Archives pour la catégorie Festival America

Festival « Les autrices », programme détaillé, les 14 et 15 septembre

Certaines choses sont encore en attente de confirmation mais concernant le programme le festival commence le vendredi soir avec un cinéma de plein air et le vernissage une exposition de diptyques textes et illustrations.

Le samedi et le dimanche matin ont lieu des ateliers.
Le samedi, un atelier d’écriture avec Marcia de « It’s been lovely but I have to scream now » (zine en ligne), un de poésie, un de création de zine, et une visite guidée avec « feminist of paris » sur la chasse aux sorcières vers le Panthéon.
A 14h les tables rondes , avec les thèmes suivants:
l’importance de raconter son histoire avec Rebeca Amsellem et Camille de « Je m’en bats le clito (page Instagram). »
Je m en bats le clito
réflexion sur la place des personnes racisées dans la sphère littéraire avec Grace Ly et Laura Nsafou.
Résultat de recherche d'images pour "Grace Ly et Laura Nsafou."
–  une table ronde sur l’élaboration d’un personnage féminin qui est en cours de construction.
Le samedi,  La dictée coquine puis 2 concerts.
Le dimanche matin,  club de lecture et  atelier BD puis en début d’après midi un micro ouvert où chacun.e peut venir lire ses textes. 
–  une table ronde sur les autrices oubliées avec Feminist of paris, Christine Planté et les Georgettes Sand. Ni vues ni connues
– table ronde sur le roman graphique avec Chloé Wary.
Saison des Roses
– une intervention de Noémie Delattre et un enregistrement de podcast avec The Feminist Book Club.
Résultat de recherche d'images pour "noémie delattre"
Les ateliers sont payants et le festival sera en entrée prix libre.
Les tables rondes du samedi après midi seront traduites en langue des signes.

Racisme, pris sur le vif, Festival America par Héloïse Dorsan Rachet

 

Vidéo : E comme esclavage : un devoir de mémoire… Festival America

J’avais pris pas mal de notes mais j’ai découvert la vidéo, et c’est certainement mieux de la proposer à ceux que le sujet intéresse. On y retrouve Yaa Gyasi, l’autrice de « No home » et notre flamboyante ancienne ministre, Christiane Taubira. Sans compter Dany Laferrière, éminent écrivain.

F… comme Femmes : Portraits de femmes #1/ Vidéo/Festival America 2018

Brad Watson – Miss Jane/ Découverte Festival America 2018

Résultat de recherche d'images pour "miss jane brad watson"

« Miss Jane, c’est moi », a déclaré Brad Watson au Festival America.

« Miss Jane » est un roman d’une grande délicatesse, d’une excessive pudeur, et pourtant d’une honnêteté remarquable. Car si Jane urine ou défèque dans ses jupes c’est avec la plus grande dignité. Victime de son « cloaque persistant ».

Ce personnage lui a été inspiré par sa grand-tante Mary Ellis «Jane» Clay, qui toute sa vie souffrit d’incontinence urinaire.

« Je me suis posé de grandes questions avant d’entrer dans la peau de cette femme. C’est le livre qui va permettre cette entrée dans le personnage. »

En effet, lorsque Jane Chisolm vient au monde en 1915, dans une petite ferme du Mississippi, le docteur Thompson s’aperçoit qu’elle n’est pas tout à fait comme les autres : elle ne s’est pas formée totalement.

Le livre est la quête de ce mystère. Pourquoi est-elle différente ? L’absence de ce qui n’est pas est toujours indirectement évoqué, enfoui dans le secret des jupons. Nous n’y avons pas accès, pour respecter la pudeur de Jane peut-être, nous laisserons les jupes virevolter autour de ses jambes nues. Nous aurons seulement droit à la brochure illustrée de l’anatomie féminine, mais dont on aura enlevé toutes les illustrations.

Libre dans la nature, à l’abri du regard des hommes, ou claquemuré dans un appartement dont elle peut rarement sortir, Jane vit un perpétuel exil.

C’est bien le sens du lieu, de la nature, comme les serpents, les marais qui vont donner leur place aux personnages et le rapport d’identification qu’ils permettent. « Ils font le lien entre les personnages et moi » explique l’auteur.

Cela représente, pour l’héroïne, le lieu dont elle ne peut sortir, s’enfuir, pour incarner sa vie, son devenir.

Les années passant, le cercle déjà étroit de ses relations et de sa famille se rétrécissant jusqu’à devenir peau de chagrin, elle devra affronter l’inexorable solitude.

Pourtant Miss Jane est aussi un roman d’émancipation, la conquête d’une certaine dignité, un acte de bravoure qui consiste tout simplement à vivre.

