Etre femme et écrire : Claude Pujade-Renaud et le déclic de l’écriture

« Tout n’est pas transférable. Mais lorsque j’écris, j’essaie de ne pas perdre le contact avec une sorte de pulsation du dedans qui conserve tout de même quelque chose de corporel et une respiration. Parfois il y a une pulsation, une respiration qui passe dans la phrase.
L’apprentissage du sport puis de la danse m’a montré que souvent il faut « tenir bon ». Affiner un geste, trouver le mot, modifier le rythme d’une phrase n’est pas donnée d’emblée. C’est valable pour n’importe quelle activité. 90% de transpiration, 10 % d’inspiration. »

Entretien avec Claude Pujade-Renaud paru dans le n°13 de la revue Contre-pied, novembre 2003, page 74. Revue du centre national d’étude et de formation, EPS et société.

 

Afficher l'image d'origine  Afficher l'image d'origine Afficher l'image d'origine Afficher l'image d'origine Afficher l'image d'origine Afficher l'image d'origineAfficher l'image d'origine Afficher l'image d'origine

Quelques-uns de ses livres pêle-mêle …

Céline Minard – Faillir être flingué

Afficher l'image d'origine

Céline Minard Faillir être flingué Rivages poche, 2013, Editions Payot & Rivages

Prix du Livre Inter 2014

Céline Minard revisite le mythe de l’Ouest américain et la confrontation de deux mondes celui des Blan,cs et des Indiens, à travers des personnages atypiques et attachants. Elle n’élude pas la violence des colons, ne fait pas des Indiens uniquement des martyrs, mais brosse des portraits vivants de ces parias qui quittèrent la vieille Europe pour tenter leur chance dans ce Nouveau Monde. Ce n’est pas exactement le début de la colonisation, les Indiens élèvent les chevaux, guerroient entre tribus ennemies, commercent avec les Blancs et conservent encore une grande partie de leurs terres.

Dans cette nature sauvage composée de grandes prairies, de montagnes et de forêts, tous les destins convergent vers une ville naissante. Celui d’Eau-qui-court-sur-la-plaine, une indienne dont tout le clan a été décimé, qui rencontre Brad, Jeff et le fils de Brad, Josh, celui de Bird Boisvert , ancien cow-boy reconverti dans l’élevage de mouton, Sally, tenancière de saloon qui n’a pas froid aux yeux et sait manier le colt aussi bien qu’un homme, de Zébulon, au passé mystérieux et tourmenté, qui transporte de mystérieuses sacoches, sans compter Elie Coulter, voleur de chevaux au caractère intrépide, et Gifford, ancien médecin repenti, n’aimant rien tant que contempler la nature sauvage et dessiner les oiseaux.

Ce western est une ode à la nature sauvage et aux grands espaces, une ode contemplative, dont Eau-qui-court-sur-la-plaine est l’élément le plus poétique : « Eau-qui-court-sur-la -plaine n’avait pas de parents, ils avaient brûlé. Eau-qui-court-sur-la -plaine n’avait pas de wigwam, il s’était déchiré. Pas de provisions, elles avaient roulé. Pas de pleurs, ils s’étaient asséchés. »

Elle est le symbole de la rencontre de ces mondes, elle n’a pas un seul peuple mais plusieurs, et veille, guérit, soigne les colons, pour finir par être respectée de tous.

Un livre et des destins auxquels on s’attache. Un bon livre. Beaucoup plus qu’un livre de genre.

Delphine de Vigan – Un soir de décembre

Afficher l'image d'origine

Delphine de Vigan – Un soir de décembre -JC Lattès, 2005 (P1612) 195 pages

Dans ce roman, Delphine de Vigan se met dans la peau d’un homme, écrivain sur le tard, une femme et deux enfants, qui connaît un formidable succès et son revers, la dépression. Bien sûr, la crise a une origine, la lettre d’un ancien amour, qui fait tout voler en éclats, le quotidien et surtout la famille.

