Anna Hope introduces The Ballroom

Milena Agus Terres promises

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Milena Agus Terres promises,traduit de l’italien par Marianne Faurobert, Editions Liana Levi,01-03-2018,  176 pages

Quelle sera donc la saveur de ce nouveau cru ? Un nouveau livre de Milena Agus est toujours promesse de découverte, d’humanité et de bienveillance. On ne voit pas ses personnages arrimés à leur portable, ou indécrottables geeks scotchés devant leur écran. Non, ils sont toujours décalés, dans le temps, ou dans l’époque à laquelle ils appartiennent.

Ce sont des rêveurs qui échappent aux canons de la beauté ou de la réussite sociale. Peut-être est-ce pour cela qu’ils peuvent nous apprendre quelque chose.

Après quoi courons-nous toujours ? Quelle terre promise, quel mirage parviennent-ils à nous faire avancer encore et toujours, jusqu’à parfois, nous boucher l’horizon ?

Pour Raffaelle, il s’agit du continent, pour son épouse  la Sardaigne, pour Félicita , le bonheur est partout où l’on est, parfois on passe à côté sans le voir.

« […] puisque personne ne la trouve jamais, cette terre promise, pourquoi ne pas s’arrêter en route, dès qu’on arrive quelque part où on se sent bien ( ?) »   

Le pivot de ce récit est Félicita, petite femme boulotte, qui regarde ses contemporains avec bienveillance et amour, généreuse et candide à la fois, aimant la vie et le sexe. Car tous les personnages féminins qui sont les héroïnes des romans de l’auteure aiment passionnément le sexe.

Ce qui symbolise leur appétit de la vie et des autres. Ce roman est aussi un avertissement : car après quoi courons-nous aujourd’hui qui pourrait précipiter notre perte, si nous oublions ce souci nécessaire de l’humanité de l’autre ?

Ce livre se lit comme un poème… à méditer !

Anna Hope – La salle de bal

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La salle de bal, (The Ballroom), traduit de l’anglais par Elodie Leplat, collection Du monde entier, Gallimard, 2017

Cette histoire et ses personnages terriblement attachants nous replongent dans les premières années du vingtième siècle, en Angleterre, à Sharston, dans le Yorkshire, dans un endroit très particulier, un asile d’aliénés.

Il ne faut parfois pas grand-chose pour atterrir à l’asile dans ces années-là : une simple révolte, une vitre brisée, une mélancolie tenace, la misère ou une trop visible différence.

Parfois, simplement, la désobéissance d’une fille qui ne veut pas se marier.

« Enfermées aussi, parce qu’elles veulent autre chose, parce qu’elles veulent plus. »

Il faut savoir que « toute femme donnant naissance à un enfant illégitime alors même qu’elle bénéficiait d’aides sociales devait être considérée comme « faible d’esprit » et risquait donc le placement obligatoire dans une institution. »

Il n’est pas toujours facile d’aller bien lorsque on travaille dans une filature depuis l’âge de huit ans, sans air et sans lumière pour grandir. Les conditions de vie de la classe ouvrière sont épouvantables. Et les premières grèves des dockers éclatent alors.

Pour beaucoup de gens à l’époque, la misère n’est pas forcément une injustice mais la marque d’une faiblesse presque constitutionnelle.

Anna va finir par s’habituer à la routine de l’institution et se lier d’amitié avec une jeune anorexique, issue de la moyenne bourgeoisie et rencontrer John qui souffre d’une profonde dépression.

Le docteur Fuller, attiré par l’eugénisme et favorable au projet de loi sur le Contrôle des faibles d’esprit, croit au pouvoir de guérison de la musique et dirige chaque vendredi, un orchestre au son duquel John et Anna vont danser et s’éprendre l’un de l’autre. (J’ai découvert que Winston Churchill en avait fait partie).

Mais quel avenir leur est-il réservé ? Et quels sont les sombres projets du Dr Fuller dont ils pourraient bien pâtir ?

Un très bon roman, très bien écrit, et passionnant à lire.

