Archives pour la catégorie Poétesse française

Les amoureux – Madeleine de Scudéry (1607-1701)

A mon amoureux

Les amoureux

L’eau qui caresse le rivage,
La rose qui s’ouvre au zéphir,
Le vent qui rit sous le feuillage,
Tout dit qu’aimer est un plaisir.

De deux amants l’égale flamme
Sait doublement les rendre heureux.
Les indifférents n’ont qu’une âme ;
Mais lorsqu’on aime, on en a deux.

Madeleine de Scudéry (1607-1701)
Romances et poésies

Issue d’une petite noblesse provinciale, elle resta célibataire, ce qui lui assura la possibilité de faire une carrière littéraire qui dura presque cent ans. Elle écrivit des œuvres que son frère, auteur, était le seul à signer. Ibrahim ou l’Illustre Bassa (1641), Les Femmes illustres ou les Harangues héroïques (1642). dix tomes d’Artamène ou le Grand Cyrus (1649-1653), récit d’aventures où se reconnaissent les instigateurs de la Fronde. Après l’échec de la Fronde, la romancière commença à tenir salon chaque samedi dans sa maison du Marais. Son autre grand roman, aux accents parfois féministes, Clélie, histoire romaine (1654-1660), lui est clairement attribuée. Y figure en particulier la célèbre Carte de Tendre, où les trois fleuves d’Estime, de Reconnaissance et d’Inclination mènent aux trois cités de Tendre. De façon allégorique, y sont énoncés les principes sentimentaux de l’autrice. L’esthétique galante, qui sous-tend le récit, donne la part belle aux femmes, à leur goût et leur sensibilité. Elle s’essaya ensuite à la nouvelle : Célinte (1661), Mathilde (1667), La Promenade de Versailles (1669), imprégnés toujours des codes romanesques traditionnels.

Ces romans ont donné lieu à une vogue de romans précieux proposant une vision idéalisée de l’amour et une peinture poétisée de la société mondaine.

S’ensuivirent dix volumes de conversations morales, parues entre 1680 et 1692, qui lui assura la reconnaissance, l’estime et l’admiration (prix d’éloquence de l’Académie française lors de la création de ce concours en 1671, pension du roi à partir de 1683).

Les contemporains, relayés par la postérité, ont critiqué les extravagances et les outrances de la préciosité, qui certainement ont existé, (grâce notamment aux Précieuses ridicules de Molière) et oublié l’originalité de ce mouvement. (D’après Le Dictionnaire universel des créatrices, Nathalie Grande)

Femmes poètes – Catherine Pozzi – Nyx/ Thalie Envolée

Printemps des poètes/ le désir féminin- Marina Rogard

C’est avec Marina Rogard et son regard étoilé que se clôt ce printemps des poètes et poétesses. Merci à elle de m’avoir prêté son texte. Poétesse du web que j’ai découverte récemment, elle nous offre sa douceur et sa fantaisie.

Au plus près [de ta bouche]

Au plus près 
De ta bouche
Le baiser-fleur 
S’étire
En jolis grains
De malice.

Une minute de silence 
Pour dérober 
Le désir.

En faire une échappée 
En costume taillé
Pour tes yeux belle-de-lune.

Et tout recommencer…

Le baiser
L’échappée 
Et la fleur allumette
Qui flamme
Des douceurs 
Sur un instant de fête.

Au plus près 
De ta bouche
L’amour
Cet avia-coeur…

Renoue les ciels bleus
Délices
Et de couleurs.

Marina Rogard

© Tous droits réservés – 2021 – Marina Rogard

Ouvert aux vents griffus / Xavière Gauthier

Je remercie Xavière, pour laquelle j’ai une profonde admiration, du prêt de cette œuvre

ouvert à l’agonie géante qui empale et sourit

ouvert aux chutes de neige

à l’albâtre écumant qui jongle sous la lune

ouvert au tombeau de jacinthe

aux papillons obscurs qui déchiquettent les nues

ouvert au cri, à la bite endormie

aux morsures, au sureau

ouvert aux renards vers, couchés sous la mantille

ouvert aux crabes, rampants à l’infini

ouvert au poil marin qui rumine un orage

ouvert aux branches, aux passants attardés

à l’astre-mandarin, portant des bébés fauves

aux berbères étincelants

raclant leurs têtes mauves

ouvert

ses lèvres frottant les draps sales

mon sexe dans la douleur du noir

Poème extrait du recueil Rose saignée (Editions des femmes, 1974)

Grande figure du monde contemporain, Xavière Gauthier a profondément marqué toute une génération de femmes dont je suis, et inspire la jeune génération par la force de ses engagements.

