La marche de Mina – Yoko Ogawa/ Les femmes au Japon

la marche de Mina

Mina est une petite fille asthmatique qui, dans le Japon des années 70, se rend à l’école sur le dos de Pochiko, un hippopotame nain. Tomoko, sa cousine, entame sa première année de collège, hébergée par sa tante car sa mère doit se rendre dans une grande ville pour y suivre des cours de couture. Un drame semble couver sous l’apparence anodine des choses, les fréquents séjours de Mina à l’hôpital, l’absence de son père pour de longues périodes sont comme autant de menaces. Les non-dits tissent le récit de pesants silences, et d’une sorte de malaise qui court tout au long de l’histoire. Les personnages semblent étouffer dans cette atmosphère à couper au couteau même si des fils de tendresse tiennent tous les personnages ensemble et l’amitié de Mina et Tomoko, la narratrice, telle une bouffée d’air pur, adoucit le tranchant des larmes intérieures et des souffrances cachées.

Il faut aimer Proust pour aimer ‘La marche de Mina », un récit long, pesant parfois, un récit attentif toutefois à la profondeur des êtres, exaspérant de lenteur, mais riche de douceur et de tendresse. Yoko Ogawa, après avoir été fan de base-ball dans « La formule préférée du professeur » explore ici le monde du hand-ball, et installe une sorte de tension dramatique, qui ne se résout qu’avec le dénouement du récit. J’ai eu un peu de mal je l’avoue, surtout qu’ayant moins de temps dans un quotidien chargé, la lecture a subi un étirement supplémentaire quia failli être fatal à la lecture de ce livre.

J’avais beaucoup aimé « La formule préférée du professeur » mais j’avais trouvé là encore des longueurs parfois mais c’est une autre perception du temps, des événements que l’on peut retrouver chez d’autres auteurs japonais. A suivre toutefois, de belles qualités d’écriture et la création, véritablement, d’une œuvre singulière.

Tokyo sisters – Dans l’intimité des femmes japonaises

Tokyo sisters

Je ne pouvais pas clore ce mois des japonaises sans évoquer la vie des femmes d’aujourd’hui, les défis qu’elles ont encore à relever, leurs aspirations et leurs rêves et aussi leurs difficultés à mener leur vie de femme, de mère, d’épouse ou d’amante. C’est avec Tokyo sisters de Raphaëlle Choël et Julie Rovéro-Carrez que nous partons aujourd’hui à la rencontre des japonaises dans ce livre encore très actuel puisqu’il a été publié en 2010.

Elles ont recueilli les confidences de femmes de 15 à 60 ans, mariées ou célibataires, femmes au foyer ou businesswomen pendant l’année 2009.

Elles font définitivement un sort à l’image de la femme réservée, dévouée à son mari et à sa famille.

Lorsqu’on arrive à Tokyo, on a l’impression de ne voir que des femmes. Mais où sont donc les maris, les frères, les amis, les amants ? Au travail ! Ils laissent donc leurs femmes souvent seules et celles-ci s’organisent un réseau de relations amicales qui rythme leur vie de femmes au foyer. Ce n’est pas un cliché, on travaille beaucoup au Japon, et les deux semaines de vacances octroyées par les entreprises sont rarement prises en entier par leurs employés. Et il est vrai également, que beaucoup de femmes une fois mariées arrêtent de travailler, faute de moyens de garde pour les enfants. Elles sont encore très peu présentes dans les postes de direction et le machisme ambiant, même s’il faiblit, est encore très présent.

            Les choses changent cependant et nombre de jeunes femmes se rebellent contre le modèle de leur mère et tentent de trouver une voie différente.

La demoiselle nippone cependant est un rien immature, possède une faculté de s’émerveiller ou de rêver peut-être qui nous fait défaut ! Culte du kawai, cosplay (contraction de costume et playing) qui permet aux adolescents de se déguiser à la manière de leur héros manga, engouement pour les produits Hello Kitty, soirées Karaoké, présence de dessins de BD pour donner les consignes ou indiquer les règles dans l’espace public.