Un très beau roman, lu avec Nadège.

L’avis de Nadège, « Les mots de la fin »

Le cœur battant de nos mères – Brit Bennett / Devenir mère ou pas – Découverte Festival America

Résultat de recherche d'images pour "le coeur battant de nos mères"

Le cœur battant de nos mères, The Mothers (2016), Brit Bennett, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, Autrement 2017 (J’ai Lu n°11977)

Le choix du titre en français est assez surprenant, car il induit des représentations qui ne sont peut-être pas tout à fait celles du roman, le titre en anglais est « Les Mères », car la question centrale du roman est bien de devenir mère ou pas. Il évoque des destins de femmes dont la dimension maternelle a été source d’interrogations, et de difficultés, voire d’impuissance. Le suicide, l’avortement, la difficulté à assumer ce rôle de mère sont au cœur du récit.

« L’avortement prenait peut-être un autre aspect quand c’était juste un sujet intéressant pour un article ou un débat autour d’un verre, quand vous n’imaginiez pas que cela pouvait vous atteindre. »

Le droit des femmes à disposer de leur corps et la question de l’avortement a été largement évoqué lors des débats du Festival America autour du Féminisme.

La narration est menée par un chœur, comme au sein de la tragédie, mais un chœur de Mères.

L’auteure avoue s’intéresser depuis longtemps au rôle des femmes au sein des Eglises, souvent cantonnées aux basses œuvres et rarement mises en avant. Elle a donc décidé de leur donner la parole, de les faire sortir de cet anonymat.

Nadia et Aubrey, les deux protagonistes de l’histoire vivent sans leur mère et se sentent trahies, abandonnées. Leur réponse va consister, par ricochet, à se mettre à distance de la maternité, par peur de devenir leur propre mère et de connaître la même fin tragique ou à conjurer le sort, devenir une mère autre. Deux alternatives que les deux personnages vont devoir choisir.

Le fait d’être membre d’une communauté religieuse va avoir une incidence sur leur vie de jeune femme en devenir. L’Eglise a été un refuge pour elles deux, elles y ont trouvé un soutien. Toutefois cette communauté fermée, et bienveillante, va devenir une force de répression, une force maléfique qui va aussi les juger.

Le chœur de Mères exprime aussi la frustration par rapport à toutes les épreuves qu’elles ont été amenées à vivre dans leur condition de femmes. Elles projettent inévitablement leurs souffrances passées sur la jeune génération.

La question de l’avortement est inévitablement traitée, et d’une façon qui m’a paru terriblement maladroite car le fœtus est toujours envisagé comme un bébé, et non comme un futur possible bébé et par conséquent les femmes assument une forme de culpabilité lorsqu’elles interrompent volontairement leur grossesse.

« Tu l’as tué ! » s’écrie un des personnages.

Le récit décrit une des manifestations contre l’avortement de l’Eglise, le Cénacle, à laquelle appartiennent Aubrey et Nadia :

« Notre manifestation n’avait duré que trois jours. (Non pas à cause de nos convictions chancelantes, mais à cause des militants qui nous avaient rejoints, le genre de Blancs complètement fous qui se retrouveraient un jour à la une des journaux pour avoir fait sauter des cliniques et poignardé des médecins. »

Quand au chœur, elles disent avoir toutes été mères dans leur cœur ou dans leur corps.

Une jolie ficelle qu’il suffirait de tirer…

Brit Bennett est diplômée de littérature à Stanford et fait partie des cinq meilleurs auteurs américains du National Book Award. Son roman a été finaliste de nombreux prix littéraires. Son dernier ouvrage , Je ne sais pas quoi faire des gentils Blancs, est paru chez Autrement. On la compare bien sûr inévitablement à Toni Morrison ( !).

Conversation en duplex avec Margaret Atwood

Survivre le coeur des femmes / Vidéo/Festival America 2018

F…comme Féminisme : Le Deuxième Sexe – Festival America 2018

Féminisme, le deuxième sexe (3) – Le poids de la religion et des sectes aux Etats-Unis – Festival America

Dominique Chevalier : Un système religieux, un système sectaire, a établi des mœurs et une hiérarchie qui ne sont pas à l’avantage des femmes, je voudrais vous entendre sur la religion dans la lutte des femmes.

