Lisboa – Mais amor

 

 

 

Un chef-d’oeuvre d’animation autour de Virginia Woolf – Why should you read Virginia Woolf ? by Iseult Gillespie

Il faut regarder ce bijou, que dis-je ce chef-d’oeuvre d’animation autour de Virginia Woolf ! Pour les non-anglophones, la traduction française est offerte en sous-titres.

 

Maria Judite de Carvalho – Les femmes et la littérature

L’ironie :

 » Je suis sûre que la plupart des femmes écrivent ou peignent tout comme ma mère brodait des nappes à thé. Pour sentir qu’elles sont utiles en quelque sorte. Utiles à leur manière féminine. Pour ne pas se sentir de trop en ce monde. En somme pour payer leur séjour. »

page 56 – Maria Judite de Carvalho – Ces mots que l’on retient – Minos La Différence 2011 pour la traduction française

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Ler Mais Ler Melhor – Vida e obra de Maria Judite de Carvalho

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Cycle romancières portugaises : Maria Judite de Carvalho – Ces mots que l’on retient

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Maria Judite de Carvalho – Ces mots que l’on retient – Minos La Différence 2011

vignette femmes du MondeCe court récit (95 pages)  a été publié en 1988, en portugais, sous le titre « As palavras poupadas », dix ans avant sa mort, et fait donc partie de la dernière partie de l’œuvre de l’auteure. On y retrouve les thèmes qui traversent toute son œuvre : l’incommunicabilité, le silence, le côté tragique de l’existence et l’impuissance sociale des femmes.

Graça revient dans la maison paternelle après la mort de son mari. Elle se souvient de ce père autoritaire et inflexible qui l’a chassée autrefois et ne lui a jamais pardonné qu’elle lui dise la vérité.

Ce récit est d’une richesse absolue, surtout après avoir lu les brillantes analyses de Maria Gracia Bessete[1], professeure d’université à la Sorbonne, dans son analyse des grands thèmes qui parcourent l’œuvre de l’auteure.

Le récit s’articule autour de deux thèmes, celui du corps souffrant des femmes, et celui de l’incommunicabilité entre les êtres. D’ailleurs on ne sait pas vraiment quels sont ces mots « ceux qu’elle avait dits et ceux qu’elle avait tus », cette économie de mots car, curieusement, la trahison apparente est d’abord celle des corps, avant de s’opérer à travers les mots. La trahison de l’ordre établi, des conventions sociales car les corps livrent « une étroite bande de vérité ».

Les corps trahissent, la maladie par exemple à laquelle elle est condamnée à son adolescence, la maladie de son mari et sa mort. Les corps disent la souffrance plus que les mots. C’est plutôt leur absence qui doit nous alerter, il porte tous les mots que l’on ne dit pas.

Ce qui est dit n’a aucune importance, ce sont des « formules de politesse bourgeoise », des « petits discours plus ou moins didactiques, truffés de proverbes, de lieux communs et de citation ». Ils ne disent rien de nous-même de nos aspirations ou de nos désirs, ils sont incapables de dire l’amour, dans cette société corsetée, où la parole maîtresse est celle du père.

Maria Gracia Bessete interprète ainsi ce rapport au corps « excrit », « corps malade ou vieilli, qui permet de dégager une représentation souvent aliénée de la femme, enfermée dans sa condition subalterne, façonnée par l’idéologie d’une société patriarcale. »[2]

Les mots ont un poids, ils pèsent, mais lorsqu’ils sont dits, ils acquièrent une incroyable légèreté : « La phras était dite. Enfin pas très bien d’accord, mais elle était finalement sortie, elle avait pris son vol, était entrée dans les oreilles de quelqu’un, et c’était cela qui comptait. Elle l’avait pensée pendant des années, puis avait fini par la jeter au fond d’un tiroir (elle ne savait que faire de cette chose gênante et inutile) et l’avait oubliée, la phrase, bien sûr, pas l’image qui, elle, avait été photographiée et accrochée à tout jamais au mur de sa mémoire. »

« Car jamais elle n’a dit ce qu’elle aurait voulu dire, mais toujours des choses différentes et inutiles, qui se forment en elle sans qu’elle s’en aperçoive et qui viennent mal à propos ».

Graça n’a pas droit à la parole qui exprimerait sa singularité, ou son désir. Le désir est ravalé au rang du corps, ou il est hystérisé. La parole doit faire d’incroyables détours, prendre des intermédiaires, afin que les mots soient dits et répétés et donc déformés.

D’ailleurs, la mère de Graça est morte, et souffre certainement du « manque fondateur du modèle [3]maternel », et également d’une parole transmise dans le dialogue maternel.

