Au pays de Donald, « La servante écarlate » relève la tête !

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Margaret Atwood – La servante écarlate (The Handmaid’s tale), Pavillons poche Robert Laffont, 2017, traduit de l’anglais (Canada) par Sylviane Rué

Il est particulièrement intéressant de lire ou de relire aujourd’hui « La servante écarlate » de Margaret Atwood, à la lumière de l’histoire récente des Etats-Unis, et des manifestations qui ont eu lieu pour protester contre les restrictions au droit à l’avortement, suivant la politique menée par Donald Trump, dans certains Etats américains ( Voir les photos ici)

Et l’auteure de rappeler la fondation profonde des Etats-Unis sur « la brutale théocratie de la Nouvelle Angleterre puritaine du XVIIe siècle, avec ses préjugés contre les femmes » et sa résurgence dans une certaine frange chrétienne extrémiste du Parti Républicain.

Pour ceux qui n’auraient pas encore lu l’histoire ou vu la série (saison 1 dirigée par Reed Morano sur un scénario de Bruce Miller, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, tournée entre septembre 2016 et février 2017 ), « La servante écarlate » est une dystopie situant le nouveau régime de la république de Gilhead, fondée par des fanatiques religieux, aux Etats-Unis. A la suite d’une chute de la fécondité due à la pollution et aux maladies sexuellement transmissibles, les quelques femmes encore fertiles sont réduites au rang d’esclaves sexuelles auprès des notables du régime. Defred, « servante écarlate » parmi d’autres n’a plus le droit ni de lire, ni de travailler, et ne possède plus rien.

Ce qui fait la force du régime, c’est son organisation : les femmes y sont surveillées et contraintes par des femmes, parmi elles certaines sont croyantes et persuadées du bien-fondé d’un tel régime.

Ce n’est pas sans rappeler le débat qui fait rage aux Etats-Unis et ailleurs entre les féministes essentialistes (considérées par beaucoup comme des antiféministes) et les autres, l’expérience de la maternité étant pour les premières la source essentielle du pouvoir féminin et ce qui les définit (l’éthique du care) ; dans cette optique, la contraception et l’avortement feraient obstacle au cycle naturel du corps féminin (et donc à son destin).   D’ailleurs, Defred le dit ainsi en s’adressant intérieurement à sa mère : « Tu voulais une culture de femmes. Et bien, la voici. »

Mais Margaret Atwood, ne fait pas de son héroïne, une simple héroïne féministe, cela va bien au-delà, en ce sens que la structure pyramidale du pouvoir, concentre hommes et femmes dans les strates supérieures – même si les hommes ont une réelle suprématie – de la même manière qu’en ces couches inférieures, existent des hommes et des femmes pareillement dépossédés d’une partie importante de leur liberté.

Elle rappelle en cela que toutes les femmes ne sont pas féministes, et que cela a été le principal obstacle à l’émancipation des femmes. Certaines se satisfont d’un rôle subalterne en échange du confort et de la sécurité. Bref, cela est un autre débat, forcément très politique et …polémique.

Vous comprendrez pourquoi « La servante écarlate » s’est vendu et continue à se vendre, à des millions d’exemplaires dans le monde entier, devenant une « sorte de référence pour ceux qui écrivent à propos d’évolutions politiques visant à prendre le contrôle des femmes, particulièrement celui de leur corps et de leurs fonctions reproductrices » (page 513).

Margaret Atwood est pressentie depuis plusieurs années pour le Prix Nobel de Littérature, elle est une des auteures majeures de la littérature de notre temps.

 

Un biopic de Mary Shelley au cinéma, à ne pas rater !

En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin entame une relation amoureuse passionnée avec  le poète Percy Shelley. Elle n’a que seize ans mais à l’époque les filles se marient jeunes. mais surtout, elles obéissent à leurs parents et les mariages d’amour ne sont pas légion. Mary choisit qui elle veut aimer et s’enfuit avec son amant. Cela fait bien sûr scandale.  Ils sont tous les deux en avance sur leur temps et leurs idées libérales en amour, comme dans tous les autres domaines va permettre à Mary de faire éclore son talent. C’est en 1816, près du Lac Léman, alors invités dans la demeure de Lord Byron, que Mary inventera le personnage de Frankenstein. Elle le publiera d’abord anonymement, puis luttera pour revendiquer son oeuvre.

Les critiques ne sont pas tendres  cependant …

Date de sortie 8 aôut 2018 (2h00)
De Haifaa Al Mansour
Avec  Elle Fanning, Douglas Booth, Tom Sturridge
Film américain

Un chef-d’oeuvre d’animation autour de Virginia Woolf – Why should you read Virginia Woolf ? by Iseult Gillespie

Il faut regarder ce bijou, que dis-je ce chef-d’oeuvre d’animation autour de Virginia Woolf ! Pour les non-anglophones, la traduction française est offerte en sous-titres.

 

Des femmes en littérature ou la vie de Georges Sand revisitée / Les femmes auteurs

Cette seconde vie – Virginia Woolf

« Observez perpétuellement, observez l’inquiétude, la déconvenue, la venue de l’âge, la bêtise, vos propres abattements, mettez sur le papier cette seconde vie qui inlassablement se déroule derrière la vie officielle, mélangez ce qui fait rire et ce qui fait pleurer. inventez de nouvelles formes, plus légères, plus durables. »

Virginia Woolf (Cité par Geneviève Brisac dans « Les filles sont au café »)

A lire aussi :

Fanny, Jane, Mary,Virginia et les autres….

Folie d’une femme séduite, Susan Fromberg Schaeffer/ Attention pépite !