Dans les sectes, le pouvoir est toujours détenu par un homme…

Jennie Melamed : Les Etats-Unis ont toujours eu une position étrange par rapport à la religion et je n’ai trouvé ça dans aucun des autres pays occidentaux que j’ai visités. Je n’ai pas trouvé cette espèce de pulsion sauvage où on se définit soi-même par rapport à la religion.Je suis frappée par le fait que Dieu, la peur de l’enfer, tous ces concepts soient utilisés pour justifier toutes les actions qui ont été entreprises par les hommes notamment l’esclavage, les rôles contraignants attribués aux femmes, aux enfants, la justification « C’est ce que veut Dieu et si vous ne voulez pas aller en enfer, faites ce qu’on vous dit. ». Mais je suis très intéressée aussi par le fait que des groupes chrétiens, juifs, musulmans, de femmes sont en train de récupérer les idées positives qui sont dans les textes originaux, les textes fondateurs religieux, en avançant que « Nos textes remontent très loin, ils sont très anciens, cela a maintenant évolué,il faut maintenant les comprendre autrement. » Aux Etats-Unis, on a énormément de sectes, dont certaines sont plus célèbres que d’autres, je pense ici à la scientologie, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs et qui est authentiquement américain, et c’est tellement étrange et inconcevable pour moi que je trouve cela fascinant, même si cela suscite chez moi une très grosse colère, quant à l’exploitation que cela représente des individus. En ce qui concerne les sectes, ce qui m’a frappé, c’est que le pouvoir est toujours détenu par un homme, Dieu est toujours représenté par une puissance masculine, je n’ai jamais trouvé d’exemple de secte où le pouvoir soit donné aux femmes, ou soit dirigée par une femme. Dans les recherches que j’ai faites, j’ai vu beaucoup de choses autour de la situation des enfants, il y a un texte de la nièce de David Miscavige qui a grandi dans la scientologie, une vie de labeur physique épuisant, elle n’allait pas à l’école, ne recevait aucune éducation, ni aucune culture. Heureusement il y a beaucoup de gens prêts à voir le pouvoir féminin comme quelque chose de positif, comme une force pour aller de l’avant mais il faut savoir que, à cet égard, les sectes n’évoluent pas, ne changent pas, on ne voit aucun progrès dans le partage du pouvoir avec les enfants, et les femmes, qui leur permettrait de décider de leur vie. Je trouve cela à la fois cela fascinant et terrifiant.J’ai récemment été contactée par une jeune femme qui avait quitté une secte, en laissant une partie de sa famille derrière elle, qui ne voulait pas la suivre, et qui me disait qu’il y avait bien sûr des différences entre ce qu’elle avait vécu elle dans cette secte et ce qui était décrit dans mon livre, mais qu’il y avait aussi beaucoup de points communs, et que c’était ça qui était assez effrayant.

Des femmes droguées et violées par plusieurs hommes de leur propre colonie…

Leni Zumas : Ce que disait Jenny au sujet des sectes, il y a un roman très émouvant par l’auteure canadienne Miriam Toews, au sujet d’une colonie mennonite établie en Bolivie, et il a été découvert que de 2005 à 2009 des femmes droguées et violées par plusieurs hommes de leur propres colonies et bien sûr, ces femmes, conformément à l’orthodoxie de cette secte, n’avaient aucune éducation, n’avaient pas le droit d’apprendre à lire, ni à écrire, et le roman s’articule autour des décisions qui vont être prises par les femmes après cela.

  • Sur une île américaine, des familles vivent depuis plusieurs générations en totale autarcie et dans la croyance que le monde a plongé dans le chaos. Elles suivent le culte strict érigé par leurs pères fondateurs et mènent une vie simple, rythmée par les rites de leur foi. Dans cet environnement rigoureux, un groupe de très jeunes filles s’approchent de « l’été de la fructification », la cérémonie qui fera d’elles des femmes. L’une d’elles va se révolter, entraînant ses amies dans sa lutte désespérée, confrontant sa communauté à ses mensonges et à ses lourds péchés.

    « Entre Kazuo Ishiguro et Margaret Atwood. » The New York Times Book review

L’habitude des bêtes, Lise Tremblay/ Découverte Festival America 2018

Résultat de recherche d'images pour "l'habitude des bêtes lise tremblay delcourt"

L’habitude des bêtes, Lise Tremblay, éditions Boréal 2017 pour l’édition au Canada, Editions Delcourt pour la présente édition.

Je poursuis ma découverte des romancières québécoises, avec leur langue si savoureuse et leur talent de narratrices.

Lise Tremblay est née à Chicoutimi. Elle a obtenu plusieurs prix, dont celui du Gouverneur général pour son roman « La danse juive » et le grand Prix du livre de Montréal en 2003 pour son recueil de nouvelles « La héronnière ».

L’habitude des bêtes est étrangement un roman d’hommes, d’hommes qui parlent peu, qui expriment rarement leurs sentiments mais qui, à la suite de drames survenus dans leur existence, ont entamé une révolution intérieure qui va peu à peu transformer leur façon de vivre leur virilité.

