Journée des droits de la femme…

 

C’était hier la « Journée des droits de la femme » (Je rectifie), et je n’ai rien publié. A vrai dire, sur ce blog, les créations des femmes sont à l’honneur toute l’année, même si en ce moment je suis très occupée par ma vie professionnelle, ce blog a toute ma tendresse et sert de veille. Il continuera à explorer l’immense richesse des productions littéraires des femmes dans le monde entier. Vive la littérature !

Fanny, Jane, Mary,Virginia et les autres….

Fanny, Jane, Mary,Virginia et les autres….

 vignette femme qui écrit« La littérature est ma profession (…)La voie me fut frayée, voilà bien des années par Fanny Burney, par Jane Austen, par Harriet Martineau, par George Eliot… Beaucoup de femmes célèbres, et d’autres, plus nombreuses, inconnues et oubliées, m’ont précédée, aplanissant ma route et réglant mon pas. Ainsi, lorsque je me mis à écrire, il y avait très peu d’obstacles matériels sur mon chemin : l’écriture était une occupation honorable et inoffensive. » Virginia Woolf, Profession pour femmes, 1939

Ecrire et publier fut pour les femmes une conquête. Fanny Burney (1752 – 1840)fut l’une de celles qui ouvrit la voie aux romancières anglaises. Sa cadette de 23 ans, Jane Austen lui rend hommage dans les premières pages de Northanger Abbey.

Une jeune fille à qui l’on demande ce qu’elle lit, répond : « Oh, ce n’est qu’un roman, ( …), Ce n’est que Cecilia, ou Camilla ou Belinda : c’est seulement une œuvre dans laquelle les plus belles facultés de l’esprit sont prodiguées et qui offre au monde, dans un langage de choix, la plus complète science de la nature humaine, la plus heureuse image de ses variétés, les plus vives affections d’esprit et d’humour. »

 Les commentateurs soulignent que le premier roman de Fanny Burney « Evelina » a largement inspiré « Orgueil et préjugés » de Jane Austen (1775- 1806). Inspiré (affinités électives ?) et non copié, car l’œuvre de Jane Austen est singulière et possède la marque de son univers.

Toutes les deux durent contourner les préjugés de leur temps, et la difficulté pour les femmes de concilier bienséance, codes moraux d’une époque, et création. Les thèmes sont imposés par les dictat de l’époque en matière de pudeur féminine. Hors de question d’évoquer ouvertement la sexualité, ou l’indépendance des femmes sans provoquer le scandale. La réputation des femmes doit être vertueuse pour que leur œuvre n’encoure pas l’opprobre.

 Mary Wollstonecraft (1759 – 1797) qui fut à la fois maîtresse d’école, femmes de lettres, philosophe et féministe anglaise écrivit un pamphlet contre la société patriarcale de son temps « Défense des droits de la femme ». Elle eut une vie non conventionnelle (dépressive et suicidaire) bien éloignée de celle de Jane Austen et de Fanny Burney(qui connut la gloire de son vivant). Mais autant de talent. A propos de son ouvrage « Lettres écrites de Suède, de Norvège et du Danemark » son futur mari William Godwin écrira  « si jamais un livre a été conçu pour rendre un homme amoureux de son auteur, il m’apparait clairement que c’est de celui-ci qu’il s’agit. Elle parle de ses chagrins, d’une manière qui nous emplit de mélancolie, et nous fait fondre de tendresse, tout en révélant un génie qui s’impose à notre totale admiration».

Fanny Burney en fera une caricature dans ses romans et la vilipendera en moraliste soucieuse des conventions : attention jeunes filles à ne pas devenir une Mary Wollstonecraft. Seule George Eliot(1819-1880) rompra l’oubli dans laquelle son œuvre et sa vie tombèrent au XIXe siècle en la citant dans un essai consacré au rôle et aux droits des femmes. Et Viginia Woolf, bien plus tard, évoquera ses expériences de vie (Four figures traduit en français par « Elles » et publié en rivages poches).

Elles furent très différentes les unes des autres mais apportèrent chacune leur pierre à l’édifice fragile et compliqué de la littérature écrite par des femmes.

le mois anglaisMois anglais que le blog « Plaisirs à cultiver » Titine  » organise avec Cryssilda et Lou.

5 ans …

Femme volant avec livres copie

Deux ans sur ce blog à lire, à faire de belles trouvailles, avec l’envie de continuer encore longtemps ce projet…..en votre compagnie…

et bien sûr trois ans sur une autre plateforme, ce qui fait

5 ans !

Je m’étais donnée comme objectif, au moins 10 ans….

En ce dernier jour du printemps des poètes…

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Laissé au coin d’une table…

john-manthal y a les livres qu’on a aimés, ceux qui nous ont déçus et ceux que l’on a laissés au coin d’une table. Ceux qui se sont refermés et qu’on n’ouvrira plus parce qu’il faut bien tourner la page. Les livres accompagnent nos vies et nos amours, nos défaites et nos trahisons. Parfois aussi notre solitude.
Dans nos vies tissées de mots, les livres renvoient à des moments singuliers : un livre offert, celui qu’un amoureux ou un ami vous a conseillé, le livre d’un cher disparu, l’odeur de son parfum sur la page, le bruit des larmes, la page qui gondole un peu d’avoir été mouillée. Parfois ils nous trahissent, nous leur avions insufflé tant d’espoirs qui ont été déçus. Nous avions voulu croire que la vie pouvait être comme dans les romans, aussi bien écrite, aussi passionnément relatée. Mais souvent il n’en est rien. La vie ne prend pas de raccourci ni ne fait d’effet de style. Et on ne peut faire de retour en arrière….
J’ai laissé les poèmes d’Anne Sexton au coin d’une table, ces poèmes tourmentés qui font l’éloge de l’infidélité, j’ai refermé le livre sans l’avoir terminé et je ne l’ouvrirai plus. Un auteur peut vous entraîner dans ses abysses sans que vous y preniez garde, Sylvia Plath et Anne Sexton sont quelques-unes des plus célèbres suicidées de la littérature ; les mots n’ont pas apaisé leurs souffrances et il faut prendre garde à ce qu’elles ne réveillent les vôtres.

