Présentation par Amanda Boyden de son livre

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

Julie-Otsuka

PRIX FEMINA ÉTRANGER 2012

j'aime coup de coeurj'aime coup de coeurj'aime coup de coeurj'aime coup de coeur j'aime coup de coeur

Julie Otsuka – Certaines n’avaient jamais vu la mer –  Phébus littérature étrangère, traduit de l’anglais (américain) par Carine Chichereau –Libella Paris 2012

Ce roman est composé de multiples voix, ces « voix du nous » comme les appelle Julie Otsuka, qui s’élèvent dés que vous ouvrez le livre et vous happent pour ne plus vous lâcher. Voix qui sortent de ces poitrines de très jeunes femmes qui au début du XXe siècle quittèrent leur Japon natal pour rejoindre leurs maris japonais choisis sur photos et racontent leur désenchantement et la trahison de ces hommes qui étaient ou plus pauvres, ou plus vieux que les hommes qu’elles avaient élus. Une d’elle raconte que l’un d’eux avait donné la photo de son ami qui était beaucoup plus beau que lui. Jeunes femmes obéissantes ou silencieuses qu se sont tues si longtemps, que les voix ici libérées s’échappent à la manière de cris ou d’incantations.

Elles sont toutes là, vous les imaginez serrées les unes contre les autres, visages innombrables, destins singuliers et pourtant semblables. Vous les entendez, elles n’ont plus de souffle, les mots se pressent sur leurs lèvres, ce qui donne ce côté haché et quelque peu décousu au récit, mais un fil solide les relie, le fil ténu d’une histoire unique et pourtant commune. Vous les entendez et votre souffle se mêle au leur, et votre cri retenu si longtemps dans votre poitrine nourrira le leur, vos yeux seront leurs yeux, et vos mains se creuseront avec elles sous le poids des tâches.

Malgré tout, vous voyez qu’elles trouvent une place à force de patience et de labeur, leurs enfants sont leur force, ils apprendront l’anglais et certains iront même à l’université. Mais voilà, avec elles vous entendez la guerre, vous sentez la menace, vous les suivez sur le chemin d’un autre exil, un exil à l’intérieur des terres vers ces camps de la honte ou vers le nord, afin que leurs voix japonaises ne se mêlent aux chants guerriers de leurs compatriotes.

Et c’est là que vous les laissez, le cœur serré, et ému aussi devant tant de beauté, tant de force dans ce chœur de femmes. Vous refermez le livre, vous le gardez peut-être quelques instants dans votre main, sa chaleur d’avoir été tant tenu adoucit un peu le regret d’avoir à le quitter. Vous le posez enfin, sur la table, avec tendresse…Vous ne les oublierez pas.

festival amerrica

3/19 Festival America  

Argentine =) Eugenia Almeida – Elsa Osorio –  Lucía Puenzo –  Canada =) Naomi Fontaine –  Lucie Lachapelle – Catherine Mavrikakis – Dianne Warren – – Cuba =)  Karla Suárez – Etats-Unis =)  Jennifer Egan –  Louise Erdrich –  Nicole Krauss –  Rebecca Makkai –  Toni Morrison – Julie Otsuka –  Karen Russell –  Janet Skeslien Charles –  Vendela Vida –   Mexique =) Sabina Herman –  Pérou =) Grecia Cáceres