Conférences sur la littérature et les femmes au salon du livre de Paris – Mars 2017

Carte blanche à Alice Zeniter :

Vous avez dit écrivaine ?

24 mars 2017, 18:00 – 19:00, Scène littéraire

 

« Auteures, autrices, écrivaines… Les femmes qui écrivent ont-elles un statut particulier ? La romancière Alice Zeniter convoque trois de ses paires, pour interroger la situation de celles qu’on ne sait pas toujours (ou toujours pas) nommer. »

 

Avec Alice Zeniter (Flammarion), Kaoutar Harchi (Actes Sud, Pauvert), Julia Kerninon (Rouergue) et Cloé Korman (Seuil).

 

La nostalgie de la Méditerranée me prend de façon aussi régulière ... Julia Kerninon en signature aux Galeries 

 

Samedi 25 mars Espace Hiwar 13h45-14h45

Genre et identités dans le roman marocain

Discutant : Jean Zaganiaris Avec Sanae El Aji, Abdellah Taïa et Bahaa Trabelsi

 

Dimanche 26 mars

Espace Kalam  11h30-12h30

Portraits de femmes du Maroc

Discutant : Hicham Houdaïfa Avec Yasmine Belmahi, Bahaa Trabelsi et Nadia Larguet

Et ne manquez pas :

LOUISE ERDRICH/Philipp Meyer

louise erdrich que es de origen alemán e indio tiene

Scène littéraire 14h00 – 15h00 / America America

Animé par Julien Bisson (Lire). 
Avec Philipp Meyer (Albin Michel) et Louise Erdrich (Albin Michel). 
« Roman après roman, Philipp Meyer et Louise Erdrich explorent la part d’ombre d’une Amérique désenchantée, hantée par la violence. Une rencontre privilégiée avec deux des auteurs américains les plus importants de leur temps. »

Philipp Meyer (Schriftsteller) – Wikipedia

Romancières franco-marocaines, salon du livre de Paris mars 2017 : Lamia Berrada-Berca – Kant et la petite robe rouge

Kant et la petite robe rouge - roman d'actualité

Lamia Berrada-Berca – Kant et la petite robe rouge La cheminante 2016

Cette longue nouvelle est un vrai coup de cœur.

Véritable parcours initiatique, l’éveil d’une femme au désir et à la liberté… L’histoire pourrait paraître banale : une jeune femme marocaine vient rejoindre son mari en France. Très ancrée dans la tradition patriarcale, elle ne sait ni lire ni écrire et ne sort qu’à l’abri de son voile intégral. Elle est soumise à son mari et se plie au devoir conjugal sans se poser véritablement de questions sur ce qu’elle désire. Son éducation l’a conditionnée à être une épouse soumise, entièrement dévouée aux besoins de sa famille. Jusqu’au jour où le désir va faire irruption dans sa vie sous la forme d’une jolie robe rouge dans une vitrine.

« Le désir d’une robe rouge est un affreux péché quand on sait depuis toute petite qu’on est née pour porter une robe noire, pour porter des vêtements longs qui cachent bien tout le corps, qui cachent le noir des cheveux, qui vont jusqu’à cacher ce qu’exprime le noir des yeux. C’est être protégée que d’être dans le noir, protégée du désir des hommes qui ont le droit, eux, de désirer. »

La tentation va la tarauder longtemps et bousculer les principes auxquels elle obéit sans se poser vraiment la question de leurs fondements.

Elle va voler aussi, sur le palier du voisin, un livre qui traduit par sa fille, se révèlera être un livre de Kant, qui pose la question de ce que sont les Lumières. Et il répond : « C’est sortir d’une minorité qui n’est imputable qu’à lui. » Et la minorité est « l’incapacité de se servir de son entendement sans la tutelle d’un autre. »

La révolution Kantienne, aussi importante que la révolution copernicienne, qui place l’autonomie dans l’entendement humain.

A la fin du livre, un recueil de textes évoquant l’émancipation, l’égalité, la liberté des femmes complète ce très original périple littéraire.

J’ai découvert une auteure dont j’aimerais beaucoup lire les autres œuvres.

