8 ans !

8 ans ce mois-ci pour ce blog !

Et toujours des découvertes !

Etre femme …

J’ai écouté ce soir avec beaucoup d’intérêt le débat avec Elizabeth Badinter, et les invités de la GB, notamment ce monsieur que j’adore et qui a travaillé sur l’histoire des émotions, l’historien Georges Vigarello (« Histoire du viol», «Histoire des émotions», «La robe »), l’essayiste Fatiha Agag-Boudjahlat (« Le Grand Détournement», éditions du Cerf),et la romancière Belinda Cannone (« S’émerveiller», Stock). Les vieux débats entre le féminisme essentialiste et culturaliste a montré le bout de son nez encore une fois. C’est le oui…mais… Oui, c’est bien que les femmes osent s’exprimer mais il ne faudrait pas confondre harcèlement et séduction. Il me semble que la plupart des femmes font la différence entre les deux et que nous sommes très loin, dans notre pays latin, du féminisme américain et des contrats négociés autorisant la séduction. Je pense juste que ce n’est pas le moment parce que ces arguments sont ressentis comme des attaques par certaines femmes que leurs blessures occupent totalement. Il me semble qu’aucune femme n’est hostile aux tentatives de séduction, à partir du moment où elles se font dans les formes, et où un non est entendu comme un non, par des hommes éduqués qui ont cessé d’être de gros lourdingues libidineux. De chaque côté l’amalgame a lieu.

«No perdono que la izquierda haya abandonado la laicidad ...

Etre femme, à mon avis, est avoir une histoire et une mémoire particulières. Cela nous constitue et c’est bien plus fort qu’un savant dosage d’hormones. J’entends bien, moi non plus je ne pense pas en tant que femme toute la journée, sauf bien sûr quand on me le fait ressentir, assez rarement en fait, surtout dans mon milieu, où il y a une majorité de femmes. Je ne considère pas non plus qu’être femme soit une qualité en soi, mais nous sommes évidemment situées dans le temps et dans l’espace : ce n’est pas la même chose être une femme ici en Occident ou en Iran par exemple. Les combats gagnés ici ont été perdus ailleurs, ou plutôt ne sont pas encore véritablement nés. Rien n’est acquis pour toujours. Et dire que après Simone de Beauvoir et sa célèbre formule « On ne naît pas femme on le devient » plus rien ne sera jamais comme avant est bien présomptueux. La barbarie aussi a un visage humain. Les livres écrits par les femmes ici ne sont pas ceux qui sont écrits là-bas, ceux aussi qui ne peuvent s’écrire encore sont plus bruyants que les autres et les mots qui ne les habitent pas  sont parfois des hurlements.

Plus que notre corps, nos hormones, notre culture, c’est notre histoire, « outrepassant » l’ensemble des pratiques, connaissances, traditions et normes d’une communauté donnée, et la dimension du temps affectant ces cultures qui travaille l’ensemble des événements et faits passés relatifs à l’humanité. Je ne suis pas, je fais, assénait l’une des invitées, mais peut-être suis-je ce que je fais et ce que je ne fais pas. Et la façon dont ce que je fais sera l’objet ou pas d’une narration, ou sera constitué comme fait ou comme événement.

Etre femme, c’est devoir constituer des appuis qui n’existent pas tout à fait encore, continuer à écrire une histoire dont nous sommes parfois absentes. C’est ce qui fait la raison d’être de Litterama … je suis moi et toutes les femmes avant moi, comme j’aimerais être toutes celles qui seront après moi. C’est être dans le fil du temps. Une histoire différente à chaque fois.

Journée des droits de la femme…

 

C’était hier la « Journée des droits de la femme » (Je rectifie), et je n’ai rien publié. A vrai dire, sur ce blog, les créations des femmes sont à l’honneur toute l’année, même si en ce moment je suis très occupée par ma vie professionnelle, ce blog a toute ma tendresse et sert de veille. Il continuera à explorer l’immense richesse des productions littéraires des femmes dans le monde entier. Vive la littérature !

Fanny, Jane, Mary,Virginia et les autres….

Fanny, Jane, Mary,Virginia et les autres….

 vignette femme qui écrit« La littérature est ma profession (…)La voie me fut frayée, voilà bien des années par Fanny Burney, par Jane Austen, par Harriet Martineau, par George Eliot… Beaucoup de femmes célèbres, et d’autres, plus nombreuses, inconnues et oubliées, m’ont précédée, aplanissant ma route et réglant mon pas. Ainsi, lorsque je me mis à écrire, il y avait très peu d’obstacles matériels sur mon chemin : l’écriture était une occupation honorable et inoffensive. » Virginia Woolf, Profession pour femmes, 1939

Ecrire et publier fut pour les femmes une conquête. Fanny Burney (1752 – 1840)fut l’une de celles qui ouvrit la voie aux romancières anglaises. Sa cadette de 23 ans, Jane Austen lui rend hommage dans les premières pages de Northanger Abbey.

Une jeune fille à qui l’on demande ce qu’elle lit, répond : « Oh, ce n’est qu’un roman, ( …), Ce n’est que Cecilia, ou Camilla ou Belinda : c’est seulement une œuvre dans laquelle les plus belles facultés de l’esprit sont prodiguées et qui offre au monde, dans un langage de choix, la plus complète science de la nature humaine, la plus heureuse image de ses variétés, les plus vives affections d’esprit et d’humour. »

 Les commentateurs soulignent que le premier roman de Fanny Burney « Evelina » a largement inspiré « Orgueil et préjugés » de Jane Austen (1775- 1806). Inspiré (affinités électives ?) et non copié, car l’œuvre de Jane Austen est singulière et possède la marque de son univers.

