Je bats ma campagne avec : Fatou Diome – Marianne porte plainte !

La campagne présidentielle est officiellement ouverte et à la vue de toutes ces belles affiches placardées sur les murs électoraux, j’ai décidé de lancer la mienne, toute symbolique, même si sur ce blog, j’ai déjà recueilli plus de 500 signatures. Bien sûr je suis loin de faire le buzz, mais cela n’a pas beaucoup d’importance car je joins ma voix à celle de Fatou Diome.

Quelques citations permettront de poser plus clairement le débat, toute cette semaine, à chaque article, j’en ferai trois :

  • « Je ne suis pas française par le hasard d’une naissance, que nul ne doit à son mérite. » Dans ma famille, il y a tous les continents réunis par les soubresauts de l’Histoire : l’Europe, l’Afrique, l’Asie, mais il me manque toutefois l’Océanie (Sans parler de l’Antarctique »). Nous sommes tous des fervents défenseurs de Marianne et avec elle et Fatou nous portons plainte ! Je compte sur mes descendants pour réparer ces quelques oublis. Il y aura peut-être un jour une chercheuse en Antarctique !
  • « […] je suis française par choix, donc par amour, mais aussi par résistance, car le saut d’obstacles que l’on exigea de moi, huit années entières, briserait les jambes d’une jument. » J’ajouterai avec Fatou Diome que certains des miens sont nés ici pour autant il semble qu’ils n’auront jamais fini de faire leurs preuves.
  • « En revanche, je suis certaine que les grandes dames de France comme Louise Michel, Lucie Aubrac, Germaine Tillion, Louise Weiss – qui toutes combattaient les ténèbres pour la justice et la liberté – ne seraient pas restées dans leur boudoir, à juger de la finesse de leurs dentelles, en attendant qu’on démembre, saucissonne leur République de femmes d’honneur; […] Ha, et elles sont encore plus nombreuses sur ce blog, Manon Roland, Fanny Raoul, Olympe de Gouges, ici pas de doute, on peut se tenir chaud. Et moi, je te le dis, nous sommes toutes derrière toi.

Marianne porte plainte ! - Fatou Diome - Babelio

Va et poste une sentinelle – Harper Lee / La fin d’une idole

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Harper Lee, Va et poste une sentinelle Le livre de poche Editions Grasset &Fasquelle 2015 ; traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierrre Demarty

La publication du deuxième roman d’Harper Lee a fait l’effet d’une bombe dans le milieu de  l’édition américaine, mais aussi plus largement dans la société où « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » (To kill a mocking bird), unique roman de l’auteure était devenu un roman national mettant en scène la lutte pour les droits civiques de la population noire américaine à travers le personnage d’Atticus Finch, courageux et intègre homme de loi commis d’office dans la défense d’un Noir accusé d’avoir violé une Blanche dans une petite ville d’Alabama, Maycomb, au temps de la Grande Dépression. La narratrice, Scout Finch, fille d’Atticus était confrontée à l’injustice et la violence dans une société profondément raciste. Toute l’histoire était racontée du point de vue d’un enfant.

Dans ce deuxième roman, on retrouve Jean Louise Finch une vingtaine d’années après. Elle vit désormais à New York où elle poursuit ses études et revient pour les vacances dans la ville de son enfance. Chronologiquement ce roman a lieu après « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » mais il semble avoir été écrit avant et proposé à un éditeur qui aurait conseillé certains ajustements. Une vive polémique a eu lieu au moment de la sortie du livre en 2015, après la mort de la sœur de l’auteure qui s’occupait des intérêts de Nelle Harper. Le précédent livre s’était vendu à des millions d’exemplaires et avait reçu, l’année suivant sa publication, en 1961, le prix Pullitzer avant d’être adapté au cinéma par Robert Mulligan, puis oscarisé à travers la personne de Gregory Peck.

Dans ce second opus, où l’on retrouve à peu près les mêmes personnages, le héros a pris du plomb dans l’aile, sa fille découvre qu’il lit un pamphlet raciste et qu’il siège, aux côtés de personnages nauséabonds, dans un Conseil de citoyens qui lutte pour préserver la suprématie blanche.

Que va faire notre héroïne ? Voilà tout l’intérêt de ce roman, beaucoup moins lisse que le précédent, peut-être plus plausible, où Scout Finch apparaît comme la nouvelle génération capable de faire évoluer un sud profondément traditionaliste.

A vrai dire, ce roman n’a pas les qualités techniques du premier, l’intrigue aurait gagné à être davantage resserrée et j’ai parfois été gagnée par l’ennui avant d’être franchement passionnée par le dernier tiers où l’affrontement entre le père et la fille donne tout son sel au roman.