L’auteure explore les liens puissants entre l’écriture et le désir, les jeux trompeurs de la mémoire qui reconstruit le passé, le besoin de s’inventer et d’échapper au quotidien. Mais avant tout, selon moi, le terrible travail de l’écriture, de la création, qui peut vous laisser exsangue, parce qu’elle plonge au plus profond de vous-même, s’enracine dans l’inconscient, met à jour les failles, libère des forces qui peuvent vous terrasser. L’écriture est une aventure charnelle qui vous prend tout entier, une aventure dans tout ce qui est obscur, puissant et lumineux. On écrit avec ses entrailles, son passé, ses désirs et ses peurs. Visiblement, on n’en ressort pas indemne.  Plus fort peut-être, différent.

C’est tout l’intérêt de ce livre dans lequel j’ai eu un peu de mal à entrer. Mais comme toujours, l’auteure arrive à ferrer le lecteur, avec parfois un caillou et trois bouts de ficelle.

Léonor de Récondo – Amours / Une merveille…

Afficher l'image d'origine

Léonor de Récondo – Amours Sabine Wespieser Editeur 2015 Points 4327

Grand prix RTL-LIRE / PRIX DES LIBRAIRES

Ce livre est une merveille. D’ailleurs, point n’est besoin de lire cette chronique, il vous suffit de courir à la librairie la plus proche, d’arracher sauvagement le livre des rayonnages, et là, sans même attendre, de vous plonger dans ce chant d’amours.

Car il s’agit d’amour multiples, entrelacés, d’une terrible force, de ceux qui vous arrachent à votre vie pour vous élever vers une autre, plus grande, plus pure, plus passionnée.

Léonor de Récondo est musicienne, et cela s’entend, son écriture a la beauté des musiques baroques, où les motifs se dilatent et se multiplient dans un éternel recommencement. « Les uns contre les autres s’aimer ». Un jeu de tensions et de détentes…

Et que de violence pourtant, dans cette France de début du siècle, derrière les volets des grandes maisons bourgeoises, des femmes se meurent d’ennui, dans un univers aussi serré que leurs corsets, où les pas des domestiques sont si feutrés qu’ils brisent à peine le silence. Même les conversations sont pleines du vide qui les étreint. Les hommes jettent leur gourme avec les servantes ; leurs femmes n’ont pas appris l’amour et le sexe les rebute. D’ailleurs la morale, la religion, et l’ignorance héritée de leurs mères ont tout fait pour les en dégoûter.

Leur destin est d’être mère, de reproduire et de donner des enfants à la France. Enfanter c’est servir la famille et la patrie. Et des fils, car les fils font des affaires, l’amour et la guerre.

Victoire n’a pas d’enfant alors qu’elle est mariée depuis plusieurs années. Elle n’aime pas son mari, elle s’ennuie, absorbée par la vacuité d’une vie sans saveur. Les domestiques s’affairent autour d’elle ; Victoire ne fait rien car elle n’a rien à faire. Elle évite autant qu’elle peut les étreintes de son mari. Mais qui l’en blâmerait ?

« Il ira à l’essentiel comme toujours. L’essentiel se situant entre ses cuisses, qu’elle rechigne à écarter, il lui faut toujours forcer un peu ».
Alors le corps de Victoire se tait.

Monsieur va voir ailleurs de toute façon, mais elle ne le sait pas, Monsieur connaît bien l’autre chambre sous les combles …

Née en 1976, Léonor de Récondo vit à Paris. Violoniste baroque, elle se produit régulièrement avec de nombreuses formations, dont l’Yriade, ensemble de musique qu’elle a fondé en 2004. Elle est l’auteure de quatre romans.

