Louise Colet (1810-1876) L’histoire d’une vie

Louise Colet

Louise Colet – L’histoire d’une vie, née Revoil, femme de lettres française (Aix-en-Provence, 15 août 1810 – Paris, 8 mars 1876)

Les femmes et l'ecriture 3Élevée dans le château de Servanne près d’Aix-en-Provence, elle épousa le flûtiste Hippolyte Colet. Ils vinrent habiter à Paris où son mari devint professeur au Conservatoire. Elle se sépara de lui en 1847 et il mourut en 1851 . Elle tint un salon, rue de Sèvres, qui devint un véritable foyer littéraire grâce à l’influence de celui qui deviendra son amant en 1839, Victor Cousin, dont elle aura un enfant. Il intervint pour que soit triplée sa pension et obtenir pour elle de nouvelles récompenses. Écrivain , elle fut plus connue de ses contemporains « pour ses émois que pour ses œuvres » selon la formule de Rémy de Gourmont. Ravissante, ambitieuse, intrigante, elle défraya souvent la chronique par ses liaisons avec des noms connus de l’époque (Musset, Vigny, Villemain, Champfleury mais aussi Flaubert de 1846 à 1854 (voir correspondance de celui-ci).
Elle n’avait pas froid aux yeux, et à celui qui osa se moquer de sa liaison avec Victor Cousin, elle planta un couteau entre les deux omoplates. On dit qu’elle inspira à Flaubert son personnage de Mme Bovary. Elle le rencontra en 1846 chez le sculpteur Pradier et le reçut Rue de Sèvres après son voyage en Orient avec Emile Girardin, Michel de Bourges, Hugo, Vigny, Leconte de Lisle, Musset.
Elles fut couronnée pour « le monument de Molière » (1843), la Colonie de Mettray (1852) et l’Acropole d’Athènes (1854).

Ses recueils Fleurs du midi (1836), Le Cœur des femmes (1853-1856), lui valurent un certain succès et elle reçut de la part du ministre de l’Instruction publique une pension de 400 livres,  Elle fut aussi l’auteur d’ouvrages de voyage comme Promenades en Hollande (1859) et elle a édité les Lettres de Benjamin Constant à Mme Récamier (1864). Elle a collaboré à une traduction de Shakespeare et écrit pour le théâtre. Mais ses pièces furent rarement acceptées par les directeurs de théâtre et elle dut écrire des ouvrages pour enfants et collaborer à des journaux. (Le Monde illustré, la Revue de Mode, les Modes parisiennes, le Moniteur universel, le Messager de paris, et la Presse, l’Evènement.

1857 : Quarante-cinq lettres de Béranger et détails sur sa vie.
1862-1864 : L’Italie des Italiens

Après un voyage sur le Nil (elle a assisté à l’inauguration du canal de Suez), elle écrivit un feuilleton, Le Pays lumineux qui paraîtra dix ans plus tard.
Ses romans : Une histoire de soldat (transposition romanesque de ses amours avec Flaubert), Lui, roman contemporain, Un drame dans la rue de Rivoli

Elle fut davantage reconnue comme poète. Luce Czyba lui reconnaît un certain talent « En exprimant la nostalgie du paradis perdu de l’enfance, en signifiant la douleur de l’exil et de la solitude […], (elle) parvient parfois à faire entendre l’inflexion d’une voix singulière. » (in Femmes poètes du XIXe siècle, une anthologie, sous la direction de Christine Planté.)

On redécouvre aujourd’hui ses œuvres. Elle souffrit à l’instar d’autres femmes de lettres de sa réputation de légèreté. Les œuvres d’une femme n’étaient pas toujours jugées sur leur valeur intrinsèque mais aussi sur la moralité supposée de leur auteure.

J. de Mestal-Cambrement, la belle Madame Colet, Paris 1913, R. Dumesnil, Le Grand amour de Flaubert, Paris 1945, Dictionnaire des Femmes célèbres, Lucienne Mazenod, Ghislaine Schoeller, Bouquins Robert Laffont, Femmes poètes du XIXe siècle, Une anthologie, sous la direction de Christine Planté.

