Le manoir de Tyneford – Natasha Solomons

manoir de tyneford

Natasha Solomons Le manoir de Tyneford – Le livre de poche n°33310– Calmann-Lévy 2012

Vignette Les raconteuses d'histoireNatasha Solomons puise encore une fois dans l’histoire familiale pour raconter cette histoire. Le motif est le même que celui de « Jack Rosemblum rêve en anglais ». Le nazisme se répand dans l’Europe des années 30, et la persécution des juifs a commencé. 1938. L’Anschluss. Hitler annexe l’Autriche et ceux qui le peuvent fuient à l’étranger, la guerre n’est pas encore déclarée en 1938 malgré les provocations d’Hitler. Mais pour les candidats, c’est un véritable parcours du combattant, pots de vin, attente interminable, vexations de toutes sortes sont le lot de ceux qui sont à la merci de ce pouvoir corrompu qui ne dit pas encore tout à fait son nom.

La famille d’Elise Landau parvient à faire engager leur fille Elise Landau comme domestique en Angleterre, seul moyen d’obtenir l’autorisation de sortir d’Autriche.

Cette jeune fille oisive et vivant dans une certaine aisance se voit contrainte désormais de servir à table, de se lever à l’aube, et de dormir dans une chambre non chauffée à Tyneford, une grande propriété du Dorset.

Elle vit toute la douleur du déclassement, de l’exil , du racisme (l’antisémitisme sévit partout) et l’inquiétude sur le sort de ses parents qui sont restés en Autriche et attendent un visa pour l’Amérique qui visiblement ne vient pas.

De belles images rythment le récit, la beauté sauvage des paysages, le chant de la mer, et le charme autant que la rudesse des hommes pour cette jeune fille qui sans le savoir attend l’amour…

 Un roman qui se lit très agréablement, très distrayant et très bien écrit. Une bonne histoire.. J’ai préféré toutefois « Jack Rosemblum rêve en anglais, beaucoup plus profond.

 

Paroles de femmes : Ingeborg Bachmann (1926-1973)

bachmann

« L’écrivain — c’est dans sa nature — souhaite être entendu. Et cependant cela lui semble prodigieux, lorsque, un jour, il sent qu’il est en mesure d’exercer une influence — d’autant plus s’il n’a rien de très consolant à dire à des êtres humains qui ont besoin de consolation comme seuls les êtres humains, blessés, offensés et pénétrés de cette grande et secrète douleur qui distingue l’homme de toutes les autres créatures. C’est une distinction terrible et incompréhensible. »

Ingeborg Bachmann est une poétesse et novelliste autrichienne née en 1926 à Klagenfurt en Autriche, morte accidentellement à Rome en 1973, qui a a consacré sa vie à la littérature, à la poésie essentiellement, avant de publier en 1961 son premier recueil de nouvelles, La Trentième Année, suivi en 1971 de son unique roman, Malina..

« La session du Groupe 47 de 1958, dite Grossholzleute, voit l’émergence d’une frange féminine menée par Ingeborg Bachmann, Ilse Aichinger et d’autres auteures. Le Groupe 47 veut libérer les Hommes des mots salis par les Nazis, et les aider à écrire un nouveau monde. Il va servir aussi, se disent-elles, à nettoyer le langage des mots dont se servent les hommes pour parler des femmes en leur nom, et donc, usurper leur place – et taire leurs passions. C’est le début d’une tentative littéraire originale et révolutionnaire d’écrire l’Amour, que les femmes ressentent avec leurs mots à elles – non ceux fabriqués par des siècles d’auteurs masculins (voir sur ce thème la nouvelle de Bachmann, « Ondine », dans le recueil La trentième année : Das dreißigste Jahr). » Wikipedia

Voir aussi l’article de Lydie Salvayre dans 7 femmes