Les « vrais » hommes n’aiment la nature que pour la dépouiller, ils prennent sans demander, utilisent l’intimidation et la violence pour parvenir à leurs fins. Ils sont les maîtres de la nature avec laquelle ils ne cherchent pas l’harmonie mais la domination. Des loups vivent dans le parc où ils sont protégés, mais ils ont eu le malheur de s’approcher un peu trop près des habitations des hommes. Est-ce une menace ? Ou plutôt n’est-elle pas dans les cœurs et les mains de ceux qui revendiquent si férocement leur virilité ?

Le narrateur a adopté un chien qui a changé sa vie et son rapport aux autres. Il le dit, il a été un père odieux sans s’intéresser ni à sa fille, ni à sa femme, obsédé par son hydravion, et par sa vie de luxe.

Sa fille a souffert longtemps, elle ne veut être ni fille, ni garçon, rien en trop, rien qui dépasse. Elle va prendre une décision qui va changer sa vie.

Un jour tout change, peut-être l’habitude des bêtes.

Il ne se passe pas grand-chose dans ce roman, mais là encore il est comme un visage familier, que l’on reconnaît même de loin, même en plein brouillard, une silhouette, une démarche, quelque chose de connu et de rassurant, d’aimé aussi.

Alors que le Québec est si loin, et ses hivers si rudes, sa nature si indomptable parfois.

Mais les cœurs qui battent sont les mêmes…

Je ressors de cette immersion au Québec vraiment chargée de trésors sur lesquels je ne vais pas manquer de veiller.

Merci les amies !

Rivière tremblante -Andrée A. Michaud / Découverte Festival America 2018

Résultat de recherche d'images pour "rivière tremblante andrée a. michaud"

« J’affectionne le roman noir parce qu’il y a toujours un mystère qui plane. Mais je veux en faire à ma manière, que ça dépasse la seule enquête policière.»

Rivière tremblante est tout à fait de cette eau-là, pour ne pas faire de mauvais jeu de mots. Deux enfants disparaissent, une enquête est (mal-)menée, les victimes sont soupçonnées d’être des bourreaux, et plus rien ne va de soi.

Mickaël Saint-Pierre, douze ans, a disparu dans les bois de Rivière-aux-trembles alors qu’il était en compagnie de Marnie Duchamp,  Andrée A. Michaud ne nous épargne aucun des tourments de l’âme de la jeune fille, la détresse, la culpabilité qui la hantent  et ont ravagé son existence. S’il y a un enfer il est bien sur Terre et ce sont les hommes qui l’ont inventé, aucun doute là-dessus.

D’ailleurs trente ans plus tard, au même endroit, Bill Richard, dont la fille a également disparu, emménage à Rivière-aux-Trembles.

Marnie, vous savez, c’est celle qui part avec la caisse, dans le film de Hitchcock, un prénom tout fait pour vous porter la poisse, et comme si ce n’était pas suffisant d’avoir tant souffert, l’auteur en remet une petite louche au cas où.

On retrouve les bois, les lacs, les hivers enneigés, les tempêtes du Québec, et la belle langue aussi.

Je crois que nos amies québécoises ont un potentiel littéraire certain, et qu’à les lire, on peut attraper une sorte de virus, qui inciterait à lire et ouvrir d’autres livres.

D’ailleurs, je commence à me demander où je vais passer mes vacances l’été prochain, hum.

Il existe un certain nombre de lecteurs-trices fan de polar, je vais essayer de les convaincre de lire celui-ci dans le cadre du challenge organisé par Sharon.

Catherine-Eve Groleau – Johnny / Découverte Festival America 2018

Résultat de recherche d'images pour "catherine eve groleau johnny"

Catherine-Eve Groleau – Johnny – Les Editions du Boréal 2017

J’ai commencé ma découverte des canadiennes francophones, et notamment québécoises avec cette auteure et je ne l’ai pas regretté.

Grace à la langue tout d’abord, ce français d’outre atlantique dont les expressions m’ont enchantée, je me suis enfargée également parfois, je me suis parfois encannée dans ma tête ce que je pourrais écrire de ce roman, et il y a vraiment des jours où vraiment je n’étais pas d’humeur à me faire achaler alors que j’essayais de traduire mes sensations en rêvant dans le métro ou le RER. Oui, j’ai la chance d’emprunter les transports parisiens et de mettre presque une heure pour faire sept kilomètres en grande banlieue.

Alors c’est sûr je suis tombée en amour avec cette langue et cette littérature.

