Laura Kasischke – En un monde parfait

laura kasischke en un monde parfait

Laura Kasischke – En un monde parfait Le livre de poche – Christian Bourgois Editeur 2010
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Eric Chédaille, livre de poche 345 p

Vignette femmes de lettresQu’arrivera-t-il à une jeune femme si celle-ci rencontre le prince charmant au début du conte ? Faudra-t-il prendre l’histoire à rebours ?
Le prince charmant se présente à Jiselle, la trentaine, sous les traits d’un séduisant pilote, veuf et père de trois enfants qui, au bout de quelques semaines, la demande en mariage.
Elle accepte, et le lecteur a déjà envie de lui dire : « Stoppe là, y’a un problème ! Et l’indépendance financière des femmes ?». Mais non, Jiselle, naïve et confiante, abandonne son métier d’hôtesse de l’air pour celle de belle-mère au foyer. Et c’est là, bien sûr, que cela se gâte, tout d’abord, parmi les enfants, les deux adolescentes se sont promises de lui rendre la vie infernale, et ensuite une mystérieuse épidémie de grippe frappe les États-Unis et les isole dans leur grand et beau chalet.
Les États-Unis, cette super-puissance, devient un pays indésirable et ses ressortissants sont frappés d’ostracisme. Comment survivre quand tout vous manque ? Comment s’organiser ? Une robinsonnade de plus ?
On sait bien sûr, dés le début, que ce monde parfait n’existe pas alors on se demande juste comment il va s’écrouler et on attend. Cela prend du temps, au bout d’une centaine de pages on n’est guère plus avancés. La princesse aurait pu se faire la malle, mais non, elle reste. Elle a les vertus morales de l’héroïne. Et ce monde parfait reste parfait jusqu’au bout.
Si vous avez déjà vu ces films catastrophe dont les américains sont si friands, où soudain une catastrophe écologique ou climatique fait basculer un pays et une société, alors vous ne serez pas surpris. De nouveaux héros surgissent dans un monde qui chavire, dont la force morale va leur permettre de braver toutes les difficultés. Jiselle, personnage inconsistant au départ, acquiert l’étoffe des héros. On a déjà vu et lu ça, et c’est un peu convenu. Chacun va se débarrasser de ses oripeaux, et révéler tout ce qui sommeillait en lui. Derrière la Barbie hôtesse de l’air se cache une jeune femme courageuse et intègre. On sait, n’est-ce pas, que c’est dans les situations limites que se révèlent les gens.
Au fond, nous avons une capacité d’adaptation et un instinct de survie qui nous permettent d’affronter les situations les plus périlleuses. Au fond, qu’est-ce qui aurait pu se passer ? Que l’héroïne meure dans d’atroces souffrances, devienne alcoolique et fini le rêve américain.
Ne vous inquiétez pas, les tremblements de terre peuvent bien secouer le Népal, et un volcan entrer en éruption au Chili, si un américain est sur place, il s’en sortira toujours.
Jusqu’où va cette dystopie ? Dans quelle mesure dénonce-t-elle l’impérialisme américain et sa société consumériste ?

Je n’avais jamais lu cette auteure que j’ai découverte avec ce roman et je suis restée assez mitigée. J’en ai lu deux autres par la suite qui m’ont davantage plu. Mais je ne suis pas vraiment conquise non plus même si l’auteure a beaucoup de talent,  maîtrise parfaitement la narration et sait ménager le suspense. On la compare souvent à Joyce Carol Oates dont je trouve l’univers beaucoup plus sombre. Il me semble que la critique de Laura Kasischke est plus centré sur les systèmes et leurs faiblesses que sur les failles individuelles mais je me trompe peut-être. En tout cas, on passe un bon moment avec ses romans, les heures défilent et on est toujours plongés dedans.

20 réflexions sur “Laura Kasischke – En un monde parfait

  1. En tout cas ses histoires donnent envie de les lire (au vu de billets ou quatrième de couverture), mais le seul que j’ai lu m’a paru looooooooong, j’attendais que ça pète, quoi!

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  2. Suite aux différentes chroniques, j’avais très envie de découvrir cette auteure. Ma lecture d’Esprit d’hiver m’a déçue. J’ai regardé, il y a quelques semaines le film White bird et j’y ai retrouvé les mêmes chutes bizarres. Cette auteure n’est pas pour moi.

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  3. C’est jusqu’à présent le seul Laura Kasischke que j’ai lu, et il me faut avouer que je me suis laissé embarquer dans l’histoire les yeux fermés… je l’ai lu comme un roman post-apocalyptique très abordable, pour moi petite lectrice assez rétive à la SF. J’en lirai d’autres, c’est sûr.

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  4. J’adore ton ironie : « si un américain est sur place, il s’en sortira toujours. » ironie que je partage. Je ne suis pas une inconditionnelle de Laura Kasischke, certains de ses romans m’ont un peu déçue même si elle a un talent incontestable. Mais, j’ai adoré Esprit d’hiver dont l’atmosphère , la mélancolie, le style métaphorique m’ont emballée! A mon avis elle est aux antipodes de JC Oates. Elles n’ont pas le même univers, elles n’ont pas la même vision de la société et Oates me paraît plus profonde. A mon avis Laura K. raconte des histoires pour fasciner ses lecteurs et c’est une bonne conteuse; cela ne l’empêche pas dans Esprit d’hiver d’aborder des thèmes sérieux. JCO raconte des histoires pour faire bouger la société et nous remuer; elle est plus politisée, critique le capitalisme, la bourgeoisie, le puritanisme, le racisme ; elle est dérangeante, ce que n’est pas L K. Qu’en penses-tu?

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    • J’ai lu Esprit d’hiver également que j’ai davantage apprécié.Oui, elle est une bonne conteuse, c’est vrai, mais je n’ai pas vraiment ressenti cette tension de l’attente que l’on ressent à la lecture d’un bon suspense. J’avais l’impression d’attendre froidement que le fin mot de l’histoire me soit enfin livré. Sans conteste Oates est beaucoup plus profonde, elle sonde le mal au cœur de l’homme et critique les institutions qui porte ce mal à une grande échelle, l’amplifiant toujours. Et elle construit des personnes extrêmement forts que l’on n’oublie pas. C’est une très grande auteure. Mais Laura K a un talent incontestable, ensuite c’est juste une question d’affinité qui doit s’établir entre l’écrivain et le lecteur, une forme d’amitié. On le ressent ou pas.

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  5. Pas lu celui-là, mais 3 autres il y a quelques années. Celui qui me laisse le plus de souvenir est « Un oiseau blanc dans le blizzard ». Des livres qui se lisent avec facilité, mais qui ne laissent pas d’impérissables souvenirs.

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