La femme du mois : Květa Legátová (1919-2012)

 

La Femme du moisNée en Moravie en 1919, Květa Legátová a fait à Brno des études de lettres et de sciences avant d’être affectée comme enseignante dans des zones montagneuses par les autorités communistes qui voyaient en elle « un cas problématique ». Pendant quelque temps, elle est institutrice à l’école de Stary Hrozenkov en Slovaquie morave. Expérience qui la marquera profondément et qui sera la source d’inspiration à laquelle puisera  son œuvre.
Au lycée, elle écrivait déjà de courtes pièces radiophoniques et poursuit cette activité jusqu’au début des années quatre-vingt-dix. C’est par le pseudonyme Vera Podhorna qu’elle signe, en 1957, le recueil de contes intitulé « Les esquisses » et, en 1961, on trouve dans les librairies son roman « Korda Dabrova »Elle connaît un succès foudroyant au début des années 1990 avec la parution de son roman Želary. Le prix d’Etat pour la littérature est décerné à l’auteure à l’âge de quatre-vint-deux-ans.

LITTERAMA copieSources : éditeur et http://radio.cz

Květa Legátová – La Belle de Joza / République tchèque

Květa Legátová – La Belle de Joza, traduit du tchèque par Eurydice Antolin avec le concours de Hana Aubry, 2002, Editions Noir sur Blanc, collection Libretto, 2008 pour la traduction française, 157 pages.

Vignette femmes de lettresEliška est à l’aube d’une belle carrière, docteure en médecine, un amant marié mais bien en vue, et une vie assez confortable lorsque la guerre éclate. Elle s’engage alors dans la résistance à l’oppresseur nazi, et sert d’agent de liaison, mais après l’arrestation de ses contacts, elle doit se cacher. Qu’à cela ne tienne, un plan B lui permet d’échapper à la menace, il s’agit d’épouser un jeune homme, véritable force de la nature, mais à la compréhension limitée, blessé gravement dans une rixe sur son lieu de travail à la menuiserie et qu’elle a soigné à l’hôpital.
Alors commence l’exil dans un petit village perdu dans les montagnes, aux mœurs d’un autre temps, à la misogynie féroce, et au confort plus que spartiate.
Ce voyage semble être celui d’une régression. La jeune femme perd tous les progrès liés à la condition féminine, oublie ses aspirations intellectuelles, et renoue avec les tâches ancestrales des femmes : coudre, cuisiner, travailler la terre.
Mais ce qui s’annonçait sous les auspices de la perte, va lui permettre de retrouver son identité, et de manière cathartique, de renouer avec un passé traumatique.
L’expérience qu’elle fait de l’amour et de la tendresse inconditionnels de Joza, lui permet de se reconstruire, d’oublier sa cérébralité et de renouer avec son corps. Elle abandonne tous les remparts et les défenses construits grâce à son intellectualité.
Elle retrouve le lien avec les forces primitives, la nature, et la spiritualité, tel ce vent qui souffle sans discontinuer dans les montagnes.
On retrouve ici toute la symbolique de la Belle et la Bête, et le dépassement de la dualité de l’être, corps/esprit, masculin/féminin. Le voyage dans les montagnes est un voyage initiatique vers soi-même. Et bien sûr tous les éléments des contes existent dans ce récit : la forêt profonde où l’on se perd, la source d’au vive qui ajoutent au symbolisme de l’œuvre. Toutefois il peut également être perçu comme un conte naturaliste car la description minutieuse et réaliste de la vie des habitants a aussi une valeur ethnographique.
Qu’adviendra-t-il de cet amour ? Cette parenthèse enchantée saura-t-elle résister à la violence de la guerre ?

LITTERAMA copieC’est une très jolie nouvelle, poétique et inspirée. Une belle découverte…