Paroles d’autrice : Oksana Zaboujko – Le peuple se meurt…

« Le peuple se meurt en esclavage, je le dis une nouvelle fois, je mâche et remâche cette pensée jusqu’à la perte complète du goût, tout pour arrêter cette douleur lancinante, comme le mauvais temps, comme les entrailles vides tous les mois – la survie prend rapidement la place de la vie, en dégénérant ? »

Zaboujko, Oksana. Explorations sur le terrain du sexe ukrainien, roman, trd. Iryna Dmytrychyn-Bonin, éditions Intervalles, Paris, 2015

Oksana Zaboujko est une romancière, philosophe et poétesse ukrainienne. Son oeuvre, marquée par ses engagements féministes, constitue une réflexion d’envergure sur l’identité ukrainienne et l’empreinte de l’Histoire sur les destins individuels. Publié en 1996, Explorations sur le terrain du sexe ukrainien a connu un immense succès et suscité d’intenses polémiques dès sa parution. Ce roman a été traduit en une douzaine de langues. –Ce texte fait référence à l’édition paperback.

Photo credit : wikipédia

Cette réflexion, tirée d’un roman paru en 1996, est d’une terrible actualité. Le malheur qui s’accroche au peuple ukrainien tout au long de son histoire, reprend une nouvelle vigueur :

Chacune de vos pauses-café « coûte une vie », lance l’écrivaine ukrainienne Oksana Zaboujko devant le Parlement européen à Strasbourg, le 8 mars 2022 ( source AFP/Frederick FLORIN) 

8 mars 2022 : Journée internationale des droits des femmes – Russie et Ukraine

En ce jour pour l’égalité des droits, que l’on soit femme russe ou femme ukrainienne, un même processus d’invisibilisation a été à l’œuvre au cours de l’Histoire. Ce jour permet de les réunir.

Oubliées! Femmes et littérature en Russie et en Ukraine – 1 – avant 1900 Broché – 7 octobre 2021
de Viktoriya Lajoye (Avec la contribution de), Patrice Lajoye (Avec la contribution de)

Ouvrez n’importe quel livre d’histoire de la littérature russe ou ukrainienne et cherchez-y les femmes. Peut-être en trouverez-vous une ou deux, le plus souvent des poétesses. Les autrices sont littéralement oubliées. Or elles furent un certain nombre à avoir brillé en leur temps, avant d’être dissimulées par les replis du temps.
Ce premier volume d’Oubliées ! vous propose onze textes d’autrices russes et ukrainiennes, de la fin du XVIIIe siècle à la fin du XIXe. Onze œuvres formant un panorama de la prose féminine d’alors.

Oubliées! Femmes et littérature en Russie et en Ukraine – 2 – Après 1900 Broché – 7 octobre 2021

« Alors que les littératures russe et ukrainienne sont entrées dans la modernité, la situation des autrices s’est-elle améliorée ? Si peu… Plus nombreuses qu’au siècle précédent, elles sont pourtant tout autant ignorées.
Elles font donc l’objet de ce deuxième volume d’Oubliées !, qui couvre la période allant de 1900 au début du règne de Staline. Une période critique, agitée de nombreux mouvements sociaux dans lesquels les femmes ont eu leur mot à dire. »

Le blog lettres ukrainiennes présente un panorama des oeuvres littéraires et à travers un diaporama  » Les dispositifs narratifs de la mise en (in)visibilité des « grandes femmes » de la littérature ukrainienne par Galyna DRANENKO.

Dans ces processus, sont à œuvre des bio-narrathèmes dominants : l’utilisation d’un pseudonyme masculin, la mise en avant de valeurs « viriles », c’est-à-dire l’héroïsme, l’image de la combattante, le courage, la prédominance de la mère, celle qui crée et enfante, nourricière, fondatrice, qui mène une activité intense et de multiples productions.

Les femmes, l’art à Paris au mois de mars 2022

À l’occasion de la Journée internationale du droit des femmes, découvrez le programme proposé dans les musées parisiens :


– de 10h à 18h, l’exposition « Femmes photographes de guerre » ouvrira ses portes au musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin. Visite de l’exposition soumise à l’achat d’un billet.

– à 16hle musée Cognacq-Jay vous invite à une visite gratuite de sa nouvelle exposition « Boilly. Chroniques parisiennes » sous le prisme de la représentation féminine : « Chroniques de la vie d’une Parisienne sous l’œil de Boilly« . Visite gratuite soumise à l’achat d’un billet d’exposition, réservation obligatoire par email.

