Etre femme et écrire : Claude Pujade-Renaud et le déclic de l’écriture

« Tout n’est pas transférable. Mais lorsque j’écris, j’essaie de ne pas perdre le contact avec une sorte de pulsation du dedans qui conserve tout de même quelque chose de corporel et une respiration. Parfois il y a une pulsation, une respiration qui passe dans la phrase.
L’apprentissage du sport puis de la danse m’a montré que souvent il faut « tenir bon ». Affiner un geste, trouver le mot, modifier le rythme d’une phrase n’est pas donnée d’emblée. C’est valable pour n’importe quelle activité. 90% de transpiration, 10 % d’inspiration. »

Entretien avec Claude Pujade-Renaud paru dans le n°13 de la revue Contre-pied, novembre 2003, page 74. Revue du centre national d’étude et de formation, EPS et société.

 

Afficher l'image d'origine  Afficher l'image d'origine Afficher l'image d'origine Afficher l'image d'origine Afficher l'image d'origine Afficher l'image d'origineAfficher l'image d'origine Afficher l'image d'origine

Quelques-uns de ses livres pêle-mêle …

Etre femme et écrire : Nouvelle-Zélande

« Notre littérature naît au XXe siècle avec Katherine Mansfield. Si l’on devait identifier un seul ancêtre à notre littérature, ce serait elle, ce qui est vraiment formidable.  »

           Description de cette image, également commentée ci-après      Description de cette image, également commentée ci-après

 

 

 

 

 

 

 

 

Eleanor Catton est née au Canada où son père terminait un doctorat à l’université de Western Ontario. Elle a vécu dans le Yorkshire  jusqu’à l’âge de treize ans, puis sa famille s’établit dans la région de Canterbury, en Nouvelle-Zélande1. Elle poursuit ses études à Burnside High School), puis à l’université de Canterbury, et obtient, en 2007, un master d’écriture créative(en anglais creative writing) à l’Institute of Modern Letters de l’université Victoria de Wellington en présentant The Rehearsal, un texte dont elle avait eu l’idée deux ans plus tôt. The Rehearsal est publié en 2008 par Victoria University Press et reçoit plusieurs prix. Eleanor Catton s’installe alors à Iowa City aux États-Unis.(source Wikipedia)

 

Katherine Mansfield (14 octobre 1888-9 janvier 1923) ,nom de plume de  de Kathleen Beauchamp, est une écrivaine et une poétesse britannique d’origine néo-zélandaise. Puisant son inspiration tout autant de ses expériences familiales que de ses nombreux voyages, elle contribua au renouvellement de la nouvelle avec ses récits basés sur l’observation et souvent dénués d’intrigue. (source wikipedia)

 

 Par NZatFrankfurt — Flickr: DSC04321_2, CC BY 2.0,
https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=32631108

Les femmes et l’écriture – Delphine de Vigan

« Qu’est ce qui donne aux mots les plus usés, aux phrases les plus convenues cette musique souterraine ? Voyez comme les écritures les plus arides, les plus sèches, nous font parfois vaciller. Lisez tout haut, écoutez le son, voyez comme certaines phrases résonnent, s’insinuent, qui n’ont rien d’extraordinaire en apparence, rien en leur syntaxe ne relève de la prouesse ou de la performance, elles n’ont rien à prouver, il suffit de les écouter. la langue surgit du corps, monsieur, qu’elle vibre, qu’elle hurle ou qu’elle murmure, qu’elle s’étire ou se resserre, elle finit toujours par se donner à voir, à entendre, à caresser. »

in « Un soir de décembre », Delphine de Vigan

Description de l'image Delphine de Vigan-Nancy 2011.jpg.