Elle a publié sa thèse de doctorat en 1971 sous le titre Surréalisme et Sexualité chez Gallimard. Engagée, elle a lutté pour le droit à l’avortement. Elle publie Surréalisme et sexualité en 1971, Léonor Fini en 1973, et un recueil de poèmes brûlants et iconoclastes qui m’aura bouleversée à sa lecture.

Elle a fondé la revue Sorcières, les femmes vivent, revue artistique et littéraire, qui fut une revue phare des années 1975 à 1982. Collaboratrice de Laurence Perrenoud, éditrice pour l’enfance et la jeunesse, spécialiste de Louise Michel dont elle a écrit la biographie (La vierge rouge), elle transcrit dans « Les parleuses » ses entretiens avec Marguerite Duras.

Il serait vraiment nécessaire que son recueil de poèmes soit réédité, dans une nouvelle édition, si un éditeur ou une éditrice passe par là …

Une femme en crue / Caroline Boidé- Bruno Doucey

« Je veux écrire comme la jeune fille qui se déshabille et court vers le lit de son amant. » Alejandra Pizarnik est une poétesse argentine née au sein d’une famille d’immigrants juifs d’Europe centrale (1936-1972)

Printemps des poètes (6) – Le désir féminin/ Denise Miège

Je t’enlise, je t’enrobe, je te love, je te veux

Je te vise, je te bombarde, et je te prends d’assaut.

Je ne te laisse pas le temps, je t’invite,

je t’emperle, je t’envoûte, je t’attends.

J’ai tellement envie de toi.
je t’envahis, je t’environne, je suis partout à la fois.

Je suis de tous les départs

que tu prendras au hasard

pour ne plus m’entendre te répéter que je t’aime

t’enlise, te veux, t’attends,

te vise, te prends, te laisse,

t’embobine à chaque pas, te frise, te lisse, te lèche,

t’use et ruse, charme et louvoie.

Et du plus loin que tu sois,

je suis ta dernière demeure

et tu chemines vers moi.

Femme libre devant le désir, conquérante de mai 68, a publié une anthologie de la littérature érotique. Je la savoure à chaque fois, mon féminin s’enroule dans le sien dans une vague sans fin.

Printemps des poètes : le désir féminin (5) Thérèse Plantier

Parce que j’avais senti la première odeur de l’été

j’avais cru que je vivrais mille ans

auprès de toi

mais j’étais en retard il aurait fallu

prendre le train de tes yeux

puis descendre à contre-voie

parmi les bardanes et les orties violettes

battre les buissons tambouriner dessus

avec des paumes de laine

cardée par les ronciers

l’avenir se chargea de me détromper

vira au bleu-silence

tandis que les gousses des genêts-à-balai

percutaient sec sur le ciel

plié à gauche dans l’odeur de tes doigts.

(Chemins d’eau, 1963)

Un moment liée avec les surréalistes, dans la force de tous ses appétits, poétesse à la fois baroque et libertaire.

