Archives pour la catégorie Biographie ou roman imaginaire sur un auteur

Autrice italienne : Caterina di Siena (Catherine de Sienne) (1347- 1380)

Catherine de Sienne, Caterina Bencasa (dite) (1347- 1380)

Fille d’un riche teinturier de Sienne, elle se révéla, dès sa jeunesse, éprise de vie mystique, et devint célèbre pour ses extases.

Elle fait partie des quatre femmes ayant été faites docteur de l’Eglise.

Elle a résisté à ses parents qui voulaient la marier et entra vers 1363, dans l’ordre des sœurs de la pénitence de Saint Dominique, où elle vécut de nombreuses années, supportant les mortifications les plus sévères (elle fut marquée de stigmates). Les autorité écclésiastiques chargèrent  un conseil spirituel, Raymond de Capoue de la suveiller .
A partir de 1375, elle mena une vie publique importante : elle contribua au retour des papes d’Avignon à Rome. Elle conseilla Urbain VI mais ne peut empêcher le Grand Schisme en 1378. Elle tenta de reconstituer l’unité de la chrétienté pour lutter contre l’Islam.Trois cent quatre-vint-huit de ses lettres sont parvenues jusqu’à nous et elle a également laissé un Dialogue sur la doctrine divine. Elle a été proclamée patronne de l’Italie en 1939.
Les fresques de Sodoma dans l’Eglise Saint-Dominique de Sienne retracent l’histoire de sa vie .

 Elle a adressé vingt-neuf lettres aux «dames de l’aristocratie» où elle parle « de femme à femme », prodiguant des conseils et du réconfort.

Son livre De la doctrine divine et sa Correspondance comptent parmi les œuvres classiques de la littérature italienne. Elles constituent un témoignage d’envergure de la littérature religieuse de l’époque. Ces œuvres contribuent alors au raffinement de la langue vulgaire et font date dans l’histoire littéraire italienne.

Source : Marta Savini in Dictionnaire Universel des créatrices – Dictionnaire des femmes célèbres de tous les temps et de tous les pays – Bouquins Robert Laffont

Image – credit : domaine public – Brooklyn Museum – Frank L. Babbott Fund, Frank Sherman Benson Fund, Carll H. de Silver Fund, A. Augustus Healy Fund, Caroline A. L. Pratt Fund, Charles Stewart Smith Memorial Fund, and the Ella C. Woodward Memorial Fund.

Simonetta Greggio – Elsa mon amour/ La femme qui voulait changer le monde

Simonetta Greggio – Elsa mon amour – Flammarion 2018 – 240 pages

« Elsa Morante, née à Rome le 18 août 1912, est écrivain, poète et traductrice. Elle épouse Alberto Moravia en 1941, mariage qui durera jusqu’à sa mort le 25 novembre 1985. En 1957, avec L’Île d’Arturo, elle est la première femme récompensée par le prix Strega. La Storia, publié en 1974, figure dans la liste des 100 meilleurs livres de tous les temps. » note de l’éditeur

« Les écrivains luttent la nuit contre les dragons pour que les amours, les larmes et la joie des morts ne soient pas oubliés. »

Simonetta Greggio a choisi de faire revivre Elsa Morante à travers une fiction qui est une biographie intérieure.

Elle épouse les méandres, et la complexité de cette autrice en lui donnant sa propre voix comme un matériau ductile qui transmettrait les vibrations, les sentiments, le roman intérieur de Morante.

En effet, une biographie n’est-elle pas faite généralement d’une extériorité tissée de rumeurs, et de ragots ?

Alors pour éviter le dehors, la biographe devient le dedans, « un instrument, un outil de retranscription », « dans une sorte de dictée hypnotique » faite par Elsa elle-même, par-delà le temps, par-delà la mort, dans une profonde empathie créatrice.

L’écriture répare-t-elle ?

Cette confession intime est à la fois rugueuse et poétique. Visiblement Elsa Morante était entière, et dure, n’avait pas toujours bon caractère : « mon ange de tourment » dit Moravia. On parle de sa réputation de chameau. « Mon maudit caractère, mes bouderies idiotes… » et aussi « son humeur d’équinoxe ! »

« Que peut-on tirer de cette méchante Elsa, qui grifferait encore celui qui tendrait sa main pour lui faire une caresse ? »

Sa vie était l’écriture, il y a des accents qui ne trompent pas : « J’écris depuis que j’existe. Avant de savoir écrire, j’écrivais déjà. J’étais écrivain dans le ventre de ma mère. Avant de naître, j’étais écrivain. »

De son mariage houleux avec Moravia, de leurs disputes homériques, de la relation sadomasochiste avec Luchino Visconti, de sa passion pour un jeune homme, Bill Morrow âgé de 23 ans, peintre et homosexuel, on retiendra la fureur impossible de l’amour, la colère et la tendresse. Contre son père, le vrai ? ou contre le faux qui était lui-même homosexuel et qui lui a donné son nom.

Il ne devait pas être facile de l’aimer, mais il y a fort à parier qu’elle ne se serait pas laissé faire. Toutes griffes dehors, et l’écriture en-dedans…

Annie Besant (1848-1933), écrivaine et libre-penseuse britannique

Annie Besant (1847-1933)

Quelle curieuse personnalité et quel tempérament que ceux d’Annie Besant, née Wood !

Orpheline de père, elle fut élevée dans un milieu  très mystique, dans lequel se mêlaient de manière très originale, les récits religieux irlandais et les histoires merveilleuses des contes de fée.  Cette manière non conventionnelle de pratiquer la spiritualité explique certainement pour une part sa façon très personnelle de concevoir la vie religieuse et aussi les luttes qu’elle engagea plus tard.

En 1855, sa mère, alors sans ressources à la mort de son mari,  l’envoya dans le Devon, « chez Ellen Marryat, sœur de l’officier de marine et romancier Frederick Marryat (1792–1848). Cette dernière, riche et célibatiaire[1], offrit à Annie l’éducation classique d’une jeune lady, mais aussi le goût de l’étude. »

Elle eut la chance de recevoir une solide éducation, et  fut une des premières femmes admises à la prestigieuse à la prestigieuse University College de Londres.

Mais tout d’abord, comme beaucoup de femmes à l’époque, elle fut mariée contre son gré à un pasteur anglican,  qu’elle quitta au bout de six ans  pour s’installer à Londres avec sa fille. Mère de deux enfants, un garçon et une fille, elle obtint une séparation légale et la garde de sa fille dans un premier temps.

Mais victime des lois injustes qui briment les épouses, elle perdra la garde en 1878. Les deux enfants retrouvèrent leur mère à leur majorité.

Mais, au fond, pourquoi ?  Car si son père gagna son procès , Mabel Besant-Scott le vit à peine les dix années suivantes puisqu’il l’avait placée en pension et elle ne revit pas sa mère que bien plus tard.

Annie Besant devint athée militante, se lia à Charles Voysey et aux libre-penseurs et eut une vie assez agitée au cours de laquelle elle fut couturière, garde-malade et journaliste. Sur le plan intellectuel , elle n’eut peur des contradictions, et ses engagements ne cessèrent de susciter la polémique , voire l’hostilité.

(sécularisme,monisme, positivisme, maçonnerie entre autres !)

C’est à université de Londres qu’elle rencontra des intellectuels philantropes socialisants de la Fabian Society (Why I am a Socialist, 1886).

Elle rencontra Charles Bradlough, libre penseur et journaliste anglais avec lequel elle provoqua le scandale en raison de la campagne qu’ils menèrent pour la limitation des naissances. Ils publièrent en 1877  The fruits of Philosophy de l’américain Charles Knowlton qui contenaient des illustrations d’organes génitaux ! Il n’en fallait pas plus pour la société pudibonde de l’époque, ils furent condamnés pour obscénité !

Cela l’amena à fonder une ligue néo-malthusienne (1887) (Law of Population : Its Consequences, and its Bearing upon Huan Conduct and Morals, 1877).

Mais son engagement le plus marquant fut peut-être la thésophie, qui réconcilia en elle certainement des aspirations qui pouvaient apparaître opposées, et notamment son goût pour les interrogations métaphysiques et ses opinions républicaines. En 1889, elle se convertit à la doctrine d’Helena Blavatstky après la lecture de « La doctrine secrète ». En 1907, elle lui succèdera à la tête de la Société de théosophie.

Elle fut une grande oratrice populaire et assista aux manifestations du « Bloody Sunday » du 13 novembre 1887.