Folie d’une femme séduite, Susan Fromberg Schaeffer (1983), Presses de la renaissance 1985 pour la traduction française, Belfond 2011 et Pocket 15 013, 1076 pages de ce livre

Ce roman est une pépite dans l’histoire de la littérature et des femmes. Non seulement il est extrêmement bien écrit et traduit mais il est aussi d’une intelligence rare dans la mise en place des situations, la psychologie des personnages et la construction du récit. Sans parler de la documentation fouillée, et précise, sur la vie de cette époque. D’autre part, il garde son souffle tout au long des 1076 pages de l’édition de poche. Ce qui n’est pas la moindre de ses prouesses ! Je ne pense pas qu’une ligne de ce récit soit inutile. Je remercie Nadège  de m’avoir donné envie de le lire, car c’est la force de ce réseau qu’est la Toile pour les blogueurs que nous sommes : partager ses lectures et ses passions.

Ce roman est tiré d’une histoire vraie qui défraya la chronique au tournant du XXe siècle. Il décrit avec beaucoup de maîtrise la passion amoureuse dévastatrice d’une jeune fille fragile et tourmentée, en même temps que les débuts de la psychanalyse avec Breuer et Freud (Moins connu que Freud, il est à l’origine du traitement de l’hystérie par la méthode cathartique) à travers le personnage très finement campé d’un aliéniste dans le roman qui tente de mettre en œuvre les méthodes de ses illustres contemporains.

Agnès Dempster est une enfant tourmentée, rejetée par sa mère, et née en ce XIXe siècle d’une grande intolérance pour les femmes. Condamnées à des travaux souvent ingrats, la plupart du temps ménagers, les femmes n’ont d’autre choix que de se marier et d’enfanter pour échapper à leur propre famille, ou/et à se réfugier dans l’idéal d’un amour absolu et romantique, fantaisie souvent nourrie par les romans sentimentaux de l’époque. Les femmes de ce roman sont la proie de terribles frustrations qui les poussent parfois à adopter des conduites dépressives ou hystériques que la société dans laquelle elles vivent condamne sans pitié. Elles doivent retourner et rester dans le rang. On peut dire que cette société rend malades les femmes. Et les femmes de la famille Demptster, mère et grand-mère ne sont pas une exception, et souffrent de variations de l’humeur, de moments de dépressions qui ne sont guère compris par leur entourage. Leurs maris sont plutôt gentils (même s’ils ne font pas la cuisine et le ménage !) mais complètement dépassés par les sautes d’humeur de leur femme. Quant à Frank Holt, objet de la passion d’Agnès, on comprend qu’il étouffe sous un amour aussi pesant. Et c’est l’une des forces de cerroman que de ne condamner ni les uns ni les autres mais au contraire d’analyser les ressorts de tout un système patriarcal qui, au fond, ne laisse personne indemne.

Ce roman rappelle les personnages d’ Emma Bovary, Tess d’Urberbille et ceux des Hauts de Hurlevent. La passion y est portée à son paroxysme faisant de son héroïne une femme obsessionnelle, incapable de vivre pour elle-même, et d’une jalousie dévorante. Une femme dont le corps et la tête ont opéré un irrémédiable divorce qui vont la conduire à la folie et au crime (On le sait très vite au début du roman).

Biagraphie de l’auteure sur le site de l’éditeur : « Née en 1941 à New York, diplômée de l’université de Chicago avec une thèse sur Vladimir Nabokov, poète, nouvelliste, romancière, professeur et journaliste, Susan Fromberg Schaeffer est considérée comme un auteur de tout premier rang dans la fiction américaine contemporaine. Son œuvre a été récompensée par de nombreux prix, parmi lesquels une sélection au National Book Award for Poetry. Collaboratrice régulière du New York Times Book Review, elle a enseigné pendant plus de trente ans la littérature américaine au Brooklyn College. » Elle est décédée le 26 août 2011.

Toutes les conférences sur la littérature féminine à L’Université libre de Saint-Germain-en-Laye (78)

LUNDI 9 NOVEMBRE 2015
Conférence d’introduction
Voix autres, Voix hautes
Pierre BRUNEL, Professeur émérite de littérature comparée
à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)

LUNDI 23 NOVEMBRE 2015
Madame de Staël
Robert KOPP, Ancien doyen de la Faculté des lettres de Bâle

wikimedia – licence creative commons

LUNDI 14 DECEMBRE 2015
Les soeurs Brontë
Marc POREE, Professeur de littérature anglaise,
Ecole Normale Supérieure (Ulm)

wikipedia – licence creative commons

LUNDI 18 JANVIER 2016
Colette
Jacques DUPONT, Ancien élève de l’Ecole normale
supérieure, ancien chargé de recherches au CNRS,
ancien professeur de Littérature française à l’Université
de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines

LUNDI 1er FEVRIER 2016
Anna de Noailles au bord du lac Léman
Marie-Victoire NANTET, Agrégée de l’Université,
Comparatiste (Mandataire de l’oeuvre de Paul Claudel)

LUNDI 14 MARS 2016
George Sand et la créativité féminine
Béatrice DIDIER, Professeur émérite à l’Ecole Normale
Supérieure (Ulm)

LUNDI 4 AVRIL 2016
Marguerite Yourcenar, un écrivain-femme d’exception
Anne-Yvonne JULIEN, Professeur de littérature
contemporaine à l’Université de Poitiers

LUNDI 9 MAI 2016
Marguerite Duras : Le Ravissement de Lol. V. Stein
Sylvie-Laure BEAUTHIER, Professeur agrégé honoraire
de Lettres Classiques (Lycée Hoche à Versailles)

Université libre de Saint-Germain-en-laye et sa région
(liée par convention à l’Université de Paris Ouest – Nanterre la Défense)
2, rue Henri IV, Espace Paul et André Véra
tél : 01 39 73 42 55