Je dirais que Johnny est un roman où l’on se sent bien, à la lecture, on y retrouve les imperfections d’un visage aimé, les beautés de l’ailleurs, et une petite musique que l’on reconnaît.

A vrai dire, Johnny n’est pas seul dans ce roman, parce qu’il rencontre Valentine, aussi blonde qu’il est brun, et à qui de longues jambes ont assuré une gloire éphémère.

Il est abénaki, vingt-deux ans quand il quitte son village indien. Son teint basané lui permet de se faire passer pour un italien lorsque il arrive à Montréal.

Bien sûr, Catherine-Eve Groleau évoque les grands espaces, mais aussi les lieux désolés et sans avenir, les banlieues tristes et les vies amères. On est très loin de la jolie carte postale du Québec ou de Montréal.

Ce récit a parfois des accents de tragédie, car le déterminisme social joue à fond, et il est plus facile a priori de s’en sortir en prenant le mauvais chemin, la petite criminalité regorge de ces êtres à la dérive à la recherche d’une vie meilleure.

La fin semblera inéluctable, et il n’y aura pas de happy end.

Mais vous aurez envie de retrouver c’est sûr ce je ne sais quoi, qui vous aura saisi à la lecture.

Féminisme, le deuxième sexe (2) – La question de l’avortement aux Etats-unis, Festival Americia 2018

Dominique Chevalier : Leni Zumas, vous situez votre roman dans un futur quasi immédiat, où sont remis en cause, plus que gravement, d’une part l’avortement, et d’un autre côté, la procréation médicalement assistée.  Dans les années 70, c’était la lutte pour rendre l’avortement légal, est-ce que vous pouvez expliquer à un public français, qui ne comprend pas pourquoi la loi ayant été votée, du droit à l’avortement, pourquoi aux Etats-Unis, cette loi donne-t-elle l’impression d’être en permanence remise en cause ? En France, la loi qui a rendu l’avortement légal, a été voté en 1975, certes il y avait, et il y a toujours des opposants à l’avortement, mais personne sérieusement ne remet en cause la loi Veil. Expliquez comment ça fonctionne aux Etats-Unis, pourquoi du coup on a l’impression que c’est toujours remis en cause ? Le public français ne sait pas comment ça fonctionne aux Etats-Unis.

Il vise à donner les droits fondamentaux d’une personne, le droit à la propriété, le droit à la vie, à un simple embryon, un zygote, qui n’est composé que d’une seule cellule

Leni Zumas : Je faisais des recherches sur le traitement de la fertilité, c’est une problématique que j’avais rencontrée moi-même dans ma vie privée et j’ai découvert ce mouvement qui accordait le droit de , le statut de personne à l’embryon, j’ai vu ça sur des sites web, sur le New York Times, sur CNN, etc et ça m’a vraiment effrayée, et ce mouvement donnant le statut de personne, est aujourd’hui soutenu par le vice-président américain, Mike Pence,  et certains membres du congrès américain, et il vise à donner les droits fondamentaux d’une personne , le droit à la propriété, le droit à la vie,  à un simple embryon, un zygote, qui n’est composé que d’une seule cellule Qu’il soit l’équivalent et l’égal d’un citoyen à part entière, cela me dépasse complètement, je ne sais pas comment gérer ce genre d’informations. La peur et le choc que j’ai ressenti, en me disant que c’était horrible, me rappelle que le christianisme évangéliste qui existe aux Etats-Unis est très lié à cela. Il y a l’idée  que les croyances religieuses d’une ou de quelques personnes, permettent de décider pour les autres citoyens, donc ce ne sont pas seulement des critères évangélistes mais  une affaire d’hommes, les hommes ont décidé, ils disent « C’est moi qui décide, c’est moi qui gère le corps des femmes, les femmes ne sont qu’une propriété » et c’est une logique pernicieuse, une vraie honte.

Résultat de recherche d'images pour "l'herbe rouge leni zumas"