Fanny Burney (1752-1840) : l’histoire d’une vie

Frances dite Fanny Burney (1752-1840)


vignette femme qui écritFemmes de lettres anglaise née en 1752, morte à Londres en 1840. Son père était musicien et fréquentait, avec sa fille, le salon de Samuel Jonnson.
Ses deux premiers romans Evelina ou The History of a Young Lady’sEntrance into the World (1778) et Cecilia ou Memoirs of an Heiress (1782) la rendirent célèbre. Elle fut ensuite attachée à la garde-robe de la reine Charlotte, charge qu’elle quitta en 1791.
C’est avec elle que s’annonce le renouveau du roman anglais – Defoë, Richardson comme Smollett n’ayant pas été remplacés. Choderlos de Laclos la tenait en grande estime et ne tarissait pas d’éloges. « Ses romans pleins de finesse, d’humour, de sens de l’observation n’ont rien à envier à ceux de G. Eliot, M. Shelley ou J. Austen. »Elle est également l’auteur d’un journal qui compte parmi les sommets du genre en Angleterre (1768-1818).1
En 1793, à quarante-deux ans, elle épousa un émigré français, le général Alexandre D’Arblay. Leur fils unique, Alexander, naît en 1794.
Elle publia Camilla ou A Picture of Youth en 1796, avant d’aller s’installer en France avec son mari, le général d’Arblay, ancien émigré qui avait été aide de camp de La Fayette (1802). Elle y resta dix ans .
En 1814, elle écrivit et publia The wanderer or Female Difficulties.
On a souvent rapproché son art de celui de Richardson et de Fielding mais ses descriptions minutieuses de la vie domestique, la finesse avec laquelle elle épingle les vanités et les ridicules sociaux l’apparentent aussi à Jane Austen.
Elle a laissé un Journal et des Lettres publiés ensemble, en sept volumes de 1842 à 1846.
La postérité, pourtant, n’a guère retenue son nom alors que sa cadette, Jane Austen, est reconnue aujourd’hui comme un grand nom de la scène littéraire de l’époque.

Fanny Burney fut toute sa vie en butte à ses propres contradictions : elle voulut la notoriété mais craignit le scandale qui broyait les femmes rebelles n’ayant pas respecté le code de bienséance et de pudeur féminine de l’époque. La femme auteur est dangereusement exposée aux cabales et aux sarcasmes. La réputation d’une femme, si chère à un certain code post-puritain, ne doit pas souffrir de la moindre tache. Or, si à l’époque, la lectrice de romans est considérée comme une femme légère, aux mœurs dépravées, la romancière encourt le risque d’être traitée de bas-bleu ( femmes dont Fanny Burney se moque abondamment).
Elle ira jusqu’à fuir Mme de Staël dont elle finira par connaître les amours adultères et qui voyait pourtant en elle « la première femme d’Angleterre ».

Les sœurs savantes. Marie Curie et Bronia Dluska, deux destins qui ont fait l’histoire de Natacha Henry

Natacha Henry

Les sœurs savantes. Marie Curie et Bronia Dluska, deux destins qui ont fait l’histoire de Natacha Henry, Vuibert 2015