Les origines de Lamia Berrada-Berca sont multiples, un arrière-grand-père suisse, une arrière-grand-mère écossaise, une mère française et un père marocain né d’une mère berbère et d’un père berbère  lui permet de dépasser les particularismes culturels..

Devenue professeur de Lettres Modernes après des études à la Sorbonne, elle a enseigné plusieurs années en région parisienne avant de se tourner vers l’écriture et le journalisme.

Les femmes et la littérature : Maï-Do Hamisultane

Maï-Do Hamisultane — Wikipédia

« J’écris depuis toujours, depuis ma petite enfance, à l’époque où j’habitais à Casablanca. Jean-Pierre Koffel qui était le meilleur ami de ma grand-mère et qui a d’ailleurs eu le prix Atlas en 1995 pour Nous l’appellerons Mehdi, me gardait quand j’étais petite. Il me demandait souvent, à l’âge de 5 ans, pour rire, ce que je voulais faire dans la vie. Je répondais toujours : écrivain. Il m’initia dès l’âge de six ans à l’écriture en me donnant une feuille et un stylo et en me demandant d’écrire quelque chose sur le chien de la maison, Snoopy. Avant La Blanche, dont j’ai entamé l’écriture à dix-sept ans, j’avais écrit un autre roman que je n’ai jamais publié. A quatorze ans, j’ai écrit des poèmes qui sont parus dans le quotidien marocain Al Bayane.

Pour moi, écrire est une nécessité, une nature, plus qu’une passion. Le théâtre est une passion, mais l’écriture est plus que cela, elle m’est aussi nécessaire que l’air que je respire. »

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Romancières marocaines au Salon du livre de Paris, mars 2017 : Et ton absence se fera chair de Siham Bouhlal

Et ton absence se fera chair par Bouhlal

Et ton absence se fera chair : Un roman érotique émouvant de Siham Bouhlal, 5 juillet 2016, éditions Yovana

Siham Bouhlal est une romancière, poète et médiéviste née à Casablanca dans une famille originaire de F7s et installée en France depuis vingt-sept ans. Titulaire d’un doctorat en littérature de l’Université de Paris-Sorbonne, elle se consacre à la traduction de textes médiévaux. L’art de vivre, le fonctionnement de la société arabo-musulmane classique, la pratique d’un certain islam « ancien » restent ses sujets de prédilection. La question de l’amour courtois, du corps et de l’acte amoureux dans son ensemble demeurent aussi une obsession chez elle.

Publié un peu moins d’une dizaine d’années après la mort de son grand amour, Driss Benzekri, figure de proue des droits de l’homme, marocain, décédé des suites d’un cancer en mai 2007, Siham Bouhlal évoque l’absence et sa douleur et tente de faire revivre son amour par le pouvoir d’évocation des mots. L’écriture est lutte contre l’oubli et recréation des moments du passé. Elle tente de faire revivre la présence dans le creux même de l’absence car ce qui est vécu ne peut être écrit dans le même temps qu’il est vécu. Elle est témoignage, résurrection et trahison, fantasme et récit.

Le désir est évocation de l’absent : « Amarg, c’est le désir qui erre dans le désert, cherche l’aiguade, l’atteint encore brûlant mais essoufflé, anéanti, qui s’y jette, s’y consume, s’en emplit, s’y renforce et puis, plus sûr de lui encore, plus puissant, qui continue à chercher, qui devient encore plus « désir » à chaque fois. »

Un désir qui oublie son objet est condamné à l’errance sans fin dans les méandres d’un deuil impossible à accomplir.

C’est ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre, une ode à l’aimé disparu, une dernière tentative contre l’oubli, la volonté de détourner l’absence au profit du sentiment intérieur de la présence à l’autre. Une révolte contre le sort, en fin de compte inutile. Il ne reviendra pas. Et le livre en est le constat. Des bribes de souvenir s’enfuient déjà. Pourtant, qui a véritablement aimé, connaît la force de ce sentiment, de cette présence intérieure qu’acquiert l’aimé lorsqu’il disparaît. L’absence est totale présence de l’autre à soi-même. Et lorsque ce sentiment, la plupart du temps anesthésié pour que l’endeuillé puisse continuer à vivre sans sombrer dans la folie, resurgit, c’est avec la même force et la même violence, comme un coup de poing à l’estomac. La douleur, elle, s’atténue.

