Jeanette Winterson- Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?

pourquoi être heureux quand on peut être normal

Jeanette Winterson – Pourquoi être heureux quand on peut être normal –traduit de l’anglais par Céline Leroy – Editions de l’Olivier

Parler d'homosexualitéCe pourrait être un conte de la folie ordinaire, dans lequel règne une terrible ogresse qui n’aime pas la vie, celle-ci aurait pour nom Mrs Winterson, et au lieu de dévorer les enfants, elle en adopterait un qu’elle prénommerait Jeanette. Pas facile de vivre avec une ogresse, surtout lorsqu’elle est pentecôtiste, qu’elle a banni tous les livres (ou presque) de la maison, et que, pour vous punir, elle vous laisse la nuit entière dehors tout en attendant l’Apocalypse.

Une ogresse qui essaie de conformer son énorme masse à la normalité, et qui devant l’homosexualité de sa fille lui demande « Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? »

Ne pas être vraiment la fille, ne pas pouvoir revendiquer le lieu où on habite, dont on n’a pas la clef, toujours à attendre sur le seuil. Comment ne pas se dissocier, comment ne pas se couper de soi-même ?

Heureusement pour la petite Jeanette, « Les histoires sont là pour compenser face à un monde déloyal, injuste, incompréhensible, hors de contrôle. » et très vite elle a l’amour des mots, se sert des livres comme refuge. Elle y trouve la vie qui lui manque : « Un livre est un tapis volant qui vous emporte loin. Un livre est une porte. Vous l’ouvrez. Vous en passez le seuil. En revenez-vous ? »

Les livres sont devenus son foyer, car elle les ouvre « comme une porte », et pénètre dans un espace et un lieu différent dont cette fois elle a la clef, et dont personne ne peut la chasser.

Mais cette enfance dévastatrice a laissé ses marques, ses cicatrices, toujours prêtes à se rouvrir, et Jeanette Winterson souffre d’une forme atténuée de psychose, elle entend des voix :

« J’abritais en moi une autre personne – une part de moi – ou ce que vous voudrez – à ce point dévastée qu’elle était prête à me condamner à mort pour trouver la paix. »

Alors c’est une autre lutte qu’il faut encore entreprendre, contre la dépression, la folie, le suicide.

Jeanette survit, écrit, aime. Elle fait d’elle une fiction pour pouvoir vivre. Elle se raconte dans un lieu dont la trame serrée puisse la tenir en vie. Elle nous éblouit, nous transporte, nous chavire d’émotions.

Ce livre aura été pour moi un véritable coup de cœur.

 Il a obtenu le prix Marie-Claire 2012

le mois anglais

Mois anglais que le blog « Plaisirs à cultiver » Titine  » organise avec Cryssilda et Lou pour la 4ème année consécutive et auquel je participe avec plusieurs livres cette année.

Geneviève Brisac « Week-end de chasse à la mère »

