Poétesse marocaine – Salon du livre de Paris – Mars 2017/ Ce que je veux ? Siham Bouhlal

 

Ce que je veux ?

 

Que tu vois

Mon désir

Se consumer sous les cyprès

Puis incendier

L’Univers et

Voir ton désir

Envahir mon sol

Puis laisser jaillir

Son arc-en-ciel.

Siham Bouhlal

                                                                                                                                                                                                                                                                     Ensemble –

Héloïse Dorsan Rachet

Je ne sais quelles gens : Wislawa Szymborska

wislawa-szymborska

Wislawa Szymborska est née le 2 juillet 1923 en Pologne, près de Poznan. De 1945 à 1948, elle a écrit dans différents journaux et revues. De 1953 à 1981, elle a rédigé des critiques de livres touchant à tous les domaines, de la cuisine à la littérature tout en continuant à écrire sa propre poésie. 

Elle a reçu le Prix Nobel de littérature en 1996. Elle est morte le 1er février 2012 à Cracovie en Pologne.

Je ne sais quelles gens (1997)

Voilà les petites filles,
maigres, et sans certitude
que leurs taches de rousseur disparaîtront un jour,

n’attirant l’attention de personne,
elles marchent sur les paupières du monde […]

  • Je ne sais quelles gens, Wisława Szymborska (trad. Piotr Kaminski), éd. Fayard, coll. Poésie, 1997, Moment à Troie, p. 32

Ils n’étaient pas pareils, jadis,
l’eau et le feu, différends vifs,
dépouillements et folles dépenses,
ivres désirs, charges de chimères.
Enlacés, ils s’appropriaient et s’expropriaient,
si longtemps
qu’un jour entre leurs bras l’air seul a subsisté,
transparent, comme après le départ des éclairs.
[…]

  • Je ne sais quelles gens, Wisława Szymborska (trad. Piotr Kaminski), éd. Fayard, coll. Poésie, 1997, Noces d’or, p. 37

( Source : Wikiquote, citations libres)

En français
Dans le fleuve d’Héraclite. Trad. par Ch. Jezewski et I. Macor-Filarska. Éd. bilingue. – Beuvry : Maison de la Poésie Nord/Pas-de-Calais 1995*
De la mort sans exagérer. Trad. du polonais par Piotr Kaminski. – Paris : Fayard, 1996*
Je ne sais quelles gens ; précédé du Discours prononcé devant l’Académie Nobel. Trad. du polonais par Piotr Kaminski. – Paris : Fayard, 1997*

Lettre d’amour de Sylvia Plath

vignette les femmes et la poésie

Lettre d’amour

Pas facile de formuler ce que tu as changé pour moi.

Si je suis en vie maintenant, j’étais morte alors,

Bien que, comme une pierre, sans que cela ne m’inquiète,

Et je restai là sans bouger selon mon habitude.

Tu ne m’as pas simplement un peu poussée du pied, non-

Ni même laissé régler mon petit œil nu

A nouveau vers le ciel, sans espoir, évidemment,

De pouvoir appréhender le bleu, ou les étoiles.

                                         ♥

Ce n’était pas ça. Je dormais, disons : un serpent

Masqué parmi les roches noires telle une roche noire

Se trouvant au milieu du hiatus blanc de l’hiver –

Tout comme mes voisines, ne prenant aucun plaisir

A ce million de joues parfaitement ciselées

Qui se posaient à tout moment afin d’attendrir

Ma joue de basalte. Et elles se transformaient en larmes,

Anges versant des pleurs sur des natures sans relief,
mais je n’étais pas convaincue. Ces larmes gelaient.

Chaque tête morte avait une vision de glace

                                         ♥

Et je continuais de dormir, repliée sur moi-même.

La première chose que j’ai vue n’était que l’air

Et ces gouttes prisonnières qui montaient en rosée,

Limpides comme des esprits. Il y avait alentour

Beaucoup de pierres compactes et sans aucune expression.

Je ne savais pas du tout quoi penser de cela.

Je brillais, recouverte d’écailles de mica,

Me déroulais pour me verser tel un fluide

Parmi les pattes d’oiseaux et les tiges des plantes.

Je ne m’y suis pas trompée. Je t’ai reconnu aussitôt.

