artistes est remise en cause chaque jour. Leur écho est très faible. C’est même bien pire, je trouve qu’il  y a quelques années.

Citez dix femmes écrivains importantes, profondes, qui resteront… La vision dominante….domine!

Anis : Si vous deviez livrer votre credo de lectrice à nos visiteurs, que leur diriez-vous ?

Geneviève Brisac   Je me suis très souvent trouvée dans l’obligation de répondre à la question : « Pourquoi écrivez-vous ? »  qui est presque la même question que « Pourquoi lisez-vous? » Au début, quand j’étais très jeune et  très timide, je répétais la courte réponse que donnait André Gide à cette question et répondais : « J’écris pour qu’on me lise. « 

Je pensais : j’écris parce que ce qui est écrit est la seule réalité qui m’importe.. ».

Aujourd’hui je dirais comme Annie Dillard :  » dans l’espoir de journées plus vastes, d’une vie plus dense. »…

Ce que j’ignorais à l’époque, c’est que pour être écrivain, il fallait écrire et, de plus, écrire en se donnant pour exigence minimale de le faire très bien, donc en s’armant de courage et surtout d’une patience infinie, cette patience qu’Oscar Wilde a su fort bien évoquer : « J’ai passé toute la matinée à corriger les épreuves de l’un de mes poèmes, et j’ai supprimé une virgule. Dans l’après-midi, je l’ai remise. » Lire m’y aide tellement! La littérature est un fleuve! Nous, des gouttes d’eau, avec nos mots.

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