Activiste infatigable, elle effectua de très nombreux voyages en Inde, et créa, à Madras, en 1914 le journal New India, pour réveiller les consciences, participa à la fondation de L’Indian Home Rule League,  et présida à l’Indian National Congress.

Elle milita aux côtés de Ghandi, fut internée trois mois par les anglais en 1917. Elle tenta de créer un mouvement plus modéré sans succès.

Au final, elle participa à la vie intellectuelle de son temps, fut l’amie de Henry Hindman, William Morris, George Bernard Shaw.

Références : A.H Nethercot, The First Five Lives of Annie Besant, Londres 1961,  et The Last Four Lives of Annie Besant,Dictionnaire des Femmes Célèbres , Lucienne Mazenod, Ghislaine Schoeller, Bouquins Robert Laffont , Londres 1963, Martine Monacelli, Dictionnaire Universel des Créatrices,Des femmes Antoinette Fouque S.R. Balshi, Home Rule Movement, New Delhi, 1984, Notice Anne Besant, Le Maitron

Quelques oeuvres : On the Nature and Existence of God, 1875

Law of Population : Its Consequences, and Its Bearing upon Human Conduct and Morals, 1877

Why I Am a Socialist, 1886

Consultez l’excellente biographie du Maitron , ici

https://maitron.fr/spip.php?article75315, notice BESANT Annie [née WOOD Annie] par Muriel Pécastaing-Boissière (nouvelle version, janvier 2011), version mise en ligne le 12 décembre 2009, dernière modification le 5 août 2016..


[1] https://maitron.fr/spip.php?article75315

Dominique Bona –  Berthe Morisot, Le secret de la femme en noir / L’été des femmes artistes – Litterama

Dominique Bona –  Berthe Morisot, Le secret de la femme en noir – Editions Grasset& Fasquelle, 2000

Dominique Bona –  Berthe Morisot, Le secret de la femme en noir – Editions Grasset& Fasquelle, 2000

Dominique Bona, grande érudite, s’appuie sur un travail de documentation remarquable pour nous livrer cette biographie de Berthe Morisot qu’elle va lier, pour l’essentiel, à la famille Manet, et entre tous,  Edouard Manet, illustre peintre, contemporain des impressionnistes qui n’a jamais voulu se rallier au mouvement, et que Berthe a rencontré au tout début de sa formation lorsque elle allait copier des œuvres au Louvre.

Le Musée d’Orsay lui consacre une magnifique exposition que l’on peut voir encore jusqu’au mois de septembre.

Je ne retracerai que vaguement les grandes lignes de cette biographie, d’autres l’ont fait beaucoup mieux que je ne le pourrais. Je voudrai juste souligner ce qui a été, pour moi, la force et l’intérêt de ce livre.

Tout d’abord, Dominique Bonat, si elle ne néglige pas l’influence d’Edouard Manet sur le style de Berthe Morisot, montre comment elle s’en est vite dégagée et de quelle manière elle a trouvé sa voie et son propre style.

Berthe Morisot a-t-elle eu une histoire d’amour avec le peintre ? On ne le saura jamais avec certitude. Manet la peindra plusieurs fois en de sublimes figures, à la fois sensuelles et énigmatiques.

«  Elle mesure toujours la vie d’après ses drames mais dissimule son pessimisme sous un masque de sérénité. Ce tourment profond et constant, qui jamais ne se dissipera et dont son regard porte les reflets, la rapproche de Manet, lui permet de comprendre et d’aimer ce qu’il peint, la violence, la brutalité de sa vision, le magnétisme de ses couleurs la fascinent. »

L’auteure a cherché dans les archives, aucune lettre n’est restée qui pourrait l’attester ou l’infirmer. On peut juste s’étonner cette absence de traces de la relation qu’il y eut entre ces deux êtres, pendant toute une période, si proches.

Le talent de Dominique tient aux hypothèses qu’elle élabore, au suspense qu’elle entretient savamment sur cette relation entre deux êtres hors du commun. Et surtout aux éléments qu’elle met en scène pour vous faire revivre la vie, les pensées, le caractère de cette artiste singulière. Vous pourrez ainsi vous faire votre propre idée. Vous nous direz ce qu’il en est selon vous, et votre analyse.

Berthe Morisot fut un des chefs de file du mouvement impressionniste, première et seule femme à exposer aux côtés de Monet, Degas et Renoir.

On connaît l’origine du nom donné au mouvement, attribuée à une remarque sarcastique du critique d’art Louis Leroy. Il aurait écrit après avoir vu une toile de Monet: « Que représente cette toile ? Impression ! Impression, j’en étais sûr. Je me disais aussi puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l’impression là-dedans ». Claude Monet devant donner un titre à son tableau, un paysage au Havre peint en 1872, propose « Mettez Impression, soleil levant ».

Elle créa, avec ses amis, le groupe d’avant-garde les « Artistes Anonymes Associés » qui allait devenir la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs dans laquelle figureront ceux que l’on a appelé impressionnistes à la suite du fameux Monsieur Leroy.

L’autre intérêt de cette biographie est de montrer la condition de la femme artiste au XIXe siècle, la façon dont l’art, de même que l’écriture, ont permis aux femmes de revendiquer une certaine indépendance. Lorsque Berthe peint, c’est-à-dire lorsqu’elle travaille, c’est son mari et sa fille que l’on peut voir sur le tableau.

Mais ce parcours d’artiste exigera de surmonter les conflits intérieurs qui la minent.

« Tiraillée entre deux pôles, entre deux exigences, celle de la peinture et celle de la femme, « elle se monte et se démonte comme devant », dit sa prosaïque mère. Elle lutte pour affirmer sa différence. Des conflits psychologiques la minent. Maux de tête et d’estomac, crampes, migraines. »

Elle a réussi à écrire une biographie extrêmement vivante, précise et documentée, et sa parfaite maîtrise de tous les éléments biographiques, la synthèse qu’elle peut alors opérer, rend le récit d’une grande fluidité, et son sens de la narration lui donne suspense et intérêt.

L’art de Berthe Morisot voulait « Fixer quelque chose de ce qui passe ». L’art de Dominique Bona, est de restituer l’atmosphère de ces années-là, les mouvements intérieurs de Berthe Morisot, ses combats et ses contradictions, afin que nous aussi, nous puissions approcher ce mystère.

A lire absolument…

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source image : wikipedia

Zoé Valdès – La femme qui pleure / Dora Maar – L’été des femmes artistes/ Litterama

Zoé Valdès – La femme qui pleure – Arthaud poche – 2016 Flammarion

La Femme qui pleure eBook by Zoé Valdés

Doraa Maar fut une artiste surréaliste, photographe et peintre, et aussi muse de Picasso. Une rétrospective de son œuvre lui a été consacrée récemment au Centre Pompidou. Sa carrière a été complètement absorbée par son rôle de muse, à l’ombre du génie de Picasso. Il a fait d’elle « La femme qui pleure », manifeste de la déconstruction du portrait.

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Portrait de Dora Maar, Pablo Picasso, 1937 | Paris 1937 Huil… | Flickr

Le livre de Zoé Valdès retrace une période censée être clef, un voyage à Venise, quelques années après sa rupture avec Picasso, en compagnie de deux amis, à l’issue duquel elle se retirera du monde pour vivre mystique et recluse, loin des mondanités parisiennes.

L’originalité du récit tient à ce que Zoé Valdès entremêle des éléments de sa propre biographie, et de sa relation rêvée ou imaginaire avec Dora Maar, qui tient plus de la rencontre manquée que d’une véritable relation.

« La vérité c’est que je me trouvais aussi vide qu’elle, à la limite de ma réserve d’illusions […]. », écrit-elle.

Par de savants aller-retours, elle retrace les amours de Dora Maar avec Picasso, dont on peut dire qu’ils sont violents et malsains. L’artiste a disparu au profit de la muse.

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Dora Maar in an Armchair | Pablo Picasso Dora Maar in an Arm… | Flickr

Ce qui est intéressant, cependant, c’est l’effacement dû à ce statut, qui rend le suprêmement visible, l’image, invisible. Cette « femme qui pleure », exposée dans les musées cachera toujours l’autre femme, celle qui crée.

Dora Maar raconte : « Tout s’est alors transformé, mon indépendance a été abolie et je me suis annulée comme artiste ».

Picasso est un ogre, aux appétits sexuels démesurés. Il la méprisera, l’insultera et la fera terriblement souffrir, voilà ce que je retiens de ce livre. Et pour moi ce n’est pas assez.

J’ai eu l’impression d’assister à une scène continue de dévoration.

