Bonne année 2018 ! Petit bilan des lectures de l’année 2017 …

 

Je remercie tout d’abord Héloïse Dorsan Rachet  jeune artiste qui a créé tous ces merveilleux dessins pour le blog. En lui souhaitant une grande année professionnellement…et personnellement !

Voici un petit résumé de l’année 2017 en lectures, celles qui m’auront particulièrement marquée. Vous n’y trouverez aucun roman de la rentrée littéraire, oups :

mais vous pourrez découvrir, pêle-mêle, des romans populaires, des romans plus « littéraires », et des pépites, des romans confidentiels issus de la littérature mondiale, de minorités dont je vous recommande particulièrement la lecture si vous êtes un esprit curieux, et indépendant.

Pénélope Bagieu, Culottées 1

Oui, beaucoup d’émotion dans cette BD, une émotion douce qui laisse le coeur ravi.

Lamia Berrada Berca, Kant et la petite robe rouge

Véritable parcours initiatiquel’éveil d’une femme au désir et à la liberté… L’histoire pourrait paraître banale : une jeune femme marocaine vient rejoindre son mari en France. Très ancrée dans la tradition patriarcale, elle ne sait ni lire ni écrire et ne sort qu’à l’abri de son voile intégral. Elle est soumise à son mari et se plie au devoir conjugal sans se poser véritablement de questions sur ce qu’elle désire. Son éducation l’a conditionnée à être une épouse soumise, entièrement dévouée aux besoins de sa famille. Jusqu’au jour où le désir va faire irruption dans sa viesous la forme d’une jolie robe rouge dans une vitrine.

Les luminaires d’Eleanor Catton, 

Sous une facture, à premier abord, assez classique, dans une très belle langue (et une très belle traduction) il est aussi un roman expérimental dans sa structure et sa narration relativement asymétrique. Œuvre d’une jeune prodige, il en acquiert un intérêt supplémentaire. A lire…

Lydie Dattas, La nuit spirituelle 

Un texte magnifique, dans une langue très poétique, des accents profondément touchants, électrisants …

Elena Ferrante, Celle qui fuit et celle qui reste

Nous retrouvons nos deux héroïnes, Elena et Lila, dans l’Italie de la fin des années soixante, emportées par les soubresauts de l’histoire : les événements de mai 68, le féminisme dont les mouvements commencent à s’organiser, les attentats. Elena tente de trouver le bonheur au sein de son couple, et Lila commence une période plus heureuse, couronnée de succès mais toujours liée à la mafia. Son intelligence trouve enfin sa récompense et lui permet une certaine ascension sociale.

Fiona Kidman, Rescapée

Un grand roman d’aventures, un talent d’exception pour nouer une intrigue et entretenir le suspense, mais aussi pour donner un souffle profond au récit, et construire des personnages, font de ce livre un dépaysement total !

Susan Fromberg Schaeffer, Folie d’une femme séduite

Ce roman rappelle les personnages d’ Emma Bovary, Tess d’Urberbille et ceux des Hauts de Hurlevent. La passion y est portée à son paroxysme faisant de son héroïne une femme obsessionnelle, incapable de vivre pour elle-même, et d’une jalousie dévorante. Une femme dont le corps et la tête ont opéré un irrémédiable divorce qui vont la conduire à la folie et au crime (On le sait très vite au début du roman). La narration est d’une qualité et d’une force exceptionnelle ! A lire absolument !

Helen Simonson, L’été avant la guerre

Passionnant roman qui évoque à merveille les mentalités dans l’Angleterre conservatrice de ce début du siècle.

Leïla Slimani, Chanson douce

A peine ouvre-t-on le livre, la première phrase vous saute au visage avec une violence inouïe. Le bébé est mort. Pourquoi, dans quelles circonstances, on ne le sait pas encore. Par petites touches, Leïla Slimani, brosse le portrait des différents protagonistes de l’action, celle qui a précipité la mort du petit.  Elle ne s’embarrasse pas de fioritures, la langue est concise, presque sèche mais efficace et aussi redoutable qu’un scalpel. Elle nous maintient en haleine jusqu’à la fin. Prix Goncourt, un roman redoutable.

