La comtesse de Ricotta

la comtesse de Ricotta

Trois sœurs vivent dans un palais dont la splendeur n’est plus qu’un souvenir. Les appartements ont été vendus les uns après les autres, traduisant la décadence de cette famille dont la fortune a filé entre les doigts. Rien ne dure, tout s’en va, se perd, se délite. Noémi, l’aînée des sœurs se bat contre le temps qui passe ; elle cherche a restaurer le palais dans un vrai travail de Sisyphe, une fois une partie restaurée, c’est une autre qui s’effrite. La vie semble être pour elles un véritable tonneau des Danaïdes. Les possessions matérielles sont illusoires car rien ne dure.

Chacune des sœurs porte en elle une vulnérabilité certaine : Maddalena , féminine et sensuelle, ne parvient pas à avoir un enfant, Noemi s’épuise à la poursuite de son rêve, retrouver la splendeur passée du palais familial, la comtesse de Ricotta ne parvient pas à avoir un véritable métier et son fils, qu’elle élève seule, est victime des moqueries de ses camarades.

Toutes portent en elles, aussi profond que la blessure qui les rend à la fois si fortes et si fragiles, un rêve d’amour. Ces femmes décalées, hors des modèles traditionnels acquièrent pourtant une certaine liberté car elles échappent à la norme. Leur identité n’est pas stable et on peine à les définir. Cette indétermination rend les choses possibles. Elles peuvent être autres, différentes et donc éminemment mystérieuses. Emouvantes aussi… Leur fragilité, leur détresse font d’elles des femmes à la sensibilité exacerbée, capables des plus grandes folies et des plus grandes passions. Elle leur offre une aptitude merveilleuse à l’empathie, une générosité certaine : elles recueillent la vieille nounou malade, sont capables de voir la belle âme derrière l’habit grossier, le gentleman dans l’ouvrier. Cette inaptitude à la norme pourrait se révéler être une chance, leur donner une ouverture sur l’art et la beauté : tels ces services de table précieux que Noémi collectionne. Si le désir d’amour ouvre des failles, conduit au désespoir parfois, il permet aussi l’aventure, même si celle-ci ne se produit qu’au coin de la rue. Marguerite Duras parlait du gai désespoir : il y a de cela chez les personnages de Milena Agus. Elles sont fantasques, écorchées vives mais terriblement attachantes. Elles ne peuvent prendre au sérieux ce qui ne l’est pas : la famille bourgeoise, les honneurs, l’arrivisme. Elles seront spirituelles ou ne seront pas, amoureuses et désespérées, condamnées à l’inconfort.

Si Milena Agus avoue une part autobiographique dans ses livres, elle permet de comprendre chez elle l’origine de l’écriture. L’art ne naît que dans une certaine insatisfaction, un décalage, la solitude, une quête insatiable au cœur des hommes et des femmes pour lesquels il n’y a pas de véritable repos.

C’est pourquoi les livres de Milena Agus parlent au plus profond de moi-même, s’y ramifient dans une émotion continue. Cette femme a le don de me bouleverser, sans éclats, sans tambour, ni trompette, mais de manière toujours durable et profonde. Il y a ainsi des affinités entre un auteur et ses lecteurs. Une forme d’amour

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