– à 14h30, suivez la visite conférence « la question féminine dans la vie et l’œuvre de Victor Hugo » à la Maison de Victor Hugo – ParisRéservation en ligne

– en soirée, le Musée Carnavalet – Histoire de Paris invite Blanche Sabbah, auteure de BD, engagée et activiste féministe, pour une soirée d’échanges et de dessins

  Et en ce mois de Mars :

 A ne pas manquer, cette magnifique exposition de peintures, sculptures, photographies, films, œuvres textiles et littéraires, au Musée du Luxembourg, qui  propose de mettre en avant le rôle primordial des femmes dans le développement des grands mouvements artistiques de la modernité au Musée.  Elles sont les premières à pouvoir être reconnues comme des artistes. Elles revendiquent la liberté de travailler, d’aimer qui elles veulent et la maîtrise de leur sexualité. Elles proposent une vision nouvelle de la femme et surtout de l’artiste.

commissariat général : Camille Morineau, Conservatrice du Patrimoine et directrice d’AWARE – Archives of Women Artists, Research and Exhibitions –
commissaire associée : Lucia Pesapane, historienne de l’art

Romy Schneider, l’exposition hommage à découvrir à la Cinémathèque
La Cinémathèque rend hommage à Romy Schneider dans une exposition éponyme, à voir du 16 mars au 31 juillet 2022

Les Fantômes d’Orsay, l’exposition de Sophie Calle au Musée d’Orsay
Le musée d’Orsay consacre une exposition à l’artiste Sophie Calle, intitulée Les Fantômes d’Orsay, du 15 mars au 12 juin 2022. Une plongée inédite au sein de l’histoire de l’artiste qui a vécu au sein de l’hôtel d’Orsay, déserté, avant le début des travaux transformant la gare en musée. [Lire la suite]

Aurea, l’exposition-expérience de Sabrina Ratté à la Gaîté Lyrique
La Gaîté Lyrique vous invite à découvrir une exposition-expérience unique en son genre, imaginée par l’artiste Sabrina Ratté, intitulée Aurea et à découvrir du 17 mars au 10 juillet 2022. [Lire la suite]

Exposition Graciela Iturbide, Heliotropo 37, à la Fondation Cartier à Paris
La Fondation Cartier pour l’art contemporain consacre une grande exposition à l’artiste Graciela Iturbide. A voir du 12 février au 29 mai 2022, l’installation « Heliotropo 37 » dévoile l’ensemble de l’œuvre de cette photographe mexicaine, des années 1970 jusqu’à aujourd’hui.

Exposition Xinyi Cheng à Lafayette Anticipations
La Fondation Lafayette Anticipations consacre une exposition à l’artiste chinoise Xinyi Cheng, Seen Through Others, du 23 mars au 28 mai 2022. Une exposition qui invite les visiteurs à se questionner sur « la complexité des émotions, des désirs et de rapports qui imprègnent la vie contemporaine ».

Exposition Anita Molinero au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
Le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris consacre une exposition à la plasticienne, peintre et sculptrice Anita Molinero du 25 mars au 24 juillet 2022. Une plongée unique au coeur de son univers, plein de silhouettes anthropomorphes.

Julie Manet, la mémoire impressionniste : nos photos de l’exposition du musée Marmottan Monet
Muse et symbole d’une période impressionniste éclatante, Julie Manet est au cœur de l’exposition du musée Marmottan Monet. Du 19 octobre 2021 au 20 mars 2022…

Simone Veil, un destin européen, l’exposition à Citéco – la Cité de l’Economie
Une plongée inédite dans la vie de cette femme d’exception, ainsi qu’au sein de son engagement européen.

Un beau mois de mars en perspective !

Laissez-nous chanter ! Lessia Oukraïnka (1871-1913)

Lessia Oukraïnka

« Grands noms et grandes voix! De leur bruit sonore l’univers retentit!.. Certes, la faible voix d’une esclave qui chante n’aura pas la gloire d’attirer l’attention de ces grands demi-dieux à la tête couronnée de lauriers et de roses. Mais nous autres, pauvres poètes des cachots, nous sommes habitués aux chants sans échos, aux prières inexaucées, aux malédictions vaines, aux larmes inconsolées, aux gémissements sourds. On peut tout comprimer hors la voix de l’âme, elle se fera entendre dans un désert sauvage si ce n’est dans la foule ou devant les rois. Et le front qui n’a jamais connu de lauriers n’en est pas moins fier, n’en est pas moins pur, il n’a pas besoin de lauriers pour cacher quelque opprobre. Et la voix qui n’a jamais éveillé l’écho d’or n’en est pas moins libre, n’en est pas moins sincère, elle n’a pas besoin de célèbres interprètes pour se faire bien comprendre.