Alice Tawhai, Le festival des miracles

Voilà un curieux objet littéraire, passionnant à découvrir. Son auteure, Alice Tawhai tient à préserver son anonymat, aussi n’ai-je trouvé aucune photographie d’elle.

L’auteure a souvent été comparée à Janet Frame et Amélie Nothomb a dit d’elle qu’elle avait la grâce. Il faut lire Alice Tawhai…

Voilà ce petit parcours de lecture, peut-être certains s’y reconnaîtront…

Cette seconde vie – Virginia Woolf

« Observez perpétuellement, observez l’inquiétude, la déconvenue, la venue de l’âge, la bêtise, vos propres abattements, mettez sur le papier cette seconde vie qui inlassablement se déroule derrière la vie officielle, mélangez ce qui fait rire et ce qui fait pleurer. inventez de nouvelles formes, plus légères, plus durables. »

Virginia Woolf (Cité par Geneviève Brisac dans « Les filles sont au café »)

A lire aussi :

Fanny, Jane, Mary,Virginia et les autres….

Marie Morel : peintures/dictionnaire de femmes jusqu’au 30 décembre 2017

400 femmes ayant réalisé une oeuvre dans le domaine artistique, philosophique, littéraire, scientifique, … de l’époque préhistorique au XIXe siècle, enfin sorties de l’ombre.
Cette grande peinture est un véritable dictionnaire de ces femme totalement exceptionnelles et scandaleusement effacées de l’histoire de l’humanité.
Plus que quelques jours pour courir voir cette exposition de Marie Morel:
En voici un extrait :
 
Exposition du 30 novembre au 30 décembre 2017
Vernissage jeudi 30 novembre à partir de 19h
Galerie Librairie des femmes 35 rue Jacob 75006 Paris

« Je n’ai pas fait un tableau imaginaire : chacune des femmes qui y figure a bel et bien existé. Ce fut donc un énorme travail de recherche historique, parfois difficile, car leur présence est souvent cachée ou gommée, leurs traces effacées, leurs archives détruites. En plus, en cas de mixité, on utilise toujours le masculin.

Mon choix s’est porté sur les femmes qui ont réalisé quelque chose dans le monde scientifique, artistique, philosophique, littéraire ou qui, par leur démarche, ont marqué le monde dans les siècles passés.

Chaque portrait réalisé mesure environ 40 cm sur 50 cm, il se compose au centre d’un médaillon ovale peint à l’ancienne du visage de la femme (j’ai retrouvé la trace des visages de ces femmes grâce à des sculptures, des fresques, des mosaïques, des dessins, des gravures, des peintures anciennes, ou des photos pour le XIXe siècle). Au-dessus du médaillon j’ai inscrit le nom de la femme et, en-dessous, ses dates de naissance, de mort et le pays où elle a vécu. Ensuite, l’ensemble du portrait est peint de façon à ce que l’on voie très rapidement ce qui a fait la force de cette femme, et il est accompagné d’un résumé peint et écrit de sa vie et de ce qu’elle a réalisé.

Je déteste les discriminations, d’où cette recherche pour comprendre pourquoi et comment celle qui concerne ces femmes exceptionnelles a pu durer ainsi depuis des siècles.

Mais je veux surtout, à ma manière, avec ma peinture, rendre hommage à toutes ces femmes oubliées et les remettre à leur place dans nos mémoires. »

Marie Morel

Les jours de mon abandon – Elena Ferrante

Les jours de mon abandon - Elena Ferrante - Folio - Site Folio

Les jours de mon abandon Elena Ferrante 2002, 2004 pour la traduction française

L’immense succès de « L’amie prodigieuse », la saga napolitaine qui a rendu célèbre Elena Ferrante, éclaire rétrospectivement l’œuvre de l’auteure, déjà publiée et traduite aux éditions Gallimard depuis 1995 avec « L’amour harcelant ». C’est une belle histoire entre un auteur et un éditeur, dont la foi en son talent a été récompensée, même s’il s’agit ici uniquement des traductions et que le chiffre des ventes de l’auteur a dû aussi compter beaucoup.

