Interview Adriana Lunardi sur son livre Vesperas

Trois grandes écrivaines brésiliennes – Ecriture de soi, écriture d’autrui

L histoire de Poncia, Conceicao Evaristo, Une voix afro-brésilienne

L histoire de Poncia conceicao evaristo

L’Histoire de Poncia (2003) – Conceição Evaristo  Editions Anacoana, 2015 pour la traduction française, traduit du brésilien par Paula Anacaona et Patrick Louis

vignette femmes du MondeComment parler de la puissance de cette auteure, de sa formidable énergie, de son immense talent ? Comment remercier les éditions Anacaona (pilotées par Paula Anacaona) d’avoir favorisé cette rencontre ? Car comment comprendre que cette œuvre courte mais puissante, essentielle, au programme du baccalauréat au Brésil n’ait pas été traduite jusqu’ici ?

Dans une interview donnée au magazine Culturelire, Conceição Evaristo explique que ce livre, publié en 2003, l’a été dans un contexte particulier, Lula venait d’être élu et une loi avait été votée obligeant à enseigner l’histoire et les cultures africaines à l’université.

Ponciá fabrique des poteries avec sa mère ; elle a du talent et rêve d’une autre vie. Elle décide de quitter la terre de ses ancêtres pour aller en ville. Ponciá est un personnage profondément seul car toute lutte personnelle ancre dans la solitude. Son errance représente selon l’auteure, le manque d’espace, non pas géographique, mais émotionnel. Elle a appris à lire mais cette conquête dont elle est si fière lui paraît au bout du compte inutile. Elle ne parvient pas à aller plus loin parce qu’elle n’a pas accès aux livres, elle lit seulement les journaux qui ne lui apprennent rien d’autre que des faits, des événements sans fournir une analyse des causes qui les ont fait advenir. L’avenir est bouché, car être femme, noire et pauvre rend les rêves impossibles tant sont lourds les déterminismes sociaux. Conceição Evaristo a fait toute sa carrière comme institutrice et a repris ses études après 40 ans pour reprendre ses études et parvenir à obtenir un doctorat. Ponciá ne pourra pas aller aussi loin. Dans le roman, il existe un univers basé sur les cultures bantoue et nago. Les voyages de la mère, son retour au foyer familial, sa quête,   représentent les étapes d’un rite de passage. Tout au long de ce court roman, l’histoire du peuple noir, de sa dépossession, de l’esclavage est particulièrement présente car elle est inscrite dans l’histoire familiale comme dans l’histoire politique. Le grand-père acculé à la folie et au désespoir, le rêve de commander et de frapper de son frère, les absences de Ponciá (don de double vue ?) de plus en plus longues et qui la condamnent à la passivité. La quête est celle du lien, d’un tissage qui permet de s’inscrire dans une histoire et une culture.

La langue de Conceição Evaristo est belle, très pure, très rythmée.

« Elle aurait voulu lui confier ses peurs anciennes qui la submergeaient parfois. Elle aurait voulu savoir si lui aussi souffrait de ce mal, si lui aussi avait des angoisses. Elle aurait voulu que l’homme lui parle de ses rêves, de ses projets, des espoirs qu’il avait dans la vie. Mais il restait silencieux. Il ne pleurait pas, ne riait pas. Même au début, quand Ponciá s’ouvrait à lui, l’homme restait muet, les mots coincés dans la gorge. Aucun de ses gestes n’était porteur de sens. Ponciá, elle, vivait l’angoissante et désespérante envie de la rencontre.

Un mélange de colère et de déception s’emparait d’elle quand elle se rendait compte qu’ils n’allaient jamais au-delà du corps, qu’ils ne se touchaient jamais au-delà de la peau. »

 

Appel à contribution : littérature brésilienne

Voici une série d’auteures brésiliennes, en connaissez-vous d’autres, traduites en français? Quels livres avez-vous lus ou recommanderiez-vous ?

Marina ColosantiConceição EvaristoAngela LagoTatiana Salim LevyAdriana LunardiAna Maria MachadoAna Paula MaiaPatricia MeloLu MenezesBetty Milan  Ana MirandaNélida Piñon Carola SaavedraFernanda TorresPaloma Vidal Clarice Lispector

Conceição Evaristo : L’histoire de Poncia (éditions Anacaona 2015) auteure extrêmement importante et peu traduite. L’histoire de Poncia est étudiée au baccalauréat brésilien.