« Elle revoyait parfois, en ironisant, silencieuse et amusée, les affronts d’apparent désamour qu’elle avait dû essuyer. Le Grand Génie racontant, par exemple, à ses amis que sa maîtresse obéissait plus vite que son chien Kazbeck, un lévrier afghan paralysé de paresse. Tandis que le chien faisait la sourde oreille, Dora répondait en courant au moindre appel, et elle avait grand plaisir à lui obéir. « Ce n’est qu’une fillette, une petite chienne, une bête… Tu lui lances un os et elle court le chercher pour te le rapporter. »

Quand ils faisaient l’amour et qu’il se juchait sur elle, il se moquait de ses gestes, lui pinçait la peau du cou, de la poitrine, lui laissait des bleus partout. »

La frontière devient floue entre vie publique et vie privée. Sur les toiles de Picasso, je vois maintenant l’ombre meurtrie de Dora Maar, comme de longues traînées sales, rougeâtres, imprégnées de ce sang des menstrues avec lequel il aimait peindre…

Et les larmes qu’il lui fit pleurer, sur ce tableau….

A lire pendant l’été : les biographies romancées de femmes artistes

C’est en lisant l’excellent article consacré à Berthe Morisot par le non moins excellent blog    « Plumes, pointes, palettes et partitions »  que je me suis souvenue de mon intention de consacrer une partie de l’été à la lecture de biographies de femmes artistes.

J’en avais acheté plusieurs :

Résultat de recherche d'images pour "dominique Bona Berthe Morisot" La Femme qui pleure Je t'aime affreusementL'horizon A Pour Elle Dénoué Sa Ceinture - Chana Orloff (1888-1968) de Benhamou Rebecca Format Beau livre

Berthe Morisot fut la seule femme du groupe des impressionnistes. Née en 1841, elle peint et expose avec Manet, Degas, Monet, Renoir. Dominique Bona brosse le portrait d’une femme qui inventa sa liberté.

Bien différente est « La femme qui pleure », photographe et peintre surréaliste mais aussi amante de Picasso, Dora Maar est une âme tourmentée. Après sa séparation d’avec le grand maître, elle décide de passer quelques jours à Venise, escapade que retrace Zoé Valdès dans ce livre.

Ce fut elle, sa fille,  qui enfanta l’artiste, sauva et publia l’oeuvre de Marina Tsvetaeva, après seize années passées au goulag. « Je t’aime affreusement » est une lettre fictive écrite grâce au talent d’Estelle Gapp, dans laquelle la fille de l’artiste exprime les sentiments qu’elle a éprouvés auprès de cette mère « excentrique et exaltée » qui lui a transmis le meilleur comme le pire.

J’ai découvert Chana Orloff, grâce à la plume de Rebecca Benhamou. « Sculptrice renommée dans le monde entier », lit-on sur la quatrième de couverture, mais où est-elle donc à Paris ? Si vous le savez dites-le moi !

Elle sera l’amie fidèle de Soutine et de Modigliani et épousa un proche d’Apollinaire. Quand la guerre éclate, Chana commence une incroyable épopée pour sauver sa vie.

J’ai trouvé quelques-unes de ses sculptures sur la toile.

Fichier:Le peintre juif, Chana Orloff (1920) - Musée d'art et d'histoire du Judaïsme.jpg

Français : Le peintre juif, Chana Orloff (1920) Bronze patiné wikimedia Commons, Musée d’art et d’histoire du judaïsme

C’est également en rédigeant cet article que j’apprends que depuis janvier 2019, son atelier est ouvert de manière permanente,  près du parc Montsouris,  dans la Villa Seurat.

Profession : autrice, Catel/ Claire Bouilhac – Mme de La Fayette (1634-1693)

Louise Colet (1810-1876) L’histoire d’une vie

Louise Colet

Louise Colet – L’histoire d’une vie, née Revoil, femme de lettres française (Aix-en-Provence, 15 août 1810 – Paris, 8 mars 1876)

Les femmes et l'ecriture 3Élevée dans le château de Servanne près d’Aix-en-Provence, elle épousa le flûtiste Hippolyte Colet. Ils vinrent habiter à Paris où son mari devint professeur au Conservatoire. Elle se sépara de lui en 1847 et il mourut en 1851 . Elle tint un salon, rue de Sèvres, qui devint un véritable foyer littéraire grâce à l’influence de celui qui deviendra son amant en 1839, Victor Cousin, dont elle aura un enfant. Il intervint pour que soit triplée sa pension et obtenir pour elle de nouvelles récompenses. Écrivain , elle fut plus connue de ses contemporains « pour ses émois que pour ses œuvres » selon la formule de Rémy de Gourmont. Ravissante, ambitieuse, intrigante, elle défraya souvent la chronique par ses liaisons avec des noms connus de l’époque (Musset, Vigny, Villemain, Champfleury mais aussi Flaubert de 1846 à 1854 (voir correspondance de celui-ci).
Elle n’avait pas froid aux yeux, et à celui qui osa se moquer de sa liaison avec Victor Cousin, elle planta un couteau entre les deux omoplates. On dit qu’elle inspira à Flaubert son personnage de Mme Bovary. Elle le rencontra en 1846 chez le sculpteur Pradier et le reçut Rue de Sèvres après son voyage en Orient avec Emile Girardin, Michel de Bourges, Hugo, Vigny, Leconte de Lisle, Musset.
Elles fut couronnée pour « le monument de Molière » (1843), la Colonie de Mettray (1852) et l’Acropole d’Athènes (1854).

Ses recueils Fleurs du midi (1836), Le Cœur des femmes (1853-1856), lui valurent un certain succès et elle reçut de la part du ministre de l’Instruction publique une pension de 400 livres,  Elle fut aussi l’auteur d’ouvrages de voyage comme Promenades en Hollande (1859) et elle a édité les Lettres de Benjamin Constant à Mme Récamier (1864). Elle a collaboré à une traduction de Shakespeare et écrit pour le théâtre. Mais ses pièces furent rarement acceptées par les directeurs de théâtre et elle dut écrire des ouvrages pour enfants et collaborer à des journaux. (Le Monde illustré, la Revue de Mode, les Modes parisiennes, le Moniteur universel, le Messager de paris, et la Presse, l’Evènement.

1857 : Quarante-cinq lettres de Béranger et détails sur sa vie.
1862-1864 : L’Italie des Italiens

Après un voyage sur le Nil (elle a assisté à l’inauguration du canal de Suez), elle écrivit un feuilleton, Le Pays lumineux qui paraîtra dix ans plus tard.
Ses romans : Une histoire de soldat (transposition romanesque de ses amours avec Flaubert), Lui, roman contemporain, Un drame dans la rue de Rivoli

Elle fut davantage reconnue comme poète. Luce Czyba lui reconnaît un certain talent « En exprimant la nostalgie du paradis perdu de l’enfance, en signifiant la douleur de l’exil et de la solitude […], (elle) parvient parfois à faire entendre l’inflexion d’une voix singulière. » (in Femmes poètes du XIXe siècle, une anthologie, sous la direction de Christine Planté.)

On redécouvre aujourd’hui ses œuvres. Elle souffrit à l’instar d’autres femmes de lettres de sa réputation de légèreté. Les œuvres d’une femme n’étaient pas toujours jugées sur leur valeur intrinsèque mais aussi sur la moralité supposée de leur auteure.

J. de Mestal-Cambrement, la belle Madame Colet, Paris 1913, R. Dumesnil, Le Grand amour de Flaubert, Paris 1945, Dictionnaire des Femmes célèbres, Lucienne Mazenod, Ghislaine Schoeller, Bouquins Robert Laffont, Femmes poètes du XIXe siècle, Une anthologie, sous la direction de Christine Planté.