Or, laissez nous chanter, le chant est notre seul bien, on peut tout comprimer hors la voix de l’âme. »

Laryssa Petrivna Kossatch-Kvitka (en ukrainien : Лариса Петрівна Косач-Квітка), née le 13 février 1871 àNovohrad-Volynskyï en Ukraine, et morte le 19 juillet 1913  à Surami en Géorgie, plus connue sous le nom de Lessia Oukraïnka (ukrainien : Леся Українка), est une écrivaine, critique et poétesse ukrainienne, engagée activement en politique et en féminisme (source Wikipédia)

Le texte est extrait de L’encyclopédie de la vie et de l’oeuvre de Lessia Oukraïnka

Autrices ukrainiennes – Lutter pour écrire, écrire pour lutter

La littérature en langue ukrainienne a été profondément liée aux soubresauts de l’Histoire, souvent reléguée comme langue secondaire par la domination étrangère quand elle n’a pas été tout simplement interdite. Dès 1920, dans l’Ukraine de l’Ouest, naît un mouvement qui considère la langue ukrainienne comme un patrimoine culturel à préserver et participant à l’identité. Staline organisera une répression féroce contre les écrivains engagés pour une identité ukrainienne dans les régions soumises à la Russie, emprisonnés au goulag puis fusillés.

Le blog lettres ukrainiennes présente un panorama des oeuvres littéraires et à travers un diaporama  » Les dispositifs narratifs de la mise en (in)visibilité des « grandes femmes » de la littérature ukrainienne par Galyna DRANENKO.

Maria Markovytch, sous le pseudonyme de Marko Vovtchok, est l’une des premières femmes de lettres ukrainiennes. Elle a fait un véritable travail d’ethnographe, recueillant le folklore, les chansons, qu’elle réutilisa dans ses écrits. Elle écrivit des histoires courtes dont l’une assurera sa postérité : Maroussia est l’ histoire d’une petite Ukrainienne du XVII° siècle, qui se sacrifie pour la liberté de son pays au moment des luttes contre Russes, Polonais et Turcs. P. J. Stahl reprendra cette histoire pour en faire un roman qui sera régulièrement réédité jusque dans les années 80.

Lina Kostenko est une autre des figures féminines de la littérature ukrainienne dont l’œuvre a été censurée à partir des années 60. Elle participa au mouvement dissident des poètes ukrainiens. Elle a reçu en 2012, le titre d’ « écrivain d’or de l’Ukraine » à titre de réhabilitation et de reconnaissance.

Si les femmes durent s’imposer pour écrire, leurs oeuvres furent également, pour certaines, une manière de lutter contre les dominations étrangères.

1800-1850 : Marko Vovtchok (1833–1907), nom de plume de Maria Aleksandrovna Vilinska, romancière, nouvelliste, traductrice /Olena Ptchilka (1849–1930), poète, ethnographe, traductrice

Photo credit : wikipedia domaine public

1850-1900 : Natalia Kobrynska (1851–1920), nouvelliste et éditrice/ Dniprova Tchaïka  (1861–1927), poète, nouvelliste, écrivaine pour enfants/ Lioubov Ianovska  (1861–1933), nouvelliste, romancière, dramaturge/ Hrytsko Hryhorenko  (1867–1924), nom de plume d’Olexandra Soudovchtchykova-Kossatch, poète, nouvelliste, traductrice, journaliste/ Levhenia Iarochynska  (1868–1904), journaliste, nouvelliste, traductrice, éditrice/ Lessia Oukraïnka (1871–1913), poétesse, dramaturge, critique littéraire, essayiste / Marika Pidhirianka  (1881–1963), poétesse, écrivaine pour enfant

1900-1950 : Olena Teliha (1906–1942), romancière, nouvelliste, dramaturge, traducteur, critique littéraire/ Sophie Jablonska (1907-1971), récits de voyage/ Vira Vovk (1926-), poète, romancière, dramaturge, traductrice/ Lina Kostenko (1930-), poétesse, romancière, écrivaine pour enfants/ Emma Andiyevska (1931-), romancière, poétesse, nouvelliste/ Nina Bitchouïa (1937-), romancière, écrivaine pour enfants/ Iryna Jylenko (1941-), poétesse, nouvelliste, écrivaine pour enfants/ Lydia Grigorieva (1945-), poétesse/ Lioudmyla Skyrda(1945-), poétesse, traductrice, critique littéraire / Olena Tchekan (1946-2013), actrice, scénariste, éditrice, journaliste politique, activiste sociale, nouvelliste, éditorialiste, essayiste, féministe, humaniste 1950-2000 : Oksana Zaboujko (1960-), romancière, poétesse, essayiste / Anna Shevchenko (1965), romancière, linguiste, interprète/ Marina Yuryevna Diatchenko-Shyrshova (1968-)/ Natalia Sniadanko (née en 1973), romancière, nouvelliste, journaliste, traductrice/ Svitlana Pyrkalo (1976-), romancière, essayiste, éditrice, journaliste/ Maryna Sokolian (1979-), romancière, nouvelliste, dramaturge/ Sofia Androukhovytch (1982-), romancière, traductrice, éditrice/ Kateryna Kalytko (1982-), poétesse, écrivaine, traductrice