Toutes les deux durent contourner les préjugés de leur temps, et la difficulté pour les femmes de concilier bienséance, codes moraux d’une époque, et création. Les thèmes sont imposés par les dictat de l’époque en matière de pudeur féminine. Hors de question d’évoquer ouvertement la sexualité, ou l’indépendance des femmes sans provoquer le scandale. La réputation des femmes doit être vertueuse pour que leur œuvre n’encoure pas l’opprobre.

 Mary Wollstonecraft (1759 – 1797) qui fut à la fois maîtresse d’école, femmes de lettres, philosophe et féministe anglaise écrivit un pamphlet contre la société patriarcale de son temps « Défense des droits de la femme ». Elle eut une vie non conventionnelle (dépressive et suicidaire) bien éloignée de celle de Jane Austen et de Fanny Burney(qui connut la gloire de son vivant). Mais autant de talent. A propos de son ouvrage « Lettres écrites de Suède, de Norvège et du Danemark » son futur mari William Godwin écrira  « si jamais un livre a été conçu pour rendre un homme amoureux de son auteur, il m’apparait clairement que c’est de celui-ci qu’il s’agit. Elle parle de ses chagrins, d’une manière qui nous emplit de mélancolie, et nous fait fondre de tendresse, tout en révélant un génie qui s’impose à notre totale admiration».

Fanny Burney en fera une caricature dans ses romans et la vilipendera en moraliste soucieuse des conventions : attention jeunes filles à ne pas devenir une Mary Wollstonecraft. Seule George Eliot(1819-1880) rompra l’oubli dans laquelle son œuvre et sa vie tombèrent au XIXe siècle en la citant dans un essai consacré au rôle et aux droits des femmes. Et Viginia Woolf, bien plus tard, évoquera ses expériences de vie (Four figures traduit en français par « Elles » et publié en rivages poches).

Elles furent très différentes les unes des autres mais apportèrent chacune leur pierre à l’édifice fragile et compliqué de la littérature écrite par des femmes.

le mois anglaisMois anglais que le blog « Plaisirs à cultiver » Titine  » organise avec Cryssilda et Lou.

5 ans …

Femme volant avec livres copie

Deux ans sur ce blog à lire, à faire de belles trouvailles, avec l’envie de continuer encore longtemps ce projet…..en votre compagnie…

et bien sûr trois ans sur une autre plateforme, ce qui fait

5 ans !

Je m’étais donnée comme objectif, au moins 10 ans….

En ce dernier jour du printemps des poètes…

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Laissé au coin d’une table…

john-manthal y a les livres qu’on a aimés, ceux qui nous ont déçus et ceux que l’on a laissés au coin d’une table. Ceux qui se sont refermés et qu’on n’ouvrira plus parce qu’il faut bien tourner la page. Les livres accompagnent nos vies et nos amours, nos défaites et nos trahisons. Parfois aussi notre solitude.
Dans nos vies tissées de mots, les livres renvoient à des moments singuliers : un livre offert, celui qu’un amoureux ou un ami vous a conseillé, le livre d’un cher disparu, l’odeur de son parfum sur la page, le bruit des larmes, la page qui gondole un peu d’avoir été mouillée. Parfois ils nous trahissent, nous leur avions insufflé tant d’espoirs qui ont été déçus. Nous avions voulu croire que la vie pouvait être comme dans les romans, aussi bien écrite, aussi passionnément relatée. Mais souvent il n’en est rien. La vie ne prend pas de raccourci ni ne fait d’effet de style. Et on ne peut faire de retour en arrière….
J’ai laissé les poèmes d’Anne Sexton au coin d’une table, ces poèmes tourmentés qui font l’éloge de l’infidélité, j’ai refermé le livre sans l’avoir terminé et je ne l’ouvrirai plus. Un auteur peut vous entraîner dans ses abysses sans que vous y preniez garde, Sylvia Plath et Anne Sexton sont quelques-unes des plus célèbres suicidées de la littérature ; les mots n’ont pas apaisé leurs souffrances et il faut prendre garde à ce qu’elles ne réveillent les vôtres.

ann sexton love poems
Y a-t-il des lectures funestes et d’autres salutaires ?
J’ai terminé l’année avec « Mudwoman » de Joyce Carol Oates, emprunté chez mon médecin dans le cadre d’une opération de prêt de livre (vous prenez un livre et vous le ramenez quand vous l’avez terminé). J’aime profondément Joyce Carol Oates, et ses personnages brisés, résilients et fragiles, qui se battent pour exister et aimer. Ces personnages de papier sont un véritable manifeste pour la vie.
Je commencerai l’année en terminant un autre livre « Ce qui reste de nos vies » de Zeruya Shalev.
Et peut-être les fêtes familiales de cette fin d’années et les discussions passionnées autour de la politique, l’état de la Gauche, François Hollande, la crise et le libéralisme m’ont-elles donné envie de revenir à mes premières amours, l’économie politique et la philosophie politique. J’avais lu deux livres qui m’avaient beaucoup plu, « L’art d’ignorer les pauvres » de John Kenneth Galbraith et « Défier le récit des puissants » d’un de mes cinéastes préférés, Ken Loach. Je pense que la nouvelle année sera l’occasion de lire à nouveau dans ce domaine…

l'art d'ignorer les pauvres