Litterama, les femmes en littérature

La femme comestible, premier roman de Margaret Atwood

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La femme comestible, The edible woman, 1969, traduit de l’anglais (Canada) par Michèle Albaret-Maatsch, Pavillons poche Robert Laffont, Paris 2008, 522 pages

La femme comestible est le premier roman de Margaret Atwood, publié en 1969 et écrit au plus fort du Canadian Woman’s Liberation Movement. Constitué de trois parties d’inégales longueurs, la narration alterne de la première à la troisième personne pour revenir à la première, témoignant de la quête d’identité de la narratrice.

Depuis que Marian est fiancée, et qu’elle sait qu’elle va se marier, abandonner son travail et certainement faire des enfants, l’angoisse l’étreint et elle ne peut plus rien avaler. Conflit entre ses désirs, certainement inconscients, et le rôle social qu’elle est amenée à jouer, le rapport à la nourriture devient le fil conducteur du récit.

Opératrice en marketing, son quotidien d’enquêtrice, la mène de porte à porte, à tenter de cerner les besoins ou désirs des consommateurs pour mieux les manipuler grâce à de savantes études marketing. Or, malgré la révolution sexuelle des années soixante, Marian MacAlpin est prisonnière des valeurs de la génération qui la précède, produit de consommation comme un autre, dont on attend qu’il réponde exactement aux attentes du consommateur masculin.

En effet, une femme, à l’époque ne se définit qu’à travers l’homme qui partage sa vie, mère nourricière, et reproductrice, ses enfants assurent son destin, circonscrit au cercle étroit du foyer. Elle est une femme comestible, dévorée symboliquement par son mari et ses enfants. Jusqu’à ce qu’elle reprenne le contrôle de sa vie. Marian sent en effet que son moi et son corps sont en train de se séparer, et que ce dernier ne lui obéit plus traduisant sa coupure avec la réalité. L’assimilation par le corps des aliments est analogue à l’assimilation par le corps social et  la transformation de la femme en sujet socialement acceptable. Elle est ainsi « digérée ». L’homme assume un rôle de prédateur, la femme étant une proie comme une autre. C’est aussi pour cette raison qu’elle ne peut plus manger, elle entend le « cri » de la carotte, par solidarité en quelque sorte avec toutes les autres proies.

Margaret Atwood analyse finement les stéréotypes de genre à travers plusieurs personnages, soit qu’ils les respectent ou  qu’ils en prennent le contre-pied, tel Duncan, qui refuse d’être un homme fort et protecteur. Ou Ainsley qui veut faire un bébé toute seule, en dehors du mariage.

Il y aurait bien d’autres choses à dire, tellement ce roman est riche de symboles et de métaphores. Il est souvent d’un humour grinçant, j’avoue que j’ai souvent ri à sa lecture.

« Vous risqueriez de faire quelque chose de destructeur : le besoin de nourriture passe avant le besoin d’amour. Florence Nightingale était une cannibale, vous savez. » , l’avertit Duncan.

lire margaret Atwood

9 Commentaires

    • Oui, c’est vrai, c’est très intéressant. Ce qui m’a surprise, puisque je l’ai lue à rebours, si on peut dire, c’est l’incroyable intelligence de cette femme et le fait qu’on sent que , déjà, tout est là.

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  1. Je n’ai rien lu de Margaret Atwwood et me refuse pour l’instant de regarder la série tirée de « la servante écarlate », dont l’affiche me glace totalement. Il faudrait peut-être que je grandisse… et ton billet va m’y aider.

    Aimé par 1 personne

    • C’est une histoire assez glaçante mais au fond ce qu’elle raconte se produit déjà dans certaines sectes ou certains pays dans lesquels les femmes n’ont aucun droit. Pourtant il y a une sorte de grâce dans la servante écarlate. Ce livre est tout à fait différent bien sûr 😊.

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  2. Je ne savais pas que c’était son premier roman ! Je l’avais beaucoup aimé, même s’il m’avait un peu perdu. J’ai une attraction pour ce roman sans qu’il ne m’attire plus que ça en même temps. C’est hyper paradoxale, je ne sais pas quoi en penser xD Je l’ai aimé, mais il y avait un truc et j’étais toutes chamboulée à la fin de ma lecture haha.

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