2022

Quoi qu’il en soit, les livres resteront le lieu de la mémoire, de la révolte, et aussi de l’espoir… A vous, toutes, tous … Anna

Paroles de poétesse : Anne Sexton

Anne Sexton, détail

« Si j’écris rats et je découvre que rats lit star à l’envers […] alors est-ce que star n’est pas vrai ? […] Je sais bien sûr que les mots sont un jeu qui raconte, je le sais jusqu’à ce qu’ils commencent à s’arranger de sorte qu’ils écrivent quelque chose mieux que je ne pourrais jamais le faire. […] Tout ce que je suis est l’artifice des mots s’écrivant eux-mêmes. » Lettre au Dr Orne, D. W. Middlebrook p 82

 » If I write RATS and discover that rats reads STAR backwards […] then is star untrue ? Of course, I KNOW that words are just a counting game, I know this until the words start to arrange themselves and write something better than I would ever know. […] All I am is the trick of words writing themselves. »

Anne Sexton, « Tu vis ou tu meurs », oeuvres poétiques (1960-1969) » bientôt disponible en France

Et nous sommes de la magie se parlant à elle-même,

bruyante et solitaire. Je suis la reine de tous mes vices

oubliés. Suis-je toujours égarée ?

Jadis j’étais belle. Maintenant je suis moi-même,

comptant des mocassins rangée après rangée

sur l’étagère muette où ils continuent d’espérer

Cela faisait des années que j’attendais cela, et ce sont les Edition « des femmes – Antoinette Fouque » qui ont réalisé ce rêve de voir enfin traduites, en France, les oeuvres poétiques d’Anne Sexton ! Prix Pulitzer en 1967 pour « Live or Die », immense poétesse qui devint une figure marquante du confessionalisme américain incarné par le poète Robert Lowell, Anne Sexton(1928-1977) est l’autrice d’une oeuvre poétique composée de plus d’une dizaine de recueils. Elle s’est vue décerner de nombreux titres honorifiques dans des universités telles que Harvard, Colgate ou encore Boston.

Son style est novateur et transgressif, d’une incroyable modernité, les menstruations, l’avortement, le lien matriciel ou l’inceste et la psychanalyse sont parmi les thèmes de cette poésie iconoclaste. Poétesse tourmentée, à la biographie parfois polémique (voir Diane Wood Middlebrook, Anne Sexton, a biography), qui finira par se suicider, à l’instar de Sylvia Plath, et dont le poème « Mercy Street » a fait l’objet d’une chanson par Peter Gabriel, son oeuvre mérite d’être davantage connue en France.

Le 13 janvier 2022 paraîtra « Tu vis ou tu meurs », oeuvres poétiques (1960-1969) », traduit de l’anglais par Sabine Huynh, et présenté par Patricia Godi. Cette édition réunit les quatre premiers recueils d’Anne Sexton (1928-1977) publiés dans les années soixante.

« Chaque être en moi est un oiseau.
Je bats toutes mes ailes.
Ils voulaient te retrancher de moi
mais ils ne le feront pas.
Ils disaient que tu étais infiniment vide
mais tu ne l’es pas.
Ils disaient que tu étais si malade que tu agonisais
mais ils avaient tort.
Tu chantes comme une écolière.
Tu n’es pas déchirée. »
A. S., Pour fêter ma matrice

Anne Sexton

Pour un temps soit peu – Laurène Marx- Editions théâtrales

Pour un temps sois peu / transe - broché - Laurène Marx - Achat Livre | fnac

Je me suis toujours demandé à quoi tenait la force des grands textes ? Est-ce la manière qu’ils ont de résonner dans leur époque ? Ou de poser les questions qui la taraudent ? Ou peut-être la manière qu’ils ont de vous rendre plus intelligent.e, en vous aidant à cheminer dans votre labyrinthe intérieur ?

Le texte dramatique de Laurène Marx est un grand texte.