vignette Les femmes et la PenséeComment se construit-on, où puise-t-on force et détermination ? Sur quoi s’appuie-t-on pour avancer, créer, inventer ?
Cette nouvelle biographie de Marie Curie a ceci d’original qu’elle explore l’histoire familiale de Maria Salomea Skłodowska (1867-1934), et montre comment ses relations avec sa sœur aînée Bronia, la solidarité profonde qui existait entre elles, lui ont permis de devenir la femme que l’on connaît aujourd’hui, prix Nobel de physique et de chimie, en 1903 et 1911, pour ses recherches conjointes avec Pierre Curie sur les radiations puis pour ses travaux sur le polonium et le radium.
Née dans l’actuelle Pologne, sous domination russe, il était interdit aux femmes d’entrer à l’Université. Or, éduquées par un père libéral, qui désirait que ses filles soient instruites et qui croyaient à leur intelligence, Maria et Bronia se rebellèrent, assistèrent à des cours clandestins d’instruction supérieure tout en rêvant de venir étudier à Paris. Mais leur famille est pauvre, et elles ne disposent d’aucune autre ressource qui leur permettrait de venir étudier à la Sorbonne. C’est alors qu’elles imaginent un contrat : Bronia viendra étudier à Paris et Maria sera gouvernante d’enfants et lui versera la moitié de ses subsides. Une fois ses diplômes obtenus, Bronia hébergera sa sœur à Paris pour lui permettre, à son tour, de faire des études de physique.
L’engagement sera tenu, et ces deux pionnières, l’une en médecine, l’autre en physique-chimie, deviendront parmi les premières femmes à illustrer de leur nom la science de leur temps.
Elles firent partie de celles qui luttèrent pour l’éducation des femmes dans une Europe encore très patriarcale , où l’entrée dans un amphithéâtre à la Sorbonne d’une jeune étudiante déchaînait cris et sifflements. Mais cette seconde moitié du XIXe siècle voit naître et se développer un féminisme organisé et militant qui parviendra à forcer les barrages les plus importants. Des grands noms émergent de ces luttes, dont la féministe Marguerite Durand (une bibliothèque existe à Paris à son nom où l’on peut consulter les écrits des femmes).
De 1867 à 1934, les deux sœurs partagèrent leurs ambitions professionnelles, leurs bonheurs, mais aussi les deuils et les tragédies familiales. Convaincues toutes deux que le progrès scientifique transformerait en profondeur la société et permettrait aux individus de se réaliser, elles ne négligèrent pas une certaine forme d’engagement social, dans la lutte contre l’analphabétisme, et en favorisant l’accès aux soins pour les plus pauvres. Les femmes étrangères sont encore plus exposées car pauvres, femmes et en exil. Les deux sœurs durent mener un combat de tous les instants qui contribua à forger leur conscience politique : les femmes sont encore plus vulnérables dans des sociétés qui ne leur reconnaissent pas les mêmes droits que les hommes et les maintiennent dans un statut de mineures. Julie-Victoire Daubié fut la première femme en France à obtenir son baccalauréat en 1861 et la première Licencié ès Lettres en 1872. Ces progrès récents ouvrent la voie à Maria et Bronia.
Elles vécurent aussi les bouleversements d’un Europe en crise, prise dans les tourments de la guerre, agitée par des idées nouvelles, le socialisme et les luttes politiques et côtoyèrent les esprits les plus brillants de leur temps.
Comment devient-on ce que l’on est ? Si la ténacité et le travail sont des vertus indispensables, les conditions d’existence, le milieu social et l’éducation sont déterminants.
Si ces femmes purent enfin participer pleinement à la société de leur temps, c’est que des mouvements de fond, les luttes sociales, le féminisme, le leur permirent. Et surtout cette figure de père qui leur donna en miroir la croyance en leurs capacités.
Cette excellente biographie en est la preuve et mérite amplement d’être lue. Elle est bien écrite et nous fait entrer de plain-pied dans ces destins exceptionnels.

Sélection 2015

Logo Prix Simone Veil

Madame de Staël, la femme qui faisait trembler Napoléon de Laurence de Cambronne,

Madame de Staël, la femme qui faisait trembler Napoléon de Laurence de Cambronne, Allary éditions 05 mars 2015, 244 pages

La vie et l’œuvre de Madame de Staël sont tout à fait passionnantes.

vignette femme qui écritGâtée par la fortune, et une intelligence exceptionnelle, Anne-Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, connue sous le nom de Madame de Staël (1766- 1817) était une femme extrêmement célèbre en son temps : l’Europe entière connaissait son nom et son exil par Napoléon fit d’ellet une infatigable voyageuse. Elle connaissait les milieux intellectuels en vogue à son époque que ce soit en France, en Allemagne et en Angleterre. Elle fut même reçue à la cour de Russie. Chacun de ses livres était un événement, et ses convictions politiques, libérales, étaient le cauchemar des despotes, et notamment de Napoléon Bonaparte qui la condamna à l’exil.

Elle eut la chance, rare, pour une femme de l’époque, d’étudier. Elle apprit des matières telles que la physique, les mathématiques, la théologie, la politique et la littérature.

Parmi ses connaissances, les noms de ceux qui ont fait l’histoire ou laissé une œuvre à la postérité : Voltaire, Diderot, Jefferson et Lord Byron, mais aussi Juliette Récamier, Talleyrand, Lafayette ou Chateaubriand et Goethe.

Son mariage avec le comte de Staël (elle l’épouse le 31 janvier 1786) ne fut pas heureux. Son mari lui interdit de publier ses essais et ne la comprit guère. Ils vécurent la plupart du temps séparés. Ses amours sont tumultueuses, elle tombe facilement amoureuse mais fait peur à ses amants. Sa liaison la plus longue fut sans conteste celle qu’elle entretint avec Benjamin Constant et qui souffrit de nombreuses éclipses. Elle finira sa vie aux côtés d’un homme de vingt ans au moins son cadet, Rocca.