                                         ♥

L’arbre et la pierre scintillaient, ils n’avaient plus d’ombres.

Je me suis déployée étincelante comme du verre.
J’ai commencé de bourgeonner tel un rameau de mars :

Un bras et puis une jambe, un bras et encore une jambe.

De la pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.

Maintenant je ressemble à une sorte de dieu

Je flotte à travers l’air, mon âme pour vêtement,

Aussi pure qu’un pain de glace. C’est un don.

English: Digital image of Sylvia Plath's signature

English: Digital image of Sylvia Plath’s signature (Photo credit: Wikipedia)

Extrait de Sylvia Plath , Oeuvres, IN-Quarto Gallimard

Martine ce matin évoque la poésie  d’ Anne Bihan

En ce dimanche donc poetisons-Martine

Meena Keshwar Kamal – Je ne reviendrai jamais / Poétesse afghane

Meena Keshwar Kamal

Logo of the Revolutionary Association of the W...

(Photo credit: Wikipedia)

Meena Keshwar Kamal, poétesse féministe afghane (née le 27 février 1956 à Kaboul – assassinée le 4 février 1987 à Quetta, Pakistan, par les agents afghans du KGB), a fondé l’association Revolutionary Association of the Women of Afghanistan (RAWA) à Kaboul (Afghanistan) en 1977 : RAWA est une organisation de femmes afghanes luttant pour les droits de l’homme et la justice sociale en Afghanistan et pour donner la parole aux femmes afghanes réduites au silence dans leur pays. (source Wikipédia)

 

Je ne reviendrai jamais

Je suis la femme qui s’est éveillée
Je me suis levée et me suis changée en tempête balayant les cendres de mes enfants brûlés
Je me suis levée des ruisseaux formés par le sang de mon frère
La colère de mon peuple m’a donné la force
Mes villages ruinés et incendiés m’ont remplie de haine pour l’ennemi,
Je suis la femme qui s’est éveillée,
J’ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais.
J’ai ouvert des portes closes par l’ignorance
J’ai dit adieu à tous les bracelets d’or
Oh compatriote, je ne suis plus celle que j’étais
Je suis la femme qui s’est éveillée
J’ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais.
J’ai vu des enfants sans foyer, errant pieds nus
J’ai vu des promises aux mains tatouées de henné en habit de deuil
J’ai vu les murs géants des prisons avaler la liberté dans leurs estomacs d’ogres
Je suis ressuscitée parmi des gestes épiques de résistance et de courage
J’ai appris le chant de la liberté dans les derniers soupirs, dans les vagues de sang et dans la victoire
Oh compatriote, Oh frère, ne me considère plus comme faible et incapable
Je suis de toute force avec toi, sur le chemin de la libération de mon pays.
Ma voix s’est mêlée à celle de milliers d’autres femmes qui se sont levées
Mes poings se serrent avec les poings de milliers de compatriotes
Avec toi, j’ai pris le chemin de mon pays,
Pour briser toutes ces souffrances et tous ces fers,
Oh compatriote, Oh frère, je ne suis plus celle que j’étais
Je suis la femme qui s’est éveillée
J’ai trouvé mon chemin et je ne reviendrai jamais.

Persan (version originale)

vignette les femmes et la poésieJe voulais associer, pour le dimanche en poésie de Martine, une figure de femme qui réponde à ce que j’avais lu de Eavan Boland, à savoir :

« La poésie d’Eavan Boland est placée sous le sceau du féminisme, soulignant la place nouvelle que cet auteur désire donner à toutes les expériences de femmes qui sans la visibilité conférée par l’écriture, risqueraient de redoubler l’indifférence par l’oubli. » Florence Schneider, Université de Sorbonne Nouvelle Paris III

Et comme tous les dimanches avec Martine

, poetisons-Martine

Edna Saint Vincent Millay – L’histoire d’une vie

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   Edna saint Vincent Millay est une poétesse américaine (Rockland, Maine, 22 février 1892-Austerlitz, New-York,19 octobre 1950)

Elle fut élevée en compagnie de ses deux sœurs par sa mère, Cora, après que cette dernière eut demandé à son mari de quitter la maison en 1899. – Cora exigea que ses filles soient indépendantes et ambitieuses et leur inculqua une solide formation musicale et littéraire.

