Herbjørg Wassmo – L’héritage de Karna

Herbjørg Wassmo – L’héritage de Karna (en langue originale 1997). Gaïa 2000 puis 10/18 (réédition 2015)

Traduit du norvégien par Luce Hinsch, en trois livres rassemblés en un seul tome. 699 pages

Livre premier : Mon péché n’appartient qu’à moi

Deuxième livre : Le pire des silences

Troisième livre : Les femmes si belles

Vignette femmes de lettresLe récit alterne cette fois entre un je, et un elle, avec des focalisations variées et un glissement de l’une à l’autre, particulièrement maîtrisé. L’auteure est une formidable conteuse qui possède toutes les techniques de la narration.

Benjamin quitte la belle Anna, dont il est amoureux mais qui est promise à son meilleur ami, et rentre en Norvège, à Reinsnes. Mais les retrouvailles avec ce pays désertique coincé entre la mer et la montagne, ne sont pas des plus faciles, d’autant plus que Reinsnes amorce sa décadence loin du faste d’autrefois. Le vapeur ne s’arrête plus et les affaires sont difficiles malgré le travail d’Anders et son dévouement sans faille. Mais Benjamin n’arrive seul, car Karna l’accompagne. Elle souffre d’un terrible mal …

Il existe, dans le récit d’ Herbjørg Wassmo, une mystique née de la communion de la montagne et de la mer, de leurs amours tumultueuses faites de naufrages et de tempête. Autrefois considérée comme une maladie diabolique puis psychiatrique, l’épilepsie effraie et fait de Karnak un être à part…à l’unisson de ce paysage tourmenté, où le temps peut varier subitement d’une heure à l’autre, et la mer se démonter engouffrant hommes et biens.

Mais Karna est aussi un trait d’union entre le passé et l’avenir..

Et le passé soudain resurgit bouleversant la vie des habitants à Reinsnes.

 

Ce tome clôt le cycle de Dina, brillante et flamboyante saga… Et je n’en ai pas fini avec cette auteure, je peux vous l’assurer…

Herbjørg Wassmo – Fils de la providence tomes 1 et 2

 

Herbjørg Wassmo – Fils de la providence tomes 1 et 2 1992 (en langue originale 1992). Gaïa 1997 puis 10/18 (réédition 2015)

Traduit du norvégien par Luce Hinsch

Tome 1 : Benjamin, le fils de Dina, a vu ce qu’il n’aurait jamais dû voir. Il a 11 ans et sa mère, encore jeune et belle, ne supporte pas d’être abandonnée. Sa grand-mère, morte accidentellement lorsqu’elle était enfant, le rejet de son père, ont creusé en elle des failles, une instabilité émotionnelle et une grande fragilité psychologique. Elle navigue à vue entre la raison et la folie, et essaie de prendre son destin en mains pour ne pas sombrer. Le fils hérite de la souffrance de sa mère. Il se choisit un père, Anders, sur lequel il s’appuie, mais également sur  tous ceux, dans son entourage, qui lui montre de la tendresse. Et puis il y a Hanna, la fille de Stine, une protégée de sa mère d’origine lapone, avec qui il joue et folâtre. Il tente de grandir, tant bien que mal, en proie aux cauchemars, déchiré par le terrible héritage que lui a légué Dina.

Dans ce premier Tome, Benjamin prend d’abord la parole pour la céder ensuite au narrateur, extérieur à l’histoire.

Tome 2 : A Copenhague, Benjamin, le fils délaissé de Dina, entreprend des études de médecine, toujours hanté par la tragédie familiale et la fuite de Dina. Mais la guerre des Duchés éclate et il s’engage pour aller au front. Dans la fureur et les larmes, au milieu des morts, de la souffrance intolérable des blessés, il se tourne vers Karna, pulsion de vie, chaleureuse et douce. Puis il revient à Copenhague et tente d’oublier et Karna et la guerre…

Raconté à la première personne, le récit acquiert une plus grande profondeur. On pénètre les pensées de Benjamin, on vit cet intolérable cauchemar qui le réveille au fil des nuits, et la culpabilité qui le déchire. Il décide alors de se livrer à la place de sa mère, d’endosser son crime et il le lui écrit. Tout va se précipiter alors.

Avec une plume flamboyante et efficace, maîtrisant l’art du suspense et des retournements de situation, Herbjørg Wassmo ferre son lecteur pour ne plus le lâcher.

Une littérature populaire de haut vol…

Le livre de Dina – Herbjørg Wassmo Une serial-killeuse venue du froid ?

 

Herbjørg Wassmo – Le livre de Dina 10/18 Editions Gaïa 1994 (en langue originale 1989). D’abord parus en trois tomes , Les limons vides (tome 1), Les vivants aussi (tome 2), Mon bien-aimé est à moi (t.3)

Traduit du norvégien par Luce Hinsch

En ce XIXe siècle qui n’est pas tendre pour les femmes, pas plus en ces pays nordiques qu’en des contrées plus méridionales, s’émanciper peut-être l’œuvre de toute une vie.