S’il s’agit de « couper tout ce qui dépasse » pour être une femme, pour devenir une parmi les autres, l’invisibilité est-elle alors la seule issue ? Pour vivre heureux, vivons cachés ou alors vivons gâchés ? En quoi son personnage, cette femme trans, qui n’a « ni le charme, ni les souvenirs d’une femme » permet-il de réinterroger le féminin ? Est-il réellement impossible qu’il y ait « des femmes avec une bite ? »   

Vous me direz, mais nous avons déjà la réponse, elle a été trouvée depuis quelque temps déjà, il s’agirait de la non-binarité, un terme générique venu des sciences sociales et des études sur le genre, qui signifierait que l’on ne s’identifie ni à l‘un ni à l’autre genre (au mieux un mélange des deux). Judith Butler, chef de file de la théorie queer, proposait déjà de subvertir les normes de genre et à dépasser la dualité entre féminin et masculin.

Et pourtant, il y a ce mystère, de ces personnes qui, nées dans un corps d’homme, se sentent, en leur for intérieur, femme.

« Etre une femme, c’est pas une question d’apparence. C’est une question de… c’est une question. »

Et toutes les questions recèlent une part de mystère, il y a, en chacune d’elle, quelque chose qui ne trouvera jamais de réponse.

Certain.es pointent les dérives d’une société individualiste où chacun passe son temps à se chercher, à se définir, à se choisir, au détriment d’un collectif qui a besoin de définitions stables basées en partie sur la tradition, ou la transmission. Agenre, non-binaire, demigars, demifille, neutrois, mais qui suis-je donc ? Ce brouillage constant des normes de genre n’est-il pas préjudiciable à la construction d’une identité « stable » ?

Au fond, cette quête, qui semble sans fin, n’est-elle pas la demande, le besoin, l’exigence d’une reconnaissance ? « J’avais pensé à être heureuse ».

Le récit, bien sûr, est non seulement celui d’une transition, douloureuse et parfois cruelle, à coup de chirurgie esthétique, d’hormones et de bistouris, mais aussi celui de la violence qu’elle suscite chez les autres.

Quel tabou, quelle transgression de l’ordre social et du pouvoir franchit celui/celle qui veut affirmer son genre et changer d’état civil ? Surtout quand il s’agit d’un homme biologique ? (Je ne maîtrise ni les pronoms, ni les accords des genres neutres !)

Laurène Marx dit bien cette violence, et celle, souterraine, psychologique qui mine celle qui entreprend ce long parcours : la perte d’un travail, de certain.es ami.es. La prostitution, la drogue.

Et le danger qui guette. La solitude.

Son écriture est alerte. Des phrases longues et brèves, un rythme que l’on ressent particulièrement quand on dit le texte, ou j’imagine, quand on le joue. L’humour est parfois au vitriol, et le texte est très drôle.

Mais pas de guimauve, ni de bons sentiments.

Son écriture est belle, souvent, des images qui vous prennent, parcourent vos nerfs, font vibrer cet entrelacs de chair, et de sensations que nous sommes quand nous lisons. Une écriture extraordinairement vivante, à certains moments d’une douceur et d’une poésie inouïes.

Il n’a jamais fait bon être différent.e, et pas tellement plus aujourd’hui. Il n’a jamais fait bon être une femme non plus. On en meurt encore un peu partout.  Alors être une femme d’horizon lointain, n’en parlons même pas.

Quant à accepter notre bisexualité psychique, notre bipolarité homme-femme, beaucoup ne le peuvent ni chez eux.elles, ni chez les autres.

Alors, c’est le seul regret, à la fin de la lecture, que tout ce qui est enduré ne soit pas fiction.

Et quant à mon opinion, oui, certaines femmes en ont bien une (de bite).

A lire absolument et aussi à voir sur scène car ce texte dramatique a une vie qui va se déployer surtout l’année prochaine :

18 – 27 juin 2021 – (Création in situ)  Lyncéus Festival (Binic – Etables-sur-mer – 22)

20 juillet 2021 – (Lecture) Théâtre du Train Bleu (Avignon)

15 – 17 septembre 2021 – (Lecture)  Temps fort du Studio-Théâtre (Nantes – 44)

18-22 octobre 2021 (maquette)  Festival Fragments à  L’Etoile du Nord (Paris 18e)

22-25 février 2022 – (maquette) Festival Fragments au Cabaret de curiosités (Valenciennes – 59)

Texte : Laurène Marx / Mise en scène: Lena Paugam/Interprétation: Hélène Rencurel/Création lumières : Jennifer Montesantos/Création sonore : Lucas Lelièvre

Production en cours. Production et diffusion: Collectif Lyncéus/ Coproduction (recherche en cours) – Studio-Théâtre de Nantes

Création en salle prévue pour la saison 22-23 /avec le soutien d’ARTCENA (Aide à la création)

​​« À travers le témoignage d’une femme trans, un questionnement se met en place sur la féminité et ses injonctions. Des questions sont posées d’une façon frontale à l’interlocuteur/spectateur direct.
Si les femmes cisgenres ne s’habillent même plus vraiment en « femmes », en quoi s’habillent les femmes trans ?
Si la féminité s’est fluidifiée et libérée grâce aux luttes féministes, quels objectifs peuvent
raisonnablement viser les femmes qui transitionnent, sans trahir « la cause » ?