Adriana Lisboa.Des roses rouge vif (Éditeur : Editions Métailié (2009) ) Quand le cœur s’arrête (Éditeur : La Joie de Lire (2009) )  Bleu corbeau (Editions Métailié (2013) ) et Hanoï (Éditeur : Editions Métailié (2015)).  Il semblerait qu’elle réside maintenant aux Etats-Unis. (Sur la route de Jostein).

Clarice Lispector L’heure de l’étoile (Des femmes 1985) – Où étais-tu pendant la nuit ? (Des femmes 1986) – Le lustre des femmes (1990) -Liens de famille (Des femmes 1992) – La découverte du monde (des femmes 1995) -La passion selon G.H (Des femmes 1998) – Près du cœur sauvage (Des femmes 1998) – Un souffle de vie (Des femmes 1998) – Le bâtisseur de ruines (Gallimard 2000) -La vie intime de Laura (Des femmes 2004) – Comment naissent les étoiles (Des femmes 2005) – L’invitation de la rose et autres textes (Des femmes 2008) – L’unique façon de vivre : lettres (rivages 2010) – Pourquoi ce monde (Des femmes 2012) – Amour et autres nouvelles (Des femmes 2015). Cette liste n’est pas exhaustive .

Tatiana Salem Levy : La Clé de Smyrne, Buchet-Chastel, 2011

Adriana Lunardi : Corps étrangers, Éditions Joëlle Losfeld 2015, Vésperas, Editions Joëlle Losfeld 2005 (un recueil de neuf nouvelles qui s’attardent sur les disparitions des romancières Dorothy Parker, Virgina Woolf, Clarice Lispector, Colette, Katherine Mansfield, Sylvia Plath, Zelda Fitzgerald, Ana Cristina César et Julia da Costa)

Ana Paula Maia  Du bétail et des hommes, Anacaona, à paraître en 2015, traduit par Paula Anacaona. • Charbon animal, Anacaona, 2013, traduit par Paula Anacaona

Patricia Melo :  Acqua Toffana (1994), Actes Sud, Matador : le tueur Albin Michel 1996,  Éloge du mensonge,  Actes Sud 2 000,  Enfer,  Actes Sud 2001, Le diable danse avec moi,  Actes Sud 2005, Monde perdu,  Actes Sud 2008, Le Voleur de cadavres,  Actes Sud 2012

Lu Menezes  : La Poésie brésilienne aujourd’hui, choix réunissant 16 poètes et introduction de Flora Süssekind, bilingue franco-portugais, Le Cormier, 2011, traduit par Patrick Quillier.

Betty Milan Rio, dans les coulisses du carnaval, Editions de l’Aube, 1998, (épuisé).• Brésil pays du ballon rond, Editions de l’Aube, 1998, (épuisé).• Le Perroquet et le Docteur, Editions de l’Aube, 1997, traduit par Alain Mangin (épuisé)

Ana Miranda  : Bouche d’enfer, Julliard, 1999, traduit par Antoine Albuca.

Nélida Piñon  : Le Temps des fruits  Éditions des Femmes, 1993, Fundador  Éditions des Femmes, 1998, La Maison de la passion  Éditions Stock, 1980, La Salle d’armes Éditions des Femmes, 2005, La Force du destin  Éditions des Femmes 1987,  La République des rêves  Éditions des Femmes, 1990

Carola Saavedra : « Coexistence » dans Brésil 25. Nouvelles 2000-2015, anthologie dirigée et préfacée par Luiz Ruffato, Métailié, à paraître en 2015, traduit par Geneviève Leibrich.
• Paysage avec dromadaires, Mercure de France, 2014, traduit par Geneviève Leibrich.• « Passion » extrait du collectif Le Football au Brésil – Onze histoires d’une passion, Anacaona, 2014, traduit par Paula Anacaona.

Fernanda Torres : Fin [« Fim », 2013], trad. de Marine Duval, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Du monde entier », 2015

Paloma Vidal Mar Azul, Mercure de France, à paraître en 2015, traduit par Geneviève Leibrich.

 

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