La femme qui inventa le théâtre…

Selon Augusto Boal, une fable chinoise très ancienne raconte comment Xua-Xua, une femme préhumaine, inventa le théâtre. Cette fable s’oppose à toutes les pratiques et les représentations misogynes de l’Histoire et de l’Antiquité, comme celles du théâtre au temps de Shakespeare, qui interdisaient aux femmes de jouer, et celles de l’Antiquité qui leur interdisaient même d’assister aux représentations !

Xua Xua, qui alors n’était qu’une femelle (puisque préhumaine) devint amoureuse de Li-Peng (mâle de la tribu), et attendit de lui un enfant. Cette transformation physique s’accompagna d’une gêne, ou d’une forme de honte qui l’éloigna de son amoureux. Il l’observait pourtant de loin et la regarda accoucher. En spectateur. Xua Xua, dut se séparer symboliquement de son fils, s’identifier, et l’identifier lui, en sortant d’une relation purement fusionnelle. Elle dut également reconnaître le père. Et se posa des questions sur qui elle était, sur qui étaient les autres, sur ce qu’elle voulait et ce qu’elle cherchait, sur le passé et l’avenir. D’une certaine manière elle était obligée de se regarder, de se dédoubler (la conscience ?). A la fois actrice et spectatrice. C’est ainsi qu’a été découvert le théâtre, car il est « l’art de nous regarder nous-mêmes ».

Cette manière de placer l’origine du théâtre dans la biologie humaine, me laisse dubitative. Cette métaphore de la création par l’enfantement risque encore enfermer les femmes encore et toujours, dans leur corps.

voir Augusto Boal « Jeux pour acteurs et non acteurs, La découverte, édition actualisée, La Découverte, Paris 2004.

Une chambre en Inde – une création collective du Théâtre du Soleil jusqu’au 2 juillet 2017 à la cartoucherie de Vincennes.

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Une chambre en Inde – une création collective du Théâtre du Soleil, dirigée par Ariane Mnouchkine, musique de Jean-Jacques Lemêtre, en harmonie avec Hélène Cixous, avec la participation exceptionnelle de Kalaimamani Purisai Kannappa Sambandan Thambiran, Représentations du mercredi au vendredi à 19h30, le samedi à 16h, le dimanche à 13h30, Durée du spectacle 3h30 + entracte de 15 minutes jusqu’au 2 juillet 2017 à la cartoucherie de Vincennes.

Le théâtre, et plus largement l’art, éclaire, donne à voir et à comprendre, mais aussi à sentir, à travers nos émotions, ce qui nous déchire et nous soumet parfois impitoyablement à la question. Que nous veulent-ils, que faut-il faire ? Où et comment agir ?

Les spectateurs qui ont assisté ce dimanche 23 avril à la représentation, ont dû entendre de multiples résonances à la situation politique française, aussi lointaine que puisse paraître, au premier abord, cette chambre en Inde. Ce jour rappelait aussi la naissance de Shakespeare, le  (vers le ) 23 avril 1564 ; comme l’a souligné Ariane Mnouchkine, « En un tel jour, rien de vraiment grave ne peut arriver. »

La troupe a décidé de désamorcer le pathos, en faisant de la scène du théâtre, le lieu d’une comédie où se joue le spectacle (tragique) du monde. Le rire peut-il combatte l’horreur ?

Cette chambre, lieu clos, est traversée de toutes les rumeurs et de tous les éclats qui secouent notre monde : la condition des femmes, le réchauffement climatique, l’extrémisme politique et religieux. D’ailleurs de larges fenêtres sont ouvertes sur les bruits de la rue, et le téléphone apporte les nouvelles, souvent mauvaises, de ce qui se passe ailleurs; les intrusions oniriques ou réelles nous rappellent qu’il est impossible de se tenir à l’écart, et d’être simplement spectateur : tout le monde peut-être touché un jour par la fureur et la désolation..

