Claza Zetkin

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Il est vraiment dommage que les écrits de Clara Zetkin soient si difficiles à trouver en France car elle fut une figure féminine de premier plan au début de ce siècle et milita activement pour les droits des femmes.

Née le 5 juillet 1857 à Wiederau en Saxe et morte près de Moscou le 20 juin 1933, elle a été enseignante, fervente militante et journaliste. Elle a dirigé en 1892 le journal l’Egalité qui a été l’organe des femmes socialistes allemandes et, pacifiste, a créé avec Rosa Luxembourg, autre figure éminente, la création du parti communiste allemand.

Forte de sa position de secrétaire internationale par les déléguées socialistes de quinze pays, on lui doit  la journée du 8 mars, « Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes ».

Députée au Reichtag durant la République de Weimar de 1920 à 1933, ses interventions contre Hitler en 1932 firent grand bruit. Mais victime de terribles pressions et menaces de la part des nazis, elle a été contrainte à l’exil et a trouvé refuge en Russie où elle a été élue présidente de l’Internationale des femmes.

« Les murs de sa maison gênent plus la femme qu’il ne la protège ».

Selon Geneviève Brisac, dans un article publié dans le Monde diplomatique en 1981, à l’occasion du livre « Batailles pour les femmes », recueil en français de ses écrits : « Mais les écrits théoriques témoignent, chez une dirigeante de cette envergure, d’un étonnant manque de confiance en soi ; elle n’avance qu’à l’abri de Marx, de Bebel ou de Lénine, et, dès que celui-ci sourcille, bat en retraite, terrorisée à l’idée de sombrer dans le féminisme. Ainsi la force créative est-elle relativement absente de ce recueil qui trace le portrait d’une grande organisatrice, d’une femme de parti qui fit beaucoup pour la syndicalisation et la politisation des ouvrières de ce début de siècle, mais qui n’apporta pas grand-chose à l’élaboration d’une théorie de leur libération. Et cela en dépit de son immense expérience de militante et de journaliste circulant sans cesse dans toute l’Europe. »

 

Le goût des pépins de pomme – Katharina Hagena

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Le goût des pépins de pomme de Katharina Hagena roman traduit de l’allemand par Bernard Kreiss, éditions Anne Carrière, 2010

Der Geschmack von Apfelkernen, 2008

 A la mort de sa grand mère, Iris, sa petite fille se retrouve avec sa mère et ses tantes dans la maison de famille à Bootshaven, dans le nord de l’Allemagne, pour la lecture du testament. Sa grand-mère lui a légué la maison et elle doit décider en quelques jours si elle accepte cet héritage. Au fil des jours, en déambulant dans la maison les souvenirs affluent au gré des pièces et des trouvailles, en flânant dans le jardin ou en mettant les vieilles robes contenues dans la grande armoire. Elle reconstitue ainsi, à la faveur de ses souvenirs, l’histoire de trois générations de femmes.

C’est un magnifique roman sur la mémoire et la filiation. La narration s’articule autour des témoignages des différents acteurs du drame familial, et autour d’un lieu essentiellement : la maison de Bootshaven. Car la maison, dans la mémoire des femmes, a une importance capitale, elle est le lieu jusqu’à la moitié du vingtième siècle, où se déploie leur activité. Dans les familles bourgeoises, les femmes ne travaillent pas à l’extérieur mais s’occupent essentiellement des tâches ménagères. Il en va de même pour Bertha qui en est la seule propriétaire et à laquelle ce bien apporte une certaine indépendance puisqu’elle peut décider qui elle peut accueillir, malgré ou en dépit de la réprobation de son mari.

Ses propres transgressions ont d’ailleurs lieu à l’intérieur même de la maison quand son mari n’est pas là.

Des trois filles, une seule trouvera refuge dans la maison familiale pour son plus grand malheur. Elle la quittera pour choisir désormais des habitats ouverts et communautaires, des ashrams ou des lieux similaires ou l’héritage est plus spirituel.

La maison c’est l’origine, là où tout a commencé : les femmes accouchaient à la maison et les trois filles y sont nées . Elle est le lieu où s’opère la continuité.

Autant que celui ou s’opère toute discontinuité. La maladie et la mort instaurent la rupture. La mémoire de Bertha s’effiloche, se « comble » de trous et elle est obligée de partir.

Du drame, on ne sait rien avant les dernières pages, à peine si l’on recueille quelques indices. Chacun veut l’oublier car il réveille de vieilles blessures. « L’oubli partagé est un lien aussi fort que les souvenirs communs », dit la narratrice.

Les silences et les oublis se transmettent aussi bien que ce qui est dit ou écrit, mieux même, car l’oubli s’ancre dans les profondeurs de l’inconscient.

L’oubli est seulement un souvenir inconscient.

D’ailleurs la mémoire est sélective, car je me souviens d’autant mieux que j’oublie tout un tas de choses. Je ne peux pas me souvenir de tout. L’hypermnésie est un trouble qui gêne terriblement la vie quotidienne de ceux qui en souffre. Pour me souvenir, je dois oublier.

Et la narratrice de conclure : «  J’en déduisais que l’oubli n’est pas seulement une forme de souvenir, mais que le souvenir est aussi une forme de l’oubli. »

Quel a été le rôle du grand-père pendant la guerre ? Les seuls souvenirs qu’il laisse n’en disent rien et son journal a été brûlé.

La narratrice est enfin revenue à la maison. Elle renoue avec le passé et exorcise les vieux fantômes, panse les blessures afin de pouvoir construire à son tour. Elle déterre et exhume. Elle aère et met à jour.

Le personnage littéraire renoue avec la vieille tradition d’une femme faible et forte à la fois. A chaque fois qu’elle voit son amoureux, elle se trouve en fâcheuse posture et lui laisse ainsi jouer tranquillement son rôle de sauveur.

La boucle est ainsi bouclée.