Quelques femmes d’exception, au tempérament d’acier, aiguillonnées par une puissante rage de vivre, purent en partie briser la loi d’airain qui les tenaient enchaînées à leur foyer et à leurs tâches domestiques. Dina est de celles-là …

En ce dix-neuvième siècle traversé par de grands bouleversements, Reinsnes, dans le Nordland, battue par la mer et les vents, abrite comme partout ailleurs les bonheurs et les drames de ses habitants. Dina, petite fille solitaire et sauvage, a provoqué accidentellement la mort de sa mère. Rejetée par son père elle se réfugie dans la musique ; son tuteur, violoncelliste, lui communique la passion de son instrument et lui apprend à domestiquer ses tourments intérieurs. Blessée, révoltée, elle va refuser de se plier aux règles dictées aux femmes par son époque. Servie par sa beauté, son caractère indomptable, et sa sensualité, elle va utiliser les hommes et  leur pouvoir pour parvenir à se libérer.

Mais la souffrance de Dana ne s’apaise pas, et sa peur d’être abandonnée, sa soif inextinguible d’être aimée, va provoquer une terrible tragédie.

Ce sont nos blessures qui blessent les autres, et qui provoquent parfois des catastrophes en chaîne. Les souffrances tues mais toujours vivantes, les blessures non cicatrisées, sont comme des bombes à retardement. L’histoire de Dana, est l’histoire d’une très longue résilience, qui ne ménage pas les surprises et les rebondissements orchestrés de main de maître par Herbjørg Wassmo.

Cette formidable saga se poursuit par Fils de la providence, en deux tomes, puis s’achève avec la trilogie « L’héritage de Karna » (Mon péché n’appartient qu’à moi, Le Pire des silences, Les Femmes si belles).

Le livre de Dina a été porté à l’écran par le metteur en scène danois Ole Bornedal avec Gérard Depardieu, Maria Bonnevie et pernilla August dans les rôles prinicpaux.L’auteure a déjà publié , la trilogie de « Tora » (la Véranda aveugle, La chambre silencieuse, Ciekl cruel), La Fugitive, Un verre de lait, s’il vous plaît, Cent ans, Ces instants-là.

L’auteure est née en Norvège en 1942, et vit à Hihnöy, une petite île située au nord du cercle polaire. Elle a commencé par être institutrice.

 

Etre femmes et écrire… Ces instants-là de Herbjørg Wassmo

Ces instants-là

Ces instants-là de Herbjørg Wassmo Gaïa éditions (2014) – édition originale 2013 traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

Herbjørg Wassmo est née en 1942, dans le nord de la Norvège. Ses romans et nouvelles sont empreints de l’atmosphère de ces régions septentrionales.
Auteure de sagas flamboyantes telles que la Trilogie de tara, Le livre de Dina et Cent ans, elle a vu son œuvre récompensée de nombreux prix.

Les femmes des romans de Herbjørg Wassmo sont toujours en mouvement. Elles font de terribles efforts pour se libérer du carcan familial, pour briser les tabous imposés par la société et revendiquer leur liberté. Nées dans des contrées rudes, assez inhospitalières, leur caractère est trempé dans l’acier. Si elles peuvent douter parfois, rien ne leur fait peur. Elles sont en marche …

Ce roman a quelque chose d’universel, elle pour la femme, l’homme pour tous les hommes, aucun ne sera vraiment nommé, la fille, le fils pour tous les enfants passés, présent et à venir.
Les brumes du nord, le froid mordant, les jours sombres donnent à ce roman une certaine mélancolie et une atmosphère en demi-teintes au charme puissant.

Elle porte déjà un terrible fardeau et le poids de la culpabilité. Elle pourrait se laisser terrasser mais décide d’avancer coûte que coûte. Elle prend appui sur « ces femmes courageuses qui ont travaillé dur et véritablement risqué quelque chose. Lutté pour le droit de vote et l’égalité des salaires. Se sont érigées contre les généraux et les bastions masculins. »
Elle lit Simone de Beauvoir (On écrit à partir de ce qu’on s’est fait être), mais aussi les auteures scandinaves Edith Södergran, Karin Boye, Tove Ditlevsen, Inger Hagerup et Magli Elster. Et met ses pas dans les leurs.

   Être femme et écrire… Être en charge du foyer et de l’éducation des enfants, soumise aux attentes et aux désirs de l’homme et pourtant vouloir écrire. « Les romans requièrent des nuits longues », des nuits à écrire, car quand et comment écrire quand autant de tâches vous accaparent ?
Être femme et écrire, c’est toujours sacrifier quelque chose, c’est pourquoi les femmes entretiennent un rapport singulier à la littérature qui devient leur combat.