Il est vraiment dommage que l’auteure, écrasée par son succès, n’ait pu continuer à écrire, elle aurait pu produire d’autres chef-d ’œuvres.

A lire…

Ne tirez pas…

Bahaa Trabelsi – Parlez-moi d’amour/ Interview

Etre femme et écrire : le Maroc à travers Bahaa Trabelsi, Maria Guessous et Halima Hamdane

Trois auteures, Bahaa Trabelsi (1966), Maria Guessous (1973?) et Halima Hamdane ( ?) parmi les invités de Livre Paris 2017 écrivent en français et représentent une certaine génération d’écrivains puisqu’elles sont toutes trois nées fin des années soixante, début des années 70, un doute cependant pour Halima Hamdane dont je n’ai pas trouvé la date de naissance mais dont on sait qu’elle est venue s’installer en France en 1986 alors qu’elle était déjà professeur de français au Maroc. Elle avait donc une vingtaine d’années au moins, et aujourd’hui plus de quarante ans. 

Les trois livres lus, Une femme tout simplement, Hasna ou le destin d’une femme, Une femme tout simplement, mettent en scène des destins de femme qui se débattent entre tradition et modernité, entre le français (langue de l’oppresseur, de l’Occident, mais aussi de la liberté des femmes) et l’arabe ( langue du foyer, de l’affectif, de l’identité mais aussi de la tradition et de la soumission des femmes). La position qu’elles doivent tenir est extrêmement compliquée et rendent compte des problématiques qui se jouent à travers leur statut. « Je me heurtais, je le savais, aux piliers de notre société où il n’a jamais été question pour une femme de vivre seule. Cela supposerait qu’elle est libre de disposer d’elle-même, de son corps, de l’orientation qu’elle veut donner à sa vie. Ce sont des prérogatives qui reviennent à son père, à son mari ou à son frère. il n’y a pas de place pour une femme célibataire et libre. l’existence d’une vie sexuelle n’est pas concevable en dehors du mariage. » dit l’héroïne d’une femme tout simplement.

Que prône au juste la tradition ? « Elles sortaient chaperonnées par des membres de la famille, et la tête couverte. De toutes les manières, le mariage était une affaire de famille. »  A cette époque, une femme ne se mariait pas par amour, le mariage était affaire d’alliance et il fallait choisir le meilleur parti : un homme capable de subvenir aux besoins d’une famille.

Si les romans offrent parfois une analyse sociologique, elle est inévitablement datée, ces romans après tout ont  au moins une dizaine d’année et le Maroc d’aujourd’hui doit être différent de celui évoqué dans ces récits.

Toutefois ce qui ressort est que l’écriture et donc les études, le savoir sont des facteurs d’émancipation pour les femmes. Dans une majorité de cas, les sociétés traditionnelles et patriarcales enferment les femmes dans la maternité et les tâches domestiques. Elles sont étroitement surveillées car elles sont garante de la pureté de la lignée qui se fait par le père. Elles assurent également la transmission de l’héritage ou du nom par le fils.

Il faut qu’un nouvel ordre règne pour briser le carcan, et dans tous les mouvements d’émancipation, ce renversement est synonyme de solitude et d’exclusion. Tout le monde n’est pas prêt à le supporter, et c’est pourquoi même si le bât blesse on peut préférer le bât. La liberté ne garantit pas le bonheur.

« Elles ne sont pas prêtes à prendre des risques. Elles n’ont pas de garanties et un poids terrible à porter. Tu oublies la tradition, les préjugés, la férocité des gens. On peut ouvrir grand les cages, tous les oiseaux ne se sauvent pas. » dit un des personnages de « Laissez-moi parler ».

Le roman de Maria Guessous est un peu différent en ce qu’elle dénonce des préjugés de classe et l’asservissement des petites gens. Elle dépeint des couples qui vivent à l’occidentale, où les femmes sont infidèles. Leur liberté n’est que le signe de leur dépravation.

Les deux romans de Halima Hamdane et Bahaa Trabelsi sont intéressants et très bien écrits. J’ai peut-être préféré celui de Bahaa Trabelsi.

  Maria Guessous - Hasna - Ou le destin d'une femme.

Luvsandorj Ulziitugs – Aquarium – Nouvelles de la Mongolie d’aujourd’hui.