brisac - Week-end de chasse à la mère

Geneviève Brisac est attentive à ce qui se trame dans le monde de l’infime, du quotidien, aux révolutions qui se jouent sans qu’une seule goutte de sang soit versée, mais dont les victimes sont innombrables. Combien de femmes auront été sacrifiées sur l’autel de la « bonne mère », de cet ensemble d’opinions et de préjugés qui commandent aux femmes ayant enfanté? Nouk, souffrant d’anorexie dans Petite, est ici la mère divorcée d’Eugénio, enfant gâté, tendre et tyrannique. Est-elle une bonne mère ? Son entourage ne tarit pas de recommandations et de conseils, qui sont le signe d’une subtile condamnation. S’organise alors une traque insidieuse, à coup de petites phrases et de sous-entendus. C’est « Un week-end de chasse à la mère ». On les connaît pourtant les mères, avec leur sens du sacrifice et de l’abnégation, celles d’avant soixante-huit. Les psychologues et les psychanalystes ont assez dénoncé ces mères castratrices, dévorantes et intrusives . Toute une génération ne s’est-elle pas soulevée contre le poids des mères ? « En chœur, nous maudissions nos mères, raconte Nouk en parlant d’elle et de son amie Martha, […]. Les mères, cette engeance ! disions nous. La littérature n’est-elle pas pleine de leur crimes et de leur bonne conscience, de leurs plaintes et de leurs ravages. Désertons ! était notre mot d’ordre. Plus jamais ça et plus jamais nous ! »
Les mères de l’après-féminisme sont-elles mieux loties ? Doutant de leurs capacités maternelles, ayant toujours peur de mal faire, aidées en cela par un inconscient collectif qui a intégré et digéré la responsabilité des mères dans les pathologies de leurs enfants – comme si les pères, eux, par nature distants, n’étaient là que pour atténuer les ravages d’une trop grande fusion maternelle- être mère n’est pas une sinécure.
« Il n’y a que les mères mortes, me surprends-je à penser parfois, celles-là ne font pas de mal, elles sont les plus douces et les plus parfaites. »
Mais lorsque les mères ne sont pas criminelles, elles sont les otages consentants, les victimes toutes désignées de ces petits « pachas égoïstes » qui les « séquestre mentalement » pour les abandonner lorsqu’ils n’ont plus besoin d’elles.
Il s’agirait de leur faire entrer dans le crâne « que nous ne sommes pas des mères au foyer et qu’ils nous doivent respect et assistance. »
Nouk travaille dans une bibliothèque pédagogique où l’on trouve toute sorte d’ouvrages pour aider les mères, scientifiquement, cette fois, rationnellement, à être de bonnes mères. Puisque les anciennes étaient de mauvaises mères par un trop plein d’animalité, et un manque cruel de réflexion, empêtrées dans une tradition qui ne se discutait pas,  les nouvelles seront éduquées et consciencieuses. Elles auront la distance de la raison.
Geneviève Brisac connaît parfaitement l’univers woolfien, et le poids des pierres que l’on glisse dans ses poches, la terrible pesanteur du désespoir. Comment Nouk s’en sortira-t-elle ? Parviendra-t-elle enfin à être la mère qu’il faut à son fils ? Il faut lire ce livre pour le savoir, véritable observatoire de la maternité, à la fois mélancolique et drôle.

Les réécritures de Médée (1/11) : Médée endeuillée de Sylvain Grandhay

Médée endeuillée de Sylvain Grandhay, 2011, 80 pages, éditions du Panthéon

Vignette Les femmes et le théatreSylvain Grandhay revisite le mythe intemporel de Médée, magicienne de Colchide qui aide Jason et les Argonautes à conquérir la Toison d’Or. Femme étrangère, femme barbare, Jason l’épouse par gratitude et lui donne deux fils avant de la répudier pour épouser la fille de Créon, roi de Corinthe.
Médée, femme bafouée, organisera la plus terrible des vengeances.

Dans la version de Sylvain Grandhay, dans des références constantes au monde contemporain (Jason lui annonce la rupture par texto) mêlant des aspects oniriques et des anachronismes, Médée est la « femme totale », amoureuse et passionnée, « fatale » dans tous les sens du terme, femme d’un seul homme, mais aussi femme sensuelle, éminemment charnelle et sauvage qui bascule dans le crime par excès de colère et d’amour.
Elle se révolte contre la toute-puissance de la société patriarcale :
« Les hommes ont tous les droits ici-bas. », reconnaît-elle, amère, dans un des nombreux dialogues avec sa nourrice à qui elle se confie.

L’amour de Médée est un amour charnel, sensuel, qui la gouverne entièrement et auquel tous ses actes sont soumis.
« Je suis femme avant d’être Médée. Je nous revois, lui et moi, nus, sur la toison d’or, enlacés, la première fois embrassée et embrasée. Je découvrais, par une mystérieuse abolition du temps et de l’espace, le goût de sa patrie. Je sentais le parfum des olives qui mûrissent sous le soleil, celle des lavandes céruléennes et l’odeur du goudron qui fond sous la chaleur de l’été. »

Médée devient criminelle, dans un basculement, et une logique qui est la conséquence de la nature de cet amour. Quand on lui fait remarquer qu’il y a plusieurs étapes dans le deuil, qu’il lui suffit d’attendre, elle se moque, elle n’est pas femme de nuances, ni de raison. Sa seule logique est implacable, le crime lui coûte, car elle aime ses enfants, mais ses enfants eux-mêmes n’existent qu’en raison de son amour pour Jason auquel elle a tout sacrifié. Si Jason disparaît, tout doit disparaître avec lui.