Fanny Burney (1752-1840) : l’histoire d’une vie

Frances dite Fanny Burney (1752-1840)

vignette femme qui écritFemmes de lettres anglaise née en 1752, morte à Londres en 1840. Son père était musicien et fréquentait, avec sa fille, le salon de Samuel Jonnson.
Ses deux premiers romans Evelina ou The History of a Young Lady’sEntrance into the World (1778) et Cecilia ou Memoirs of an Heiress (1782) la rendirent célèbre. Elle fut ensuite attachée à la garde-robe de la reine Charlotte, charge qu’elle quitta en 1791.
C’est avec elle que s’annonce le renouveau du roman anglais – Defoë, Richardson comme Smollett n’ayant pas été remplacés. Choderlos de Laclos la tenait en grande estime et ne tarissait pas d’éloges. « Ses romans pleins de finesse, d’humour, de sens de l’observation n’ont rien à envier à ceux de G. Eliot, M. Shelley ou J. Austen. »Elle est également l’auteur d’un journal qui compte parmi les sommets du genre en Angleterre (1768-1818).1
En 1793, à quarante-deux ans, elle épousa un émigré français, le général Alexandre D’Arblay. Leur fils unique, Alexander, naît en 1794.
Elle publia Camilla ou A Picture of Youth en 1796, avant d’aller s’installer en France avec son mari, le général d’Arblay, ancien émigré qui avait été aide de camp de La Fayette (1802). Elle y resta dix ans .
En 1814, elle écrivit et publia The wanderer or Female Difficulties.
On a souvent rapproché son art de celui de Richardson et de Fielding mais ses descriptions minutieuses de la vie domestique, la finesse avec laquelle elle épingle les vanités et les ridicules sociaux l’apparentent aussi à Jane Austen.
Elle a laissé un Journal et des Lettres publiés ensemble, en sept volumes de 1842 à 1846.
La postérité, pourtant, n’a guère retenue son nom alors que sa cadette, Jane Austen, est reconnue aujourd’hui comme un grand nom de la scène littéraire de l’époque.

Fanny Burney fut toute sa vie en butte à ses propres contradictions : elle voulut la notoriété mais craignit le scandale qui broyait les femmes rebelles n’ayant pas respecté le code de bienséance et de pudeur féminine de l’époque. La femme auteur est dangereusement exposée aux cabales et aux sarcasmes. La réputation d’une femme, si chère à un certain code post-puritain, ne doit pas souffrir de la moindre tache. Or, si à l’époque, la lectrice de romans est considérée comme une femme légère, aux mœurs dépravées, la romancière encourt le risque d’être traitée de bas-bleu ( femmes dont Fanny Burney se moque abondamment).
Elle ira jusqu’à fuir Mme de Staël dont elle finira par connaître les amours adultères et qui voyait pourtant en elle « la première femme d’Angleterre ».

Les sœurs savantes. Marie Curie et Bronia Dluska, deux destins qui ont fait l’histoire de Natacha Henry

Natacha Henry

Les sœurs savantes. Marie Curie et Bronia Dluska, deux destins qui ont fait l’histoire de Natacha Henry, Vuibert 2015

vignette Les femmes et la PenséeComment se construit-on, où puise-t-on force et détermination ? Sur quoi s’appuie-t-on pour avancer, créer, inventer ?
Cette nouvelle biographie de Marie Curie a ceci d’original qu’elle explore l’histoire familiale de Maria Salomea Skłodowska (1867-1934), et montre comment ses relations avec sa sœur aînée Bronia, la solidarité profonde qui existait entre elles, lui ont permis de devenir la femme que l’on connaît aujourd’hui, prix Nobel de physique et de chimie, en 1903 et 1911, pour ses recherches conjointes avec Pierre Curie sur les radiations puis pour ses travaux sur le polonium et le radium.
Née dans l’actuelle Pologne, sous domination russe, il était interdit aux femmes d’entrer à l’Université. Or, éduquées par un père libéral, qui désirait que ses filles soient instruites et qui croyaient à leur intelligence, Maria et Bronia se rebellèrent, assistèrent à des cours clandestins d’instruction supérieure tout en rêvant de venir étudier à Paris. Mais leur famille est pauvre, et elles ne disposent d’aucune autre ressource qui leur permettrait de venir étudier à la Sorbonne. C’est alors qu’elles imaginent un contrat : Bronia viendra étudier à Paris et Maria sera gouvernante d’enfants et lui versera la moitié de ses subsides. Une fois ses diplômes obtenus, Bronia hébergera sa sœur à Paris pour lui permettre, à son tour, de faire des études de physique.
L’engagement sera tenu, et ces deux pionnières, l’une en médecine, l’autre en physique-chimie, deviendront parmi les premières femmes à illustrer de leur nom la science de leur temps.
Elles firent partie de celles qui luttèrent pour l’éducation des femmes dans une Europe encore très patriarcale , où l’entrée dans un amphithéâtre à la Sorbonne d’une jeune étudiante déchaînait cris et sifflements. Mais cette seconde moitié du XIXe siècle voit naître et se développer un féminisme organisé et militant qui parviendra à forcer les barrages les plus importants. Des grands noms émergent de ces luttes, dont la féministe Marguerite Durand (une bibliothèque existe à Paris à son nom où l’on peut consulter les écrits des femmes).
De 1867 à 1934, les deux sœurs partagèrent leurs ambitions professionnelles, leurs bonheurs, mais aussi les deuils et les tragédies familiales. Convaincues toutes deux que le progrès scientifique transformerait en profondeur la société et permettrait aux individus de se réaliser, elles ne négligèrent pas une certaine forme d’engagement social, dans la lutte contre l’analphabétisme, et en favorisant l’accès aux soins pour les plus pauvres. Les femmes étrangères sont encore plus exposées car pauvres, femmes et en exil. Les deux sœurs durent mener un combat de tous les instants qui contribua à forger leur conscience politique : les femmes sont encore plus vulnérables dans des sociétés qui ne leur reconnaissent pas les mêmes droits que les hommes et les maintiennent dans un statut de mineures. Julie-Victoire Daubié fut la première femme en France à obtenir son baccalauréat en 1861 et la première Licencié ès Lettres en 1872. Ces progrès récents ouvrent la voie à Maria et Bronia.
Elles vécurent aussi les bouleversements d’un Europe en crise, prise dans les tourments de la guerre, agitée par des idées nouvelles, le socialisme et les luttes politiques et côtoyèrent les esprits les plus brillants de leur temps.
Comment devient-on ce que l’on est ? Si la ténacité et le travail sont des vertus indispensables, les conditions d’existence, le milieu social et l’éducation sont déterminants.
Si ces femmes purent enfin participer pleinement à la société de leur temps, c’est que des mouvements de fond, les luttes sociales, le féminisme, le leur permirent. Et surtout cette figure de père qui leur donna en miroir la croyance en leurs capacités.
Cette excellente biographie en est la preuve et mérite amplement d’être lue. Elle est bien écrite et nous fait entrer de plain-pied dans ces destins exceptionnels.

Sélection 2015

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Madame de Staël, la femme qui faisait trembler Napoléon de Laurence de Cambronne,

Madame de Staël, la femme qui faisait trembler Napoléon de Laurence de Cambronne, Allary éditions 05 mars 2015, 244 pages

La vie et l’œuvre de Madame de Staël sont tout à fait passionnantes.

vignette femme qui écritGâtée par la fortune, et une intelligence exceptionnelle, Anne-Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, connue sous le nom de Madame de Staël (1766- 1817) était une femme extrêmement célèbre en son temps : l’Europe entière connaissait son nom et son exil par Napoléon fit d’ellet une infatigable voyageuse. Elle connaissait les milieux intellectuels en vogue à son époque que ce soit en France, en Allemagne et en Angleterre. Elle fut même reçue à la cour de Russie. Chacun de ses livres était un événement, et ses convictions politiques, libérales, étaient le cauchemar des despotes, et notamment de Napoléon Bonaparte qui la condamna à l’exil.

Elle eut la chance, rare, pour une femme de l’époque, d’étudier. Elle apprit des matières telles que la physique, les mathématiques, la théologie, la politique et la littérature.

Parmi ses connaissances, les noms de ceux qui ont fait l’histoire ou laissé une œuvre à la postérité : Voltaire, Diderot, Jefferson et Lord Byron, mais aussi Juliette Récamier, Talleyrand, Lafayette ou Chateaubriand et Goethe.

Son mariage avec le comte de Staël (elle l’épouse le 31 janvier 1786) ne fut pas heureux. Son mari lui interdit de publier ses essais et ne la comprit guère. Ils vécurent la plupart du temps séparés. Ses amours sont tumultueuses, elle tombe facilement amoureuse mais fait peur à ses amants. Sa liaison la plus longue fut sans conteste celle qu’elle entretint avec Benjamin Constant et qui souffrit de nombreuses éclipses. Elle finira sa vie aux côtés d’un homme de vingt ans au moins son cadet, Rocca.

Elle publie en 1788, « Lettres sur les ouvrages et le caractère de Jean-Jacques Rousseau. » Elle a 23 ans, et rêve d’une société nouvelle. Les États Généraux fournissent le prétexte à une intense activité politique, en sous-main, à travers ses amis. Elle est l’égérie des Constitutionnels et lutte contre les extrêmes : elle rêve d’une monarchie constitutionnelle avec deux chambres avant de devenir une républicaine convaincue et une fervente militante des libertés individuelles. Quelque temps plus tard, elle publiera « Réflexions sur la paix, adressées à M. Pitt et aux français. » puis « De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations » qui n’aura guère de succès.