Faut-il, finalement devenir complètement invisible pour pouvoir exister ? »
Le second texte « Transe », fera l’objet d’un prochain article

Laurène Marx à Propos de « Un temps soit peu. »

Données originales téléchargées sur theatre-contemporain.net en partenariat avec La Mousson d’Été, La MEEC, Abbaye des Prémontrés, mises à jour le 10/11/2021

https://www.theatre-contemporain.net/video/Pour-un-temps-sois-peu-de-Laurene-Marx-presentation-par-l-auteure-27e-Mousson-d-ete

Interview de Lucie Depauw à Propos de Lili/Heiner intramuros

Les autrices questionnent l’identité de genre le 12 novembre à Paris

Une soirée qui s’annonce passionnante, à l’instigation de Sarah Pèpe, et à laquelle je participerai avec plaisir.

Les quatre textes qui seront présentés : Je suis bizarre de Astrid Bayiha, Le frère de Léa de Marie-Pierre Cattino et Christian Bach (Les hommes étant des femmes comme les autres), Pour un temps sois peu de Laurène Marx, Lili/ Heiner intra-Muros de Lucie Depauw sont quatre textes puissants qui questionnent l’identité de genre.

Deux grands paradigmes s’affrontent habituellement lorsqu’il s’agit d’expliquer les différences hommes/femmes : une explication naturaliste qui repose sur la biologie à travers les gènes, les neurones et les hormones, et propose une identité sexuelle relativement stable et une autre qui souligne l’influence de la culture (l’éducation, l’environnement, l’histoire, les expériences personnelles) et réfléchit une identité de genre plus fluide et fluctuante.

En effet, nos identités varient dans leurs expressions génétique, anatomique, sociale et psychologique. Même le biologique qui semblait engendrer des définitions stables et rassurantes se fissure sous l’impulsion des neurosciences dont les recherches mettent en avant l’influence de l’environnement sur le biologique à travers l’épigenèse. Les frontières entre l’inné et l’acquis se brouillent irrémédiablement. Les personnes intersexes, possédant des attributs sexuels féminins et masculins, permettent également de penser des identités plurielles. Sommées de choisir l’un ou l’autre sexe, certaines d’entre elles revendiquent le droit de ne pas choisir, de garder les deux. Astrid Bayiha, à travers le personnage d’Alix, explore le thème de la différence, avec une identité qui questionne, à travers un corps qui offre différents choix, différentes réponses.

Comment, dès lors, savoir qui l’on est ?

La norme sociale, et la pression des valeurs admises et imposées par la loi ou les mœurs, permettent de penser le corps politique. Ainsi Lili , jeune fille qui n’aura pas le temps de devenir femme, devient-elle Heiner, victime du dopage aux hormones masculines pratiqué en ex-RDA. Ce corps devient le lieu de nombreux stigmates à travers « les déchirures de l’Allemagne, de Berlin par un mur, les déchirures des corps par les muscles, les frontières, les désirs et les genres… »

Dès lors, les critères de la virilité ou de la féminité, les uns aussi arbitraires que les autres, destinés à asseoir la domination du patriarcat, ou en tout cas d’un modèle politique qui désire contrôler l’ordre social à travers les corps, volent en éclats : les identités deviennent plurielles et mouvantes offrant toute une palette de figures allant de « l’hyperféminité aux mixages les plus improbables de féminité et de masculinité » .

En effet, « qu’est-ce qu’une femme ? » demande Laurène, la femme transgenre mise en scène par Laurène Marx, question énigmatique car la transition hormonale et médicale, ce parcours souvent douloureux, de la transition d’un sexe vers l’autre, et souvent le parcours d’une réassignation qui repose sur les apparences.

Suis-je davantage une femme lorsque je porte une jupe, que j’ai les cheveux longs, et des talons hauts ? De la même façon, une femme qui n’a pas de seins, ou une grande pilosité, ou qui ne peut pas avoir d’enfants est-elle moins une femme ?