Être femme et écrire devient un credo, un espoir, un long chemin vers la liberté…

A Nadael, Les mots de la fin, qui a attiré mon attention sur ce livre

Printemps Sigrid Undset

printemps

Printemps , 1914

 

Née en 1882, Sigrid Undset s’est consacrée très tôt à la littérature. Parallèlement à son travail de secrétaire, elle écrit. Auteure entre autres de Maternités, Jenny (qui fera scandale), de Vigdis la Farouche et de Kristin Lavransdatter, elle a reçu le prix Nobel de littérature en 1928. Elle est morte à Lillehammer en 1949.

Rose Wegner, l’héroïne de ce roman, attend l’amour pour être révélée à elle-même, un amour qui serait la fusion de deux êtres autant que deux destins et qui ferait d’elle la possession, la chose, de l’homme qu’elle aimerait. Que faire alors si cet amour ne vient pas ? Se résigner, et rester seule, sans famille et sans soutien dans l’existence ? Ou se contenter d’une amitié amoureuse et de la construction d’un foyer ?

Dans ce roman, Sigrid Undset plante le cadre d’une modernité héritée de la révolution des transports et plus largement de la révolution industrielle-dans de grandes villes mornes et tristes- et d’une certaine révolution des mœurs, car le divorce est autorisé en Norvège, pays protestant. Une nouvelle figure féminine émerge, qui travaille pour assurer sa subsistance et celle de sa famille même si, une fois mariée, elle réintègre le plus souvent le foyer.

 Printemps est un roman ou curieusement la narration est plutôt du côté masculin même si le narrateur est extérieur à l’histoire et qu’il pénètre de manière égale les pensées des personnages. Les pensées et les actions de Rose ne prennent du relief qu’en fonction des pensées de Torkild, personnage masculin. Car ici , la femme ne prend toute sa mesure que dans son rapport au foyer et à la maternité. Elle n’existe pas réellement en dehors de sa « vocation naturelle » qui est d’enfanter et d’assurer la stabilité du foyer. Toute femme qui s’écarte de ce chemin sombre dans la déchéance (le personnage de la mère et de la sœur), tout comme celle qui n’obéit pas à ses devoirs d’épouse et de mère même si l’homme, infidèle, abandonne lui, le foyer (le père de Torkild).

J’ai apprécié ce roman bien construit, où les sujets de réflexion ne manquent pas, car Sigrid Undset, catholique et conservatrice, est aussi une fine analyste des sentiments humains. On y apprend aussi comment hommes et femmes vivaient à l’époque. J’ai trouvé en outre un écho au mouvement naturaliste en littérature, l’hérédité y est évoquée, les tares familiales ainsi que la vigueur, la santé du corps qui s’étiole dans ces emplois de bureau, loin de la vie au grand air.

 Sigrid Undset, on l’a bien compris, n’est pas féministe, elle pense que la femme ne s’épanouit pleinement que dans la maternité et elle ne fut pas très appréciée des féministes de son temps qui prônaient l’affranchissement de la tutelle de l’homme et du foyer, entraves à l’épanouissement de la femme en tant qu’individu. Sur le tard cependant, elle reconnut les bénéfices de ces mouvements sur la condition des femmes.

Il faut savoir qu’en 1840, les femmes célibataires sont mineures toute leur vie et peuvent si elles le souhaitent se placer sous l’autorité d’un tuteur ; les femmes mariées quant à elles passent de l’autorité de leur père à celle de leur mari. Puis, plus tard, la majorité sera abaissée à la vingt-cinquième année. Les femmes peuvent cependant travailler dans certains secteurs.

Au fil des ans, de nouvelles lois favorables aux femmes feront leur apparition. Les femmes divorcées ou veuves seront majeures sans condition d’âge. Les conditions socio-économiques du pays joueront fortement sur les problématiques féminines : l’exil, la pauvreté du pays, la baisse de la natalité.

Dans le roman , l’héroïne est secrétaire, une autre est journaliste. La littérature féminine avant Sigrid Undset, reflète les préoccupations et les valeurs de l’époque, comme ce fut le cas pendant l’époque victorienne en Angleterre, les intrigues se nouent essentiellement autour de la chasse au mari. (Les femmes écrivains de l’époque sont :Hanna Winsnes, Marie Wexelsen, et Anne Magdalene Thoresen).

Avec le mouvement féministe, de nouvelles préoccupations se font jour dans des romans et sous la plume d’auteures qui contestent la norme : Camilla Collet dont le roman « Les filles du Préfet » (1854) fera l’effet d’un coup de tonnerre. Il raconte l’initiation sentimentale de deux jeunes gens, ce qui a l’époque est regardé alors comme une faiblesse uniquement féminine.

D’autres écrivains suivront, emportées par la seconde vague du féminisme, Eldrid Lunden, Liv Køltzow, Cecilie Løveid et Tove Nielsen . Mais je n’ai trouvé aucun renseignement sur ces femmes sur internet et aucun de leurs ouvrages traduits en français. C’est bien dommage..

Article passionnant sur l’histoire des femmes de lettres norvégiennes