Amour absolu et charnel, d’autant plus redoutable, qu’il est éminemment pulsionnel et sexuel. L’amour est jouissance de soi et de l’autre, fièvre et tourment, extase et dénuement.

La tragédie de Médée est qu’elle aime toute seule, de cet amour-là, qui est sa valeur suprême. Jason conditionne l’amour à sa réussite personnelle, à son ambition politique, alors que Médée est toute entière dans sa passion.

Il y a de très beaux passages dans cette pièce, d’autres un peu moins réussis, notamment les moments où la nourrice raconte à nouveau la fuite de Médée avec Jason, et la trahison dont va souffrir celui-ci à son retour en Grèce. Finalement, une pièce doit être jouée et vue, et j’aimerais bien voir celle-là.

Ce qui reste de nos vies – Zeruya Shalev / Prix Femina étranger 2014

Ce qui reste de nos vies

Zeruya Shalev – Ce qui reste de nos vies du monde entier Gallimard – 2014 (2011 pour la version originale) Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz

Le livre de Zeruya Shalev, tout primé qu’il est, se mérite. J’ai failli l’abandonner plusieurs fois mais toujours quelque chose m’a retenu de renoncer tout à fait. Et la fin vaut vraiment la peine que l’on arrive jusqu’au bout, même suant, haletant et à bout de forces. Un pavé (416 pages) et un récit spiralaire qui avance tout en se répétant, parfois beaucoup. Pourtant ce livre est une œuvre, un bel objet littéraire, très bien écrit, donc très bien traduit et pétri d’intelligence autant que de sensibilité.
Que faire de « Ce qui reste de nos vies », quand il ne reste plus de temps, quand on est au seuil de la mort et que l’on a l’impression d’avoir tout raté, quand on est malheureux dans un couple à bout de souffle, ou quand on arrive à la cinquantaine avec pour (seul ?) horizon la ménopause ? Que faire, se résigner ou avancer quand même, trouver un nouveau souffle ?Un cheval, une bataille, pour ne pas mourir avant de mourir vraiment.
C’est toute la question posée par ce livre brillant à la narration parfois un peu relâchée mais qui traduit bien les hésitations et les atermoiements de ses personnages. Faut-il se résigner et se contenter de ce que l’on a, ou risquer le tout pour le tout, que la vie vaille encore la peine d’être vécue? Parfois on aimerait bien les pousser un peu ou agir à leur place tant on a l’impression de les voir faire du sur-place, mais ce serait trop tôt car chaque personnage a droit à son temps propre, qui est celui de la réflexion et la maturation nécessaire à la prise de décision.
Hemda est au seuil de la mort, et sa conscience part en lambeaux, elle vit à travers ses souvenirs que viennent interrompre un présent indistinct, et la visite de ses deux enfants Dina et Avner à L’hôpital de Jerusalem. Avner y rencontre une femme venue accompagner son amant mourant, et une fois disparue, se met à sa recherche, quant à Dina, quadragénaire insatisfaite, elle assiste à l’éloignement de sa fille adolescente et se met en tête d’adopter un enfant.

Zeruya Shalev analyse finement les relations qui existent entre parents et enfants, les non-dits, le ressentiment et la colère qui les animent parfois, autant que la tendresse et la douceur qui permettent d’avoir un foyer et de se construire. On comprend, on compatit, on s’élance, avec eux, vers une autre vie…

« Quel drôle d’âge, malaisé, soupire-t-elle, quarante-cinq ans, il fut un temps où les femmes mouraient à cet âge-là, elles terminaient d’élever les enfants et mouraient, délivraient le monde de la présence épineuse de celles qui étaient devenues stériles, enveloppe dont le charme s’était rompu. »

La porte des enfers- Laurent Gaudé /Renversement du personnage de la mère

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Vignette Les personnages féminins dans l'ecriture masculineLaurent Gaudé est un auteur toujours imprévisible. Aucun livre ne ressemble à un autre et dans ce livre-ci le personnage de la mère opère un renversement de la piéta, de la madone qui est particulièrement intéressant.