En 1798, elle rédige « Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la Révolution et des principes qui doivent fonder la République » dans lequel elle expose ses idées : élections libres, abrogation des droits héréditaires, affirmation du droit de propriété, devoir de la nation envers les pauvres, possibilité au pouvoir exécutif de dissoudre l’Assemblée. Sur le conseil de Benjamin Constant, elle ne le publiera pas. Trop républicain, trop risqué. Elle publie alors une étude littéraire « De la littérature considérée dans ses rapports avec les Institutions sociales. » où elle avance masquée. Elle y développe la thèse de la perfectibilité de l’espèce humaine. En 1802, paraît son premier roman, « Delphine » qui provoque le scandale. Condition des femmes, plaidoyer en faveur du divorce, apologie du protestantisme, on peut le considérer comme le premier livre féministe. Puis après la mort de son père, elle écrit un de ses ouvrages les plus célèbres « De l’Allemagne » puis un second roman, « Corinne ou l’Italie » qui est un grand succès car les « femmes incomprises et malheureuses s’identifient au personnage ». Elle rédigera ensuite, un essai sur le suicide (elle fera elle même une tentative de suicide) et « Dix ans d’Exil », un livre de souvenirs.

Intellectuelle en avance sur son temps, femme brillante, amoureuse passionnée, Germaine de Staêl eut de quoi irriter et séduire.

Si elle écrivit de nombreux essais, elle fut la première à écrire une œuvre dans la veine du romantisme et à décrire les sentiments, les émotions et à pratiquer l’introspection. Avec Goethe, elle ouvrit la voie du romantisme.

Son indépendance d’esprit fut favorisée par son indépendance financière, son père, Jacques Necker, ministre des finances de Louis XVI, lui légua une immense fortune qui fit d’elle une des femmes les plus riches de son temps.

Elle ne négligea pas pour autant ses devoirs de mère, et prit soin de garder ses enfants près d’elle avec lesquels elle eut des relations très fusionnelles. Elle eut cinq enfants de quatre pères différents. Femme libre, indépendante, elle offrit un nouveau modèle de femme.

Elle fut féministe, milita pour le droit au divorce, engagée, combattive. Et son œuvre doit être inscrite dans la mémoire collective. On peut regretter qu’elle ne soit pas davantage étudiée au lycée.

Laurence de Cambronne choisit vingt-quatre journées de sa vie, les plus spectaculaires « Quand elle se retrouve face à Louis XVI, à Robespierre et à Bonaparte. Quand elle accouche, quand elle pleure de ne pas être aimée. Quand elle fuit Napoléon qui la condamne à l’exil. »

Ce n’est pas une biographie de plus, mais une évocation brillante et passionnée, donc passionnante, de cette femme qui marqua son siècle A lire absolument.

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Françoise Giroud – Histoire d’une femme libre

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En 1960, après une tentative de suicide, et sur les conseils d’un médecin, Françoise Giroud tente de comprendre « le pourquoi d’elle-même » : les blessures, les fêlures qui l’ont conduite à ce geste. Elle décide de rédiger son autobiographie. Mal aimée par un père disparu trop tôt, et qui s’écrie le jour de sa naissance qu’il voulait un fils, jeune fille puis femme rebelle qui n’accepte pas le rôle étroit assignée aux femmes de son époque, mise à l’écart d’une famille bourgeoise dont elle est la parente pauvre, Françoise Giroud aura bien du mal à trouver une place qui soit « sa » place. « Homme » le jour, « femme » le soir, dans une extrême « tension », elle sera la compagne non-officielle de Jean-Jacques Servan-Schreiber avec lequel elle fondera l’Express. Femme des années cinquante, comme Simone de Beauvoir, elle est précurseur d’un nouveau type de relation où la femme s’accomplit professionnellement, est autonome et choisit librement son compagnon selon des affinités intellectuelles et sexuelles .

Elle trouvera dans sa relation avec lui, une dimension qu’elle n’avait certainement jamais vécue avec aucun autre, faite de camaraderie, de partage intellectuel, d’amour-passion, et d’une création commune qui lui donne une saveur inégalée.

« Un homme, pour moi, ce n’est ni un porte-feuille pour assurer mon existence, ni une étiquette dont j’ai besoin pour circuler dans la société, ni un bijou qu’il m’amuserait de porter pour que d’autres me l’envient, ni un sexe où accrocher mon reste de jeunesse pour la retenir, ni un poste à transistor destiné à combler le silence.

C’est un être humain avec lequel je veux trouver ce qu’il y a de plus rare au monde : un langage commun. Communiquer, s’entendre, être entendu et entendre l’autre. »

Mais voilà, elle qui pensait avoir trouvé une place, on lui enlève : son amant, mari de Madeleine Chapsal, veut divorcer et épouser sa jeune stagiaire afin d’avoir des enfants (Ils en auront quatre ensemble).

Tout bascule alors, et Françoise Giroud avale une dose létale de barbituriques. Secourue par son médecin, elle se rend compte que cet amour qui lui demandait tant d’énergie à gagner, on le lui offre sans compter. « […]j’ai admis que, peut-être ils m’aimaient. Pas pour eux, puisque je n’avais rien à donner que le spectacle d’une grande faiblesse, pour moi ».Et ajoute-t-elle, ce « capiton de sollicitude, j’avais envie de l’accepter, je l’acceptais[…]. »

Se reconstruire après une tentative de suicide, c’est long, très long car « du pays du non-espoir on revient toujours les mains vides. ». Françoise Giroud entamera un long voyage, en compagnie de Lacan, afin de pouvoir vivre.

Il y a dans ce livre des accents d’une absolue sincérité, et une voix, inimitable.

Ce manuscrit a été retrouvé par Alix de Saint-André dans les Archives Giroud à l’Imec.

Renée Vivien : l’histoire d’une vie

Renee-Vivien

Renée Vivien est le pseudonyme de Pauline Tarn, poétesse du mouvement parnassien de la Belle époque, née en Angleterre , à Londres en 1877, d’une mère américaine et d’un père anglais, et décédée à Nice en 1909 âgée de 32 ans à peine. Elle connut la fin d’un siècle et le début d’un autre et fut la contemporaine de Sarah Bernhardt (1844-1923)  et de Colette (1873-1954) qui la décrivait ainsi :

« Il n’est pas un trait de ce jeune visage qui ne me soit présent. Tout y disait l’enfance, la malice et la propension au rire. Où chercher entre la chevelure blonde et la tendre fossette du menton effacé et faible, un pli qui ne fût point riant, l’indice, le gîte de la tragique tristesse qui rythme les vers de Renée Vivien ?  » (Dictionnaire des femmes célèbres)

Ses biographes racontent une vie tumultueuse et mondaine mais malheureuse. Ses amours féminines ont marquée sa vie, notamment sa passion orageuse avec Natalie Barney à qui elle reprochait ses nombreuses infidélités. Celle-ci tenta, sa vie durant, de la reconquérir.

« Des auteurs d’ouvrages critiques tels que Martin-Mamy, Le Dantec, Kyriac et Brissac firent de Renée Vivien une femme du mal et de la damnation, perverse et libertine à la fin de sa vie, allant jusqu’à lui inventer une vie de débauches et d’orgies auxquelles se marièrent la consommation de cocaïne. »Wikipédia

Colette raconta la fin de sa vie dans Le pur et l’impur paru en 1932 et Natalie Clifford Barney dans Souvenirs indiscrets paru en 1960.

Selon certains biographes, elle se serait laissée mourir de faim dans sa retraite niçoise à la suite du décès d’une amie. Mais il est fort probable que l’abus d’alcool, sa toxicomanie et une forme grave d’anorexie furent à l’origine de sa mort.

Elle publie son premier recueil en 1901, Etudes et Préludes, suivi en  1902 de Cendres et poussières, d’une traduction des poèmes de Sappho en 1903 ainsi que d’un recueil « Evocations », puis quelques années plus tard, A l’heure des mains jointes (1906), Les Flambeaux éteints (1907).

Elle publia aussi des poèmes en prose, Brume de fjords,(1902), Du vert et du violet (1903), un roman, Une femme m’apparut et Dans un coin de violettes, Le vent des vaisseaux et Haillons, recueils de poèmes posthumes parus en 1910.