Elle publie en 1788, « Lettres sur les ouvrages et le caractère de Jean-Jacques Rousseau. » Elle a 23 ans, et rêve d’une société nouvelle. Les États Généraux fournissent le prétexte à une intense activité politique, en sous-main, à travers ses amis. Elle est l’égérie des Constitutionnels et lutte contre les extrêmes : elle rêve d’une monarchie constitutionnelle avec deux chambres avant de devenir une républicaine convaincue et une fervente militante des libertés individuelles. Quelque temps plus tard, elle publiera « Réflexions sur la paix, adressées à M. Pitt et aux français. » puis « De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations » qui n’aura guère de succès.

En 1798, elle rédige « Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la Révolution et des principes qui doivent fonder la République » dans lequel elle expose ses idées : élections libres, abrogation des droits héréditaires, affirmation du droit de propriété, devoir de la nation envers les pauvres, possibilité au pouvoir exécutif de dissoudre l’Assemblée. Sur le conseil de Benjamin Constant, elle ne le publiera pas. Trop républicain, trop risqué. Elle publie alors une étude littéraire « De la littérature considérée dans ses rapports avec les Institutions sociales. » où elle avance masquée. Elle y développe la thèse de la perfectibilité de l’espèce humaine. En 1802, paraît son premier roman, « Delphine » qui provoque le scandale. Condition des femmes, plaidoyer en faveur du divorce, apologie du protestantisme, on peut le considérer comme le premier livre féministe. Puis après la mort de son père, elle écrit un de ses ouvrages les plus célèbres « De l’Allemagne » puis un second roman, « Corinne ou l’Italie » qui est un grand succès car les « femmes incomprises et malheureuses s’identifient au personnage ». Elle rédigera ensuite, un essai sur le suicide (elle fera elle même une tentative de suicide) et « Dix ans d’Exil », un livre de souvenirs.

Intellectuelle en avance sur son temps, femme brillante, amoureuse passionnée, Germaine de Staêl eut de quoi irriter et séduire.

Si elle écrivit de nombreux essais, elle fut la première à écrire une œuvre dans la veine du romantisme et à décrire les sentiments, les émotions et à pratiquer l’introspection. Avec Goethe, elle ouvrit la voie du romantisme.

Son indépendance d’esprit fut favorisée par son indépendance financière, son père, Jacques Necker, ministre des finances de Louis XVI, lui légua une immense fortune qui fit d’elle une des femmes les plus riches de son temps.

Elle ne négligea pas pour autant ses devoirs de mère, et prit soin de garder ses enfants près d’elle avec lesquels elle eut des relations très fusionnelles. Elle eut cinq enfants de quatre pères différents. Femme libre, indépendante, elle offrit un nouveau modèle de femme.

Elle fut féministe, milita pour le droit au divorce, engagée, combattive. Et son œuvre doit être inscrite dans la mémoire collective. On peut regretter qu’elle ne soit pas davantage étudiée au lycée.

Laurence de Cambronne choisit vingt-quatre journées de sa vie, les plus spectaculaires « Quand elle se retrouve face à Louis XVI, à Robespierre et à Bonaparte. Quand elle accouche, quand elle pleure de ne pas être aimée. Quand elle fuit Napoléon qui la condamne à l’exil. »

Ce n’est pas une biographie de plus, mais une évocation brillante et passionnée, donc passionnante, de cette femme qui marqua son siècle A lire absolument.

 Sélection 2015Logo Prix Simone Veil

Françoise Giroud – Histoire d’une femme libre

giroud

En 1960, après une tentative de suicide, et sur les conseils d’un médecin, Françoise Giroud tente de comprendre « le pourquoi d’elle-même » : les blessures, les fêlures qui l’ont conduite à ce geste. Elle décide de rédiger son autobiographie. Mal aimée par un père disparu trop tôt, et qui s’écrie le jour de sa naissance qu’il voulait un fils, jeune fille puis femme rebelle qui n’accepte pas le rôle étroit assignée aux femmes de son époque, mise à l’écart d’une famille bourgeoise dont elle est la parente pauvre, Françoise Giroud aura bien du mal à trouver une place qui soit « sa » place. « Homme » le jour, « femme » le soir, dans une extrême « tension », elle sera la compagne non-officielle de Jean-Jacques Servan-Schreiber avec lequel elle fondera l’Express. Femme des années cinquante, comme Simone de Beauvoir, elle est précurseur d’un nouveau type de relation où la femme s’accomplit professionnellement, est autonome et choisit librement son compagnon selon des affinités intellectuelles et sexuelles .