L’écriture de Laurène Marx est incisive et parfois chirurgicale, elle n’élude aucune question, et aucun paradoxe. Son texte est non seulement un témoignage, un texte politique sans concessions et un texte poétique. Il/elle, puisqu’elle revendique la non-binarité, possède une écriture puissante et ciselée, poignante et subversive. On peut lire, sur le site de son éditeur :  » […] écrire sans cause, sans combat est impossible. Elle se promet de ne plus jamais raconter d’histoires inoffensives, mais de s’efforcer de mettre les zones d’ombre en lumière. »

C’est ce qu’elle fait.

Il est toutefois difficile de changer les mentalités. Laurène raconte la violence féroce qui s’exerce contre ceux qui mettent en question les normes de la virilité et donc du pouvoir.  » Imagine maintenant, où que tu ailles, ton tueur t’attend. Imagine une maison. Imagine une maison et dans chaque pièce vers laquelle tu fuis, derrière chaque porte que tu refermes, il est là, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de portes, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de maison. Juste la forêt, immense, inimaginable… »

Laurène Marx écrit terriblement bien.

Mais alors comment faire taire et transformer cette violence ? Marie-Pierre Cattino et Christian Bach, dans cette subtile et aimable alliance des genres, proposent un texte à destination des adolescents (mais pas que). En effet, en 2020, les éditions Koïnè ont imaginé une nouvelle collection de publications bilingues à destination des écoles, de textes traduits dans des langues européennes. Dans  » Le frère de Léa », frère dont on parle mais qu’on ne voit jamais, transgenre, les deux auteur.es montrent l’ostracisme social que subit Léa, la sœur, au sein de son lycée. Peut-être une partie de la solution consiste-t-elle à faire réfléchir les jeunes gens sur les enjeux politiques et sociaux de l’identité de genre.

Peut-être faut-il éduquer les regards et les esprits à penser « ouvertement » pour déverrouiller les cœurs … Merci à eux.

Pour réserver : https://billetterie.mpaa.fr/spectacle?id_spectacle=192&lng=1

« 

Timeless – Rupi Kaur – Recueil « Le soleil et les fleurs »

Insta ? Instapoets !

Lors de l’investiture de Joe Biden, une jeune poétesse, Amanda Gorman, a fait vibrer le monde entier avec son poème The Hill We Climb. D’autres poétesses du web ont vu le jour, sur facebook, instagram ou Tik Tok. Elles sont nées avec les réseaux sociaux et n’ont pas peur de s’en servir.

Une nouvelle génération d’autrices, de poétesses notamment, ont pu publier grâce aux réseaux sociaux. On les nomme les instapoets. La poésie, que l’on croyait désuète, semble renaître tel le phénix. Le hashtag #instapoetry connaît un réel succès et permet à de jeunes autrices de gagner des milliers de followers et, pour certaines d’entre elles, de voir leurs œuvres publiées. Rupi Kaur, jeune canadienne de 28 ans, publiée et traduite en français connaît un large succès. Elle a créé un photo-essai sur les menstruations, objet d’un tabou profond dans toutes les cultures et particulièrement dans nos sociétés, qui a déclenché de nombreuses polémiques mais aussi un engouement de la part des jeunes femmes (et des moins jeunes) qui la suivent et se reconnaissent en elle. Son engagement, son combat pour des valeurs humanistes et ses actions en faveur des femmes, en font une poétesse talentueuse, courageuse et intègre. Elle est d’ailleurs considérée comme la « papesse » des instapoets.

Des romancières, telle Cécile Coulon, qui n’imaginait pas publier de la poésie ( la poésie ne se vend pas ?) a fait connaître son œuvre poétique sur facebook. Le succès autour de ses publications lui a permis d’éditer un recueil « Les ronces » qui a reçu le prix Guillaume-Appolinaire 2018.

Certaines instapoets collaborent avec des grandes marques afin de générer des revenus à leur activité. Cet aspect commercial semble peu compatible avec la création poétique pour certains, pour d’autres il s’agit simplement de surfer sur la vague et d’être dans l’air du temps.

La poétesse Cleo Wade s’est associée à la marque G… pour la journée de la femme qui souhaitait sensibiliser les consommateurs.trices aux inégalités persistantes entre les deux sexes. On ne peut pas suspecter d’opportunisme, cette jeune femme de 31 ans, qui possède déjà une œuvre conséquente ( Heart TalkPoetic Wisdom for a Better Life ou  Where to Begin), a plusieurs centaines de milliers d’abonnés et publie des poèmes dans Teen Vogue ( If I Could Write One Million Love Poems (A Love Letter To Trans Kids) et The New York Times. Elle est aussi activiste de la Women’s prison association (source feelfree.media).