Et c’est la philosophie du Théâtre du Soleil, cosmopolite, composé d’une vingtaine de nationalités, certains acteurs venant d’Afghanistan, d’Irak ou de Syrie, de se tenir dans un constant dialogue avec l’autre, et de se nourrir de ce qui est étranger.

Curieux du monde et des autres, le théâtre du Soleil, emprunte la forme artistique du Teru Koothu, théâtre populaire découvert lors d’un séjour avec la troupe à Pondichéry début 2016, peu après les attentats du mois de novembre. Sur scène, le Kattiyakaram, personnage central, mène le jeu au milieu des danses et des chants accompagnés par les musiciens. Ces spectacles se jouent souvent des nuits entières dans les villages et racontent, entre autres, les épopées du Mahâbhârata et du Ramayana.

Les visions que Cordélia a la nuit sous forme de cauchemars font irruption selon leur propre logique. Aussi ne faut-il pas chercher la cohérence narrative dans la sécurité d’une intrigue. Les saynètes se croisent et s’entrecroisent pour former la trame du récit, conduit au fil d’une question lancinante qui revient jusqu’au bout : « L’art peut-il sauver le monde ou est-il parfaitement inutile ? » Que peut le théâtre face à un fusil ou des bombes ? Il dénonce depuis toujours, et il désamorce le désespoir en nous donnant le goût de la lutte.

Une vidéo montre des comédiens représentant le Roi Lear, dans une cave d’Alep, sous les bombardements.

Ils ne seront pas oubliés.

L’école nomade d’Ariane Mnouchkine – Théâtre du soleil – Une chambre en Inde

Les femmes et la littérature : Luvsandorj Ulziitugs / Mongolie

Le métier d’écrivain est  « ce métier magique qui permet de discerner les différentes odeurs de la parole »

Cité in « Aquarium, Nouvelles de la Mongolie d’aujourd’hui »

Elle est née dans la ville de Darkhan en Mongolie. Elle a débuté sa carrière au journal officiel Ardii Erkh et au magazine Uchigdur. Elle a également des fonctions d’éditrice et dirige de nombreuses publications, et d’oeuvres littéraires,  artistiques et de culture générale. Elle est le poète de la nouvelle génération, et est l’auteure d’une dizaine de livres de poésie et de prose, parmi lesquels « Images restées sur les lunettes », « Contes citadins » et « Limite du visible dont sont extraites les nouvelles de « Aquarium, Nouvelles de la Mongolie d’aujourd’hui »

source : Préface de « Aquarium, Nouvelles de la Mongolie d’aujourd’hui »

Jean Batten story

Fiona Kidman – Fille de l’air / Nouvelle-Zélande

 

Fiona Kidman, Fille de l’air (The infinite air), 2013,  roman traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Dominique Goy-Blanquet, Sabine Wespieser éditeur, 2017

La néo-zélandaise Fiona Kidman excelle à brosser des portraits, et à saisir les basculements d’un destin. Ce talent ne se démentit pas dans ce dernier livre traduit en français. Et même si vous n’avez aucun goût pour l’aviation, vous serez emporté vous aussi par le souffle épique de ce roman.

Le roman est basé sur un personnage réel, Jean Batten, surnommée la « Garbo des airs », aviatrice mondialement célèbre dans les années 1930, née au nord de la Nouvelle-Zélande dans une famille de dentiste. Peut-être la photo d’aviateur accrochée par sa mère au-dessus de son lit, a-t-elle présidé à sa vocation, nul ne le saura jamais, toujours est-il qu’elle mènera un combat acharné contre la misogynie ambiante, afin de pourvoir voler, même si la voie a déjà été ouverte par quelques pionnières.