Un couple uni éclate à la mort de leur enfant unique victime d’une balle perdue dans un règlement de comptes à Naples . Le père accablé erre dans la ville tandis que la mère, folle de douleur, n’accepte pas la mort de son fils et demande au père d’aller le chercher…jusqu’en enfer.

Le récit bascule alors et raconte l’épopée du père dans sa descente vers les enfers. Il va chercher son fils et le trouve après un périple plein de dangers. Mais qu’adviendra-t-il d’eux, le retour est-il possible et la tragédie s’annuler ? Rien n’est si sûr…

 Ce beau livre de Laurent Gaudé, magnifiquement écrit, avec une maîtrise remarquable de la langue et de la construction du récit, pose la question du deuil et de la séparation. Ce moment de souffrance est aussi le moment de la rupture dans l’ordre des générations, et de la transmission. Le père n’apprendra plus rien à son fils et ne pourra plus lui léguer son expérience et son savoir . Aussi est-ce le monde qui meurt ce jour-là dans le dernier souffle de l’enfant.

L’auteur nous livre aussi une vision très personnelle des enfers, en rupture avec l’enfer chrétien bien qu’il utilise, même s’il s’en défend, un vocabulaire qui rappelle cet héritage : les âmes qui attendent, qui pleurent, qui gémissent. Mais ce sont plus des références mythologiques que mystiques. A chaque deuil, ce sont des morceaux de nous-mêmes qui meurent avec les défunts, mais aussi des morceaux d’eux qui restent en nous. Notre mémoire est le lien entre le monde des vivants et celui des morts. Aussi ce roman n’est-il pas sombre, car la mort permet de penser la vie, de construire du sens, et d’appréhender une question largement évacuée par les sociétés occidentales dévorées par le consumérisme.

La littérature est aussi cette quête du sens. La mère maudit le monde plusieurs fois, elle ne se résigne pas à la mort de son fils, sa colère est sa manière de garder son fils vivant . A l’instar de cette mère, la littérature est cette bataille pour donner vie et souffle aux grandes questions qui agitent le Monde. Laurent Gaudé dit dans une interview qu’il veut faire entrer le monde entier dans ses livres, et intégrer des personnages qui n’y ont pas accès habituellement parce qu’ils sont des exclus. Ces personnages un peu cabossés par la vie permettent d’explorer toute la gamme des sentiments . On dit que les gens heureux n’ont pas d’histoire. Et c’est un peu vrai. Pas tout à fait cependant, je pense à cette écriture des bonheurs minuscules de Philippe Delerm par exemple.

C’est aussi une belle histoire d’amour, même si le couple éclate dans un premier temps avec la mort du fils, un lien ou un fil invisible qui est celui de la narration les tient unis ensemble, et c’est peut-être cela qui est, à mon avis, le plus beau dans la littérature.

Interview de Laurent Gaudé

Inès Benaroya – Dans la remise / Sélection prix de la romancière 2014

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 Dans la remise – Inès Benaroya, 02 avril 2014, français, Flammarion, 288 pages

Une belle découverte que ce livre présenté parmi les huit de la sélection du Prix de la Romancière 2014.