            Mais dans ces milieux citadins un peu bobos il faut bien le dire, l’esprit de sérieux n’abandonne pas ces dames qui ne néglige sous aucun prétexte leur apparence, débauche de cosmétiques, combinaison pour ne pas bronzer sur la plage, coiffure, manucure, sport, rien n’est laissé au hasard pour atteindre un idéal de perfection souvent assimilé à la France et dont nous sommes bien loin.

Il faut voir dans cet attrait pour l’Occident, un désir de modernité, même si les traditions sont encore très vivantes au Japon : port du kimono, cérémonie du thé élevé à un véritable art, traditions culinaires. Et un service impeccable !

Car on ne plaisante pas au Japon, pays des samouraïs, avec la règle et la discipline. Les écoliers en uniforme, des super-mamans attentives dont le quotidien est réglé comme du papier à musique, rien n’est laissé au hasard.  Tout doit fonctionner sans la moindre fausse note. La pression est réelle pour les enfants qui doivent passer des examens d’entrée aux écoles primaires privées, puis ensuite à l’issue du chogakko (collège) pour pouvoir intégrer le kotogakko(lycée)… Bizarrement c’est à la fac que la pression se relâche puisqu’il s’agit d’être dans un établissement réputé, la matière étudiée important peu ! Gare à ceux qui n’entrent pas dans le moule !

            Les omiai (mariages arrangés) existent encore au Japon qui représenteraient 10 % des mariages. Les Japonaises (au moins 60% d’entre elles) estiment que la sécurité financière prime pour faire un bon mariage. Il semblerait que l’idéal soit l’homme aux trois C (confort financier, communiquant, coopératif) ! La relation amoureuse, une fois l’enfant arrivé cependant se résume souvent à une bonne cohabitation, le jeune papa est encore assez absent, absorbé par sa vie professionnelle. Quant à la sexualité, elle ne fait pas bon ménage avec la famille! Les femmes dorment parfois dans une pièce séparée avec leur enfant (23% des Japonaises), quand les parents et enfants ne couchent pas tous ensemble dans la même pièce.

D’ailleurs les femmes interrogées dans ce livre semblent accepter l’idée que leur mari ait une vie sexuelle en dehors du mariage. Une journaliste déclare qu’elle trouve la sexualité malsaine dans les couples. On ne se touche pas, explique-t-elle, alors les hommes frustrés rentrent dans l’excès, lisent des livres porno n’importe où, pelotent dans le métro et ne se maîtrisent plus.

Le manque d’intimité doit jouer aussi dans les appartements trop petits et des couples n’hésitent pas à aller au love hôtel, conçu spécialement pour permettre aux couples qui s’y rencontrent d’avoir une sexualité en toute tranquillité.

Tout ne va donc pas pour le mieux au pays des cerisiers en fleurs. Ni au pays de la baguette non plus, quant à celui des orangers !

De nouveaux modèles de couples émergent cependant et de nouvelles valeurs dans une vie qui ne serait plus seulement vouée au travail. Et si dans le domaine affectif, le modèle est la maîtrise de soi, il suffit que les Japonais baissent un peu la garde pour que les émotions affleurent aussitôt. Les auteures racontent que beaucoup de Japonaises les ont remerciées de leur avoir donné la parole, de leur avoir permis d’exprimer ce qu’elles sentaient et pensaient au plus profond d’elles-mêmes.

Ce n’est qu’un bref aperçu de ce livre qui est à la fois profond et léger, qui tente de ne pas verser dans le cliché même si toute tentative de généralisation y conduit forcément un peu et j’espère que cela vous aura donné envie de le lire.

Je l’ai lu grâce à Nina qui m’en avait parlé !

Yoko-Tawada

Yoko Tawada est une de ces personnes dont le sourire illumine complètement le visage, et dont l’intériorité se révèle dans les différentes expressions qui modèlent à loisir le nez, la bouche et les pommettes. Elle a un visage plein d’âme et je suis tombée sous le charme.