Elle trouvera dans sa relation avec lui, une dimension qu’elle n’avait certainement jamais vécue avec aucun autre, faite de camaraderie, de partage intellectuel, d’amour-passion, et d’une création commune qui lui donne une saveur inégalée.

« Un homme, pour moi, ce n’est ni un porte-feuille pour assurer mon existence, ni une étiquette dont j’ai besoin pour circuler dans la société, ni un bijou qu’il m’amuserait de porter pour que d’autres me l’envient, ni un sexe où accrocher mon reste de jeunesse pour la retenir, ni un poste à transistor destiné à combler le silence.

C’est un être humain avec lequel je veux trouver ce qu’il y a de plus rare au monde : un langage commun. Communiquer, s’entendre, être entendu et entendre l’autre. »

Mais voilà, elle qui pensait avoir trouvé une place, on lui enlève : son amant, mari de Madeleine Chapsal, veut divorcer et épouser sa jeune stagiaire afin d’avoir des enfants (Ils en auront quatre ensemble).

Tout bascule alors, et Françoise Giroud avale une dose létale de barbituriques. Secourue par son médecin, elle se rend compte que cet amour qui lui demandait tant d’énergie à gagner, on le lui offre sans compter. « […]j’ai admis que, peut-être ils m’aimaient. Pas pour eux, puisque je n’avais rien à donner que le spectacle d’une grande faiblesse, pour moi ».Et ajoute-t-elle, ce « capiton de sollicitude, j’avais envie de l’accepter, je l’acceptais[…]. »

Se reconstruire après une tentative de suicide, c’est long, très long car « du pays du non-espoir on revient toujours les mains vides. ». Françoise Giroud entamera un long voyage, en compagnie de Lacan, afin de pouvoir vivre.

Il y a dans ce livre des accents d’une absolue sincérité, et une voix, inimitable.

Ce manuscrit a été retrouvé par Alix de Saint-André dans les Archives Giroud à l’Imec.

Renée Vivien : l’histoire d’une vie

Renee-Vivien

Renée Vivien est le pseudonyme de Pauline Tarn, poétesse du mouvement parnassien de la Belle époque, née en Angleterre , à Londres en 1877, d’une mère américaine et d’un père anglais, et décédée à Nice en 1909 âgée de 32 ans à peine. Elle connut la fin d’un siècle et le début d’un autre et fut la contemporaine de Sarah Bernhardt (1844-1923)  et de Colette (1873-1954) qui la décrivait ainsi :

 » Il n’est pas un trait de cd jeune visage qui ne me soit présent. Tout y disait l’enfance, la malice et la propension au rire. Où chercher entre la chevelure blonde et la tendre fossette du menton effacé et faible, un pli qui ne fût point riant, l’indice, le gîte de la tragique tristesse qui rythme les vers de Renée Vivien ?  » (Dictionnaire des femmes célèbres)

Ses biographes racontent une vie tumultueuse et mondaine mais malheureuse. Ses amours féminines ont marquée sa vie, notamment sa passion orageuse avec Natalie Barney à qui elle reprochait ses nombreuses infidélités. Celle-ci tenta, sa vie durant, de la reconquérir.

« Des auteurs d’ouvrages critiques tels que Martin-Mamy, Le Dantec, Kyriac et Brissac firent de Renée Vivien une femme du mal et de la damnation, perverse et libertine à la fin de sa vie, allant jusqu’à lui inventer une vie de débauches et d’orgies auxquelles se marièrent la consommation de cocaïne. »Wikipédia

Colette raconta la fin de sa vie dans Le pur et l’impur paru en 1932 Et Natalie Clifford Barney dans Souvenirs indiscrets paru en 1960.

Selon certains biographes, elle se serait laissée mourir de faim dans sa retraite niçoise à la suite du décès d’une amie. Mais il est fort probable que l’abus d’alcool, sa toxicomanie et une forme grave d’anorexie furent à l’origine de sa mort.

Elle publie son premier recueil en 1901, Etudes et Préludes, suivi en  1902 de Cendres et poussières, d’une traduction des poèmes de Sappho en 1903 ainsi que d’un recueil « Evocations », puis quelques années plus tard, A l’heure des mains jointes (1906), Les Flambeaux éteints (1907).