Et de cette inquiétude, de cette angoisse du manque, de l’absence, de ce désir de mort, « sans rien au bout du chemin, sauf le bout du chemin », il faut s’arracher et continuer à avancer coûte que coûte, « ouvrir la bouche », dire…

[1] Maria Judite de Carvalho « Une écriture en liberté surveillée » Introduction et Du corps excrit : Tanta gente, Mariana… Maria Graciete Besse

[2] Ibidem page 17

[3] ibidem

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Cycle romancières portugaises : Sybille d’Agustina Bessa-Luis

Agustina Bessa-Luis – La Sybille, traduit du portugais par Françoise Debecker-Bardin – Suites, Editions Métailié, 1954, Gallimard 1982 ; Editions Métailié, Paris, 2005

Agustina Bessa-Luis est une des auteures les plus importantes de la littérature contemporaine portugaise. Le roman « La Sibylle » est considéré comme son premier chef-d’œuvre, publié pendant la dictature.

Elle poursuit, avec un rare talent, l’incursion des femmes dans la littérature portugaise et offre également une certaine vision du monde et des rapports sociaux de genre.

vignette femmes du MondeJoaquina Augusta-Quina, une adolescente inculte, doit prendre en charge la propriété à la mort de sa mère. Elle travaille dans les champs et participe aux tâches les plus rudes. Son caractère rusé et chicaneur, son sens de la répartie et son besoin de sociabilité lui valent le surnom de sibylle, du terme antique qui désignait les prophétesses, et devineresses qui rendaient des oracles, et qui par extension a pris le sens de « femme qui fait des prédictions ». Elle analyse les situations et rend, elle aussi, ses oracles, sous formes de sentences ou d’assertions, tirés de son observation assez fine de la nature humaine. Demeurée célibataire, elle prendra sous sa protection un étrange enfant avec lequel elle tissera des relations d’une rare intensité.

Ses personnages féminins sont des femmes fortes qui ne supportent pas la tutelle des hommes, et ne souhaitent pas le mariage. Les hommes sont veules, fuyants et souvent lâches parfois extrêmement cruels avec leurs femmes qui ne lâchent pas une larme et supportent stoïquement leur calvaire. Ce sont les hommes qui pleurent dans ce roman !

« Elle craignait la tutelle, l’autorité d’un homme qui la dirigerait, troublerait ses habitudes et lui ferait perdre son royaume, où elle était en même temps Cendrillon et princesse. »

D’un mari indigne, capable de toutes les cruautés, Estina, un des personnages féminins du roman, supporte tout mais elle « n’avait jamais voulu le quitter, ni abandonner son foyer pour fuir Inácio et son intolérable méchanceté »

L’auteure prend la forme du récit historiquement et géographiquement situé, mais alors que l’Histoire met en scène des héros masculins, elle dépeint une réalité toute autre. Dans ce monde qu’elle décrit, ce sont les femmes qui travaillent, qui réussissent et qui s’enrichissent. Les hommes sont volages ou s’enfuient sans prendre leurs responsabilités. Ils sont plutôt ceux qui mettent en péril la propriété et la conduisent à sa ruine. Ils voyagent et quittent la terre pour faire fortune au Brésil, le plus souvent ils en meurent.

Le roman s’ancre dans la terre, et les femmes sont gardiennes des traditions, de l’enracinement et de la perpétuation face à un monde qui se transforme sous les effets de l’industrialisation. Les hommes sont à la ville et constituent cette bourgeoisie qu’elle ne cesse de critiquer.

La transmission se fait de mère en fille, de femme en femme.

Il est assez curieux d’ailleurs que la virilité se fasse sous l’aspect uniquement de la beauté, dans une sorte de renversement des valeurs, puisque la beauté est d’avantage associée aux femmes.

Les hommes les plus positifs du roman sont extrêmement beaux, mais frappés d’une forme d’idiotie, en-deçà même du bien et du mal, ou inconstants. Les femmes, elles, sont d’une « nature supérieure ». Clairement, le roman, publié dans les années 50, prône l’émancipation féminine.

Si le roman se développe autour d’une supposée identité féminine, ce n’est pas sur le plan littéraire, une tentative essentialiste pour lier l’écriture et le féminin mais plutôt une réflexion sur le genre socialement construit. Mais, les personnages sont fortement influencés par leurs nerfs, leur sang, leur tempérament et leur héritage génétique. Quina suit son instinct de paysanne. On est loin cependant de l’analyse sociologique et le progrès n’est pas le bienvenu. Elle refusera longtemps que l’électricité soit installée dans ses domaines, il faudra attendre la génération suivante, avec Germa, pour que les nouvelles théories agronomiques puissent être expérimentées.

Un livre très dense, une écriture foisonnante de descriptions, de commentaires psychologiques ou de digressions de toutes sortes qui ne rendent pas toujours la lecture aisée. La narration aurait besoin  d’être resserrée car c’est parfois un peu touffu et on s’y perd. Mais à la lecture, nous savons pertinemment que nous assistons à quelque chose. Et l’émotion finit par gagner.

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Des femmes en littérature ou la vie de Georges Sand revisitée / Les femmes auteurs