Le faon de Magda Szabό, grande dame des lettres hongroise

Le faon – Magda Szabό, Viviane Hamy 2008, Az oz, 1959 traduit du hongrois, texte revu et corrigé par Suzanne Canard

Vignette femmes de lettresEszter, comédienne célèbre, évoque dans un long monologue douloureux et amer, une enfance de privations et de frustrations, au sein d’une famille de doux intellectuels rêveurs incapables d’assurer le bien-être de la famille. Issus d’une vieille famille aristocratique mais ruinée, le père est un avocat « doux dingue » qui refuse de défendre ses clients, et la mère, une brillante pianiste qui, pour assurer la survie de la famille, donne des cours de piano. Pour ne pas abîmer ses mains, et priver la famille de cette seule source de revenus, elle délègue tous les travaux ménagers à sa fille.
Elève brillante, mais maussade et jalouse, Eszter envie férocement le faon d’une de ses camarades, Angela. Celle-ci représente tout ce qu’elle n’est pas et tout ce dont elle est privée, l’aisance, les égards, une vie rêvée de petite fille choyée.
La jeune femme tente d’exorciser les démons de la jalousie qui la hantent. Car Angela a tout, même l’homme dont Eszter est amoureuse.
Mais Eszter tient peut-être là sa revanche à moins que l’amour ne devienne sa possible rédemption.

Il n’est pas toujours facile de suivre le monologue tendu et douloureux de ce personnage possédée par la rancœur, la jalousie et l’amertume même si force est de s’incliner devant le talent de l’auteure à faire vivre son personnage.

« Construit comme une tragédie antique, Le Faon explore les Enfers d’une Médée hongroise dont le monologue tient autant de l’exorcisme que de l’expiation. » L’Express

logo 1Magda Szabό est une grande dame de la littérature hongroise. Elle a été considérée, de son vivant, comme une auteure classique. Elle est décédée en 2007, à l’âge de quatre-vingt-dix ans. Le roman qui l’a fait connaître en France, La Porte, a obtenu le Prix Femina étranger en 2003.

Alice Zeniter – Sombre dimanche ou la maison qui tuait les femmes

Alice Zeniter – Sombre dimanche – Editions Albin Michel 2013 – Le livre de poche 2015 Prix de Closerie des Lilas – Prix du Livre Inter 2013 – Prix des lecteurs de l’Express Sélection Prix des Lecteurs du livre de poche 2015 Quelle influence ont les lieux sur nos vies ? Nos maisons sont-elles assassines ? Faites pour abriter nos amours, élever nos enfants, nid douillet, refuge, peuvent-elles un jour se retourner contre nous ? Et pire encore, existe-t-il des maisons tue-femmes ? De quelle sorte est cette maison, coincée au milieu des rails, près de la gare de Nyugati, à Budapest ? Cette maison qui abrite les Màndy de génération en génération. Une maison peuplée d’hommes, où bizarrement les femmes disparaissent parce que c’est une tare familiale chez eux, perdre les femmes qu’ils ne peuvent ni garder, ni protéger. Ils y sont aidés par la dureté des temps, car il y a des époques et des lieux où il ne fait pas bon être une femme. Comme en 1945 , en Hongrie, lorsque des soldats soviétiques traînent dans les rues, ivres et désœuvrés… C’est peut-être la faute de Staline, ce monde épais et lourd, rempli de chuchotements et de secrets ? Imre assiste à l’effondrement de l’URSS, à l’arrivée des sex-shops, et à une liberté toute neuve sous les traits d’une jeune allemande de l’ouest. Mais « partout les gens manquent. Le monde ne sera jamais suffisamment plein. Sous trop de porches, des gens attendent, sûrs que la vie leur doit quelque chose, quelqu’un, et jamais ça n’arrive ». Kerstin sera-t-elle l’amour d’Imre, brisera-t-elle la malédiction familiale, de ces hommes enfermés en eux-mêmes comme des poissons dans un bocal ? Pour lesquels personne n’existe assez fort pour les atteindre, pour habiter leur monde, et devant qui les gens passent comme des trains. Des femmes qui restent au seuil d’eux-mêmes, comme au seuil de cette maison, des femmes obligées de se retirer ou de périr… Comment dire la beauté de ce roman ? Sa nostalgie, sa mélancolie, le miracle de sa construction qui s’égrène comme les vers d’un poème. Délicat et subtil, il dit notre solitude, la brutalité de l’histoire, notre profond désir d’aimer et notre impuissance. Née en 1986 en Basse-Normandie, Alice Zeniter est normalienne, doctorante en études théâtrales et chargée d’enseignement à Paris III. Elle a publié un premier roman à l’âge de 16 ans, « Deux moins un égal zéro » (Prix littéraire de la ville de Caen 2003) puis « Jusque dans nos bras » en 2010.