J’ai assisté à une des conférences qu’elle a tenues lors du Salon de Paris 2012. Et voilà ce que j’en ai retenu.

Elle est née en 1960 à Tokyo et a migré vers l’Allemagne en 1982 d’où elle écrit et publie à la fois en allemand et en japonais. Elle est écrivain, dramaturge et poète et a remporté de nombreux prix autant en Allemagne qu’au Japon. Elle tire de cette double identité, « une manière singulière, inimitable, qui bouscule les conventions linguistiques et culturelles. »

Elle est l’auteure qui pose le plus explicitement et de la manière la plus fouillée la question des frontières de la langue. Elle possède une manière singulière de bousculer les conventions autant littéraires que sociales ; ses personnages inventent une autre manière de regarder le monde.

Elle raconte la façon dont elle écrit de la poésie : elle écrit des phrases et les laisse en suspens. Elle écrit une première phrase, la dit et n’en garde que le tiers. Le reste demeure dans le silence. Au lecteur de continuer la phrase à sa manière.

Quand elle écrit un roman, elle conçoit une première scène, raconte-t-elle, mais dont l’ambiguïté va servir au développement ultérieur du roman. Tout est caché mais elle ne sait pas ce qu’elle va découvrir. Ecrire c’est creuser pour le découvrir et le mettre au jour.

Quand elle se tait, elle a l’impression qu’il y a un mur extrêmement épais et elle ne sait pas comment elle va passer dans la parole.

Son dernier recueil s’intitule « Les aventures grammaticales de la langue allemande », or jamais la grammaire n’est devenue un thème poétique.

 

En allemand et en français, il existe le je et le tu, et une façon de s’adresser à l’autre selon le degré de familiarité  qui impose le tu ou le vous. Par contre, lorsqu’on veut parler de soi, il n’existe qu’un pronom, « je ». Le génie de la langue se déploie dans la multiplicité de ces mots qui changent en fonction du mode de relation qu’on entretient avec l’autre.

En japonais, le je n’est pas toujours utilisé comme sujet, mais exprime également le rapport avec l’autre. Pour dire « Je vous parle. », on n’utilise ni « je », ni « vous » mais un verbe plus un suffixe verbal qui par exemple peut indiquer que l’on est un inférieur qui s’adresse à un supérieur. Ce qui existe en fait c’est le rapport entre le moi et le vous.

Dans leur langue maternelle, les enfants retiennent d’emblée l’ensemble des codes qui la régissent. Ils sont dans le bain de la langue. Certains d’entre eux, par contre, ne parviennent pas à assimiler d’autres langues.

 

Yoko Tawada est arrivée à 22 ans en Allemagne. Elle explique qu’elle était très immature et donc qu’elle avait la réceptivité de l’enfant par rapport à une autre langue. Elle entendait de l’allemand et ne possédait aucune connaissance syntaxique ni grammaticale . Elle raconte comment elle a expérimenté la langue et comment celle-ci est entrée peu à peu à l’intérieur d’elle. Les émotions qu’elle pouvait éprouver, joie lorsqu’elle comprenait et colère lorsqu’elle ne comprenait pas. Elle se souvient avoir senti les mots comme des choses, des matières qu’on laisse couler dans sa main. Dés le début, la langue a été perçue comme l’expression même de la poésie. La prononciation difficile, demandait une effort corporel. Les mots opposaient une résistance, ils devenaient vivants et ne voulaient pas entrer dans sa bouche. Pour Yoko Tawada, l’alphabet a quelque chose de magique, car avec 20 et quelques lettres on peu exprimer des choses complexes et longues.

Yoko Tawada a écrit « Le journal des jours tremblants » suite au drame de Fukushima. Comment résoudre et dépasser ce problème ? Posséder une seule langue ne résoudrait pas le problème. Chacun doit le résoudre dans sa propre langue. Il ne s’agit pas de se fondre dans le grand courant culturel de la mondialisation. Il faut poser la valeur des différences culturelles, surtout pour les pays minoritaires…

Je vous invite à découvrir Yoko Tawada qui est une auteure exigeante, d’un abord parfois un peu difficile mais qui est absolument passionnante.