Elle publia aussi des poèmes en prose, Brume de fjords,(1902), Du vert et du violet (1903), un roman, Une femme m’apparut et Dans un coin de violettes, Le vent des vaisseaux et Haillons, recueils de poèmes posthumes parus en 1910.

Lus : dictionnaire des femmes célèbres (Laffont), article de Wikipédia, J.-P. Goujon, Tes blessures sont plus douces que leurs caresses : vie de renée Vivien, Régine desforges 1986.

Le surnom de Sappho 1900, a été donnée à Renée Vivien, en raison de sa traduction des poèmes de la poétesse grecque et de son homosexualité.

Si l’on considère l’histoire littéraire des femmes, les années 1900 virent la publication d’œuvres de femmes telles que Colette, Anna de Noailles, Lucie Delarue-Mardrus

Rééditions :

  • Études et Préludes, Cendres et Poussières, Sapho (2007)
  • Les Kitharèdes avec le texte grec (2008), avant-propos de Marie-Jo Bonnet
  • Sapho avec le texte grec (2009), avant-propos de Yvan Quintin
  • Poèmes : 1901-1910 (2009), avant-propos de Nicole G. Albert

Autres rééditions :

  • Œuvres poétiques, 1901-1903, 2007, aux éditions Paléo (Études et préludes, Cendres et poussières)
  • Du vert au violet, 2009 ; Brumes de Fjords, 2010 ; Chansons pour mon ombre, 2010, aux éditions du Livre unique avec un appareil critique de Victor Flori ;

Amalie Skram : une femme d’exception

skram

Amalie Skram (1846-1904) a eu une vie douloureuse et mouvementée mais aussi très créative. Née à Bergen, en Norvège, en 1846, elle s’est mariée à 18 ans, poussée peut-être par la nécessité, son père ruiné ayant abandonné sa famille et fui en Amérique pour cacher sa honte. Épouse d’un capitaine au long cours, August Müller, de dix ans son aîné, elle a fait le tour du monde, découvert la Jamaïque, le Mexique, l’Amérique du sud et a voyagé jusqu’en Australie. Elle a bravé les mers démontées et les tempêtes, ce qui a pu nourrir nombre de ses descriptions dans ses romans. Elle a vécu une existence tout à fait extraordinaire pour une jeune femme de l’époque et avait une ouverture sur le monde que peu de ses contemporaines avaient. Elle divorce, ce qui fait bien sûr scandale et s’ensuit une forte dépression nerveuse qui la tient hospitalisée pendant plusieurs mois. Elle quitte alors Bergen pour toujours.

Elle a épousé en secondes noces un écrivain et critique danois Erik Skram en 1884, et , femme de lettres dans une société d’hommes, dut se battre pour imposer son œuvre.

Son œuvre témoigne de l’influence de l’école naturaliste au Danemark, et ses romans abondent en descriptions d’un réalisme cru, relatant les conditions de vie misérables des paysans norvégiens et le poids de l’héritage familial et de l’hérédité. Contemporaine de Zola et ardente partisane du roman naturaliste, elle privilégie les thèmes du couple, de la culpabilité, du poids de l’héritage, ou de l’impuissance de l’Église.

Ce second mariage ne sera pas plus réussi que le premier et ils se séparent en 1899. Ce nouvel échec amoureux la conduit à nouveau en hôpital psychiatrique. Elle s’en remet mal et meurt quelques années plus tard en 1905 à l’âge de 58 ans.

Selon Luce Hinsch, sa brillante traductrice, qui a fait un travail remarquable en permettant au public français de lire sa trilogie « Les gens de Hellemyr » aux éditions Gaïa, « Selon ses principes, le rôle de l’écrivain est de faire prendre conscience des problèmes de la société, de transmettre la connaissance et les idées nouvelles, pour bâtir un monde meilleur. » Je vous renvoie à sa postface qui regorge d’informations et de détails tous plus passionnants les uns que les autres..

Ouvrage(s) paru(s) chez Gaïa Editions:

Les Gens de Hellmeyr, Vesle-Gabriel – (1er des 3 volets)

Les Gens de Hellmeyr, Sivert – (2ème des 3 volets)

Les Gens de Hellmeyr, Severin – (3ème des 3 volets)