Toujours est-il qu’en attendant la traduction française du 4e tome de « L’amie prodigieuse », les lecteurs ont tout le loisir de découvrir le reste de son œuvre.

Selon les interviews écrites de l’auteure, la majeure partie de son œuvre est d’origine autobiographique.

Une rupture amoureuse, inattendue, douloureuse, fait basculer l’héroïne dans un monde proche de la folie. Les repères disparaissent ; le sentiment d’abandon, dévorant, la solitude, la perte de sens la projettent à la frontière de ce monde patiemment construit autour de l’objet d’amour. La radiographie qui est faite de la séparation est minutieuse, et n’omet aucun détail de ce quotidien qui bascule. La haine, le désir de vengeance, la violence déchirent Olga menaçant de lui faire commettre l’irréparable. Son isolement, dû à une certaine tradition qui veut que les femmes restent à la maison, s’occupent des enfants, creuse encore davantage son égarement. Elle ne peut pas s’appuyer sur elle-même car elle n’a vécu jusqu’ici que pour l’autre dans une forme de fusion qui, aujourd’hui, serait jugée malsaine.

Il lui faut trouver qui elle est et en même temps se reconstruire : le projet abandonné autrefois, d’écrire. Et l’amour trahi comme matière à l’écriture.

Peut-être est-ce de cette manière-là qu’Elena Ferrante est née…

 

Alice Zeniter Goncourt des lycéens

Critique - L'art de perdre - Alice Zeniter - Flammarion - Papivore ...

Elle l’a enfin eu son prix, à seulement 31 ans. Mais « vieil » écrivain dit-elle, puisqu’elle écrit depuis l’âge de 16 ans ! Un reportage télévisé montrait sa chambre d’adolescente, où trônait en bonne place l’affiche du Petit Prince. Et il faudrait remonter encore plus loin dans le temps, puisqu’elle s’amusait, en famille, petite encore, à réécrire les passages de grands romans qui ne lui plaisaient pas. Sacrée Alice !

Vive les garçons, ron-ton-ton

Aujourd’hui être une femme, en France, quand on écrit, n’est plus un handicap. Les femmes écrivains deviennent les égales des hommes même si encore ici ou là… Mais bon, un très bon journal le fait remarquer, cette année il n’y a que des garçons, C’est leur tournée, parce que à franchement y regarder… Le fait est que …

Prix Goncourt : Eric Vuillard, Prix Décembre : Grégoire Bouillier  , Prix Renaudot : Olivier Guez ; Grand Prix de l’Académie :  Daniel Rondeau ; Prix Giono : Jean-René Van der Plaetsen  ; Prix Femina : Philippe Jaenada; Le prix Femina de l’essai : Jean-Luc Coatalem ; Le prix Femina du meilleur roman étranger : John Edgar Wideman;

Une exception qui confirme la règle : Justine Augier, prix Renaudot essai

Fémina spécial pour l’ensemble de son oeuvre : Françoise Héritier

Presque que des garçons ron-ton-ton …

Et bien non !

Et bien non, ce n’est ni Yannick Haenel (Tiens ferme ta couronne Gallimard) ni Alice Zeniter (L’Art de perdre Flammarion)  mais Eric Vuillard avec L’Ordre du jour Actes Sud qui a gagné le Goncourt

Et ce lundi 6 novembre Olivier Guez a obtenu le prix Renaudot pour La Disparition de Josef Mengele, paru chez Grasset.

 

Éric Vuillard - L'ordre du jour Epub