La nostalgie des blattes, un trio de feu avec Catherine Hiegel, Pierre Notte  et Tania Torrens 

Deux monstres sacrés, deux comédiennes dont la présence fait vivre, frémir et haleter le plateau. Oui, tout est chamboulé, les lumières, même le rideau qui pourrait en trembler et un souffle gagne la salle, ravit les spectateurs. Elles sont deux femmes. Belles et souveraines, habitées par le temps qui passe, qui a passé, et qui passera encore un peu.

Elles attendent… Assises sur deux chaises, en mouvement, mais immobiles car les mouvements sont intérieurs, parfois violents, parfois tendres mais plus rarement. Un geste vers l’autre, vite interrompu, une parole amène, vite brisée.

On venait les voir comme au musée, ces deux belles vieilles, non retapées, non retouchées, dont les rides, les joues qui tombent, les poches sous les yeux constituent une curiosité dans un monde futuriste où le jeunisme, le bon ton, et un idéal du bonheur règnent en maître.

Elles résistent encore… Elles attendent, mais qui viendra dans ce musée qui semble étrangement désert…

Ce sont Catherine Hiegel et Tania Torrens qui ont soufflé à Pierre Notte l’idée de cette pièce où deux femmes, les seules vieilles qui existent encore, se livrent à un combat sans merci.

Texte et mise en scène Pierre Notte | avec Catherine Hiegel et Tania Torrens | lumière Antonio de Carvalho | son David Geffard | administration, diffusion et production En Votre Compagnie | photo © Giovanni Cittadini Cesi

production Compagnie Les gens qui tombent | coproduction Théâtre du Rond-Point ; Théâtre Montansier de Versailles

création le 5 septembre 2017 au Théâtre du Rond-Point, vue hier soir au théâtre Montansier à versailles

Cette pièce voyage, si elle passe près de chez vous, ne la manquez pas !

Portrait de femme – Madeleine – Pierre Lemaître, Couleurs de l’incendie

Couleurs de l'incendie

Les couleurs de l’incendie – Pierre Lemaître – 03 janvier 2018

Ce second volet de la trilogie inaugurée par « Au revoir là-haut », prix Goncourt 2013, fait la part belle aux femmes, et surtout à l’une d’entre elles, Madeleine, la fille de Marcel Péricourt dont les obsèques sont célébrées en ce mois de février 1927.

Eduquée comme l’étaient les femmes de la grande bourgeoisie des années trente, Madeleine ne sait rien faire, on peut dire qu’elle a juste appris à lire et à peine à compter, et surtout à dépenser l’argent que lui octroie l’Homme de la famille, son père, qui n’a pas cru bon de l’initier aux arcanes de son empire financier. Elle est la maîtresse de maison, organise repas et réceptions quand cela est nécessaire et dirige la domesticité de la maison.

Les femmes vivent à travers les hommes, et réussissent à travers un bon mariage qui seul peut leur assurer la prospérité.

Madeleine, à la mort de son père, jeune divorcée d’un mari passablement indigne, a tout le profil d’une possible victime, prisonnière d’un monde dont elle ne connaît pas les rouages. Elle est aveugle à ce qui se passe autour d’elle mais aussi en elle.

Cette cécité conduit au drame, Paul, son fils, se jette de l’immeuble familial, et l’élucidation de ce drame, la ruine qui va l’accompagner, vont permettre à Madeleine de prendre son destin en main.

Pour cela, elle va se servir des hommes, des autres, pour assouvir sa vengeance et punir les coupables, dans un machiavélisme qui n’a rien à envier à celui des hommes ambitieux, cupides et corrompus qui l’entoure.

D’ailleurs les rapports de force s’organisent autour des hommes, une femme seule ne peut rien faire, et Madeleine, dans ce contexte,  saura armer son bras. Mais les couleurs de l’incendie illuminent une Europe décadente, antisémite et violente qui fait écho à ce drame familial et social.