Inutile de rappeler le danger que représentait les vols en avion à l’époque, fragiles esquifs soumis aux tempêtes, aux orages, et à la technologie balbutiante comparée à celle des avions d’aujourd’hui. Les défis se soldent souvent par un crash et la mort des pilotes ; il faut donc beaucoup de courage et de sang-froid pour s’aventurer dans les airs et Jean Batten n’en manque pas.

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Si elle se révélera douée pour la conduite des avions, elle l’est aussi pour la danse et pour la musique. Et c’est sous prétexte d’étudier la musique, qu’elle partira pour Londres, s’inscrira à des cours de pilotage, à l’insu de son père, qui ne voit pas d’un très bon œil le goût de Jean pour ce sport masculin. D’ailleurs on peut dire que ces premières femmes aviatrices, et surtout Jean Batten, ne négligeront pas toujours le glamour de leurs tenues de pilotage.

Elle s’attellera à plusieurs records, notamment entre l’Angleterre et l’Australie, et pour finir survolera la mer de tasman.

L’habileté de Fiona Kidman à saisir les multiples facettes de la personnalité de son héroïne, ses doutes, ses contradictions, ses succès et ses échecs font tout l’intérêt de ce passionnant portrait de femme.

Fiona Kidman, née en 1940, vit à Wellington. Ecrivain de tout premier plan, elle est l’auteur de plus d’une vingtaine d’ouvrages, dont plusieurs déjà parus en français chez le même éditeur : rescapée (roman, 2006), gare au feu, (nouvelles, 2012), et le Livre des secrets (roman, 2014)

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Je bats ma campagne avec : Fatou Diome – Marianne porte plainte ! (8 et dernière)

La campagne présidentielle est officiellement ouverte et à la vue de toutes ces belles affiches placardées sur les murs électoraux, j’ai décidé de lancer la mienne, toute symbolique, même si sur ce blog, j’ai déjà recueilli plus de 500 signatures. Bien sûr je suis loin de faire le buzz, mais cela n’a pas beaucoup d’importance car je joins ma voix à celle de Fatou Diome.

Quelques citations permettront de poser plus clairement le débat, toute cette semaine, à chaque article, j’en ferai trois :

  • « Qu’on les reconnaisse d’abord concitoyens; leur fierté retrouvée, ils surprendront par leur entrain et leur joie d’être enfin respectés chez eux et non tolérés. » Je crois qu’on ne parle pas assez de ce besoin de reconnaissance et de la frustration et de la rancune que peuvent provoquer l’injustice et le rejet. Je pense qu’il est important de développer le sentiment d’appartenance des citoyens qui composent une nation. Ils ont besoin de se sentir soudés et cela n’est possible que grâce à la reconnaissance dont chacun a besoin pour se sentir intégré dans une société.
  • « A défaut de changer le pinceau du bon Dieu, que les critiques admettent ses toiles ! » : Que chaque Homme soit une oeuvre d’art, qu’il s’affine à la pointe de lui-même. Et que chaque être humain puisse contempler l’autre avec des yeux émerveillés. Si l’on prend garde, si on prend le temps surtout, on peut découvrir chez l’autre des trésors qu’on ignorait.
  • « Vos papiers ! Encore, nos papiers ! Toujours nos papiers ! Dans la rue, dans les trains, à travers les wagons, entre les travées, nous repérant parmi tous comme si nous clignotions, ils réclament toujours nos seuls papiers ! » Je comprends l’exaspération et la colère de Fatou Diome. Je trouve terrible qu’elle appréhende ses voyages par crainte de se faire contrôler. L’actualité la plus récente a montré combien nous sommes exposés à la violence aveugle de l’extrémisme, et cette période particulièrement tendue est forcément dangereuse car elle peut conduire à tous les amalgames et aussi à une forme d’aveuglement. A nous tous de faire attention. Notre destin repose entre nos mains… pour une grande part.

Marianne porte plainte ! - Fatou Diome - Babelio

Et pour pouvoir continuer à battre la campagne, je vous propose de lire le livre de Fatou Diome.