DC : Si un embryon a des droits, le supprimer, c’est forcément supprimer une vie, et c’est donc forcément, logiquement un meurtre, d’où mise ne cause de l’avortement bien entendu. Je voulais simplement faire un tout petit point d’explication. il se trouve que la loi qui donne la qualité de l’avortement aux Etats-Unis, n’est pas une loi qui a été votée par les deux chambres du congrès, c’est un arrêté de la Cour Suprême, c’est-à-dire une décision prise par les neuf juges de la Cour Suprême,. Il y a donc deux manières de faire des lois aux Etats-Unis, un système qui consiste à passer par les deux chambres de l’Assemblée, le Congrès et l’autre, puisque la Cour Suprême est la cour d’appel, lorsqu’une dispute sur un sujet quelconque vient à l’attention de la Cour Suprême des Etats-Unis, ils prennent une décision, un arrêté et cet arrêté a force de loi, sur laquelle elle s’est déterminée en 1973 et a été que, en effet, l’avortement était légal. Simplement lorsqu’un arrêté, a été pris par une cour suprême, cet arrêté peut quelque temps plus tard être remis en cause par un autre arrêté de la cour suprême, composé éventuellement de juges différents, de juges plus ou moins conservateurs, c’est ce qui s’est passé pour la peine de mort, il n’y avait pas de peine de mort aux Etats-Unis. Puis une autre cour suprême a décidé que ce n’était pas fédéral mais une affaire de chaque Etat, et du jour au lendemain 38 états ont rétabli la peine de mort, voilà, il y a des grands sujets comme ça, qui peuvent constamment être remis sur le tapis, parce qu’ils sont liés à des arrêtés de la cour suprême, d’où l’importance que prend la nomination d’un juge à la cour suprême, c’est une énorme affaire, nous retiendrons  parce qu’il y a un scandale en train de se mener en ce moment aux Etats-unis, par rapport à la nomination éventuelle d’un nouveau juge, on en parlera plus tard.je voudrais qu’on continue et demander à Jane, en particulier si elle peut rebondir sur ce qu’on était en train de dire sur la religion.

L’avortement, un sujet toujours aussi brûlant aux Etats-unis

Vivian Gornick : Je voudrais intervenir sur le sujet de l’avortement qui est très très compliqué : le contexte dans lequel j’ai grandi, c’est celui du féminisme des années quarante, cinquante, qui avait une vision très philosophique, existentielle, des sujets, et a été une grande, grande inspiration pour moi, et pour leur combat pour les droits de la femme , et ce que j’ai vu et ce dont j’ai été témoin  et continue à être témoin c’est que parfois il y a une immense, immense force qui est mise en œuvre pour beaucoup d’activisme et très peu de progrès, au final les choses deviennent peu de chagrin, et s’essoufflent. Par exemple, pour la génération précédente, leur grand combat a été celui du droit de vote des femmes, et c’est vrai que toute leur pensée a été à un moment concentrée autour de cette question, et c’est la même chose en fait pour l’avortement, on pourrait presque aujourd’hui résumer le combat pour le droit des femmes à la lutte pour l’avortement parce que c’est sujet majeur, ça touche certainement à quelque chose d’assez primitif, et que, en fait, tout comme le droit de vote, l’avortement est considéré comme non naturel pour les femmes. Il existe donc, aux Etats unis en tout cas, une droite chrétienne très mobilisée sur ces questions, qui en exploite les ressorts émotionnels, ils ont des positions extrêmement fermes, et très étayées. Bien sûr il y a la question du système des courts de justice, de la Cour suprême, le fait que le système américain fait que cette menace est toujours un peu suspendue au-dessus de nos têtes. Ce problème ne pourrait être réglé que si le sentiment général de la société évolue, s’il y a un vrai changement dans la morale. Moi-même je suis surprise que ça reste un sujet toujours aussi brûlant, toute ma vie et jusqu’à ma mort cela risque de le rester, et donc effectivement tout comme Leni, je suis surprise que ce problème ne soit toujours pas réglé ; les arguments sont tellement ancrés des deux côtés que le système judiciaire ne les fera pas changer tant que les sociétés n’auront pas progressé sur la question.

 

Festival America 2018 – Féminisme, le deuxième sexe – Vivian Gornick, le féminisme radical et son origine

Litterama, les femmes en littérature, s’était donné pour mission de rendre compte le plus largement possible de la présence des femmes et des thématiques féministes ou autour des femmes de ce festival. Je remercie le service de presse de ce festival de m’en avoir donné l’opportunité. Ce festival a été, il faut encore le souligner, un écho au mouvement metoo et a accompli une petite révolution dans l’organisation et la conception des conférences autour de ces sujets. Le public, pas seulement féminin, y a été tout à fait sensible, et le nombre de visiteurs a encore augmenté cette année. Il y aura, à mon avis, un avant et un après dans ce domaine.

Née en 1935, Vivian Gornick,  icône féministe en Amérique, mais aussi journaliste,  et critique littéraire respectée, était présente lors de plusieurs conférences dont celle sur le féminisme. Voici donc une partie de son intervention, que j’ai retranscrit le plus fidèlement possible, qui explique l’origine du féminisme radical aux Etats-Unis, dans les années 60-70.