 

Yoko Tawada – auteur de l’exophonie, « Loeil nu »

Wataya Risa – Appel du pied

wataya risa

A dix-neuf ans, Wataya Risa a été la plus jeune lauréate jamais couronnée du prix Akutagawa, le Goncourt japonais. Elle a écrit son premier roman « Install » à l’âge de 17 ans pendant les vacances. Une jeune romancière prometteuse donc…

 

Ce roman est un roman sur l’adolescence et sur les premiers émois amoureux. Wataya Risa décrit avec beaucoup de finesse les émotions de ses personnages, leur ambiguïté, les mouvements contraires qui les agite et qui témoignent des bouleversements de leur monde intérieur.

Hasegawa , la narratrice, est une jeune lycéenne qui a beaucoup de mal à s’intégrer dans sa classe. Son amie de collège s’éloigne d’elle et cette distance est la cause de la solitude et du retrait de la jeune fille. Elle ne veut pas partager son amie avec d’autres. Les amitiés féminines ont la force des amours adolescentes, d’ailleurs elles sont la première forme d’amour que l’on expérimente à cet âge.

Les garçons sont d’autant plus inaccessibles qu’ils souffrent parfois de manie ou d’obsessions comme Ninagawa qui ne vit, n’aime et surtout ne souffre qu’à travers son idole, Oli Chang, jeune mannequin qui commence à faire ses débuts à la scène. Hasegawa parviendra-t-elle à lui faire oublier la belle Oli. ? Rien n’est moins sûr…

C’est un roman frais, tendre et drôle qui m’a fait passer un très bon moment. Il n’est pas du tout mièvre et peut séduire autant les adultes que les adolescents. Pas de catégorie donc pour ce roman assez intemporel…

 

La voix de Kyoko – Murakami Ryu

Kyoko

Vignette les grandes héroïnesKyoko est née des mains de son créateur, Ryû Murakami, écrivain à la réputation sulfureuse, qui utilise dans ses romans le sexe, le sadomasochisme, la drogue, la guerre comme « moyens d’éclater la conscience de soi ». Mais ici, dans ce livre, il abandonne ce procédé pour se laisser prendre à la beauté, la grâce et la force de son héroïne.

Kyoko, jeune fille élevée près d’une base militaire, décide d’aller à New-York pour retrouver le jeune GI qui lui a appris à danser. Elle va revoir son héros dans des circonstances tragiques mais l’accompagnera avec courage vers sa destination finale. « Elle passe, comme une brise légère, au milieu de réfugiés, d’exilés, de malades du sida et d’homosexuels ».

Une narration éclatéepermet de suivre son périple. Sept narrateurs différents racontent le moment ou les circonstances où ils l’ont rencontrée et livrent ainsi, chacun à sa manière, un aspect de sa personnalité.

Elle permet aussi de battre en brèche un certain nombre de préjugés sur les Japonais, le plus courant et le plus tenace, selon lequel on ne peut jamais savoir ce que les Japonais pensent en les regardant. Ce n’est pas le cas de Kyoko en tout cas, qui est particulièrement expressive : son visage exprime la joie , la tristesse de manière si intense que ceux qui la regardent en sont particulièrement touchés. La voir triste « c’était comme si la fin du monde était arrivée ». Elle possède une telle présence, qu’elle en devient presque « éthique », comme si la force et la pureté de son âme forçaient le respect et empêchaient qu’on lui fît du mal.

Mais l’essence de l’expressivité de Kyoko réside en fait dans la présence d’une ombre derrière son sourire. Elle a appris « que pleurer ne change rien », que « personne n’est plus fort que le chagrin et la solitude ». Et ce savoir, au lieu de l’amoindrir, de l’affaiblir, lui donne une certaine force. Son regard a un « éclat perçant ».