Son premier grand poème Renaissance est publié alors qu’elle n’a que 19 ans et attire immédiatement l’attention, ce qui lui permet d’intégrer le Vassar College.

Diplômée de Vassar College en 1917, où elle se lia avec la comédienne britannique Wynne Mattison., elle publia son premier volume de poèmes la même année : Remanescence and Other Poems. Son œuvre rencontra le succès grâce à la maîtrise technique, la fraîcheur  de son écriture. Il se confirma avec un nouveau recueil « A few Figs from Thistles (1920), qui l’imposa comme le type de la femme nouvelle et émancipée, à la fois « romantique et cynique » à travers des poèmes comme « The Penitent » et « My candle Burns at both ends »

Son style de vie bohème et non conventionnel et ses nombreuses histoires d’amour renforçait cette image d’une femme libre. Elle utilisait le pseudonyme de Nancy Boyd.

            Elle s’installa à Greenwich Village et s’intégra à un groupe d’auteurs, d’acteurs et d’artistes, originaires de Provincetown, The Provincetown Players et écrivit pour eux «  The Princess Marries the Page (1918, publié en 1932), Aria da capo (1919, publié en 1921) et Two slatterns and a king (1921), fantaisies satiriques en un acte.

De nombreux autres livres de poésies suivirent, dont « The ballad of the Harp Weaver qui lui valut le prix Pullitzer de poésie en 1923.

« En 1927, elle confirme son côté engagé qui s’est déjà manifesté dans des écrits contre la guerre et pour la défense des droits des femmes en militant dans l’affaire Sacco et Vanzetti, et elle publie la veille de leur exécution un poème, Justice Denied in Massachusetts dans le New York Times, du 22 Août. 1927. » source Poezibao

            Elle est aussi l’auteur d’un livret d’opéra, « The King’s Henchmann (1927) et d’une traduction des Fleurs du mal de Baudelaire (1936).

Après sa mort, soixante-six poèmes posthumes ont été publiés sous le titre « Mine the harvest (1954), ainsi que sa Correspondance (1952) et l’ensemble des poèmes « Collected poems » (1956).

            La journaliste et humoriste Dorothy parker a laissé un témoignage de l’impact exercé par Edna Millay sur toute une génération.

« Nous marchions toutes sur les traces de Mrs Millay. Nous étions toutes brillantes et galantes, déclarant que nous n’étions plus vierges même si nous l’étions. Belle comme elle l’était, Mrs Millay a fait beaucoup de mal avec ses chandelles brûlant par les deux bouts… Elle faisait paraître la poésie si facile, que nous pensions toutes pouvoir en faire. Mais nous ne pouvions pas, évidemment. »

Elle avait épousé en 1923 un homme d’affaires, Eugen Boissevain.

« La revue Europe qui publie un dossier sur elle dans son numéro 914-915 de juin-juillet 2005 avec une présentation et des traductions de plusieurs sonnets (Millay est particulièrement réputée pour avoir écrit dans cette forme) ainsi que Déni de justice au Massachusetts par Claude Dandréa. (source : Poezibao) »

Rencontre autour de la poésie féminine

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Jeudi 30 mai de 19H00 à 21H30 aura lieu une rencontre autour de quelques-unes des auteures publiées par cette maison d’édition dont le dynamisme et les valeurs sont une belle nouvelle en cette grisaille d’un printemps qui ne veut pas venir. La poésie permet d’améliorer les conditions atmosphériques sinon extérieures du moins intérieures et le tandem Bruno Doucey/Murielle Szac fonctionne parfaitement pour nous donner des événements littéraires qui ne sont pas si fréquents. Il faut donc les encourager et les soutenir !