 Anna a tout pour être heureuse, un mari beau et attentionné, un métier passionnant et une réelle aisance matérielle. Ils étaient d’accord tous les deux ; ils ne voulaient pas d’enfant. Non seulement les enfants sont sales et bruyants mais plus encore ils risqueraient leur rappeler leur enfance fracassée… Mais deux événements vont perturber ce fragile équilibre : le décès d’ une mère qui ne l’a jamais aimée et l’intrusion, une nuit, d’un jeune vagabond dans sa remise. Incapable d’en parler à son mari, elle porte ce secret qui devient de plus en lourd jusqu’au jour où tout bascule…

« Dans ma famille, les mères n’aiment pas leurs enfants. J’ai préféré m’abstenir. »

Ce premier roman est un magnifique roman sur l’enfance et le désir d’enfant, sur les choix conscients et inconscients qui pèsent sur lui. Pour être père et mère, il faut convoquer des modèles souvent hérités des parents que nous avons eus et de l’amour que nous avons reçu.

Mais voilà Anna, elle, n’a pas reçu d’amour de la part de sa mère, Ava, qui l’a envoyée en pension pour l’éloigner d’elle et ne pas avoir à s’en occuper. Sa mère vient de mourir, et Anna retrouve la mémoire…L’intrusion du petit vagabond dans sa remise réveille en elle un désir d’enfant qu’elle croyait à jamais éteint et qui va bouleverser sa vie.

« Mais déteste-t-on sa mère pour un lot de nuit sombres ? »

Ce roman rappelle, s’il était besoin, que l’amour maternel n’est pas « naturel », qu’il n’est pas un instinct dont hériterait toute femme sur le point d’enfanter, un instinct qui procéderait d’une «  » nature féminine « , mais bien plutôt d’un comportement social, variable selon les époques et les mœurs.

Être mère s’apprend, se construit ; c’est s’insérer dans un milieu et une culture. Avoir un enfant ne veut pas dire qu’on l’a désiré, des grossesses accidentelles sont encore légion malgré la contraception et les Interruptions Volontaires de Grossesse.

Ces grossesses interviennent le plus souvent chez des jeunes femmes trop fragiles et trop déstructurées pour maîtriser une contraception, respecter des horaires de prise de médicament et toutes choses supposant une maîtrise de son corps, de sa vie, de ses choix. Il y a ces êtres qui se laissent voguer sans but, au fil des rencontres et du courant, incapables parfois de s’aimer eux-mêmes et a fortiori les autres. Les dénis de grossesses, les bébés congelés dans des frigos. Le mal-amour se transmet parfois de génération en génération…

Dans la remise est un roman subtil et délicat, d’une belle écriture et d’une belle facture. L’émotion est au rendez-vous, les personnages sont parfaitement convaincants, et nous y reconnaissons parfois nos propres blessures symboliques. Un vrai coup de cœur pour moi.

sélection 2014 image achetée sur Fotofolia

Moi, Clea Shine Carolyn D. Wall / Se construire femme…

Moi, Clea Shine

Carolyn D.Wall – Moi, Cléa Shine, Grands romans Points Calmann-Lévy 2012 , original Carolyn D. Wall, 2012 Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Estelle Roudet

Ce roman est en deux temps bien distincts, le flash back sur l’enfance malheureuse de Clea Shine qui, abandonnée par sa mère, est recueillie par Jerusha Lovemore, femme noire du sud du Mississipi. Et le deuxième temps sur sa vie d’adulte. La fillette blanche est rebelle, n’a pas sa langue dans sa poche et tente de se construire malgré les blessures… Son regard reste souvent rivé à une maison de triste apparence, dont les murs s’ornent souvent de quolibets. Une femme vit là, à la fois proche et lointaine.

Un peu plus loin, une prison. Un paysage de tristesse, et dans ce paysage un petit garçon, Finn, qui vit perché dans un chêne…

Et puis dans la deuxième partie la vie de Clea Shine devenue adulte… Chute ou rédemption, résilience ou folie, comment Clea est-elle parvenue à grandir ?

J’avais lu et aimé son précédent roman Aurora Kentucky qui faisait le portrait d’une femme courageuse que la vie n’a pas épargné. Celui-là fait également un assez beau portrait de femme mais l’écriture m’a moins emportée. J’ai trouvé la construction moins aboutie, même si la première partie sur l’enfance de Cléa est véritablement belle. Des clichés alourdissent en quelque sorte le deuxième moment du récit et c’est un peu dommage.