Les lunes de Mir Ali Fatima Bhutto, auteure pakistanaise

les lunes de mir ali

Les lunes de Mir Ali, de Fatima Bhutto, traduit de l’anglais (Pakistan) par Sophie Bastide-Foltz, 305 pages, paru le 20 février 2014 à Les escales éditions

Par pur hasard, ce roman est le premier lu des huit sélectionnés par le prix. Son auteure, écrivaine et journaliste, est née à Kaboul en 1982 et nièce de Benazir Bhutto, ancienne Premier ministre du Pakistan assassinée dans un attentat en 2007. S’il s’agit ici de son premier roman, elle n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle a publié un premier recueil de poèmes à l’âge de quinze ans, et un essai, publié chez Buchet Chastel en 2011, Le chant du sabre et du sang qui raconte la mort de son père et l’histoire de sa famille au Pakistan.

Dans ce roman, s’entrecroisent les destins de trois frères tout au long du premier jour de fête de l’Aïd à Mir Ali, petite ville rebelle du Pakistan à la frontière de l’Afghanistan. Tout juste rentré des États-Unis, l’aîné a trahi une femme et revient sur les lieux de son crime afin de faire taire sa conscience tourmentée, il prend un taxi qui doit le conduire à la mosquée, le second, médecin, part travailler à l’hôpital, qui fut dans sa vie le lieu d’une terrible tragédie et enfin le benjamin rejoint son groupe de rebelles et une mystérieuse jeune femme qui en a pris le commandement.

Trois femmes apparaissent en contrepoint, Samarra, fille rebelle, qui a entrepris d’étudier seule chez elle, alors qu’on estime qu’elle sait tout ce qu’une femme doit savoir à l’âge de se marier et d’avoir des enfants, Zainab, la mère, présente à la manière d’une ombre, silencieuse et discrète, et Mina, l’épouse d’un des frères, qui est devenue folle après l’attentat qui a tué son jeune fils.

Dans ce roman, les femmes sont toujours trahies, blessées et victimes de la violence des hommes : viol, attentat terroristes qui tuent leurs fils, leurs amants, et leurs frères, en butte aux violences de toutes sortes ( Le vitriol, chef ? le vitriol, explique Sikandzar, parce qu’il est si souvent utilisé pour défigurer les femmes). Des femmes pourtant courageuses qui n’hésitent pas à braver le danger, et dont la témérité et la ténacité sont parfois bien supérieures à celles des hommes. Elles ont parfois si peu à perdre qu’elles n’ont plus peur de rien.

A travers le portrait de jeunes pakistanais dont les destins personnels ne peuvent être dissociés des enjeux politiques de leur pays, l’auteure dépeint la société pakistanaise actuelle déchirée par le terrorisme, et les réponses sanglantes d’une dictature largement soutenue par les États-Unis qui a fait de ce pays un avant-poste pour lutter contre le terrorisme islamiste.

La construction efficace de ce livre, une langue précise, sans superflu, font de ce livre un bon roman qui se lit avec plaisir. Pas un coup de cœur cependant pour moi.