Fanny Chiarello – Dans son propre rôle

Fanny Chiarello – Dans son propre rôle – Editions de l’Olivier 2015 –  version de  poche Points P4283

Vignette femmes de lettresLa guerre a laissé des traces profondes dans la vie des anglais. Nous sommes en 1947, et Fanny Chiarello nous raconte l’histoire de deux femmes, éprouvées dans leur cœur et leur corps par le drame. L’une a perdu son mari et l’autre sa voix ; elle est devenue muette. Une lettre reçue par erreur et une même passion pour l’Opéra vont leur permettre de se rencontrer.

Elles sont toutes les deux dans une position de sujétion, l’une est femme de chambre dans un grand Hôtel et l’autre bonne dans la maison d’une aristocrate. Les chapitres alternent l’histoire de l’une et de l’autre et décrit leur attitude face au deuil. Marquées par un même traumatisme, le passé leur cloue les ailes et il faudra le choc d’une rencontre, sa violence et son amertume, pour qu’elles puissent continuer à cheminer et osent se lancer vers l’avenir.

J’avoue que je ne suis pas du tout entrée dans cette histoire ; je n’ai pas compris pourquoi Fenella voulait rencontrer à tout prix Jeanette, ni ce qui la séduisait chez elle. Pas plus que leur lien à l’opéra.

Tout m’a paru artificiel et invraisemblable et je n’ai pas cru une seconde à cette histoire. Toutefois la réflexion est intéressante et m’a fait penser à la mauvaise foi du garçon de café de Sartre. Si nous jouons un rôle, autant jouer sa propre partition, puisque nous ne saurons jamais qui nous sommes, étranger à nous mêmes et aux autres. L’Opéra et son rapport à la voix, au corps, au chant, est une belle métaphore.

Malgré mes réserves, toutes personnelles, ce livre a eu un réel succès car il a reçu le Prix Orange du livre 2015.

( Depuis sa création en 2009, le jury du Prix Orange du Livre, sous la présidence d’Erik Orsenna est composé pour moitié de professionnels du livre, et pour l’autre moitié de lectrices et lecteurs passionnés par la littérature.)

C’est un roman dont les avis semblent assez partagés mais qui est très bien écrit et dont la légitimité ne fait aucun doute.

Karine Reysset – Les yeux au ciel

Les-yeux-au-ciel-Karine-Reysset-

Karine Reysset – Les yeux au ciel – Editions de l’Olivier, 2011 / 189 pages

Ce que l’on tait revient toujours. Et tous les empilements ne servent à rien. Les vieilles douleurs sont diffuses ; elles vous imprègnent. Elles ont déposé des strates, des marques, des cicatrices. Thème rebattu s’il en est, les traumatismes de l’enfance, la violence des secrets de famille infligent de terribles souffrances aux individus. Mais Karine Reysset sait écouter ses personnages sans les juger, elle donne à chacun sa voix, à chacun sa place : Marianne, seconde femme de Noé, mère un peu lointaine, Noé qui manqua certainement lui aussi à ses enfants, parce que la douleur l’a tenu éloigné d’eux, Léna, mère exténuée et au bord de la crise de nerfs, Stella paniquée par la grossesse de son amie de cœur, Merlin qui a laissé sa fille Scarlett à ses parents parce qu’il était incapable de l’élever, et Achille, le brillant Achille, issu d’un premier lit, qui vit aux Etats-Unis, et s’est senti rejeté par sa belle-mère, et délaissé par son père.

Noé fête ses 70 ans aux Myosotis, la villa familiale de Saint-Lunaire, et tout le monde est rassemblé pour l’occasion. Ce sont des esquives, des joutes, des tentatives de rapprochement aussi, et l’ombre de cette petite sœur morte si jeune qui plane sur la fête familiale. Alors des murmures s’élèvent, des tentatives maladroites pour dire la souffrance, la culpabilité que chacun tait, pour sortir de ce carcan. Achille a pris une décision qui va bouleverser son existence et celle des enfants, prêt à les écouter enfin, chacun va essayer de trouver le chemin d’une possible résilience…

Un beau livre, tout en nuances, en souffles, en profondeur…

Merci Karine Reysset…

Carole Martinez présente « La Terre qui penche »