Litterama, les femmes en littérature

Féminisme, le deuxième sexe (2) – La question de l’avortement aux Etats-unis, Festival Americia 2018

Dominique Chevalier : Leni Zumas, vous situez votre roman dans un futur quasi immédiat, où sont remis en cause, plus que gravement, d’une part l’avortement, et d’un autre côté, la procréation médicalement assistée.  Dans les années 70, c’était la lutte pour rendre l’avortement légal, est-ce que vous pouvez expliquer à un public français, qui ne comprend pas pourquoi la loi ayant été votée, du droit à l’avortement, pourquoi aux Etats-Unis, cette loi donne-t-elle l’impression d’être en permanence remise en cause ? En France, la loi qui a rendu l’avortement légal, a été voté en 1975, certes il y avait, et il y a toujours des opposants à l’avortement, mais personne sérieusement ne remet en cause la loi Veil. Expliquez comment ça fonctionne aux Etats-Unis, pourquoi du coup on a l’impression que c’est toujours remis en cause ? Le public français ne sait pas comment ça fonctionne aux Etats-Unis.

Il vise à donner les droits fondamentaux d’une personne, le droit à la propriété, le droit à la vie, à un simple embryon, un zygote, qui n’est composé que d’une seule cellule

Leni Zumas : Je faisais des recherches sur le traitement de la fertilité, c’est une problématique que j’avais rencontrée moi-même dans ma vie privée et j’ai découvert ce mouvement qui accordait le droit de , le statut de personne à l’embryon, j’ai vu ça sur des sites web, sur le New York Times, sur CNN, etc et ça m’a vraiment effrayée, et ce mouvement donnant le statut de personne, est aujourd’hui soutenu par le vice-président américain, Mike Pence,  et certains membres du congrès américain, et il vise à donner les droits fondamentaux d’une personne , le droit à la propriété, le droit à la vie,  à un simple embryon, un zygote, qui n’est composé que d’une seule cellule Qu’il soit l’équivalent et l’égal d’un citoyen à part entière, cela me dépasse complètement, je ne sais pas comment gérer ce genre d’informations. La peur et le choc que j’ai ressenti, en me disant que c’était horrible, me rappelle que le christianisme évangéliste qui existe aux Etats-Unis est très lié à cela. Il y a l’idée  que les croyances religieuses d’une ou de quelques personnes, permettent de décider pour les autres citoyens, donc ce ne sont pas seulement des critères évangélistes mais  une affaire d’hommes, les hommes ont décidé, ils disent « C’est moi qui décide, c’est moi qui gère le corps des femmes, les femmes ne sont qu’une propriété » et c’est une logique pernicieuse, une vraie honte.

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DC : Si un embryon a des droits, le supprimer, c’est forcément supprimer une vie, et c’est donc forcément, logiquement un meurtre, d’où mise ne cause de l’avortement bien entendu. Je voulais simplement faire un tout petit point d’explication. il se trouve que la loi qui donne la qualité de l’avortement aux Etats-Unis, n’est pas une loi qui a été votée par les deux chambres du congrès, c’est un arrêté de la Cour Suprême, c’est-à-dire une décision prise par les neuf juges de la Cour Suprême,. Il y a donc deux manières de faire des lois aux Etats-Unis, un système qui consiste à passer par les deux chambres de l’Assemblée, le Congrès et l’autre, puisque la Cour Suprême est la cour d’appel, lorsqu’une dispute sur un sujet quelconque vient à l’attention de la Cour Suprême des Etats-Unis, ils prennent une décision, un arrêté et cet arrêté a force de loi, sur laquelle elle s’est déterminée en 1973 et a été que, en effet, l’avortement était légal. Simplement lorsqu’un arrêté, a été pris par une cour suprême, cet arrêté peut quelque temps plus tard être remis en cause par un autre arrêté de la cour suprême, composé éventuellement de juges différents, de juges plus ou moins conservateurs, c’est ce qui s’est passé pour la peine de mort, il n’y avait pas de peine de mort aux Etats-Unis. Puis une autre cour suprême a décidé que ce n’était pas fédéral mais une affaire de chaque Etat, et du jour au lendemain 38 états ont rétabli la peine de mort, voilà, il y a des grands sujets comme ça, qui peuvent constamment être remis sur le tapis, parce qu’ils sont liés à des arrêtés de la cour suprême, d’où l’importance que prend la nomination d’un juge à la cour suprême, c’est une énorme affaire, nous retiendrons  parce qu’il y a un scandale en train de se mener en ce moment aux Etats-unis, par rapport à la nomination éventuelle d’un nouveau juge, on en parlera plus tard.je voudrais qu’on continue et demander à Jane, en particulier si elle peut rebondir sur ce qu’on était en train de dire sur la religion.

L’avortement, un sujet toujours aussi brûlant aux Etats-unis

Vivian Gornick : Je voudrais intervenir sur le sujet de l’avortement qui est très très compliqué : le contexte dans lequel j’ai grandi, c’est celui du féminisme des années quarante, cinquante, qui avait une vision très philosophique, existentielle, des sujets, et a été une grande, grande inspiration pour moi, et pour leur combat pour les droits de la femme , et ce que j’ai vu et ce dont j’ai été témoin  et continue à être témoin c’est que parfois il y a une immense, immense force qui est mise en œuvre pour beaucoup d’activisme et très peu de progrès, au final les choses deviennent peu de chagrin, et s’essoufflent. Par exemple, pour la génération précédente, leur grand combat a été celui du droit de vote des femmes, et c’est vrai que toute leur pensée a été à un moment concentrée autour de cette question, et c’est la même chose en fait pour l’avortement, on pourrait presque aujourd’hui résumer le combat pour le droit des femmes à la lutte pour l’avortement parce que c’est sujet majeur, ça touche certainement à quelque chose d’assez primitif, et que, en fait, tout comme le droit de vote, l’avortement est considéré comme non naturel pour les femmes. Il existe donc, aux Etats unis en tout cas, une droite chrétienne très mobilisée sur ces questions, qui en exploite les ressorts émotionnels, ils ont des positions extrêmement fermes, et très étayées. Bien sûr il y a la question du système des courts de justice, de la Cour suprême, le fait que le système américain fait que cette menace est toujours un peu suspendue au-dessus de nos têtes. Ce problème ne pourrait être réglé que si le sentiment général de la société évolue, s’il y a un vrai changement dans la morale. Moi-même je suis surprise que ça reste un sujet toujours aussi brûlant, toute ma vie et jusqu’à ma mort cela risque de le rester, et donc effectivement tout comme Leni, je suis surprise que ce problème ne soit toujours pas réglé ; les arguments sont tellement ancrés des deux côtés que le système judiciaire ne les fera pas changer tant que les sociétés n’auront pas progressé sur la question.

 

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