Ce second volet de la trilogie est particulièrement réussi. Pierre Lemaître orchestre savamment son récit, ménage le suspense et n’est pas avare de retournements de situations. Il fait progresser la narration de manière implacable à la façon d’un piège qui se resserre inexorablement et qui procure bien des frissons au lecteur. A lire et à suivre …

Selon la Presse, le troisième volet se situerait dans les années quarante, et l’auteur, emporté par son sujet, envisagerait même de poursuivre cette fresque jusqu’au tome 10 (1920-2020). Lire ici !

L’enfant perdue – L’amie prodigieuse IV – Elena Ferrante

L'amie prodigieuse (Tome 4) - L'enfant perdue - Elena ...

L’enfant perdue – L’amie prodigieuse IV – Elena Ferrante –  roman traduit de l’italien (2014) par Elsa Damien.  NRF Gallimard, collection du monde entier, 2018

Ce roman est pénétré d’une terrible mélancolie qui se distille tout au long du récit. Les deux amies vieillissent, et au passage de ce temps qui les éreinte, et des pauvres joies qui restent, quand tout ralentit et tout est voué à disparaître, Elena raconte inlassablement, cherchant à percer le mystère de cette amitié si profonde et parfois malmenée par les événements, qui aura duré toute une vie ou presque.

Je me suis dit qu’aucun amour peut-être n’a cette profondeur, ce souffle, n’inflige de pareilles meurtrissures, oscillant sans cesse entre engagement total auprès de l’autre, jalousie, et parfois haine.

Au fond, il est presque impossible de parler de ce dernier volume de la saga napolitaine, car il faudrait en dire trop ou trop peu, rappeler pour combler le vide, les événements passés ou l’arbre généalogique de chacune des deux amies. Et alors ce serait trop long.

J’avoue que je suis ressortie de cette lecture percluse tellement il fait mal parfois, à force de retournements, de drames, passant d’une émotion à une autre, rattrapée par ce sentiment de solitude auquel est vouée la narratrice, et qui serait le mien.

Il y a au creux des mots, un détonateur silencieux, celui qui s’allumera à l’aube de votre vieillesse, de votre solitude, de votre sentiment d’abandon, ou d’intense finitude. En fait, c’est cela, de la littérature

la vengeance secrète se Tilly Rosalie Ham / Kate Winslet

 

La Vengeance secrète de Tilly de Rosalie Ham, et paru le 07 septembre 2017 chez Pocket, traduit de l’anglais par Marianne VERON

 

Paru sous le titre « The dressmaker », le présent ouvrage est la réédition de la traduction française paru une première fois sous le titre « Haute couture ».

Kate Winslet, magnifique interprète, en a redessiné les contours de sa pulpeuse silhouette dans un film de Jocelyn Moohouse, baptisé du même nom, paru en 2015 et distribué par Netflix. Il me semble donc qu’il n’est pas sorti sur les écrans français.

1951, Tilly Dunnage débarque chez sa mère, folle, malade, dans l’outback australien. Quelques maisons dans un paysage semi-désertique, et une atmosphère lourde. Tilly se met à couper à coudre, avec rage, avec fièvre et provoque des bouleversements inédits dans ce milieu étriqué et bien-pensant dans lequel se cachent bien des secrets. Derrière les portes closes et les apparences savamment entretenues, règne parfois l’enfer. Telle cette femme que son mari drogue pour mieux la violer.

Tilly a été exilée, à dix ans, accusée de meurtre. Elle revient, jeune femme à la beauté étourdissante, pour se venger… Elle a appris l’art des étoffes, des drapés et des plissés. Elle peut rendre à chaque femme sa beauté, et aux hommes le désir. La couture est , chez elle, un art…

J’ai vu quelque part sur la toile ce livre classé dans la catégorie Romance, quelle méprise !  Ce livre est tout sauf une romance, et si vous regardez ensuite le film, vous pourrez en savourer toutes les subtilités.

Ce petit bourg isolé, loin de tout, est le théâtre des passions humaines, des veuleries, des violences silencieuses, et de l’injustice des Hommes.

Jusqu’à ce jour qui ressemblera pour eux à l’enfer…