... NOUVELLES DE LA MONGOLIE CONTEMPORAINE de L. Ulziitugs (Souscription

« Au moment où j’ai acheté cet aquarium, je ne me doutais pas que je préparais mon cercueil. Si je l’avais su, j’en  aurais bien sûr choisi un plus grand. Je suis claustrophobe. Au-delà des frontières de ce petit aquarium, mon appartement de quatre pièces et mon bureau, si spacieux et  lumineux qu’il fait s’extasier tout le monde, et même la vaste steppe de ma Mongolie natale aux étendues infinies honorées dans tous les poèmes et les chansons, tout cela me semblait ne pas suffire à reprendre ne serait-ce qu’une seule fois mon souffle, tant j’étouffais. J’avais besoin de plus, de beaucoup plus d’espace que les autres. »

L’auteure
Best-seller dans son pays, auteure d’une centaine d’oeuvres littéraires, L. Ulziitugs fait partie de la jeune génération d’écrivains et de poètes mongols, des écrivains urbains fiers de la culture des cavaliers des steppes et de leur spiritualité. (site de l’éditeur)

Son premier livre paru en France, Aquarium. Nouvelles de la Mongolie d’aujourd’hui, est composé de  13 nouvelles issues de trois de ses ouvrages les plus reconnus. Elle est traduite par R. Munkhzul, récompensée en 2016 par le Ministère mongol des Affaires Étrangères pour son œuvre de traduction de la littérature mongole.

Il ne faut pas manquer ce recueil venant d’une partie du monde que l’on connaît peu, et dont les voix féminines nous sont encore plus étrangères. A quarante-cinq ans, Luvsandorj Ulziitugs est une poétesse et écrivaine reconnue dans son pays. Elle est publiée très jeune, à 17 ans, et reconnue meilleur auteur de l’année. Elle ne cessera jamais d’écrire, de la poésie à la prose, suscitant, par ce glissement de vives critiques parmi les Mongols pour lesquels la poésie est l’art suprême !

Maï-Do Hamisultane parle de son livre « Santo Sospir »

Romancières franco-marocaines, Livre Paris 2017 Maï-Do Hamisultane – Santo Sospir

13 ET 14 FÉV. 2016 : MAÏ-DO HAMISULTANE INVITÉE AU 22e MAGHREB DES ...

Maï-Do Hamisultane – Santo Sospir, éditions La cheminante, 2015

Encore une découverte des éditions la Cheminante avec une auteure franco-marocaine, née à la Rochelle. Maï-Do Hamisultane a passé une partie de son enfance à Casablanca, dans un milieu composé d’intellectuels, d’écrivains et de cinéastes. De ses multiples origines, marocaine, chinoise, vietnamienne et un nom de famille originaire d’Inde, l’auteure se place d’emblée dans une géographie universelle, loin de tous les ethnocentrismes. Après une licence de lettres, parcours plutôt rare, elle entame des études de médecine et se spécialise en psychiatrie. Elle publie d’abord des poèmes puis un premier roman aux mêmes éditions, « La Blanche ».

Ce nouveau roman prend sa respiration dans les fresques de Cocteau offertes à la villa Santo Sospir de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Villa des Saints Soupirs que poussent des femmes de pêcheurs qui attendent le retour de leurs maris. Des femmes qui attendent alors que les hommes vaquent à leurs occupations, entièrement tournés vers le dehors et vers l’action.

Pourquoi les femmes attendent-elles aujourd’hui alors qu’elles pourraient elles aussi tromper leur ennui dans la réalisation de leurs désirs ou dans la construction d’une œuvre.

Des messages anodins rythment le récit, ils sont vides et ne disent rien, ils atterrissent sur le téléphone portable, nouveau messager de l’ère contemporaine.

On dit le style de l’auteure profondément habité par l’écriture de Marguerite Duras :

« Tu m’as laissée sans nouvelle.

Je t’ai appelé en vain.

Je t’ai envoyé des SMS pour que tu me rappelles.

Le silence et ce froid qui s’empare de Paris.

Cette solitude glacée. Plongée dans l’anti-vie pour anéantir l’attente. Hiberner. Etre cette Belle au bois dormant et attendre d’être réveillée par ton baiser. »

Je considère que l’attente amoureuse des femmes est très culturelle. Je me souviens avoir observé cela plus jeune. Les hommes étaient toujours occupés, l’amour ne tenait pas autant de place dans leur vie; il me semblait que l’attente des femmes étaient une impardonnable faiblesse et qu’elles auraient vraiment mieux à faire que de se morfondre pour des hommes souvent volages ou indifférents. J’ai été surprise par ce roman écrit par une jeune femme talentueuse. Je pensais que les femmes avaient appris enfin à ne plus attendre.