Le printemps des poètes/Le désir féminin Barbara Auzou

voici venue la vague

intacte dans le temps arrêté

et c’est comme la dernière épaule nue

avant le visage

sa main chaude soudain d’un soleil

qui rompt tous ses cuivres

prend un bleu de hauteur

un parfum de vin des prés

un à un écarte les nuages

pour plonger vers son urgence

dans la fervente douceur

qu’aurait un rondeau

Barbara Auzou est née le 13 mai 1969. Elle trace patiemment son chemin et construit une œuvre. Ce poème est publié ici avec son autorisation. Elle est professeure de Lettres modernes en Seine-Maritime et a obtenu une maîtrise consacrée à Marguerite Duras. A publié dans la revue Traversées en 2017… Travail à quatre mains avec le peintre Niala. En 2018, la maison d’Édition Traversées accepte le manuscrit « L’Époque 2018 », fruit du travail mené avec le peintre Niala (Parution janvier 2020). D’autres parutions en revues se succèdent depuis 2018 : Traversées, Lichen, Traction-Braban, Le Capital des mots… Elle tient deux blogs, l’un consacré à son travail d’enseignante, l’autre : Lireditelle@wordpress.com est consacrée à sa poésie. Elle y publie quotidiennement.

Le printemps des poètes : le désir féminin (3) Claudine Chonez

Cette heure

L’heure des corps désentoilés

et des os bleus traversés d’air

l’heure où l’aisselle dore à peine

où les bracelets se partagent

la première lueur étonnée –

merveille pavot des méfiances

L’enfant cruel des points du jour

rosit de sang de carrelage

les fils nus du destin traînent de la veilleuse

à l’étoile au plaisir à des craies de silence.

Rosace aux vitraux du sommeil

toi corps luisant hors des grands fonds de nuit

qui veux-tu rendormir perdre sur quelles plages ?

Auteure du mois d’Août : Louise Ackermann (1813-1890)

Louise Ackermann

Louise Ackermann est née Victorine Choquet le 30 novembre 1813 à Paris et décédée le 2 ou 3 août 1890.

Elle a passé une enfance plutôt triste et solitaire dans l’Oise, à la campagne.

Elle résume ces années ainsi : « …une enfance engourdie et triste, une jeunesse qui n’en fut pas une, deux courtes années d’union heureuses, vingt-quatre ans de solitude volontaire. »

Ses relations étaient assez lointaines, son père, voltairien convaincu l’éduqua dans l’Esprit des lumières. Elle fut pensionnaire à Paris et écrivit ses premières poésies, assez pessimistes, très influencée pas Schopenhauer. Elle y évoque l’angoisse existentielle et le refus de tout secours religieux. Elle va tenter de se démarquer de la poésie subjective qu’on attribue généralement aux femmes.

A partir de 1832, ses poèmes sont publiés dans des journaux, dont Les Œuvres (Elan mystique, 1832, Aux femmes, 1835, Renoncement, 1841, de plus en plus désespérés. Elle décrit un monde sans Dieu, et la finitude de l’esprit humain.

Elle fut qualifiée de « Sapho de l’athéisme », de « Pythonisse proudhonienne »

Elle épousa Paul Ackermann, grammairien et pasteur protestant et s’installa avec lui à Berlin jusqu’à sa mort trois ans plus tard. Elle s’initia alors à la philosophie allemande et laissera de côté la poésie.  La critique soulignera la « virilité de [sa] pensée ». Louise Ackermann répondra :

« Quoi ! ce cœur qui bat là, pour être un cœur de femme,

En est-il moins un cœur humain ? »

Elle est toutefois hostile à tout féminisme militant et demeure assez conformiste.

Elle tenta de concilier ses aspirations philosophiques et la création poétique : Contes (1850-1853) , Premières poésies (1863), Poésies philosophiques (1871) dans lesquelles elle tenta une fusion entre poésie et science, Ma vie (1874), Les pensées d’une solitaire (1882). Elle passa la dernière partie de sa vie à Nice.

Des théories évolutionnistes, elle dira qu’elles sont « en parfait accord avec les tendances panthéistes de [son]esprit ».[1]

Elle jouit à son époque d’une reconnaissance incontestable et fut saluée par Barbey d’Aurevilly admiratif de cet « athéisme net, articulé, définitif. », Caro et Léon Bloy.[2]