Lus : dictionnaire des femmes célèbres (Laffont), article de Wikipédia, J.-P. Goujon, Tes blessures sont plus douces que leurs caresses : vie de renée Vivien, Régine desforges 1986.

Le surnom de Sappho 1900, a été donnée à Renée Vivien, en raison de sa traduction des poèmes de la poétesse grecque et de son homosexualité.

Si l’on considère l’histoire littéraire des femmes, les années 1900 virent la publication d’œuvres de femmes telles que Colette, Anna de Noailles, Lucie Delarue-Mardrus

Rééditions :

  • Études et Préludes, Cendres et Poussières, Sapho (2007)
  • Les Kitharèdes avec le texte grec (2008), avant-propos de Marie-Jo Bonnet
  • Sapho avec le texte grec (2009), avant-propos de Yvan Quintin
  • Poèmes : 1901-1910 (2009), avant-propos de Nicole G. Albert

Autres rééditions :

  • Œuvres poétiques, 1901-1903, 2007, aux éditions Paléo (Études et préludes, Cendres et poussières)
  • Du vert au violet, 2009 ; Brumes de Fjords, 2010 ; Chansons pour mon ombre, 2010, aux éditions du Livre unique avec un appareil critique de Victor Flori ;

Amalie Skram : une femme d’exception

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Amalie Skram (1846-1904) a eu une vie douloureuse et mouvementée mais aussi très créative. Née à Bergen, en Norvège, en 1846, elle s’est mariée à 18 ans, poussée peut-être par la nécessité, son père ruiné ayant abandonné sa famille et fui en Amérique pour cacher sa honte. Épouse d’un capitaine au long cours, August Müller, de dix ans son aîné, elle a fait le tour du monde, découvert la Jamaïque, le Mexique, l’Amérique du sud et a voyagé jusqu’en Australie. Elle a bravé les mers démontées et les tempêtes, ce qui a pu nourrir nombre de ses descriptions dans ses romans. Elle a vécu une existence tout à fait extraordinaire pour une jeune femme de l’époque et avait une ouverture sur le monde que peu de ses contemporaines avaient. Elle divorce, ce qui fait bien sûr scandale et s’ensuit une forte dépression nerveuse qui la tient hospitalisée pendant plusieurs mois. Elle quitte alors Bergen pour toujours.

Elle a épousé en secondes noces un écrivain et critique danois Erik Skram en 1884, et , femme de lettres dans une société d’hommes, dut se battre pour imposer son œuvre.

Son œuvre témoigne de l’influence de l’école naturaliste au Danemark, et ses romans abondent en descriptions d’un réalisme cru, relatant les conditions de vie misérables des paysans norvégiens et le poids de l’héritage familial et de l’hérédité. Contemporaine de Zola et ardente partisane du roman naturaliste, elle privilégie les thèmes du couple, de la culpabilité, du poids de l’héritage, ou de l’impuissance de l’Église.

Ce second mariage ne sera pas plus réussi que le premier et ils se séparent en 1899. Ce nouvel échec amoureux la conduit à nouveau en hôpital psychiatrique. Elle s’en remet mal et meurt quelques années plus tard en 1905 à l’âge de 58 ans.

Selon Luce Hinsch, sa brillante traductrice, qui a fait un travail remarquable en permettant au public français de lire sa trilogie « Les gens de Hellemyr » aux éditions Gaïa, « Selon ses principes, le rôle de l’écrivain est de faire prendre conscience des problèmes de la société, de transmettre la connaissance et les idées nouvelles, pour bâtir un monde meilleur. » Je vous renvoie à sa postface qui regorge d’informations et de détails tous plus passionnants les uns que les autres..

Ouvrage(s) paru(s) chez Gaïa Editions:

Les Gens de Hellmeyr, Vesle-Gabriel – (1er des 3 volets)

Les Gens de Hellmeyr, Sivert – (2ème des 3 volets)

Les Gens de Hellmeyr, Severin – (3ème des 3 volets)

Colette de Jouvenel, « fille de… » : Impasse de l’Ecritoire

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Voyager , dans son propre pays ou ailleurs, c’est aller à la rencontre des autres, provoquer le destin ou laisser celui des autres croiser le nôtre et le modifier.

C’est en allant à Curemonte, qui est un très beau village corrézien perché sur une colline, dont toutes les maisons sont soigneusement conservées, ses vielles pierres luisant sous le soleil, que j’ai fait la connaissance de Colette de Jouvenel par le biais d’une exposition sous la halle aux grains retraçant une fois encore la vie de la « Grande » Colette, sa mère, mais évoquant également la sienne, et notamment les quelques années qu’elle passa dans ce village pendant l’Occupation et l’intense atcivité de résistante qu’elle y déploya. Son visage, étrangement émouvant sur les photographies, la solitude qu’on peut lire sur ses traits et une espèce de mélancolie a attisé ma curiosité et j’ai cherché à en savoir un peu plus. 2013 étant le centenaire de sa naissance, une exposition lui avait été consacrée jusqu’au 15 juillet.

Mais il a fallu que j’aille visiter les « jardins » de Colette, l’écrivain, à Varetz, pour trouver plus d’informations sur sa fille, grâce au livre notamment de François Soustre, « Colette de Jouvenel en Corrèze ».  Ce parc est situé à côté de Castel-Novel, propriété qui domine la commune de Varetz et fut la demeure paternelle où Colette de Jouvenel passa son enfance confiée aux bons soins d’une nourrice anglaise. Je me suis également procuré « Lettres à sa fille » publiées sous la direction de Anne de Jouvenel, nièce de Colette de Jouvenel, afin d’éclairer ces relations mère-fille si compliquées. Les différencier déjà est difficile puisque l’écrivain Colette a prénommé sa fille Colette. Seule la fille issue de l’union de l’écrivain Colette et  de Henri de Jouvenel s’appelle en droit Colette de Jouvenel. L’écrivain se nomme Gabrielle Sidonie Colette et Colette n’est pas un prénom mais un nom de famille qu’elle utilisera comme nom de plume. Même de manière posthume, la fille de l’écrivain aura beaucoup de mal à avoir une place d’autant plus que sa mère utilisait aussi le même patronyme ! Afin de les différencier j’utiliserai toujours Colette de Jouvenel pour parler de la fille de l’écrivain puisque c’est son véritable patronyme.

A vrai dire, le visage de l’écrivain s’est progressivement effacé, pour laisser place à celui de Colette de Jouvenel dont le destin tourmenté, m’a en quelque sorte happée grâce au talent de François Soustre.

Elle est fille unique de Colette et de l’homme politique Henry de Jouvenel, tout deux fort occupés à leur carrière sinon à leurs amours. « Quelle fichue situation d’être la fille de deux quelqu’un, elle a un sacré besoin de s’appeler Durand, ma fille. » écrivait Colette, l’écrivain, à une amie.

Colette de Jouvenel tint peut-être de sa mère son goût pour l’écriture car elle publia quelques articles dans la presse parisienne au lendemain de la Seconde guerre mondiale, composa des contes, des chansons, et tint un journal dont François Soustre donne quelques extraits avec l’autorisation de Anne de Jouvenel. Peut-être un jour sera-t-il publié et pourrons-nous le lire.

Née en 1913, Colette de Jouvenel a un an lorsque la première guerre éclate et ses parents n’ont guère le temps de s’occuper d’elle : son père va rejoindre le front et sa mère contribue à la rédaction du « Matin », elle est confiée alors  à la garde d’une nurse anglaise, Miss Draper jusqu’en 1922.

« Miss Draper, pudeur,hygiène et châtiment, aima loyalement et profondément « le petit fille », matant un peu trop son penchant latin à la tendresse fougueuse. », écrit-elle.

Elle va à l’école de Varetz avec les autres enfants de la commune avant de devenir pensionnaire à l’internat de Saint-Germain en Laye. Elle y fait l’apprentissage d’une terrible solitude : « C’est au lycée de Saint-Germain que je commençai à voir que je n’appartenais pas aux miens. Au bout de quelques mois, je commençai à rêver de pouvoir être à d’autres. A des parents comme ceux dont mes compagnes étaient dotés. S’ils devaient venir le jeudi ou le samedi, ils venaient, ceux des autres ». Elle retrouve les siens pour de brefs séjours à Castel-Novel ou à Rozven en Bretagne.

Puis elle va étudier Outre-Manche dans la petite ville de Clifton, près de Bristol avant d’être inscrite dans un établissement du VIe arrondissement à Paris où elle prendra des cours de sténographie et de secrétariat.