«  Faire entendre ces voix de femmes en poésie publiées dans cette magnifique édition Bruno Doucey, c’est ouvrir mon exploration sur les genres et les stéréotypes avec un voyage qui est promesse de joie. En matière de poésie, trois sexes ne suffisent pas. » (Elsa Solal)

La Maison des métallos et les Éditions Bruno Doucey vous convient à découvrir et à entendre quelques-unes des auteures publiées par cette maison d’édition, exclusivement consacrée à la poésie. Une poésie vivante et généreuse, qui renoue joyeusement avec l’oralité, mais aussi une poésie qui lutte et se bat. C’est ainsi que vous entendrez en arabe et en français la poétesse syrienne Maram al-Masri lire notamment son dernier recueil consacré à la révolution en Syrie Elle va nue la liberté, des extraits de Comme si dormir lus par la française Laurence Bouvet et des poèmes lus par la jeune occitane Aurélia Lassaque. Bruno Doucey et Murielle Szac feront entendre les voix de la coréenne Moon Chung-hee, de la française Jeanne Benameur, de la mauricienne Ananda Devi et de poétesses haïtiennes. Les lectures sont accompagnées par le musicien Christophe Rosenberg. »

http://www.maisondesmetallos.org/2013/03/13/voix-de-femmes-en-poesie

Celle qui mangeait le riz froid – Moon Chung-hee

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«Auteure d’une dizaine de recueils, de pièces de théâtre et d’essais d’inspiration féministe qui ont fait d’elle une des grandes voix de la poésie coréenne, Moon Chung-hee est née en 1947 à Boseong en Corée du Sud., trois ans seulement après la fin de l’occupation du Japon et six avant la division Nord/Sud. Elle fait partie de la première génération à réécrire en coréen. Elle part faire des études très tôt (bien qu’elle soit une fille) et est très rapidement récompensée pour les poèmes qu’elle écrit.
Elle est maintenant.

Reconnue dans son pays elle reçoit de nombreux prix littéraires et participe activement à des manifestations culturelles pour représenter la Corée, où la poésie reste un genre littéraire très vivace. Ses poèmes, traduits et réunis dans une anthologie, sont publiés en 2012 par les Éditions Bruno Doucey sous le titre « Celle qui mangeait le riz froid » » 

3 avril 2013

19 h 00 – 20 h 00 Lectures croisées de Moon Chung-hee et Aurélia Lassaque
Université Paris 1 / PANTHEON-SORBONNE, Paris

4 avril 2013

Soirée « Littérature féminine » en Corée du sud : modernité(s) et changement social, avec Moon Chung-hee, sa traductrice Kim Hyun-jha et Bruno Doucey et avec Benjamin Joinau et Jean-claude de Crescenzo 

18H30-20H00

Auditorium du Pôle des langues et civilisations

65, rue des Grands Moulins

75 013 Paris (Métro Bibliothèque François Mitterand

Ce qui frappe tout d’abord dans la poésie de Moon Chung-hee est la force de transmission entre femmes, entre mère et fille :

« Si ma mère m’a emmenée à la mer quand j’étais enfant

ce n’était pas pour me montrer les eaux bleues très salées

c’était pour me montrer la force des choses

qui frétillaient dans l’estran malgré le danger

Mais dans nos sociétés patriarcales, les femmes sont « rejetées de-ci de-là comme un gland tombé dans le repas du chien », « sans pouvoir prendre part au monde grand et large ».
De ce mépris qu’endure les femmes, elle dit « je ne fais que pleurer comme la cataracte qui frappe la falaise »

« Avec l’eye-liner de chez Estée Lauder

à grand peine je cerne mes yeux d’une clôture noire

La femme du pays assujetti enfin prête pour sortir

Se lève lentement comme l’héroïne d’une tragédie »

« Mais grâce à mes poèmes j’ai réussi à chanter avec courage la vie de la femme, son monde, son rôle. En 1982, j’ai passé deux ans à étudier à l’université de New York et j’ai pu finalement apprécier, pour la première fois, la liberté, la liberté d’une femme. Mais aussi la liberté de trouver des nouvelles lectures qui ne se limitent pas simplement à la poésie et à la littérature, mais qui permettent d’élargir ses horizons. », confie-t-elle au magazine Keulmadang (éditorial n°19 février 2013) 

ce combat n’est pas vain, puisque l’écriture permet de reprendre possession de soi :

Je prendrai tout simplement possession de mon corps

Sous le ciel

Au pays de la poésie

Je suis fleurie

  une analyse ici

  Moon-Chung-Hee-1_web-e1347210187133source : éditions Bruno Doucey, printemps des poètes, magazine Keulmadang

J’ai découvert au salon du Livre les éditions Bernard Doucey pour lesquelles j’ai eu un véritable coup de coeur ! Je vous invite à découvrir leur catalogue qui est d’une grande richesse.