Aux femmes

S’il arrivait un jour, en quelque lieu sur terre,
Qu’une entre vous vraiment comprît sa tâche austère,
Si, dans le sentier rude avançant lentement,
Cette âme s’arrêtait à quelque dévouement,
Si c’était la Bonté sous les cieux descendue,
Vers tous les malheureux la main toujours tendue,
Si l’époux, si l’enfant à ce cœur ont puisé,
Si l’espoir de plusieurs sur Elle est déposé,
Femmes, enviez-la. Tandis que dans la foule
Votre vie inutile en vains plaisirs s’écoule,
Et que votre cœur flotte, au hasard entraîné,
Elle a sa foi, son but et son labeur donné.
Enviez-la. Qu’il souffre ou combatte, c’est Elle
Que l’homme à son secours incessamment appelle,
Sa joie et son appui, son trésor sous les cieux,
Qu’il pressentait de l’âme et qu’il cherchait des yeux,
La colombe au cou blanc qu’un vent du ciel ramène
Vers cette arche en danger de la famille humaine,
Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,
Pour branche d’olivier a rapporté l’amour.

Paris, 1835

Louise Ackermann, Premières poésies, 1871

Sources : Dictionnaire des femmes célèbres, Dictionnaire des créatrices, des femmes-Antoinette Fouque, Femmes poètes du XIXe siècle, une anthologie, sous la direction de Christine Planté.

 

[1] Femmes poètes du XIXe siècle, une anthologie, sous la direction de Christine Planté

P 205

[2] Femmes poètes du XIXe siècle, une anthologie, sous la direction de Christine Planté

Azadée Nichapour : Quatre quatrains pour Omar Khayam

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Je lève à toi ma coupe Omar Khayâm

Précieuse poussière de Nichapour

Frère de Baudelaire, mon amour

Qui enivras de poésie mon âme

 

Hélas! Si l’on m’avait prédit qu’un jour

J’irai zoner si loin de Nichapour

J’aurais pris une poignée de sa terre

Les os de Khayâm pour Apollinaire

 

Point du jour à l’horizon du hasard

Breton, je sais, tu aurais aimé Omar

Libre-penseur, libre-rêveur de l’art

D’aimer la vie avant qu’il soit trop tard

 

Il était un grand poète autrefois

Début et fin de la vie comme neige

Khayâm, je crois te lire en Bonnefoy

La poésie dure comme sortilège

Source : Printemps des poètes

Ariane Dreyfus : Derrière la porte il ne respire qu’à moitié

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Derrière la porte il ne respire qu’à moitié

Derrière la porte il ne respire qu’à moitié
Si elle entre rien ne s’arrête
Ne s’oppose

A celle qui s’approche elle est vraie

Maintenant on peut s’ouvrir en deux
Les lèvres pas toutes seules
Pour que ce soit sa figure
Elle recule

Contre l’armoire l’attend, figée de désir
Pas froid chérie
Il faut poser sa robe

Elle touche sa nuque et il respire un peu
Tête baissée ce qu’on devient

Le coeur comme sous les meubles
Regarder ou pas forcément

Les lèvres n’arrivent pas à mordre comme si elles essayaient
Rien ne fait ce qui était prévu mais c’est ça

Ariane Dreyfus, née le 06 octobre 1958 au Raincy (Seine-Saint-Denis) est enseignante, poétesse et critique littéraire française.

Elle a publié des poèmes narratifs souvent polyphoniques (en lien avec l’eros) dans de nombreuses revues littéraires. (Source Wikipedia)

Marie Nizet (1859-1922) – La bouche

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Deux recueils de poèmes, un roman consacré aux déboires historiques des roumains, un mariage, un divorce. l’amour secret pour le marin Cecil Axel Veneglia lui inspira un recueil posthume, tout d’audace, de défi à la morale convenue et d’ardeur quasi mystique.

 

Peinture de François Martin-Kavel

 

La bouche

Ni sa pensée, en vol moi par tant de lieues,

Ni le rayon qui court sur son front de lumière,

Ni sa beauté de jeune dieu qui la première

me tenta, ni ses yeux – ces deux caresses bleues ;

 

Ni son cou ni ses bras, ni rien de ce qu’on touche,

Ni rien de ce qu’on voit de lui ne vaut sa bouche

Où l’on meur de plaisir et qui s’acharne à mordre,

 

Sa bouche de fraîcheur, de délices, de flamme,

Fleur de volupté, de luxure et de désordre,

Qui vous vide le cœur et vous boit jusqu’à l’âme…

 

(Pour Axel de Missie)

Marie-Catherine-Hortense Desjardins, dite de Villedieu (1640-1683) – Jouissance

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Elle est une écrivaine et dramaturge française, issue de la petite noblesse terrienne.