« On ne sut jamais que la peinture m’eut rendue heureuse, sinon géniale. Je n’en savais rien non plus, je n’indiquais aucune préférence, bien que je me sois honorablement tirée de quelques essais au Lycée de Versailles où je profitai, pendant les deux mois qui précédèrent mon expulsion de l’établissement, des leçons d’un charmant avec lavallière à pois et chapeau à larges bords. »

          Les résultats de Colette de Jouvenel sont désastreux et elle est expulsée de deux établissements privés, avant d’être orientée, en désespoir de cause, vers l’apprentissage de la couture. Son père se remarie avec Germaine Louis-Dreyfus et si Colette de Jouvenel ne sympathise pas avec sa belle-mère, elle s’entendra très bien en revanche avec sa fille Arlette qui épousera plus tard son demi-frère Renaud. Et sa mère convole également en justes noces quant à elle avec Maurice Goudeket.

Pour ne pas être en reste peut-être, en 1935, Colette de Jouvenel épouse Denis Dausse, docteur en médecine, pour divorcer peu de temps après. Ses parents la soutiennent mais son père meurt quelques mois plus tard, ce qui l’affecte profondément.

Elle devient assistante de réalisation et travaille auprès de Solange Bussi pour le tournage de La Vagabonde en 1931, puis avec Marc Allégret pour Le Lac aux dames en 1934 et avec Max Ophuls pour Divine en 1936.

Elle abandonne la réalisation pour exécuter des travaux de traduction avant finalement de bifurquer vers la décoration. Mais la guerre éclate et Colette de Jouvenel se réfugie en Corrèze à Curemonte, qu’elle appellera sa « Toscane limousine » dans le château familial acheté en 1912.

Elle se rapproche des antifascistes du coin, les Videau, couple d’instituteurs, et Berthe Vayssié qui tient le café-bar-épicerie du village. Colette de Jouvenel commence par mettre en place un circuit de ravitaillement efficace puis participe de plus en plus à des activités de résistance. Elle accueille sa mère qui a fui sa Seine-et-Oise et se révèle une invitée irritable, qui tourne sur elle-même et accable ses proches de récriminations. Pour finir elle tombe malade et Colette de Jouvenel s’occupe d’elle avec dévouement. Mais après quelques mois elle décide de revenir en région parisienne tant elle s’ennuie dans ce petit coin de province.

Les retrouvailles, encore une fois, n’ont pas eu lieu.  Colette de Jouvenel pense à fonder une revue mais son projet sera refusé par Vichy, les valeurs issues de la « Révolution nationale » n’entrant dans son plan éditorial.  Elle se met au service de l’OSE  (Organisation de secours aux Enfants) par l’intermédiaire de sa belle-sœur ; il s’agit de mettre à l’abri des enfants dont les parents ont été arrêtés ou déportés. En 1943, elle fréquente André Malraux, et Josette Clotis, sa compagne, Emmanuel Berl et sa femme Mireille, chanteuse qui ne peut plus travailler étant juive. Si elle n’appartient officiellement à aucun mouvement de résistance, elle est en charge de missions précises dans les rangs de l’opposition active au STO.

Colette de Jouvenel vit deux histoires amoureuses d’abord avec Simy Wertheim, puis Jocelyne Alatini un peu plus tard qui lui permettent de trouver un peu de joie dans cette période sombre et agitée. Mais la guerre se termine et Colette de Jouvenel aimerait écrire. Depuis quelque temps elle tient un  journal où elle note ses impressions.

Elle lui confie: « Si je me relis, je m’attendris presque : pauvre de moi qui tente à trente et un ans d’apprendre à penser, à la manière d’un devoir de philosophie d’adolescent, parce que personne ne t’a appris à penser. Mais aussi, c’est que je ne peux exprimer librement ma pensée, pour n’avoir pas accepté les contraintes qui m’eussent été nécessaires pour y parvenir – écrire chaque jour, dompter style et pensée. »

A la fin de la guerre, elle est nommée présidente du Comité social et sanitaire, il s’agit de remettre de l’ordre dans les différents établissement publics qui composent l’administration. Mais écrire ?

En novembre 1944, elle publie son premier article dans « Femmes françaises » sous le titre « Travail urgent : travail social ». Louis Aragon lui-même souhaite avoir un de ses articles…  Elle est pressentie par Juliette Jonvaux qui dirige Fraternité, journal d’extrême-gauche pour rejoindre le comité de rédaction du journal. Elle couvre le retour des déportés et des prisonniers de guerre, s’insurge, se révolte contre le manque d’organisation des secours aux déportés, qui doivent en plus de leurs souffrances attendre et attendre encore… Elle se rend en Allemagne et publie un article « Eté allemand » qui aura un certain écho.

Très sensible aux problématiques liées au rôle des femmes dans le monde du travail, elle utilise sa plume pour défendre l’égalité des sexes et « la promotion des femmes aux postes à haute responsabilité » car ni « le ravaudage des chaussettes, ni les collections de couturiers, ni même le soin des enfants ne suffiront à remplir leur vie tout à fait. »  C’est son article « L’Abeille citoyen » publié dans Vogue qui va reprendre ces idées et  provoquer bien des remous . Elle rendra compte par la suite des débats du tout premier Congrès international des femmes qui se réunit à Paris, à la Mutualité, du 25 novembre au 1er décembre 1945.

Mais ses prises de position radicales agacent passablement sa mère qui lui fait quelques remontrances : « Maurice me dit que Fraternité est un journal impossible. Je ne le saurai donc que par ouï-dire si tu n’y rentres pas ». Elle abandonne donc le journalisme et à la mort de sa mère en 1954, découvre que le testament de cette dernière la désavantage considérablement.

« En ce jour de 1954, il y eut en moi beaucoup de la femme trompée depuis toujours. Sans doute n’avais-je que trop rarement eu le sentiment avec ma mère de vivre le grand amour. Lorsque d’elle à moi, il y eut grand amour, ce fut de loin. L’éprouva-t-elle ? de loin, avec l’écart d’âge qui nous séparait ?  Elle m’aima de loin, au temps où je ne savais pas répondre à cet amour. »

Elle parvint à recouvrer son droit moral sur l’œuvre de sa mère et à compter de 1977, elle se consacra à la réédition de ses œuvres et se réfugia Impasse de l’Ecritoire, à Beaumont-du-Gâtinais en Seine-et-Marne quand elle n’était pas à Paris.

Elle meurt en 1981 des suites d’un cancer et confie sa correspondance à sa nièce Anne de Jouvenel en lui demandant de la publier le plus tard possible.

Colette de Jouvenel eut un lien très fort à l’écriture et c’est à cet égard qu’elle m’a intéressée, lien tissé de mots en creux, des mots tus, des mots manqués, des mots d’une mère écrivain et des mots secrets de son journal qui ne sera peut-être jamais publié.

Le récit de François Soustre est passionnant et il faut le lire  si, par hasard, vous avez croisé ce visage d’une grave beauté et ce regard empreint de mélancolie. Vous découvrirez l’histoire d’une vie …J’espère vous avoir donné envie d’aller plus avant dans cette aventure. Dans quelque temps peut-être ouvrirez-vous ce livre d’un doigt impatient et retrouverez-vous un peu des émotions qui m’ont agitée à sa lecture.

Sylvia Plath – L’histoire d’une vie

Sylvia-Plath

Sylvia Plath est née le 27 octobre 1932 dans le Massachussets, d’une famille d’origine allemande et autrichienne, et elle s’est donnée la mort le 11 février 1963 à Londres à l’âge de 31 ans. Ecrivaine américaine, elle a produit des poèmes pour l’essentiel, un roman autobiographique (The Bell Jar – en français, la cloche de détresse), dans lequel elle décrit sa première dépression, des nouvelles, des livres pour enfants et des essais.

En 1940, son père meurt, événement dramatique qui marquera toute son œuvre.

Ecrivain précoce, elle publie son premier poème en 1941 à l’âge de 9 ans dans le Boston Herald Tribune. Ce talent ne se démentira pas, en 1944, elle entre au collège Alice L. Philips à Wellesley.

Elève brillante, passionnée par Shakespeare, elle publie régulièrement des poèmes dans le journal de l’école. Lors d’une représentation de «La tempête » de Shakespeare au Colonial Theater de Boston, elle découvre le personnage d’Ariel, figure de l’imagination créatrice,  qui donnera le nom d’un de ses recueils de poèmes.

En 1945, elle découvre dans la presse les crimes et les atrocités des nazis. Consciente de ses origines germaniques, le thème de la guerre occupera une place importante dans son œuvre.