Elle est capable de se contrôler, même quand elle est au bord du désespoir, ou complètement désemparée. Et cette force peut-être appelle la compassion. Sa volonté est inébranlable et elle juge selon ses propres critères pour élaborer des choix très personnels ; elle n’est pas du genre à suivre le plus grand nombre. « c’était quelque chose de grand qui la poussait en avant, la faisait réfléchir, agir ». Mais la nature en ce qui concerne les femmes n’est jamais loin, car Kyoko, selon un des témoins « sentait, pensait et agissait en suivant un courant puissant et naturel. » Mais ce concept qui tout au long de l’histoire a servi à assujettir la femme à des déterminismes surtout culturels subit ici une légère modification, une sorte d’indétermination dans le contenu qui laisse toute liberté à l’héroïne.

Tout en elle est subtile et fragile : elle possède une « voix de canari dans un sac de soie », de longues jambes fines, des lèvres délicates et bien dessinées et des traits réguliers.

Mais l’auteur abandonne là les clichés de la féminité : Kyoko ne déteste pas boire un coup à l’occasion et a passé quelque temps à conduire des camions au Japon. Elle est une femme moderne qui, si elle n’a pas abandonné l’arme de la douceur, a conquis aussi des qualités viriles.

Mais surtout, elle danse merveilleusement le cha-cha-cha, le mambo et la rumba colombienne. Elle représente merveilleusement une  femme japonaise moderne, creuset où se mélangent la sensualité des danses latines occidentales, et le raffinement de la culture japonaise.

On sent l’auteur terriblement amoureux de son héroïne, et son écriture sous le joug de ce sourire mystérieux et puissant… L’écrivain est  captif d’un personnage qui lui échappe toujours, qui ne s’enferme pas dans le roman et qui une fois le livre refermé, continue à danser inlassablement dans notre mémoire…

« Kyoko est une fable sur l’espoir et la renaissance.

J’espère que tous les gens qui vivent une situation difficile et désespérante et refusent de s’y laisser enfermer, continuant à chercher un moyen de s’en libérer, seront touchés par cette oeuvre, et y puiseront du courage. »

Ryû Murakami , 4 octobre 1995, L.A.

Itoyama Akiko – Le jour de la gratitude au travail

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Itoyama Le jour de la Gratitude au travail, deux récits traduits du japonais par Marie-Noëlle Ouvray, Picquier poche 2010, édition originale, 2004, 120 pages

Le peu que je connaissais de l’entreprise japonaise ou du monde du travail au Japon je le devais à Amélie Nothomb à travers son livre « Stupeurs et tremblements », plus quelques articles de presse glanés ici et là. Dans ce livre, la narratrice raconte son expérience  de l’entreprise japonaise et sa lente descente aux enfers. Mais l’ostracisme dont elle va être la victime est surtout  la conséquence d’une différence de mentalités et  du fait de sa méconnaissance des codes inhérents à l’entreprise. Si c’est bien le monde du travail à la japonaise, il est vu cependant par une française: il me manquait donc le point de vue d’une japonaise.

Le jour de la gratitude au travail ou kinrô kansha no hi (勤労感謝の日), se célèbre le le 23 novembre. Il semblerait que les japonais aient beaucoup moins de vacances que nous. Et selon Francois Delbrayelle, français qui vit au Japon, « C’est un évènement qui commémore le travail et la production. À cette occasion ont lieu de nombreuses actions dont fait partie le festival du travail de Nagano qui encourage les débats à propos des droits de l’Homme et de la Femme, de l’environnement et de la paix. À l’origine cette journée était dédiée à la fête de la récolte des céréales appelée Niiname-sai (新嘗祭) qui existerait depuis les temps immémoriaux de l’empereur légendaire Jimmu (-660/-585). La journée actuelle de gratitude au travail date de 1948. Elle célébrait à l’origine les nouveaux droits apportés par la constitution, notamment l’expansion des droits au travail. »