Une femme agitée : comédienne, dramaturge, romancière, inventeur de la nouvelle historique – mais aussi femme galante et intrépide, elle contracta un mariage illégal avec un capitaine, prit le voile quand il mourut, fut chassée du couvent?…avant d’épouser un sien cousin, son premier amour, à Alençon.

Jouissance

Aujourd’hui, dans tes bras, j’ai demeuré pâmée,

Aujourd’hui, cher Tirsis, ton amoureuse ardeur

Triomphe impunément de toute ma pudeur

Et je cède aux transports dont mon âme est charmée.

Ta flamme et ton respect m’ont enfin désarmée ;

Dans nos embrassements, je mets tout mon bonheur

Et je ne connais plus de vertu, ni d’honneur

Puisque j’aime Tirsis et que j’en suis aimée.

O vous, faibles esprits, qui ne connaissez pas

Les plaisirs les plus doux que l’on goûte ici-bas,

Apprenez les transports dont mon âme est ravie !

Une douce langueur m’ôte le sentiment,

Je meurs entre les bras de mon fidèle Amant,

Et c’est dans cette mort que je trouve la vie.

Oeuvres, recueil de poésies, lettres, annales galantes, 1664

Catherine Des Roches (1542-1587) – Sonnets

Contemporaine de Ronsard  et de l’humaniste Estienne Pasquier  qu’avec sa mère,  Madeleine des Roches, elle connaissait bien, Catherine Des Roches était, avec celle-ci, au centre d’un cercle littéraire à Poitiers entre 1570 et 1587 . Grâce à sa mère, qui lui a servi de mentor intellectuel, Catherine Des Roches a plus écrit que cette dernière. Son œuvre la plus connue est son sonnet À ma quenouille où « ayant dedans la main, le fuzeau et la plume », elle dépeint la femme partagée entre ses tâches domestiques et les activités de l’esprit.

Elle refusa de se marier pour pouvoir se consacrer à ses travaux intellectuels. Elle mourut de la peste  le même jour que sa mère.

CatherineDesRoches-CostumesHistoriquesDeLaFrance.jpg

Sonnets

Bouche dont la douceur m’enchante doucement

par la douce faveur d’un honnête sourire,

Bouche qui soupirant un amoureux martyre

Apaisez la douleur de mon cruel tourment !

 

Bouche, de tous mes maux le seul allègement,

Bouche qui respirez un gracieux zéphyr(e) :

Qui les plus éloquents surpassez à bien dire

A l’heure qui vous plaît de parler doctement ;

 

Bouche pleine de lys, de perles et de roses,

Bouche qui retenez toutes grâces encloses,

Bouche qui recelez tant de petits amours,

 

Par vos perfections, ô bouche sans pareille,

Je me perds de douceur, de crainte et de merveille

dans vos ris, vos soupirs et vos sages discours.

 

(« Sonnets », Les Oeuvres de mesdames des Roches, 1579)

 

Portrait par Par Camus , Domaine public

Natalie Clifford-Barney (1877-1972) – Fêtes

Description de cette image, également commentée ci-après

 

Lesbienne comme son amie Renée Vivien, Natalie avait de la fortune et de la fantaisie. Son féminisme était cassant (Cette catastrophe : être une femme »), son esprit d’indépendance et son objectivité toujours en éveil. Son « immoralité » s’accommode avec le goût du verbe fruité et l’invention de l’image concrète.

 

 

Fêtes

Les lanternes parmi les arbres ont des joues

Peintes : telles mousmés lumineuses qu’on loue !

La chasse aux vers luisants prendra pour son taïaut

Les sons de quelque invisible qui joue !

Arabesques d’une âme ancestrale et mandchoue

Qui s’enfle du désir d’arriver sans défaut

A cette lune prise au pommier le plus haut ?

(Poems et poèmes, autres alliances, 1920)

Photo : Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7745411