Dominique Chevalier : «  Nous avons la chance d’avoir parmi nous Viviane Gornick qui est véritablement une icône du féminisme, elle est à la fois journaliste, écrivain, professeure, critique littéraire, elle a été féministe radicale, et elle a écrit plusieurs essais sur 

le féminisme. C’est quelqu’un qui est véritablement une référence aux Etats-Unis, et je voulais lui demander, elle est décrite comme une féministe dans les années 60-70, ça voulait dire quoi, être féministe radicale dans les années 60-70 aux Etats-Unis ?

  • […]ce qui était considéré comme radical et sans doute pour la première fois c’est que la lutte pour le droit des femmes était vu comme une philosophie plus large, donc vraiment générale, qui en plus entrait dans le contexte d’une lutte, plus générale, pour les droits humains, ceux qui ne se limitaient pas à juste demander l’égalité des salaires, ou des choses comme ça, se considéraient ou étaient considérés comme radicaux.

« Les hommes de gauche, et les hommes noirs de ces mouvements, étaient sexistes et parfois encore plus sexistes que les autres » 

Sur l’origine du féminisme radical, moi, comme énormément de femmes de mon époque, on est issues du mouvement de la « new left », la nouvelle gauche, donc ces mouvements qui sont présents aux Etats-Unis mais aussi en Europe, partout dans le monde à partir des années soixante, soixante-huit, nous étions donc des sortes de fondatrices, de ce « new left » mais étant que femmes, ce qu’on a vu dans ces mouvements de gauche c’est que les hommes de gauche, et les hommes noirs de ces mouvements, étaient sexistes et parfois encore plus sexistes que les autres, et qu’on s’est vu être traitées, comme des servantes ou des enfants, on nous disait que ce n’était pas encore notre tour de parler, et donc ça a fait émerger une sorte de cri, très fort, pour demander l’égalité.

« On nous disait, arrêtez de créer de la division » 

Et donc et à chaque fois qu’on essayait de faire passer ces revendications, on nous disait qu’on créait de la division, et donc en fait c’est quelque chose qui remonte à très loin, c’est-à-dire même la révolution française, où quand les femmes ont commencé à dire, ah okay, très bien, il y a eu les droits de l’Homme mais que se passe-t-il pour les Vivian Gornickdroits de la femme, on leur a dit aussi à cette époque, arrêtez de créer de la division. Ca a été la même chose pour les suffragettes, qui étaient toutes membres des mouvements abolitionnistes, pour libérer les esclaves, et c’est en ça, un peu, que naît le féminisme radical, c’est un moment, une volonté pour s’exprimer, pour les femmes de mener leurs propres combats, puisqu’on leur demandait juste de prendre une position plus en recul, et que par exemple, on a offert le droit de vote aux hommes noirs, avant de l’offrir aux femmes.        © Mitchell Bach

« On ne sera plus gentilles ! » 

Et ces femmes ont affirmé, « ben non, il faut que ce soit tout le monde en même temps ou personne, et on ne reculera plus, et on ne sera plus gentilles et on ne voudra plus qu’on nous dise toujours , « ce n’est pas ton moment, ce n’est pas ton moment, ce n’est pas ton moment,  il y a des problématiques plus importantes, s’il te plaît, reste un petit peu en arrière », et ça c’est quelque chose que j’ai entendu pendant toute ma jeunesse, dans les mouvements féministes et , je pense qu’on ne peut plus attendre.

Dans La femme à part, Vivian Gornick traverse ses souvenirs, capturant l’essence de New York et de sa propre existence avec justesse.

La fille, désormais sans sa mère, décédée, devient une femme à part, arpentant son monde et le nôtre. Dans les bus de Manhattan et les rues du West Side, elle explore l’amitié, la solitude, le féminisme, la vieillesse, le sexe, la littérature, la place des Noirs dans la société américaine… Un voyage aussi intime qu’universel.

 « En parlant d’elle, Vivian Gornick nous tend un miroir. Et nous bouleverse. » The New York Times

 

Festival America 2018, Christian Guay-Poliquin, John Vigna et  D.W. Wilson : « Une masculinité en crise »

A quels modèles se référer quand on est homme aujourd’hui pour se construire, existe-t-il une masculinité toxique dont il est nécessaire de se défaire, quels nouveaux modèles proposer, enfin quel sera l’homme de demain ?
Cette conférence a été passionnante, il faut le dire, je suis arrivée juste un petit peu en retard car de courir d’une conférence à l’autre, forcément on grappille quelques minutes de ci de là.
Tous les trois canadiens, leur réflexion et leur oeuvre est inévitablement liée aux grands espaces. Est-ce que l’endroit d’où l’on vient influe sur la relation à la féminité et à la masculinité ?
De fait, non, les femmes se les approprient tout aussi bien. Tous les trois sont unanimes sur ce point.

