Yoko-Tawada

Yoko Tawada est une de ces personnes dont le sourire illumine complètement le visage, et dont l’intériorité se révèle dans les différentes expressions qui modèlent à loisir le nez, la bouche et les pommettes. Elle a un visage plein d’âme et je suis tombée sous le charme.

J’ai assisté à une des conférences qu’elle a tenues lors du Salon de Paris 2012. Et voilà ce que j’en ai retenu.

Elle est née en 1960 à Tokyo et a migré vers l’Allemagne en 1982 d’où elle écrit et publie à la fois en allemand et en japonais. Elle est écrivain, dramaturge et poète et a remporté de nombreux prix autant en Allemagne qu’au Japon. Elle tire de cette double identité, « une manière singulière, inimitable, qui bouscule les conventions linguistiques et culturelles. »

Elle est l’auteure qui pose le plus explicitement et de la manière la plus fouillée la question des frontières de la langue. Elle possède une manière singulière de bousculer les conventions autant littéraires que sociales ; ses personnages inventent une autre manière de regarder le monde.

Elle raconte la façon dont elle écrit de la poésie : elle écrit des phrases et les laisse en suspens. Elle écrit une première phrase, la dit et n’en garde que le tiers. Le reste demeure dans le silence. Au lecteur de continuer la phrase à sa manière.

Quand elle écrit un roman, elle conçoit une première scène, raconte-t-elle, mais dont l’ambiguïté va servir au développement ultérieur du roman. Tout est caché mais elle ne sait pas ce qu’elle va découvrir. Ecrire c’est creuser pour le découvrir et le mettre au jour.

Quand elle se tait, elle a l’impression qu’il y a un mur extrêmement épais et elle ne sait pas comment elle va passer dans la parole.

Son dernier recueil s’intitule « Les aventures grammaticales de la langue allemande », or jamais la grammaire n’est devenue un thème poétique.

 

En allemand et en français, il existe le je et le tu, et une façon de s’adresser à l’autre selon le degré de familiarité  qui impose le tu ou le vous. Par contre, lorsqu’on veut parler de soi, il n’existe qu’un pronom, « je ». Le génie de la langue se déploie dans la multiplicité de ces mots qui changent en fonction du mode de relation qu’on entretient avec l’autre.

En japonais, le je n’est pas toujours utilisé comme sujet, mais exprime également le rapport avec l’autre. Pour dire « Je vous parle. », on n’utilise ni « je », ni « vous » mais un verbe plus un suffixe verbal qui par exemple peut indiquer que l’on est un inférieur qui s’adresse à un supérieur. Ce qui existe en fait c’est le rapport entre le moi et le vous.

Dans leur langue maternelle, les enfants retiennent d’emblée l’ensemble des codes qui la régissent. Ils sont dans le bain de la langue. Certains d’entre eux, par contre, ne parviennent pas à assimiler d’autres langues.

 

Yoko Tawada est arrivée à 22 ans en Allemagne. Elle explique qu’elle était très immature et donc qu’elle avait la réceptivité de l’enfant par rapport à une autre langue. Elle entendait de l’allemand et ne possédait aucune connaissance syntaxique ni grammaticale . Elle raconte comment elle a expérimenté la langue et comment celle-ci est entrée peu à peu à l’intérieur d’elle. Les émotions qu’elle pouvait éprouver, joie lorsqu’elle comprenait et colère lorsqu’elle ne comprenait pas. Elle se souvient avoir senti les mots comme des choses, des matières qu’on laisse couler dans sa main. Dés le début, la langue a été perçue comme l’expression même de la poésie. La prononciation difficile, demandait une effort corporel. Les mots opposaient une résistance, ils devenaient vivants et ne voulaient pas entrer dans sa bouche. Pour Yoko Tawada, l’alphabet a quelque chose de magique, car avec 20 et quelques lettres on peu exprimer des choses complexes et longues.

Yoko Tawada a écrit « Le journal des jours tremblants » suite au drame de Fukushima. Comment résoudre et dépasser ce problème ? Posséder une seule langue ne résoudrait pas le problème. Chacun doit le résoudre dans sa propre langue. Il ne s’agit pas de se fondre dans le grand courant culturel de la mondialisation. Il faut poser la valeur des différences culturelles, surtout pour les pays minoritaires…

Je vous invite à découvrir Yoko Tawada qui est une auteure exigeante, d’un abord parfois un peu difficile mais qui est absolument passionnante.

 

Yoko Tawada – auteur de l’exophonie, « Loeil nu »

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