Delphine de Vigan est une romancière et réalisatrice française  née le 1er mars 1966 à Boulogne-Billancourt. Après une formation au Centre d’Etudes Littéraires et Scientifiques Appliquées, elle devient directrice d’études dans un institut de sondages. Sous le pseudonyme Lou Delvig, elle écrit son premier roman, d’inspiration autobiographique : Jours sans faim (2001), qui raconte le combat d’une jeune femme contre l’anorexie. Un recueil de nouvelles et un second roman suivent, en 2005, publiés sous son vrai nom. En Août 2007, Delphine de Vigan se distingue avec No et moi qui reçoit le Prix des libraires, le Prix du Rotary et est adapté au cinéma par Zabou Breitman. Dans Les heures souterraines, publié l’année suivante et nominé au Goncourt, elle dénonce le harcèlement moral dans le monde du travail. En 2011, parait Rien ne s’oppose à la nuit, lui aussi en lice pour le Goncourt et raconte les souffrances de sa mère atteinte de trouble bipolaire. Il obtient le Prix du roman Fnac, le Prix des lectrices de Elle, le Prix France Télévisions et le Prix Renaudot des lycéens. Cette même année, elle co-signe avec Gilles Legrand, le scénario du film,Tu seras mon fils. En 2013, Delphine de Vigan réalise son premier film, A coup sûr,  (sortie en janvier 2014), dont elle cosigne, avec Chris Esquerre, le scénario. En 2015, elle obtient le Prix Renaudot  et le Prix Goncourt des lycéens  avec son nouveau roman D’après une histoire vraie. (source Wikipédia)

Les femmes et l’écriture – Tove Jansson

« Sur la table, il y avait des liasses de feuilles blanches ordonnées avec soin. Elles étaient toujours disposées ainsi, avec les stylos à côté. Les pages écrites étaient orientées vers le plateau. Si les mots ont le visage face à la table, ils peuvent se transformer au cours de la nuit. On les considère avec un regard nouveau, à la hâte, et on peut avoir une révélation subite, c’est tout à fait envisageable ».

in Tove Jansson « L’art de voyager léger et autres nouvelles, traduit du suédois par Carine Bruy
Description de cette image, également commentée ci-aprèsL’auteure en 1966
« Née d’un père sculpteur suédophone de Finlande et d’une mère illustratrice suédoise, elle étudia à la faculté d’art deStockholm et devint peintre. Lors de laSeconde Guerre mondiale , pensant aux enfants qui rêvaient de s’évader, elle inventa le pays des Moumines dont elle fit une série . Elle écrivait en suédois de Finlande.  Elle travaillait pour la presse (Ny Tid, London Evening News), avec l’aide de son frère Lars Jansson (1926-2000) pour les bandes dessinées. Elle vécut pendant la majeure partie de sa vie avec une autre artiste, plasticienne Tuulikki Pietilä.
Elle reçut en 1953 le prix Nils Holgersson  et en 1966 le grand prix international Hans Christian Andersen. Son œuvre culmine avec Papa Moumine et la mer, mélancolique méditation sur la solitude, où ses personnages de prédilection atteignent une gravité inhabituelle. En 1993, elle reçut le prix Finlande (Suomi-palkinto), prix culturel décerné par le ministère de l’Enseignement. Elle est décédée le 27 juin 2001 à l’âge de 86 ans.
 source Wikipedia

L’écriture francophone au féminin

Ne ratez pas la projection du film « Autour de Maïr » de Hejer Charf, au cinéma Saint-André des Arts à Paris, le 8 juin 2016. 
Il sera présenté par la journaliste au Monde, Josyane Savigneau. Il s’agit d’un documentaire canadien qui traite de l’écriture francophone au féminin et du combat mené pour sa reconnaissance.

« Pendant longtemps, la littérature des femmes a été confinée au privé, au ménager, aux correspondances. L’on prétendait qu’elles ne savaient écrire que des lettres et tenir des journaux intimes.

Cofondatrice et première directrice de l’Institut Simone de Beauvoir (Université Concordia, Montréal 1978-1983), Maïr Verthuy a ouvert la voie pour que les écrits des femmes soient publiés, lus, enseignés, traduits.

Autour de Maïr, accompagnées des chansons d’Anne Sylvestre, des féministes, des poètes, des professeures, des écrivaines québécoises, françaises, disent le long et ardu chemin de l’écriture au féminin vers la reconnaissance.

Interviennent dans le documentaire, entre autres: Hélène Monette, qui vient de nous quitter,  Madeleine Gagnon, Jeanne Hyvrard, Gloria Escomel, Liliane Kandel, Wassyla Tamzali, Benoîte Groult, Martine Delvaux qui évoque la mémoire de Nelly Arcan.

