Yoko Tawada – L’oeil nu

l oeil nu

Yoko Tawada installée depuis 1982 en Allemagne écrit aussi bien en allemand qu’en japonais. Elle n’est pas la seule à brouiller les repères traditionnels qui veut que la littérature japonaise soit l’œuvre d’écrivains japonais qui écrivent au Japon, uniquement en Japonais. D’autres auteurs sont dans ce cas, puisque Kazua Ishiguro est un écrivain britannique et Aki Shimazaki romancière québécoise de langue française. Le lieu d’origine ne définit pas l’appartenance, on se choisit aussi d’autres Ailleurs, libres de redéfinir ainsi notre propre identité..

Elle est l’invitée du salon du livre le 18 mars et répondra aux questions du public de 15H00 à 16H00. Elle se revendique comme auteur de l’exophonie, du « voyage à l’extérieur de la langue maternelle » puisqu’elle publie aussi bien en japonais qu’en allemand.

« L’œil nu »,traduit de l’allemand par Bernard Banoun et publié en 2005 pour la traduction française raconte l’histoire d’une jeune vietnamienne, passée à l’Ouest un peu par hasard, peu avant la chute du Mur de Berlin. Elle se retrouve à Paris après avoir fui un amant étrange et possessif et se retrouve livrée aux hasards des rencontres. Elle ne parle pas le français et cet exil en dehors de la langue la plonge au cœur du déracinement le plus total. A la marge, sans papiers, elle ne peut intégrer une école de langues, et ses tentatives se soldent par des échecs qui la plongent dans des situations d’une extrême précarité en même temps qu’elle  la livre au hasard des rencontres plus ou moins heureuses, jouet impassible des événements et des gens. Heureusement, il y a sa passion pour le cinéma et pour Catherine Deneuve, qui la relie au Monde, car en dehors du langage, il y a toujours un autre langage, celui de l’image, plus stéréotypé lui semble-t-il parfois.

Elle ne comprend pas langue mais « la voix était là pour elle-même , pleine d’assurance, souple dans ses accents et ses graves. J’y entendais respirations et frictions, soupirs, parfois aussi une brûlante chaleur faite voix »[…]. Votre voix venait des vagues, des voiles, du vent, des hévéas ». la voix est nue et l’œil est nu.

Les mots que nous prononçons, disent l’endroit d’où nous parlons même si parfois « Mes premiers et uniques mots provenaient du lieu d’où je ne pouvais m’envoler vers nulle part. »

Le lien que nous entretenons avec la langue est fragile. Il suffit de se retrouver dans un pays où personne ne nous comprend et où nous ne pouvons nous faire comprendre par personne pour mesurer à quel point ce lien à la langue peut devenir ténu.

J’ai dû m’accrocher pour lire ce roman, je l’ai trouvé parfois difficile voire ennuyeux mais quelle richesse symbolique, quelle intelligence ! Parfois on peut avoir une expérience de la littérature  à la limite ! Et je ne regrette pas malgré tout de l’avoir lu, d’être allé jusqu’au bout..

 

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