A partir de 1947, elle commence à tenir sérieusement son journal et continue à publier ses poèmes dans les journaux, encouragée par un de ses professeurs, Wilbury Crockett qui la marquera profondément.

Lors de l’été 1950, elle travaille à Lookout farm, à la cueillette des fraises et inspirée par ses expériences personnelles, écrit plusieurs nouvelles qui abordent le thème des premiers émois amoureux. Elle entame une correspondance qui durera plusieurs années avec Eddie Cohen qui veut devenir écrivain, où les deux jeunes gens abordent librement la sexualité, la conscription et la guerre de Corée.

 

Elle fait des études brillantes à Smith College où elle rencontre celle qui sera sa protectrice durant toute la durée de sa scolarité, Olive Higgins Prouty, une sylvia plath 1romancière de littérature populaire fortunée avec laquelle elle restera en contact toute sa vie.

Elle assiste à des conférences d’écrivains dont celle de Nabokov et  et  Elizabeth Bowen. 

Elle est confrontée au conformisme de l’époque à l’égard des jeunes filles, le bonheur en effet, selon la presse féminine de l’époque, ne peut être atteint en dehors de la maternité et du mariage. Elle lit « l’un et l’autre sexe. Les rôles de l’homme et de la femme dans la société. De Margaret Mead publié en 1948. Dans son journal, elle ne cesse de s’interroger sur la compatitbilté de son désir d’être artiste avec la vie conjugale.

Ses maîtres sont Auden, W.B. Yeats, T.S. Eliot, Wallace Stevens, Dylan Thomas pour lequel elle a une prédilection. Elle est choisie pour collaborer comme éditrice au magazine Mademoiselle et publie un entretien avec Elizabeth Bowen.

Margaret Mead, American cultural anthropologist
Margaret Mead, American cultural anthropologist (Photo credit: Wikipedia)

En 1953, elle tente de se suicider et fait plusieurs séjours en établissements psychiatriques. Elle apprend que plusieurs femmes de la famille d’Otto ont
souffert de dépression.

 

En 1955, elle poursuit ses études à Cambridge et lors d’une fête rencontre Ted Hughes, poète, diplômé de Cambridge après des études de lettres et d’anthropologie sociale à Pembroke College. Il vit à Londres.

En mai de la même année, elle publie dans Isis, un magazine étudiant de Cambridge, une critique des idées préconçues et réductrices qui pèsent sur la femme dans le milieu universitaire sans rejeter une certaine image de la féminité dans les années cinquante.

English: Painting on CanvasElle épouse Ted Hughes en 1956.

L’année suivante, Ted est lauréat du prix du concours Harper du meilleur premier livre pour son recueil « Le faucon sous la pluie ». Sylvia obtient une licence de lettres.

 

En 1958, elle rencontre Adrienne Rich, qu’elle considère comme sa principale rivale. Malgré un style assez conventionnel, celle-ci porte un intérêt croissant, à la condition féminine dans son œuvre. La poésie de Sylvia fera écho à celle de sa consœur.

En mai, elle découvre les poèmes de Robert Lowell qui sont une révélation. Les textes qu’elle écrit à cette période accordent une place grandissante à la
figure paternelle
associée à l’élément marin et au thème de la perte.
« Par cinq brasses de fond », un de ces poèmes, doit donner son titre à son premier recueil en préparation.

 En 1959, Robert Lowell s’apprête à publier un recueil d’un genre nouveau « Life studies » en rupture avec le formalisme et la doctrine de l’impersonnalité qui ont prévalu aux Etats-Unis pendant la première moitié du XXe siècle et qui fera de lui l’une des principales figures de la littérature confessionnelle.

 

Sylvia recherche une nouvelle forme d’écriture pour ses poèmes, dans une veine philosophique qu’elle désire désormais atteindre.
Davantage tournée vers les poètes femmes de sa génération, elle s’intéresse aux « conversations de femmes ».

Elle écrit une série de textes dans lesquels la figure du père, de la grand-mère ou les lieux de l’enfance près de l’océan occupent une place centrale. La presse accepte de nouveaux poèmes.

Son premier recueil, rebaptisé « Le taureau de Bendylaw (the bull of Bendilaw) est classé second au concours de poésie du prix Yale, remporté par George Starbuck. Elle souhaite ouvrir sa poésie à l’expérience, aux situations et au monde réel.

En 1960, ils retournent en Angleterre. Le prix Somerset Maugham est décerné à Ted Hughes pour son premier recueil.sylvia-plath-and-ted-hughes

Elle rencontre Rosamond Lehman, proche du groupe de Bloomsbury. Ses premiers romans « Poussière »(1927) et Une note de musique (1830) abordent le thème de l’hostilité des hommes à l’égard de la femme intellectuelle et dépeignent son expérience de divorce.

 Elle donne naissance à ses deux enfants et essaie de poursuivre son œuvre malgré quelques périodes où elle se laisse absorber par son expérience de la maternité .

 

Les éditions Heineman publient « Le colosse et autres poèmes », bien accueilli par la critique qui met en avant la virtuosité technique de son auteur, son usage habile de la métaphore et la vitalité de son style.

Les poèmes les plus marquants de cette période sont ceux qui prennent pour thème la fertilité ou la stérilité, la relation  mère-enfant, comme « Chant du matin ».

 

Ted et Sylvia partagent les tâches domestiques. Ted garde les enfants le matin pour permettre à Sylvia d’écrire mais ce sera pour noter plus tard que la vie assia-wevilldomestique l’étouffait. Sylvia apprend la trahison de son mari qui a une liaison avec Assia Wevill.

 Cette année-là (1962), elle écrit de nombreux poèmes dont « A un enfant sans père » et la série des « Abeilles ».

Parmi ses autres poèmes, des poèmes de la révolte au féminin, du désespoir et de la folie.

« La mise en rapport de l’expérience privée et de l’histoire collective, l’une se donnant pour miroir de l’autre, serait l’un des traits prédominants de la poésie dite confessionnelle, courant auquel Sylvia sera rattachée, comme aussi de la poésie américaine écrite par les femmes dans le courant des années soixante et soixante-dix ». Elle est très influencée par Anne Sexton.

Fin 62, les forces de Sylvia s’épuisent et son sentiment d’abandon s’accroît après un hiver difficile à Londres.

En 1963, son roman « La cloche de verre » fait une sortie remarquée et bénéficie de bonnes critiques.
Après la rédaction d’essais autobiographiques et de plusieurs nouveaux poèmes « Les mannequins de Munich », « Totem »,« Enfant », « Paralytique » et « Gigolo », Sylvia sombre à nouveau dans la dépression. Le 10 février elle se donne la mort.

En 1969, Assia, la maîtresse de Ted se suicidera également au gaz avec son enfant, dans un appartement londonien.

 Légataire de l’œuvre de sa femme Sylvia Plath, il publiera une partie de son œuvre dans les décennies qui suivront.

Elle est devenue pour beaucoup de lecteurs dans le monde, une figure culte. Les féministes américaines ont vu dans son œuvre, « l’archétype du génie féminin écrasé par une société dominée par les hommes » (Wikipédia). Mais avant tout, ce qui fascine dans son œuvre, est peut-être cette empreinte de la mort, dont l’écriture est le témoin, à travers des métaphores sombres et puissantes, un chant mêlé de douleur et de désespoir, qui s’avérait peut-être prémonitoire.

Ses journaux de 1950 à 1962 ont été traduits et publiés chez Gallimard en 1 999.

En 1982, elle a été le premier poète de l’histoire à recevoir le Prix Pulitzer à titre posthume  pour une anthologie de ses œuvres (The collected poems).

 

Site sylviaplath.info, biographie établie à l’aide de l’édition des œuvres de Sylvia Plath dans Œuvres chez Quarto gallimard, le site wikipédia et le journal de Sylvia Plath.

  Oeuvres traduites en français

  Aux éditions Gallimard :

La cloche de détresse ;ca-ne-fait-rien !;Arbres d’hiver précédé de La traversée ;Journaux (1950-1962) ;Ariel

 Le jour où Mr Prescott est mort, La Table Ronde ;Carnets intimes, La Table Ronde

L’Histoire qu’on lit au bord du lit, Editions du Rocher

Lettres aux siens, volume 1 (1950-1956), Editions des Femmes ;Trois femmes, Poème à trois voix, Editions des femmes

Sylvia plath Oeuvres, Quarto gallimard, 2011

Diane Middlebrook
Diane Middlebrook (Photo credit: Wikipedia)