Christian Guay-Poliquin met en scène un huis-clos dans lequel deux hommes piégés par l’hiver lient leurs existences. Coupés du monde, ils sont soumis aux rumeurs et aux passions qui secouent le village.  Oscillant entre méfiance, nécessité et entraide, ils tissent des liens complexes. Une majorité d’hommes sont rassemblés dans ce roman, mais cela est indépendant de la relation de genre, c’est seulement la relation entre les deux hommes qui comptent, sa complexité. L’écrivain semble s’être perdu dans cette conférence, puisque visiblement le sujet ne le concernait pas, ou du moins ne voulait-il pas se prêter au jeu. On avait l’impression qu’il avait été mis là par erreur. Une certaine résistance du québécois, qui va se défendre out au long de l’entretien d’avoir voulu penser le genre. pourtant, il a forcément envisagé cette relation virile, le rapport aux sentiments, à la pudeur, au langage, avec une certaine vision de la masculinité.

J’avais presque de la peine pour lui, tant il semblait en porte-à-faux, contrairement à ces deux collègues masculins. Du coup, je crois que son roman n’a pas été mis suffisamment en relief, il aurait été plus à l’aise sur un autre sujet. Nous sentions un écrivain sensible, intelligent avec tout ce charme de la langue québécoise.

Parce que la question était bien celle-là, quelle est cette idée de la masculinité qu’il faudrait déconstruire ? Elle est aujourd’hui en crise, il ne s’agit pas de l’exalter, ni l’idéologie du combat qu’elle véhicule mais plutôt faire la critique des dégâts qu’elle occasionne dans la société.

Pour John Vigna, dont « les personnages

« Pour moi, le paysage est féminin ». Les hommes ont été abjects depuis le début des temps, « Nous devons faire face à ces problèmes ». Les personnages de John Vigna sont en révolte avec le féminin,  en lutte contre leur propre part de féminin. La masculinité se retrouve sous le feu des critiques. « C’est une époque passionnante, parce qu’il y a une révolution dans le rapport entre le masculin et le féminin. Mais justement les communautés rurales dont on parle ici ont beaucoup de mal à accepter cette révolution, et l’évolution des relations entre les hommes et les femmes. »

« Il y a des fissures  dans la construction sociale de nos identités. cette perte de confiance, de solidité produit de très belles failles, où une parole plus profonde, plus sensible, peut émerger. »

Cette solidarité masculine est mise à l’épreuve, mais elle est aussi l’histoire de la tendresse qui existe entre ces hommes.

La présence de l’hiver est importante, car c’est un personnage fondamental de l’univers québécois. Il permet la ruse, une stratégie narrative pour coincer les deux hommes ensemble. Une grande place est accordée aux éléments. Le paysage représente les émotions des hommes qu’ils n’expriment pas, elle est leur miroir. (Christian Guay-Poliquin)

Il condamne l’espoir de toute évasion. Les personnages ont un lien très étroit à leur environnement qu’ils peuvent exploiter pour gagner leur vie. Ce n’est pas seulement beau, et prétexte à la contemplation, toute une économie du tourisme florissante repose sur ce paysage. Pour les autochtones, cela ne va pas de soi, le paysage peut être aussi une sorte de piège.

En tous cas, il hante tous les écrits canadiens.

John Vigna remarque que « l’environnement parisien a une influence sur ma façon de voir les choses » , et pas seulement son environnement canadien. Peut-être est-ce constitutif de sa façon de voir le monde.

« Les rocheuses canadiennes sont le cadre d’une grande partie de ma littérature, de mes souvenirs, et de ma carrière parce qu’elles sont présentes dans les deux livres. »

Les êtres sont perméables aux choses, il existe une sorte de porosité avec le paysage. Il s’agit de déformer puis de reformer le paysage.

Cette littérature est différente de la littérature américaine et du « nature writing ».

Quant à la forme, quelle est leur position ?

« J’ai commencé par écrire des romans. la nouvelle est plus compacte, et permet de renforcer mon écriture avant de retourner vers le roman. »

« Il y a une liberté que permet la nouvelle. Dans mon roman, j’essaie de supprimer tout ce qui semble inutile, dépouiller, aller à l’essentiel » (DW Wilson)

« Au début, j’ai écrit des poèmes. Puis j’ai ressenti la nécessité que l’histoire domine sur le texte. La poésie est devenue une dimension poétique. Ecrire, c’est surtout ne pas dire certaines choses. C’est l’ambiguïté essentielle de l’écriture. » (Christian Guay-Poliquin).

Merci messieurs, et …à bientôt !

En présence de :