ann sexton love poems
Y a-t-il des lectures funestes et d’autres salutaires ?
J’ai terminé l’année avec « Mudwoman » de Joyce Carol Oates, emprunté chez mon médecin dans le cadre d’une opération de prêt de livre (vous prenez un livre et vous le ramenez quand vous l’avez terminé). J’aime profondément Joyce Carol Oates, et ses personnages brisés, résilients et fragiles, qui se battent pour exister et aimer. Ces personnages de papier sont un véritable manifeste pour la vie.
Je commencerai l’année en terminant un autre livre « Ce qui reste de nos vies » de Zeruya Shalev.
Et peut-être les fêtes familiales de cette fin d’années et les discussions passionnées autour de la politique, l’état de la Gauche, François Hollande, la crise et le libéralisme m’ont-elles donné envie de revenir à mes premières amours, l’économie politique et la philosophie politique. J’avais lu deux livres qui m’avaient beaucoup plu, « L’art d’ignorer les pauvres » de John Kenneth Galbraith et « Défier le récit des puissants » d’un de mes cinéastes préférés, Ken Loach. Je pense que la nouvelle année sera l’occasion de lire à nouveau dans ce domaine…

l'art d'ignorer les pauvres

Pourquoi « Elles » ?

john-manthaJe poursuis au gré des lectures et de mes découvertes, dues souvent au hasard, l’histoire littéraire des femmes. Si j’ai réussi à intéresser une seule personne à la vie et à l’œuvre de ces femmes souvent inconnues des lecteurs français, alors je suis contente. Mais je ne le saurai jamais vraiment… Je ne peux que l’espérer.

En ce moment les élections de mi-mandat aux Etats-Unis donnent l’avantage aux républicains. J’ai alors une pensée pour ce président américain « métis » comme Nella Larsen.

Pour faire entendre les voix de ces femmes, je suis obligée artificiellement de faire taire les autres.

Mineures, toujours mineures, elles sont souvent éclipsées par leurs compagnons. On retient d’une période ou d’un mouvement quelques noms par manque de temps ou de place et parmi ces noms il y a rarement des noms de femmes.
Alors je fais comme si… Et si quelqu’un sur cette immense toile a pris le temps (quelques minutes tout de même) pour lire l’histoire de Nelly larsen, alors, vraiment, je suis contente.

Voix de femmes, corps de femmes

john-manthaCela fait quelques années déjà que suis entrée dans ce tissage complexe qui relie les voix des femmes, leur écriture, à leurs corps. J’ai l’impression parfois que leurs mots ont bâti chacune de mes cellules bien avant que je ne vienne au monde. Ou peut-être les mots des femmes ont-ils été une seconde naissance, et m’ont-ils fait advenir à mes propres mots.         Entreprise modeste, peut-être vaine, parfois un peu rapide. Itinéraire individuel mais cheminement à la rencontre des autres et à la rencontre de moi-même.                                                                                                                                                           Les mots ont une chair, un suc, un parfum particulier auxquels je suis particulièrement sensible. Chaque mot résonne en moi, pénètre dans l’entrelacs de mes viscères, mais aussi dans mon ventre de femme. Il n’y a pas d’écriture féminine, mais il y a une façon de voyager dans l’écriture des femmes, en y engageant son corps tout entier. L’histoire des femmes est étroitement liée à leur lutte pour écrire, pour être reconnue socialement, pour exister en tant qu’artiste. Elles y ont exprimé leurs déchirures, leur folie, leurs démons mais aussi leur capacité créatrice. Certaines  ont tenté de trouver dans le langage du corps féminin, son énergie sensuelle voire sexuelle, la métaphore de toute création. 220px-Anne_Sexton_by_Elsa_Dorfman                             Anne Sexton photographed by Elsa Dorfman (Wikipedia, the free encyclopedia)    

   J’ai découvert récemment la poétesse américaine Anne Sexton, une voix hantée, d’une puissance peu commune, à la limite toujours de la brisure définitive. Son écriture organise son chaos intérieur, seul ordre qu’elle aura connue de son vivant. Elle est une lutte vitale contre la dépression, contre le mal qui la ronge et la fait sombrer. Dans la biographie que je suis en train de lire en anglais, l’auteur raconte qu’Anne Sexton avait une image si dégradée de son propre corps qu’elle pensait n’être bonne qu’à être une  prostituée.

Anne Sexton écrivait de son corps souffrant, et fut également réduite à ce corps par des psychiatres qui n’hésitèrent pas à révéler le contenu de ces séances de thérapie. Elle eut à souffrir de la violence en elle autant que de la violence qu’elle subit au sein de sa famille. L’écriture  fut ce qui lui permit d’exprimer ce corps mais aussi de s’en libérer. Elle fut la première à parler, dans les années cinquante, du corps féminin dans des sujets qui étaient fortement tabous.