J’ai trouvé très curieux cette partie du titre : un roman érotique émouvant. Même si l’union des corps y est célébrée, je ne qualifierais pas ce roman d’« érotique », mais de conversation intérieure, à laquelle se joignent les voix d’inconnus, qui aident au tissage, la voix de ceux qui lisent avec leurs amours présentes, passées ou à venir.

Tahar Ben Jelloun au salon du livre de Paris Mars 2017. L’écrivain et les femmes …

Dans son livre « Le terrorisme expliqué à nos enfants » Tahar Ben Jelloun tente d’expliquer  le rapport à la femme des extrémistes qui selon lui est « un problème de sexualité non résolu » et a pour conséquence d’empêcher la femme d’être libre, de la rendre invisible dans l’espace public sous quantité de voiles et de la cantonner à un statut de mineure.

Pour les extrémistes, le corps des femmes est une véritable obsession, il est complètement érotisé et objet de tentation permanente. Ce qui signifie également que le regard des hommes est lui-même érotisé à l’extrême et obsessionnel. Le corps ne peut être détaché des significations qu’on lui prête et chaque parcelle de peau est surgissement du désir, il n’y a pas d’espace neutre où le corps est simplement corps fait pour se mouvoir, pour s’alimenter et pour s’émouvoir. Il s’agit alors d’un corps trivial, voué uniquement au désir et à la reproduction. Selon l’auteur, cela provoque aussi la peur de l’islam, car dans certains pays musulmans : « la femme ne jouit pas des mêmes droits que l’homme », « la polygamie est autorisée, la répudiation aussi, et même la lapidation ».

Dans une interview donnée au journal MarocHebdo, il confie : « Mes premiers livres parlaient de la condition de la femme dans mon pays, puis j’ai abordé la question des relations entre l’homme et la femme dans la société marocaine musulmane, traditionnelle. » , « « Respecter une femme, c’est pouvoir envisager l’amitié avec elle ; ce qui n’exclut pas le jeu de la séduction, et même, dans certains cas, le désir et l’amour. »

Fakhereeddine RADI a publié une thèse sur « Figure de la femme dans les romans de Tahar Ben Jelloun » dont le sujet est celui-ci : « La tragédie du personnage féminin dans certains écrits de Tahar Ben Jelloun, au regard de la réalité, sociale, religieuse, culturelle, économique et politique impose une analyse herméneutique des contours de la situation authentique de la femme marocaine, d’hier et d’aujourd’hui. Cette démarche tentera, dans un premier temps, de mettre en lumière, l’imaginaire littéraire qui met le thème du fantasme de la décadence, de l’érotisme exacerbé et de la volupté débridée au cœur du dispositif narratif chez l’auteur marocain. L’ébauche analytique,des figures féminines dans les romans choisis dans cette étude, cheminera vers l’exposition d’un modèle féminin stéréotypé qui met en exergue la relation conflictuelle de Tahar Ben Jelloun, auteur francophone et francophile par excellence, avec certaines formes de la culture marocaine. Cet apport permettra en fin la mise en évidence d’une forme de nomadisme linguistique mêlant exotisation, oralité et langue française dans un processus de recyclage et de renouvellent thématique constant et permanent. »

Il razzismo spiegato a mia figlia”, di Tahar Ben Jelloun, è un ...

Salon du livre de Paris Mars 2017 Kaoutar Harchi présente « L’Ampleur du saccage »

Poétesse marocaine – Salon du livre de Paris – Mars 2017/ Ce que je veux ? Siham Bouhlal

 

Ce que je veux ?

 

Que tu vois

Mon désir

Se consumer sous les cyprès

Puis incendier

L’Univers et

Voir ton désir

Envahir mon sol

Puis laisser jaillir

Son arc-en-ciel.

Siham Bouhlal

                                                                                                                                                                                                                                                                     Ensemble –

Héloïse Dorsan Rachet