« J’accédais à la littérature en parfaite sauvage.» Jeanne Hyvrard

Raja Alem – Les femmes et l’écriture

« Je ne sais pas pour qui j’écris, peut-être que j’écris pour la Mecque ou peut-être c’est la Mecque qui écrit à travers moi. Quand j’écris, je ne pense pas aux lecteurs, ni aux critiques, ou à qui que ce soit. Je suis complètement sous le pouvoir de ces voix qui m’agitent. C’est cette ville qui veut parler par ma voix. Ce n’est pas une exagération mais un fait, écrire est pour moi exister. J’écris donc j’existe. J’aime la vie, je pense que la vie est belle et nous pouvons même voir de la beauté dans toutes les images de destruction. La vie m’émerveille, et c’est ce que je veux écrire, cet émerveillement. »

L’écriture au féminin au XVIIIe siècle

Les femmes et l'ecriture 3

A partir du XVIIIe siècle, les femmes écrivent davantage et dans de nombreux domaines. A Venise par exemple, elles publient 49 ouvrages au XVIe siècle, 76 au XVIIe et 110 (presque autant que les hommes) de 1700 à 1750. ( Romans mais aussi philosophie, polémique, science, traductions, pièces de théâtre et livrets d’opéra) (3). C’est par les salons que la culture se diffuse essentiellement.
Et comme l’indique Henri Coulet, les françaises ont pu s’appuyer sur l’exemple des Anglaises car de 1780 à 1800 elles ont pu lire, traduites en français, les œuvres de plus de 50 romancières d’Outre-manche, : Sarah Fielding, Ann Radcliffe, Frances d’Arblay, Clare Reeve, Anne Hughes, Aghes Maria bennett etc » (1)
Les femmes de lettres sont toutes issues (à ma connaissance) de la bourgeoisie ou de la noblesse, et choquent par leur liberté de ton, enfin elles « osent » s’exprimer et sortir de cette réserve féminine plus ou moins silencieuse, animent parfois des salons, émettent des avis ou des opinions. Diantre ! En bref, elles offensent, par leurs manières, la pudeur de l’époque, ou sont méprisées simplement parce qu’elles sont des femmes. Un grand nombre de romancières écrivent pour les femmes, dont Mme Riccoboni, qui eut un large succès. La vocation du roman était de raconter l’individu, des passions qui l’agitent, et des contradictions qu’il doit résoudre. Et cet individu était une femme en situation avec les contraintes sociales particulières qu’elle subissait..
La littérature écrite par les femmes au XVIIIe siècle s’inscrit dans une société très misogyne, où il importe, pour les femmes qui s’avisent d’écrire, de cantonner leur écriture et leurs sujets dans les limites étroites de la bienséance.

Anne-Thérèse de Lambert dans un essai intitulé « Réflexions nouvelles sur les femmes » , en 1723 avertit : « Si l’on passe aux hommes l’amour des lettres, on ne le pardonne pas aux femmes ». Écrire et publier ne deviendront possible qu’à celles qui observeront un tant soi peu les convenances et les dictats moraux de l’époque en grande partie imposés par la religion et entérinés par la tradition qui génère la haine des femmes.
La littérature, à cette époque, s’adresse le plus souvent au public lettré (noblesse, et bourgeoisie). Au XVIIIe siècle, elle s’adresse peu aux classes populaires, qui bénéficient de « La bibliothèque bleue », sous-littérature de colportage. Entre les deux va naître une littérature de subversion, qui « va porter les textes philosophiques les plus radicaux avec ceux de la lutte antireligieuse comportant eux-mêmes ceux de la libération des mœurs » interdite , (Voltaire, Rousseau, d’Holbach , Raynal en sont les grands noms) et qui va se développer au siècle suivant avec les progrès de l’alphabétisation.(2)
Cette liberté de ton et d’idées n’est pas permise aux femmes, et la plupart d’entre elles devront écrire une littérature genrée, décrire des amours impossibles, les luttes intérieures entre le désir (à peine suggéré) et le devoir, et le triomphe pour finir de la morale et de la religion. Dans la Paysanne pervertie de Rétif de la Bretonne, un libertin, s’insurge, « Une femme autrice sort des bornes de la modestie prescrite à son sexe » (On pourrait demander par qui ?), en fait plus ou moins des prostituées (à l’instar des comédiennes). Donc on ne permet aux femmes d’écrire qu’une littérature moralisatrice et dévote (manuel de dévotion, traité orthodoxes sur l’éducation des filles, recueils de conseils moraux et pratiques). Cependant quelques femmes commencent à faire un pas de côté, à s’instruire dans les salons ou auprès de leurs frères, de leurs maris, ou d’amis de la famille et s’engagent dans la transgression des interdits.
Dès le début XVIIe siècle, Mlle de Gournay dénonce dans des pamphlets l’injustice de la condition des femmes. Or, elle est vieille fille et n’a pas de vie de famille à sacrifier. Pour écrire, il faut souvent abandonner l’ambition d’avoir un mari ou des enfants qui requièrent le plus clair du temps d’une femme. On se place dans un processus d’exclusion sociale, pour des femmes qui n’ont pas accès à des métiers valorisant dans la majorité des cas. C’est pourquoi de nombreuses femmes écrivains publiaient sous des noms d’emprunt ou sous l’anonymat.« Écrire, c’est perdre la moitié de sa noblesse », constate Mlle de Scudéry qui publia ses premiers romans sous le nom de son frère.
Pourtant les écrits de ces femmes ne remettent pas en cause la religion et la société, ce sont des œuvres bien sages. A la fin du siècle, néanmoins, avec la Révolution française, les écrits se mêleront de politique, le plus célèbre d’entre eux est bien sûr , après le « Prince philosophe » d’Olympe de Gouges au féminisme encore ambigu, sa « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » qui annonce le très beau texte en 1801 de Fanny Raoul « Opinion d’une femme sur les femmes ». Mais il ne s’agit pas là de romans.