Dans le premier des deux récits, Kyôko se retrouve sans emploi suite à une altercation avec son chef. Elle évoque au cours de son récit quelques aspects de la vie des femmes :  une tentative de mariage arrangé, chose qui existe encore au Japon et l’inégalité hommes-femmes face à l’emploi : « On avait beau arriver sur le marché du travail en pleine bulle économique, le nombre d’emplois pour les filles était restreint et elles ramaient pour décrocher une embauche », puis en conclusion s’exclame qu’il est « chiant d’être une femme ». On pourrait penser que c’est un peu court, et qu’il n’y a pas grand-chose dans ce récit à se mettre sous la dent, pourtant à ce moment-là le récit bascule. Un événement apparemment anodin ouvre une autre perspective

Il en va de même du deuxième récit, qui évoque la vie d’une entreprise, chose somme toute assez banale, et sans les précisions qui pourraient apporter un aspect documentaire au récit et le rendre plus intéressant. Pourtant une fois encore dans le ton et l’écriture quelque chose séduit , la découverte de secrets au cœur de la vie des personnages qui les rend plus touchants.

 

Bon, vous l’avez compris, s’il ne s’agit pas ici d’un chef d’œuvre , ce livre n’en est pas moins assez agréable à lire et j’ai passé un bon moment. 

Yoko Tawada – L’oeil nu

l oeil nu

Yoko Tawada installée depuis 1982 en Allemagne écrit aussi bien en allemand qu’en japonais. Elle n’est pas la seule à brouiller les repères traditionnels qui veut que la littérature japonaise soit l’œuvre d’écrivains japonais qui écrivent au Japon, uniquement en Japonais. D’autres auteurs sont dans ce cas, puisque Kazua Ishiguro est un écrivain britannique et Aki Shimazaki romancière québécoise de langue française. Le lieu d’origine ne définit pas l’appartenance, on se choisit aussi d’autres Ailleurs, libres de redéfinir ainsi notre propre identité..

Elle est l’invitée du salon du livre le 18 mars et répondra aux questions du public de 15H00 à 16H00. Elle se revendique comme auteur de l’exophonie, du « voyage à l’extérieur de la langue maternelle » puisqu’elle publie aussi bien en japonais qu’en allemand.

« L’œil nu »,traduit de l’allemand par Bernard Banoun et publié en 2005 pour la traduction française raconte l’histoire d’une jeune vietnamienne, passée à l’Ouest un peu par hasard, peu avant la chute du Mur de Berlin. Elle se retrouve à Paris après avoir fui un amant étrange et possessif et se retrouve livrée aux hasards des rencontres. Elle ne parle pas le français et cet exil en dehors de la langue la plonge au cœur du déracinement le plus total. A la marge, sans papiers, elle ne peut intégrer une école de langues, et ses tentatives se soldent par des échecs qui la plongent dans des situations d’une extrême précarité en même temps qu’elle  la livre au hasard des rencontres plus ou moins heureuses, jouet impassible des événements et des gens. Heureusement, il y a sa passion pour le cinéma et pour Catherine Deneuve, qui la relie au Monde, car en dehors du langage, il y a toujours un autre langage, celui de l’image, plus stéréotypé lui semble-t-il parfois.

Elle ne comprend pas langue mais « la voix était là pour elle-même , pleine d’assurance, souple dans ses accents et ses graves. J’y entendais respirations et frictions, soupirs, parfois aussi une brûlante chaleur faite voix »[…]. Votre voix venait des vagues, des voiles, du vent, des hévéas ». la voix est nue et l’œil est nu.

Les mots que nous prononçons, disent l’endroit d’où nous parlons même si parfois « Mes premiers et uniques mots provenaient du lieu d’où je ne pouvais m’envoler vers nulle part. »

Le lien que nous entretenons avec la langue est fragile. Il suffit de se retrouver dans un pays où personne ne nous comprend et où nous ne pouvons nous faire comprendre par personne pour mesurer à quel point ce lien à la langue peut devenir ténu.

J’ai dû m’accrocher pour lire ce roman, je l’ai trouvé parfois difficile voire ennuyeux mais quelle richesse symbolique, quelle intelligence ! Parfois on peut avoir une expérience de la littérature  à la limite ! Et je ne regrette pas malgré tout de l’avoir lu, d’être allé jusqu’au bout..