Mais depuis quand, me direz-vous, les marques et le commerce de luxe font-ils œuvre de philanthropie ? N’est-ce pas profiter d’un changement dans les mœurs pour promouvoir une image jeune et branchée, tout en assurant la visibilité de sa marque, quitte à assumer un peu de polémique ?

La poésie sort du format traditionnel de l’œuvre en papier, du recueil : elle se slame, se performe, et invente des formes originales pour se diffuser et toucher un nouveau et large public. Les Etats-Unis, grâce à la Beat Generation (magnifique exposition à Pompidou il y a quelques années) et aux poètes afro-américains sont à l’origine du « spoken word », de la dimension scénique de la poésie, slamée, mêlée au théâtre et à la danse. Elle porte aussi de nouveau messages et en s’émancipant des milieux universitaires, et des cercles fermés d’intellectuels, peut aller à la rencontre des milieux populaires, des jeunes des quartiers, en s’invitant aussi dans les prisons, où la parole, les mots et le lien participent à la réparation (Voir le poète Yves Gaudin). Elle se renouvelle et se transforme pour le meilleur et pour le pire…

Merci à Héloïse qui m’a fait connaître Rupi Kaur et a attiré mon attention sur cette nouvelle génération de poétesses.

Rencontre avec Gaëlle Josse à la médiathèque de la ville de Meulan-en-Yvelines

Mon amie Karine animera la rencontre avec Gaëlle Josse le samedi 12 juin à 15H00 à la médiathèque de la ville de Meulan. Cela promet d’être un beau moment grâce au talent de l’une et de l’autre. Si vous êtes en région parisienne, venez découvrir cette ville charmante et le très joli domaine Berson et ses beaux jardins.

Bibliothèque Multimédi@ – Domaine Berson18/20 rue de Beauvais 78250 Meulan-en-Yvelines78250 Meulan-en-Yvelines

gaelle josse

Femme de lettres, venue à la littérature par la poésie, elle viendra vous parler de son travail et présenter son dernier roman Ce matin-là, paru le 7 janvier aux éditions Noir sur Blanc.

En partenariat avec la Librairie du Pincerais.

Les amoureux – Madeleine de Scudéry (1607-1701)

A mon amoureux

Les amoureux

L’eau qui caresse le rivage,
La rose qui s’ouvre au zéphir,
Le vent qui rit sous le feuillage,
Tout dit qu’aimer est un plaisir.

De deux amants l’égale flamme
Sait doublement les rendre heureux.
Les indifférents n’ont qu’une âme ;
Mais lorsqu’on aime, on en a deux.

Madeleine de Scudéry (1607-1701)
Romances et poésies

Issue d’une petite noblesse provinciale, elle resta célibataire, ce qui lui assura la possibilité de faire une carrière littéraire qui dura presque cent ans. Elle écrivit des œuvres que son frère, auteur, était le seul à signer. Ibrahim ou l’Illustre Bassa (1641), Les Femmes illustres ou les Harangues héroïques (1642). dix tomes d’Artamène ou le Grand Cyrus (1649-1653), récit d’aventures où se reconnaissent les instigateurs de la Fronde. Après l’échec de la Fronde, la romancière commença à tenir salon chaque samedi dans sa maison du Marais. Son autre grand roman, aux accents parfois féministes, Clélie, histoire romaine (1654-1660), lui est clairement attribuée. Y figure en particulier la célèbre Carte de Tendre, où les trois fleuves d’Estime, de Reconnaissance et d’Inclination mènent aux trois cités de Tendre. De façon allégorique, y sont énoncés les principes sentimentaux de l’autrice. L’esthétique galante, qui sous-tend le récit, donne la part belle aux femmes, à leur goût et leur sensibilité. Elle s’essaya ensuite à la nouvelle : Célinte (1661), Mathilde (1667), La Promenade de Versailles (1669), imprégnés toujours des codes romanesques traditionnels.

Ces romans ont donné lieu à une vogue de romans précieux proposant une vision idéalisée de l’amour et une peinture poétisée de la société mondaine.

S’ensuivirent dix volumes de conversations morales, parues entre 1680 et 1692, qui lui assura la reconnaissance, l’estime et l’admiration (prix d’éloquence de l’Académie française lors de la création de ce concours en 1671, pension du roi à partir de 1683).

Les contemporains, relayés par la postérité, ont critiqué les extravagances et les outrances de la préciosité, qui certainement ont existé, (grâce notamment aux Précieuses ridicules de Molière) et oublié l’originalité de ce mouvement. (D’après Le Dictionnaire universel des créatrices, Nathalie Grande)

%d blogueurs aiment cette page :