Claude Dulong souligne la médiocrité d’ensemble de la production féminine et avance que les femmes ne maîtrisaient pas suffisamment le savoir scientifique et la philosophie pour en débattre . Les salons ne suffisaient pas à l’acquisition du savoir et à l’éducation. (si l’on excepte quelques femmes comme Anna Maria Van Schurman à Utrecht).

Toutefois, j’ai trouvé parmi mes lectures de très beaux romans ou essais (Emilie du Châtelet)qui mériteraient d’être extirpés de l’oubli  et  figurer dans les anthologies littéraires.
Ces interdits sociaux sont fortement intériorisés, la force de la censure inconsciente fait que les femmes s’interdisent d’écrire ou écrivent presque à leur corps défendant, ou parce qu’elles se retrouvent sans ressources et doivent gagner leur vie. On écrit souvent en cachette : Jane Austen elle-même n’écrivait que sur des feuilles volantes qu’elle pouvait facilement dissimuler quand elle travaillait dans la salle commune. C’est par le grincement de la porte du parloir qu’elle devait d’être avertie de toute intrusion. Aussi ne voulait-elle pas que les gonds soient huilés. Les critiques sont voilées et on a pu parler de l’ironie austenienne. « Si elle avait vécu plus longtemps, dit Virginia Woolf, elle aurait osé découvrir le monde, elle aurait eu moins peur. », et rajoute Geneviève Brisac,(4) « La peur est à l’œuvre ici, la peur d’être montrée du doigt et persécutée ».
Peu importe les femmes écrivent, ont toujours écrit, et c’est leur acte de bravoure, la plus grande bataille et la plus grande transgression. Enfin gagnée.

 

vignette les femmes et la poésieEntre autres, cette liste n’est pas exhaustive :

Contes : Gabrielle de Villeneuve – Marie Leprince de Beaumont – Genre épistolaire : Aïssé (1695-1733) Marie du Deffand (1697-1780), Julie de Lespinasse (1732-1776), Françoise-Eléonore de Sabran (1750-1827), Education / Anne-Thérèse de lambert (1647-1733) – Louise d’Epinay (1726-1783), Mémoires / Rose de Staal-Delaunay- Marie-jeanne Roland ; Les Romans / Marie-Louise de Fontaine (..- 1730) et Claudine-Alexandrine de Tencin (1682-1749), Françoise de Graffigny (1695_1758), Marie-Jeanne Riccoboni (1714-1792), Isabelle de Charrière (1740-1805), Écrits politiques Olympes de Gouges(1755-1793)
Sources :
1) Anthologie des romancières de la période révolutionnaire (1789-1800),établie par Huguette Krief préface de Henri Coulet
2) Grandes dames des lettres Michel Lequenne
3) Claude Dulong, Histoire des femmes en Occident, tome III XVI-XVIIIe siècle in Dissidences, la voix, la parole et l’écrit
4) La marche du cavalier p 28 de l’édition points.
5) Martine Reid – Des femmes en littérature.